Avant les prestations mémorables de Beck et de Radiohead en fin de journée, la deuxième journée passée au Domaine de Saint-Cloud pour le festival Rock en Seine avait de quoi réjouir les amoureux de rock sous toutes ses formes.
Broken Social Scene : En route pour la joie !
Broken Social Scene, le premier groupe programmé (à 15h), ensorcelle le public, dès les premiers morceaux. Malgré la pluie qui s’abat sur le site, on ressent immédiatement une sorte d’onde de bonheur très communicative qui se propage devant la scène de la cascade. C’est à coup sûr un des effets secondaires du cocktail euphorisant proposé sur scène : une enthousiasmante folk pop groovy, qui donne une prodigieuse envie de faire l’amour et/ou de sauter en l’air avec son parapluie et son K-Way… Les Canadiens semblent ravis de se produire près de Paris, ils se lancent donc dans une farandole musicale débridée : les instruments changent de mains, la chanteuse Feist (membre du collectif à l’origine) fait quelques apparitions vocales, une chorale improvisée de roadies/amis fait son apparition sur un titre, des cuivres s’invitent à la fête… C’est véritablement le bonheur ! Portés par des lignes de basses énormes et un chant décomplexé très impressionnant, les compositions à multiples rebondissements de Broken Social Scene sont une invitation à la joie qui mérite d’être saluée à sa juste valeur ! C'est-à-dire avec des salves d’applaudissements nourries, de cris de joie et des danses lascives, ce qui fut fait. Maintenant, il ne reste plus qu’à écouter en boucle la discographie de ces Canadiens libérés.
Fancy : I’m so excited !!!!!!!!!
Le temps de se déplacer de la scène de la cascade en direction de celle de l’industrie, et les petits jeunes de Fancy sont déjà sur les planches. Avec la ferme intention de les brûler immédiatement… Avant le traditionnel « J’aime ou j’aime pas ? », la première question que l’on se pose est un peu triviale : « garçons ou filles ? » Il faut dire que le chanteur arbore une touffe de cheveux afro digne de Diana Ross (ou de Michael Jackson jeune), qu’il est plutôt efféminé quand il se trémousse comme une pom pom girl rock ‘n roll, et qu’il chante en couinant joliment dans les aigus, à la manière du fils caché que Bon Scott d’AC/DC et de Freddie Mercury de Queen n’ont jamais eu. Comme son acolyte guitariste roi de la rythmique moonwalk (il traverse la scène de long en large avec ces impressionnants pas de danse) est aussi jeune qu’androgyne, la question posée - assez anecdotique, il est vrai -, met un certain temps à trouver une réponse définitive. Le cirque rock ‘n roll que fait Fancy sur scène pourrait être ridicule, mais ce jeune groupe fait admirablement le show, et avec un humour ravageur, dans les poses archi cliché et dans les discours entre les morceaux, en franglais bravache s'il vous plaît. Même si les morceaux sont percutants dans le style disco punk rock groovy, ils ne révolutionneront pas la musique du 21ème siècle ; certes, mais on constate que le soleil est revenu, que tout le monde sourit béatement, que les filles sont plutôt jolies et que les regards entre les personnes présentes se font plus appuyés. C’est le désir qui monte… Au moment même où Fancy entame une épatante version d’un tube des Pointer Sisters, I’m so excited. Ça c’est du timing, ou on ne s’y connais pas !
Phoenix : un grand moment de solitude.
