Compte-rendu du concert de Freaks et Mygük
C’est
Richard le batteur de
Freaks, qui m’avait convié à voir son groupe jouer. Je ne connaissais pas plus
Richard que
Freaks, mais il m’a dit qu’ils étaient influencés par
Joy Division,
Devo et
The Fall. J’adore ces groupes, alors je me suis déplacé.
Freaks sont trois sur scène. Batterie, guitare et basse. Ils chantent en anglais. Je n’ai rien vu de
Devo ou de
The Fall dans leur musique. En revanche, j’ai bien retrouvé des lignes de basse façon
Joy Division. Mais la connexion qui m’a paru la plus évidente c’est avec
Mission of Burma. Plusieurs similitudes m’ont sauté aux yeux.
C’est un trio. Le bassiste interprète la plupart des chansons, mais le guitariste chante aussi.
Martin Swope n’est pas en coulisse, mais le batteur envoie lui-même des sons qui viennent se superposer aux instruments.
Bon…j’ai bien conscience que si vous ne connaissez ni
Joy Division, ni
Devo, ni
The Fall, ni
Mission of Burma, tout ce que je viens d’écrire équivaut à du chinois. Dans ce cas, retenez ces noms et courez acheter ou emprunter leurs disques.
Freaks joue un punk-rock nerveux, tendu par une rythmique sèche et échevelée en même temps (le batteur joue debout). La basse joue un rôle central, lançant des progressions d’accord qui se terminent par des passages instrumentaux où la guitare finit par s’imposer dans des éclats de bruits, ou des éclats de rire si elle-même perd les pédales. Ils ont terminé leur set en invitant trois filles à faire les chœurs sur une reprise de
Brian Eno,
The true wheel. Ces filles avaient le physique et le look de ces sylphides que je croise régulièrement dans les concerts, mais jamais au travail. Dommage.
Après
Freaks, que j’ai été bien heureux de voir pour la première fois, j’ai eu droit à une nouvelle découverte :
Mygük. Là encore, retenez ce nom. Ce groupe est excellent. Je suis assez avare de compliments. En général, je préfère m’en tenir à une description, mais ici, nous sommes face à un objet musical particulier. Vendredi 4 février, ils jouent à Lure, dans la Haute-Saône, en accompagnement de la projection de
Nosferatu, le film muet de
Murnau. Si vous êtes résident de Bourgogne ou de Franche-Comté, courez les entendre. Vous ne devriez pas regretter le voyage.
Je m’emballe un peu. Revenons d’abord à ce concert du mercredi 2 février. Les
Mygük sont quatre. Un batteur, un bassiste qui peut aussi bien jouer du clavier ou du violon et deux guitaristes. L’un des gratteux avait une imposante collection de pédales d’effets. La dernière fois que j’en avais vu autant, c’était chez
Godspeed You Black Emperor. Le rapprochement n’est pas innocent puisque les deux groupes jouent dans le même registre, celui de la musique instrumentale, mélancolique et emportée.
Au début, j’ai eu quelques réticences car ils sont nombreux ces groupes à arpenter les mêmes chemins que les Canadiens. La réussite artistique (l’originalité) n’est pas toujours au rendez-vous. De plus, quand ils s’aventurent à chanter, cela souligne la musique de pathétique geignard.
C’est ce que je pensais de
Mygük à l’écoute de leurs deux premiers morceaux. La voix du chanteur n’est pas en question. Elle est très belle, romantique. On sent même qu’il se retient, qu’il pourrait l’exploiter beaucoup plus. Cependant dans ce style, j’ai toujours l’impression que le chant gâte la sauce. Puis vint le troisième morceau,
Le fantôme.
Là encore, il y a quelques paroles chantées, incompréhensibles pour le public, de vagues allusions pleines de mystère, un rien gothiques.
"Mon fantôme ne craint rien,
Car son heure n'est pas loin.
Il glisse le long du flacon ;
Mille parfums guideront
Ses pas, vers un nouveau jour,
Vers un autre jour."
Puis, il y a un tournant, une porte mal fermée, un appel d’air et les deux guitares commencent une longue chevauchée. Rien ne vaut la liberté. Je ne doute pas que cette musique a nécessité de longues heures de répétition. Mais le résultat, ici et maintenant, c’est qu’elle semble naturelle comme une poursuite amoureuse sur une lande humide. C’est magnifique, et toujours rock par-dessus tout, avec des breaks et une batterie qui claque. Honnêtement, cela surpasse des groupes aux notoriétés bien établies, peut-être surévaluées, comme
Mogwai et
Mercury Rev.
Les morceaux, magnifiques, vont ainsi s’enchaîner jusqu’à la fin, entrecoupées des clics produits par les pieds des musiciens sur leurs pédales. Le plus souvent c’est instrumental. Stéphane, le chanteur va aussi jouer de la flûte traversière, de l’harmonica. Il conclura, par un sobre,
« merci pour nous avoir accompagné dans ce voyage musical ». Souhaitons leur bonne route.
Site de
Mygük : http://www.myguk.com