Très belle découverte à L’Escapade grâce aux bons soins des organisateurs du festival
Ultimo Auto Shop (qui aura lieu en à la mi novembre au même endroit)…
Penny Ikinger, c’est d’elle dont il s’agit, est une Australienne aussi inquiétante et sensuelle que douée pour créer des climats électriques sombres. Accompagnée par deux excellents musiciens français,
Dimi Dero à la batterie et
Vinz à la basse, la fascinante jeune femme a, plus d’une heure durant, permis un voyage sonique dans son univers trouble, mélancolique et déstabilisant.
Si elle sourit très peu sur scène et s’habille intégralement en noir,
Penny Ikinger semble néanmoins prendre un pied incroyable à jouer sur scène ses morceaux accidentés. Devant un public peu nombreux, certes, mais conquis. Sa voix raisonne comme un écho à celle de la troublante
Nico, son jeu de guitare, quant à lui, évoque souvent les riffs basiques et les parties bruitistes sidérantes de
Lou Reed dans le
Velvet Underground. Comme ceux de ses illustres aînés, la qualité des morceaux de Penny Ikinger tient souvent au fait qu’ils sont écrits très sobrement en partant d’un riff de guitare « punk rock basique », et portés par des parties vocales aussi plaintives qu’excitantes. Quand, tel un ange noir maudit voulant s’offrir un peu de plaisir après avoir susurré ses textes mystérieux, Miss Ikinger actionne ses pédales de distorsion pour branler sauvagement sa guitare, l’effet est proprement incroyable. Le magma sonore qui en résulte évoque des cris de jouissance perdus dans un océan de Wah Wah sauvagement malmenée. Parfaitement secondée par une section rythmique digne des plus grands éloges, l’Australienne peut alors emmener ses compositions où bon lui semble : vers des rivages bruitistes, ou sur des territoires un peu plus mélodiques. Au cours du concert,
Patti Smith et
PJ Harvey s’imposent à l’esprit comme des artistes évoluant dans des mondes musicaux proches. Et puis, c’est l’illumination, la révélation : en fait Penny Ikinger ne propose rien d’autre (et c’est déjà beaucoup) qu’une version féminine de
Neil Young and Crazy Horse rencontrant
Sonic Youth et le Velvet. En somme, des country folk songs savamment électrifiés…
Après s’être un peu plus lâchée (en racontant des anecdotes, un sourire aux lèvres) et avoir remercié aussi bien le public que ses musiciens émérites ou encore la première partie (le folk singer
Jim Yamouridis), Penny Ikinger quitte la scène de L’Escapade, laissant le public avec le sentiment tenace d’avoir assisté à un concert d’une rare qualité. Pour prolonger le plaisir, il va falloir jeter une oreille attentive à l’album qui vient de sortir sur le label du
Deniz Tek (le guitariste de
Radio Birdman). Il s’intitule
Electra, un nom qui irait comme un gant (en cuir noir) à Penny Ikinger.
Sites Internet :
www.pennyikinger.com,
www.myspace.com/pennyikinger.