Pour calmer les ardeurs ou mettre de l’huile sur le feu de la passion (selon son degré de sensibilité au charme de Phoenix), les Versaillais populaires partout dans le monde sauf en France se lancent dans un show plutôt distrayant et bien accueilli par la majorité du public. Pour nous, Phoenix fait du soft rock pour la bande FM, un style qui ne nous a jamais particulièrement séduit. Pour avoir déjà subi deux fois (il y a quelques temps déjà, à la Coopérative de Mai et à la Route du Rock) les prestations exténuantes de ce groupe soi disant branché, on peut affirmer ici haut et fort qu’il y a du progrès en 2006. Quand le groupe hausse le ton et sonne plus rock, c’est quand même beaucoup mieux. Cela étant dit, il reste les singles mièvres et sucrés à souhait, qui plaisent toujours autant aux filles... et aux Japonais. Et qui nous insupportent plus que jamais. Ainsi, assister à l’interprétation d'un des « titres phares » de Phoenix assis sur une butte entouré de jeunes femmes fort bien de leur personne et d’un Japonais hystérique (et à crête, allez comprendre) peut très vite devenir une torture auditive. Il faut déjà subir la chanson de Phoenix, mais quand elle est – en plus – reprise par un japonais chantant faux comme une casserole, avec des choeurs féminins de ci de là, c’est un grand moment de solitude !
The Dead 60’s : une véritable machine à faire bouger, groover et rocker.
Fort heureusement, les très doués anglais de The Dead 60’s se chargent de nous redonner le sourire pendant que la dramatique ex chanteuse de Skunk Anansie, Skin, finit de s’époumoner en vain à l’autre bout du site… Ce tout jeune quatuor en provenance de Liverpool est une véritable machine à faire bouger, groover et rocker. Leurs tubes, qui peuvent être disco punk, punk rock, reggae ou dub, sont autant de bombes anti immobilisme et morosité servis comme des cocktails Molotov, c'est-à-dire violemment brûlants. S’il manque un peu de communication et de sourire sur scène, le professionnalisme de l’exécution des morceaux et les enchaînements sont, eux, absolument parfaits. Parfait, chaque musicien l’est également, que ce soit à la guitare et au chant, à l’orgue et à la guitare, à la basse et aux chœurs ou à la batterie. Le trip musical proposé par The Dead 60’s, s’il est fortement influencé par The Specials, The Clash et Gang Of Four, n’en demeure pas moins irrésistible.
The Rakes: imparables.
Le bonheur se prolonge quelques instants plus tard avec la prestation électrisante de The Rakes, toujours aussi imparables en live. Malgré des looks d’étudiants en mathématiques mal dégrossis (la palme revenant au chanteur en pull bleu), ces quatre-là ont un talent inné pour rendre fou n’importe quel public. Normal, ils ne composent quasiment que des tubes sidérants de classe, c’est leur grande force. Comment en effet résister à des hit aussi frénétiques que Strasbourg, 22 Grand job, Work Work Work (Pub Club Sleep) ou Retreat ? Et bien, c’est matériellement impossible : dès les intros des titres de The Rakes, si l’on est fatigué, on l’oublie illico presto, si l’on est unijambiste, on danse sur l’autre jambe, si l’on est cul-de-jatte, on danse sur la tête… On ne peut pas rester immobile, c’est comme ça, rien ne sert d’essayer. Cerné, on se rend sans conditions aux Rakes. Car, en plus, comme s’il était besoin, cette bande de garnements outrageusement doués, reprend avec maestria un titre de Serge Gainsbourg, Le poinçonneur des lilas, transformé en Just a man with a job. La mythique chanson française rive gauche se transforme alors en furieux tube disco punk destiné à retourner les dance-floors des clubs de la Terre entière. Un tour de force. Un de plus signé The Rakes.
Inutile de dire qu’avec de telles premières parties, les concerts de Beck et Radiohead, à suivre, s’annonçaient sous les meilleurs auspices !
Beck (Rock en Seine 2006) 26 août 2006- Domaine National de Saint-Cloud
Un concert génial, comme on en voit très peu sur une immense scène de festival.
Plus que jamais en forme, Beck a réussi à convaincre une foule majoritairement venue pour communier avec les superstars de Radiohead. Son secret ? Un .../...
Un concert génial, comme on en voit très peu sur une immense scène de festival.
