En concert à l’Escapade, à Clermont-Ferrand, le groupe anglais
iLikeTrains a illuminé un lundi soir qui s’annonçait un peu sinistre. Juste après la prestation décevante de
The Delano Orchestra (la faute à un groupe manquant de pratique scénique et à une voix rendue inaudible par le mixage), les musiciens de Leeds prennent d’assaut la minuscule scène armés de leurs instruments, habillés en contrôleurs des chemins de fer de sa gracieuse majesté. Si de prime abord, on pense aux
Beatles (pour la coupe des vestes), dès le début du set, c’est plutôt
Joy Division, son intriguant leader
Ian Curtis et les guitares subversives du groupe
Mogwai qu’on a en tête.
iLikeTrains réussit en quelques instants à transformer un bar décoré de manière fort discutable (des fresques murales douteuses) en une véritable cathédrale sonore. Le prêcheur, le guitariste/chanteur
Dave Martin survole les débats avec son chant grave de stentor post punk ; malgré une voix sous mixée (décidément !), on se laisse emporter par le torrents d’émotions charriés par ses cordes vocales impressionnantes. Qui surfent sur un magma de guitares truffées d’effets spatiaux… C’est l’oeuvre de
Guy Bannister (quasi sosie de
Johnny Greenwood de
Radiohead, une influence qui se retrouve dans son jeu, particulièrement en show case acoustique), un brillant disciple du mur du son lumineux et léger comme l’air. Pour atteindre le nirvana sonique, il faut une section rythmique impeccable, ce qui est le cas ici. Il y a également un petit détail supplémentaire qui permet de tutoyer Dieu : les parties de cor d’
Ashley Dean s’invitent régulièrement à la messe (noire), amplifiant encore la puissance de l’effet étourdissant produit sur le spectateur/auditeur. Avec des projections mieux mises en valeur et un lieu plus adapté aux concerts, on n’ose imaginer la puissance de feu que pourrait dégager
iLikeTrains.
La botte secrète de ce groupe humble, discret et extrêmement prometteur est d’avoir pris soin d’allier un remarquable travail sur la matière sonore (les arrangements du disque
Progress . Reform sont magnifiques, et bien retranscris sur scène) avec un songwritting classieux et des textes intéressants.
iLikeTrains ne fait pas du bruit pour faire du bruit, tout est calculé et écrit avec une précision magistrale. Par exemple, quand le guitariste se saisit d’un archer, ce n’est pas pour faire comme
Jimmy Page dans
Dazed and Confused ou comme le guitariste de
Sigur Ros, c’est uniquement pour apporter un plus au morceau en cours. Quand on possède un petit pouvoir spécial pour écrire de bons morceaux, quand on dispose de musiciens doués, et qu’en plus on a sous la main un chanteur d’exception, le plus gros du boulot est fait, non ? Sorte de fantasme sonore pour ceux qui regrettent le manque de voix dans
Mogwai, iLikeTrains mérite sans aucun doute de tourner dans des salles de meilleur qualité, devant un public nombreux. Ce groupe à découvrir d’urgence devrait sous peu faire paraître un véritable premier album, très attendu par les amoureux des 7 titres inépuisables de
Progress . Reform.
Sites Internet :
www.iliketrains.co.uk,
www.myspace.com/iliketrains,
www.talitres.com,
www.myspace.com/talitres,
www.myspace.com/thedelanoorchestra,
www.myspace.com/derekdelanolovesyou.
Photos prises à La laiterie à Strasbourg par
Laurent Baillet,
www.tasteofindie.com