Cinq ans de gestation ont été nécessaires à ces membres du collectif
La Force Molle pour créer une osmose entre le narratif, le visuel et le sonore.
Le narratif, c’est un scénario loufoque aux nombreux méandres. Si on demandait aux spectateurs de cette soirée de résumer
Les Aventures De Barnabé en trois phrases, sans trop en dévoiler, je serais curieux de voir les résultats. Car dans cet univers onirique, chacun peut piocher des ingrédients pour son propre songe.
Voici ma vision (très personnelle) :
Barnabé, mollusque solitaire, a un profond recul sur l’Existence. Il est investi d’une mission par un tilleul : générer un rêve d’un rêve de son rêve… La réussite de sa quête passe par l’affrontement avec un poulpe.
L’univers visuel, c’est celui de
Marc Hernandez. Le héros est encore plus improbable que Bob l’Eponge, certaines pièces du décor pourraient illustrer une étude sur la mort imminente. Le blanc et le rouge dominent. Sentiments de solitude, de vide, immatérialité, mysticisme en 2D.
L’univers sonore, c’est celui des six musiciens de
KaosmoZ. Aussi tentaculaire mais beaucoup plus sympathique que l’hostile pieuvre. Du jazz – qui fusionne beaucoup - expressif en 3D. Entendez par là qu’il sait illustrer les divers sentiments éprouvés par Barnabé au fil de son aventure et que les six instruments donnent du relief à l’ensemble. Certaines sonorités me rappellent le générique de Mannix, les saxophones sonnent tour à tour classique, coltranien, klezmer.
Les musiciens ne regardent pas l’écran contrairement à ceux vus dans des ciné-concerts cette année
au Cri du Port,
au Comoedia ou
à la Mesón. Eux devaient suivre le film pour le mettre en musique. Ici, c’est inutile, la projection fait partie de la création, mixée en direct, toujours parfaitement synchronisée avec la musique.
Mon attention est davantage happée par l’esthétique des taches de peinture et le soin porté à l’écriture du texte (allitérations, rimes) que par le personnage de Barnabé et l’intrigue.
Mais j’y décèle des allégories qui offrent une vraie réflexion sur l’humanité : "Il regarde autour de lui et il se rend compte qu’il est en cage" ou, après tous les efforts de Barnabé pour réaliser sa quête, cette phrase, cinglante, qu’il reçoit en plein visage : "N’as-tu pas compris que tout ceci était vain ?"
Le plaisir des oreilles n’a cessé pendant une heure et demie avec des moments forts :
lorsque la guitare et le soprano jouent la même partition ;
lors du prenant chant à 5 ou 6 voix ;
lors du combat final ‘Barnabé’ Hobbes / ‘Dador’ Rossi. Mention spéciale à ce dernier qui a aussi brillamment que rapidement intégré le projet en remplacement de Cédrick Bec.
Le plaisir des yeux se poursuit dans les couloirs du
Daki-Ling. Une exposition de peintures et croquis de Barnabé peut laisser penser que l’œuvre de Reiser a eu une influence sur Marc Hernandez (c’est moins flagrant dans l’animation).
Allez, puisque vous m’avez lu jusqu’au bout, je vous livre un scoop : Ca se termine bien et Barnabé trouve même l’amour (et l’érection qui va avec). Ce happy-end ravit le public qui scande "Barnabé Président !"
KaosmoZ : de gauche à droite :
Julien Combette (synthé),
Nicolas Hobbes (percussions),
Rémy Jouffroy (guitare, compositions),
Marion Rampal (guest, la voix du Cosmos),
Nicolas Delorme (saxophones, narration),
Jules Bernable (basse, compositions),
François Rossi (batterie),
Marc Hernandez (images vidéo)
Un mot sur le
Daki-Ling, lieu insolite en plein cœur du quartier Noailles : un couvent du XIIIème siècle qui a été tour à tour un entrepôt, une salle des ventes et la salle de répétition du Théâtre des Bernardines ! Deux rendez-vous bimensuels y sont programmés : l’un propose de l’improvisation théâtrale, l’autre est un vidéodrome (projections un mardi sur deux).
Bonus vidéo :
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