Plus que jamais en forme, Beck a réussi à convaincre une foule majoritairement venue pour communier avec les superstars de Radiohead. Son secret ? Un répertoire aussi varié qu’excellent, un humour ravageur dans la mise en scène (des marionnettistes reproduisant les mouvements des musiciens sont filmés, pour une diffusion en direct sur les écrans géants) et une troupe de musiciens/saltimbanques aussi douée avec ses instruments que volontaire pour faire le show… Tout cela donne un concert génial, comme on en voit très peu sur une immense scène de festival.
Cela fait longtemps que Beck a tout compris : il sait écrire des chansons marquantes dans quasiment tous les styles (hip hop, rock, pop, folk, blues, funk etc etc.), et il connaît le secret d’un bon show (une entrée tonitruante, suivie par une rafale de morceaux tubesques - extraits de Mellow Gold, Odelay ou Guero - ne donnant aucune occasion de s’ennuyer au public). Le début du set - avec son hit Loser à fond dans la sono, puis interprété par les vrais musiciens -, fait office de départ canon… Après, il ne reste plus qu’à laisser parler la poudre, avec une série de titres bien rock ‘n roll, chantés avec la voix toujours impressionnante de Beck Hansen. Juste après, des titres plus folk et plus foutraquement bricolos complètent le tableau, avec la même réussite. Seul avec sa guitare et son harmonica, accompagné par un groupe super pro, supporté par une batterie de percussionnistes sur assiettes, couverts et tables, déguisé en ours (oui !), Beck attire immaquablement l’attention, sans oublier de faire un effet énorme sur l’auditeur/spectateur.
Discret et tranquillement planqué derrière des lunettes de soleil et un accoutrement que n’auraient pas reniés Neil Young ou Bob Dylan, Beck se concentre la plupart du temps sur sa guitare et son chant, laissant ses musiciens, son break dancer drolatique et les marionnettistes apporter la touche de folie nécessaire à un bon spectacle. Le show des marionnettes est réglé au millimètre, sa diffusion sur les deux écrans géants encadrant la scène provoque souvent l’hilarité ; le point d’orgue des rires étant atteint au moment de la sortie de scène du groupe pour les rappels, avec un court métrage irrésistible mettant en scène le groupe de marionnettes à Paris, puis dans les loges de Radiohead (pour une orgie mémorable). On a rarement vu une foule rire autant à un concert de rock !
Malgré l’impatience d’assister au retour scénique du groupe de Thom Yorke, on serait bien resté une heure de plus en compagnie de Beck ! Son show tonitruant, épicé et aventureux donné à Rock en Seine a parfaitement fait son office ; le lendemain, on ne pense qu’à une seule chose, réécouter la discographie pléthorique de Beck en long, en large et en travers. De quoi passer un automne radieux…
Radiohead (Rock en Seine 2006) 26 août 2006- Domaine National de Saint-Cloud
Un concert mémorable...
C’est Radiohead, la vedette planétaire dont tout festival rêve, qui était chargé de clôturer le festival Rock en Seine, devant 30 000 personnes. Malgré la qualité du programme du samedi (Broken Social .../...
C’est Radiohead, la vedette planétaire dont tout festival rêve, qui était chargé de clôturer le festival Rock en Seine, devant 30 000 personnes. Malgré la qualité du programme du samedi (Broken Social Scene, The Dead 60’s, The Rakes et Beck), le groupe d’Oxford a parfaitement justifié son statut de tête d’affiche.
Si la dévotion de son public peut irriter, il faut avouer que passer 1H45 au milieu d’une assistance en totale communion avec ses favoris, cela fait son petit effet. Car Radiohead ne semble pas être revenu sur scène pour renflouer les caisses, mais plutôt pour retrouver l’énergie créatrice, nécessaire pour se lancer dans un nouvel album. Le public, véritablement aux anges, plane à 4000 mètres d’altitude en découvrant une set list faisant la part belle aux albums OK Computer et Kid A, avant de proposer une poignée de titres inédits renversants. Déjà en apesanteur sur de nombreux morceaux admirablement interprétés et chantés (décidément, quelle voix ce Thom Yorke !), on ferme plusieurs fois les yeux, pour mieux se laisser pénétrer par le flot d’émotions charrié par les compositions les plus mélancoliques et planantes. Cela ressemble au septième ciel : le son, l’alternance de titres orientés guitare, piano ou électronique, les lumières, l’ambiance, tout est parfait pour un concert devant une foule aussi nombreuse… Bien sûr, on aurait aimé assister au même spectacle dans une salle à taille humaine, mais c’est impossible avec le niveau de popularité de Radiohead.
