Hier soir, je me suis acheté le beau t-shirt de la 10è édition du festival de Big Band de Pertuis. Il a été dessiné par Chen Xi, une étudiante en arts graphiques de Marseille me semble-t-il. Et ce soir je reviens tout fier avec mon beau t-shirt. Moi qui pensait faire sensation, je suis assez déçu : une trentaine de festivaliers a eu la même idée que moi.
Ce soir au programme, une formation New Orleans, le Pierre Bruzzo Sextet et un Big Band annoncé comme moderne, Philippe Renault et le GranTorK.
Le New Orleans, c’est ce que préfère ma femme. Elle va donc être de bonne humeur pendant toute la première partie de soirée, c’est toujours ça de gagné. Moi j’adore aussi. La prestation ici même l’année dernière de Marc Laferrière m’avait enchanté. Cette année, c’est Pierre Bruzzo qui jouera le rôle de Sidney Bechet.
De gauche à droite, un pianiste, un contrebassiste (que ma femme a trouvé beau ce qui l’a mise d’excellente humeur), un batteur qui a joué avec «Pops» et un guitariste plein d’humour (faisant le modeste à chaque salve d’applaudissement du public à la suite de ses soli). Devant eux, les Bruzzo : François ? (pas sûr du prénom) au trombone et Pierre au saxophone soprano. Très bonne prestation de cette formation. A chaque solo de Pierre Bruzzo, en fermant les yeux, on pouvait voir les bateaux à roue à aube du Mississippi. En revanche, le trombone était beaucoup trop discret et en plus pas aidé par un micro crépiteux.
Pour la deuxième partie, on s’était mis d’accord avec ma femme : si ça ne nous plait pas (le jazz moderne, on n’est pas trop fan), on part à la mi-temps. Vu le prix (zéro euro rappelons-le), on n’aura rien à regretter.
Il était clair qu’on n’allait pas entendre du Duke Ellington de la soirée. La plupart des compositions étaient de Philippe Renault ou de ses musiciens, tout de blanc vêtus. Dès le premier morceau, le ton était donné : des saxos, des trombones, une trompette (Christophe Leloil) accompagnés d’un piano, une batterie, une basse et une guitare jouent un jazz moderne certes mais à la portée de toutes les oreilles pas trop sectaires. Et une originalité, la chanteuse en robe noire, dont la voix est un cuivre supplémentaire très agréable si on aime les « chadawap » ce qui est mon cas. Le GranTorK, nous explique Philippe Renault, professeur au Conservatoire de Marseille, est né en Arménie d’où sont originaires trois membres du groupe. Les autres membres sont pour la plupart des élèves (très doués) du tromboniste. L’un d’entre eux, le bassiste Sam Favreau a composé un morceau joué ce soir et qui m’a donné des frissons partout, à tel point que j’en ai retenu son nom ! C’est rare que j’aie un tel flash pour une composition lors de la première écoute.
Du coup, j’ai réussi à convaincre ma femme de rester pour la deuxième partie et comme sa très bonne humeur ne s’était pas encore estompée, elle a dit OK. Elle ne le regrettera pas. Plus accessible (il est vrai que Christophe Leloil y était allé un peu fort sur son premier solo), la deuxième mi-temps va nous permettre de découvrir des sonorités arméniennes (trois morceaux consécutifs dont un traditionnel) qui se marient parfaitement avec le jazz. De plus, Philippe Renault, pour rendre hommage à l’ «excellente organisation» de ce «festival exceptionnel» (tous les artistes qui passent ici en disent autant), a invité sur scène trois trombones de Pertuis dont Léandre Grau (qui ne joue jamais avec le Big Band qu’il dirige). Ces trois trombones nous ont régalés d’un dialogue de cinq minutes inoubliable. Un seul regret, que Philippe n’ait pas davantage soufflé dans son magnifique trombone vert pomme.
Les gradins étaient plus clairsemés lors de cette deuxième partie. C’est dommage car le spectacle était de qualité. Ceux qui sont restés ont demandé des prolongations et beaucoup ont acheté le t-shirt du festival. Qu’est-ce que je vais mettre demain, moi ?