La pause juste avant les rappels nous permet d’avancer un peu, avant d’apprécier à leur juste valeur There There (et ses percussions marquantes) et Karma Police, LE tube par excellence - quand Creep n’est pas interprété. Juste après avoir été longuement salué par un groupe resté incroyablement humble, le public quittant le Domaine National de Saint-Cloud parait encore perché sur le petit nuage sur lequel Radiohead l’a invité, le temps d’un concert mémorable.
Radiohead + Beck + Dead 60's + The Rakes + Editors 26 août 2006- Rock en Seine, Saint-Cloud Un festival mémorable, très bien organisé (pas trop de retard dans le programme) et bien équilibré dans sa programmation. Nous avons commencé par écouter tranquillement les Dead 60's. On a vite fini par se mettre à bouger car ils ont la pêche. Ils .../...
Un festival mémorable, très bien organisé (pas trop de retard dans le programme) et bien équilibré dans sa programmation. Nous avons commencé par écouter tranquillement les Dead 60's. On a vite fini par se mettre à bouger car ils ont la pêche. Ils distillent un joli mélange de ska, de punk façon Clash et parfois de reggae. Les morceaux sont relativement courts (leur unique disque fait 34 minutes) mais ils se permettent quelques digressions bienvenues sur scène. Pas mal.
La curiosité m'a alors attiré vers la scène de la cascade pour voir ces fameux Rakes. Et là, c'est la grosse déception. Des rythmes quelconques et surtout un chanteur sans voix (on entendait une sorte de ronronnement) qui se trémousse en bougeant les bras dans tous les sens. Une fois le single radio expédié, nous levons le camp. Ce groupe fait beaucoup de bruit pour pas grand-chose.
Viens alors le set de Beck. C'est la très bonne surprise. Des marionnettes à l'effigie de Beck et son groupe sont filmées sur les écrans géants et s'agitent sur la scène aux côtés des musiciens. Beck inaugure son set par "Loser", avant d'enchaîner des titres plus rocks. Je ne m'attendais pas un son aussi empreint de guitares. C'est peut-être l'effet Nigel Godrich (producteur de Radiohead aussi). S'en suivent une séquence plus électro avec un titre quasi-instrumental et une partie plus folk où Beck à la guitare et à l'harmonica est accompagné par ses musiciens attablés (si, si) qui tapent sur des assiettes et des verres. C'était terrible. Dans le genre, cela fait penser aux expérimentations d'Emilie Simon ! Le set marque une pose pour voir un petit film avec les fameuses marionnettes qui viennent détruire la loge de Radiohead, en recherchant des bières et qui montent sur scène en ânonant les premières notes de "National Anthem" de Radiohead. le set, très réussé, s'achève sur le single tiré de "Guero" et dont j'ai oublié le nom (na, na,nananana...).
En attendant Radiohead, un saut sur l'autre scène permet de voir Editors dont la prestation sombre mais musicalement riche me fait immédiatement penser à Cure (époque Pornography, 17 seconds pour les connaisseurs) et à Joy Division. On m'a dit que cela ressemblait à Interpol mais je connais mal ce groupe. Je ne suis pas resté jusqu'au bout, mais c'était assez convaincant.
Radiohead : je les avais vu à Bercy en 2003 et cela me donne toujours autant de frissons. Du début à la fin, j'ai pris une claque. le set s'ouvre sur "Airbag", suivi de "2+2=5" et de "National Anthem". Les principaux chefs d'oeuvre du groupe y passe, à l'exception de Creep (mais bon, ce n'est pas la meilleure non plus..). Quelques nouveaux morceaux prometteurs font leur apparition. La voix de Thom est somptueuse et sur une ballade, il termine avec une grâce digne de Jeff Buckley. Fantastique. Après un passage plus lent, on reparti sur un rythme plus endiablé avec "Idiothèque", "Paranoid Android" et "Everything in its right place". Le rappel aura vu ce brillant concert se clore sur "karma police". Thom Yorke a souris quand le public a repris "is this what we get"..le groupe est en forme. Vivement la suite et un album du tonneau des précédents ! Réagir à cette critique
Radiohead, Xavier Rudd, Beck... 26 août 2006- Saint-Cloud Je suis assez d'accord avec la critique de XOF , mais ce qui m'étonne dans sa critique, c'est qu'il n'a pas du tout mis en avant le son anormalement bidon qu'à eu Radiohead pour son unique concert en france en tête d'affiche de ce festival.
J'ai été .../...
Je suis assez d'accord avec la critique de XOF , mais ce qui m'étonne dans sa critique, c'est qu'il n'a pas du tout mis en avant le son anormalement bidon qu'à eu Radiohead pour son unique concert en france en tête d'affiche de ce festival.
J'ai été vraiment deçue, c'est la troisième fois que je les vois sur scène et ce concert gagne la dernière place à mes oreilles.
Surtout quand je le compare au fabuleux concert aux eurocks en 2003, rien à voir; ils étaient beaucoup plus enthousiates et le son était vraiment parfait.
j'ai pas senti un super feeling sur la scène de st cloud.
Oui, je suis d'accord, rien à commenter sur la set list, mais le son bordel ! le son ! quelle honte ! beaucoup trop de basse, trop saturé, des balances baclées. "everything in its right place" et "there there" qui ne sonnent pas correctement. J'ai généralement la larme à l'oeil et les poils qui se hérrissent à leurs concerts, là j'ai eu un peu de peine et de déception. Mais tout de même beaucoup de respect à ce grand groupe qui me fait vibrer depuis plus de 10 ans.
Pour beck, terrible, grand show, un régal.
Grande découverte: Xavier Rudd. Comme il assure ce type ! Avec une caisse clair et un didgeridoo, il fait de la techno ! Un homme orchestre à découvrir absolument. Juste un peu trop de ressemblances avec Ben Harper. Réagir à cette critique
C’est donc aujourd’hui le grand jour, l’évènement musical mondial (au moins du point de vue français) : l’unique concert de Radiohead dans notre pays cette année. Côté ciel, c’est pas le pied, mais ç’aurait pu être pire. Côté public, le T-shirt Rock en Seine se porte moulant, le "taille basse" se porte vraiment bas (on devrait même plutôt parler d’un "haut des jambes" que d’un "taille basse"), les lunettes de la nana sur l’affiche ont fait de nombreux émules (un genre de vieilles RayBan que n’aurait pas renié notre ami Poncherello de la police motorisée de Los Angeles), et on a même vu un chasseur d’oursins, avec ses sandales plastique, s’étant certainement égaré… Mais Rock en Seine, ce n’est pas qu’un concours de beauté, c’est avant tout un festival, avec donc de nombreux groupes (et pas seulement un groupe, aussi important soit-il).
Nos oreilles ont donc eu l’occasion d’ouïr Broken Social Scene : un collectif canadien d’une dizaine de garçons et filles multi-instrumentistes. Pas facile de commencer la journée (par définition, en plein jour), alors même qu’une pluie fine commence à tomber sur les parapluies et les capuches (et même sur les flyers Mademoiselle K, format A3, impeccable pour se protéger). Cependant, leur mélange de pop symphonique, de jolies petites mélodies et de rock enlevé a contribué à mettre l’après-midi sur de bons rails. L’intervention de Feist sur quelques titres n’a fait qu’améliorer les choses. Alors même que l’on songe au vivier de groupes inventifs que constitue le Canada (Broken Social Scene, Arcade Fire, Bran Van 3000…), les gouttes cessent de tomber, pour ne jamais réapparaître de la soirée. Cool.
Direction la grande scène et Phoenix : s’appuyant essentiellement sur un intéressant dernier album, mais aussi sur quelques titres qui les avaient fait connaître il y a 6 ans, les six musiciens ont égrené une douzaine de chansons, ce qui fait un set assez court de 45 minutes (à moins qu’ils aient prévu de la place pour un éventuel rappel).
Un saut vers une autre scène pour voir Skin, l’ancienne chanteuse de Skunk Anansie et qui à ce titre, en reprend quelques titres. Son énergie est restée la même après deux albums solo. Malheureusement, elle a du mal à communiquer cette énergie au public qui vit ses derniers instants de repos avant une soirée en apnée.
La suite, c’est sur la grande scène avec The Dead 60’s : du rock mâtiné de dub, de ska, et qui rappelle pas mal The clash. C’est bien fichu, porté par le tube "riot radio" mais c’est pas très original.
Vient ensuite Beck. D’emblée, l’américain expédie les affaires courantes en commençant par son hit international "Loser". Mais pas n’importe comment : alors que la sono diffuse le tube dans sa version originale, des marionnettes, de type "fabulous thunderbirds" et à l’effigie de chacun des musiciens, font leur apparition devant un mini-rideau en fond de scène. Relayées par les écrans géants, les marionnettes font le show, jusqu’à l’apparition des musiciens qui, à mi-chanson, prennent le relais pile-poil, et terminent en ayant d’ores et déjà mis la plupart du public dans leur poche. Se succèdent alors des chansons très éclectiques, à l’image du chanteur, qui ce soir arbore sa panoplie de cow-boy (jean, gilet en velours, stetson), mais qui, le temps d’une chanson, se glissera dans la peau d’un ours en peluche ! Pour lui laisser le temps de s’accoutrer ainsi, un petit court métrage nous narre la découverte de Paris par les marionnettes : la tour Eiffel, les pigeons, les filles, et les chambres de palace mises à sac par ces petits personnages survoltés. Une fois terminé son numéro de hip-hop plantigrade, Beck revêt de nouveau sa tenue du Far West pour entonner quelques chansons folk correspondant davantage à son costume. Seul à la guitare et à l’harmonica, il laisse ses acolytes se rassembler autour d’une table pour boire un coup. Ceux-ci bonifient leur situation en faisant tourner leur doigt sur ces verres de cristal, en tapant sur les verres plus ou moins pleins, sur les plats, sur la table, pour fournir à Beck une section rythmique venue de nulle part. Un concert de musique créative riche d’idées, d’inventions, un vrai spectacle, bref, une heure de totale éclatche.
C’est donc vers 21h45 qu’arrivent sur scène ceux que tout le monde attend : Radiohead. Et quand on dit tout le monde, c’est vraiment tout le monde : plus une place de libre, serrés comme les bulles dans la mousse d’une Guinness, avec des brancards de la Croix Rouge ayant les pires difficultés à se frayer un chemin pour secourir quelques évanoui(e)s. On commence avec Airbag, titre inaugural de OK Computer, et on enchaîne avec des chansons piochées dans leurs cinq derniers albums, de The Bends jusqu’à Hail To The Thief, ce qui donne l’impression d’assister à une sorte de grand best of live. Thom Yorke a toujours cette dégaine d’ado tourmenté, et vit ses chansons au point de paraître possédé par des forces obscures. Il est peu dissert, même s’il se permet une ou deux blagounettes en français (exemple : je crois que vous connaissez la prochaine, avant d’entonner Paranoïd Androïd, et toute cette sorte de choses…). Ces potes sont très discrets, font leur taf sans grand éclat. Ils ont quand même gratifié leurs fans de trois ou quatre nouvelles bonnes chansons, ce qui est de bon augure, non seulement pour l’existence d’un prochain album, mais aussi pour sa qualité. Bref, pendant 1h45, Radiohead a enfilé les tubes, fournissant au public ce pourquoi il s’était déplacé en masse.