Et une soirée rock’n roll bien réjouissante, une ! On ne remerciera jamais assez les Suppositorz et leurs amis de faire passer des groupes aussi excellents que les Lords Of Altamont (en 2006) et les Defectors (c’est eux qui nous intéressent aujourd’hui) dans nos contrées reculées… et ce dans des endroits permettant une proximité avec les artistes, comme L’Escapade, un bar sordide, crade, vendant une bière sentant la pisse… mais idéal pour les concerts rock ‘n roll.
The Suppositorz : toute la musique qu’ils aiment, elle vient de là, elle vient du rock garage !
Vers 21h30, et après quelques réglages réalisés sur scène, les Four Denim Boyz from Moulins démarrent sur les chapeaux de roue leur set puissamment rock garage par le traditionnel cri du cœur : « Brothers, sisters, we’re The Suppositorz and the fuckin’ denim’s back again ! » Même avec un micro vintage premier prix ne restituant pas toute la puissance vocale de Steve Andro, le chanteur/guitariste iguanesque, les quatre Suppo ont fait très bonne impression, en chauffant la salle à blanc pour les Defectors. Ces deux groupes étaient vraiment fait pour se rencontrer (leur noms et leur amour du rock garage parlant d’eux mêmes), les régionaux de l’étape le savent pertinemment et donnent tout : la guitare ron ashetonise, la basse vrombit, la batterie en prend pour son grade, l’orgue siffle et le tambourin en rajoute une couche… Ajoutez à cela des poses nonchalamment rock, des jeunes groupies très excitantes et – c’est sans doute un détail par les temps qui courent –, un répertoire en acier trempé et vous avez la recette d’une première partie tonitruante. Une première partie survolant les meilleurs titres des deux excellents disques des Suppositorz (I play in a denim band, Creeper twist, Injected suicide machine, Afternoon breakfast, 2H30 PM on the morning, Cum On, Great sex maker etc), avec quelques reprises saignantes (TV Eye des Stooges, The Witch des Sonics, Surfin’ bird des Trashmen) pour enfoncer – définitivement – le clou : toute la musique qu’ils aiment, elles vient de là, elle vient du rock garage !
The Defectors : à réveiller les morts…
Juste après, dans une Escapade très énervée par le houblon, la tension sexuelle et la perspective d’un long week end, les improbables (ce nom, quand même !) Defectors arrivent d’outre tombe : tout de noir vétus, avec des gueules patibulaires et un chanteur digne de figurer dans le who’s who des plus grands psychopathes du rock… Avec sa grande carcasse (notre homme doit mesurer 2 m,ètres au bas mot), ses yeux de malade mental, ses couteaux de boucher (qu’il range rapidement, ouf !) et sa voix caverneuse d’Iggy Pop gothique qui a l’air d’être tout juste sorti de son cercueil, la gars en impose, c’est le moins qu’on puisse dire ! Comme ses « petits camarades » ont compris l’essence de leur boulot (faire une boucan d’enfer avec les incontournables basse/guitare/batterie/orgue), l’autoroute de l’enfer défile à vitesse grand v. C’est du rock garage ultra percutant car teinté de psychobilly, de surf rock et d’une imagerie noire tout droit sortie d’une crypte humide et malsaine… Le groupe enchaîne les titres tous plus menaçants, entraînants et jouissivement infernaux les uns que les autres, comme Creepy crawl, Fuck you cause you’re looking good !, Resurrection, Bruised and satisified par exemple… Les pogos et autres facéties se succèdent pour aboutir au joyeux bordel que tout le monde espérait ardemment. Des corps, comme tétanisés par des crises d’épilepsie, survolent les têtes, le sosie de Gérard Depardieu monte sur scène pour hurler quelques chœurs, faire mine de jouer de l’orgue et se mettre des coups de baguette de batterie sur le front… tout va bien dans la moiteur collante de l’Escapade ! Le groupe est ravi de l’accueil ultra chaleureux qu’il reçoit, tout le monde passe donc un sacré bon concert. Qui se termine par un Paint it black quasi satanique et de nature à réveiller les morts. Mick Jagger et Keith Richard ont dû se retourner dans leurs tombes, c’est sûr…
The Plastic Gangsters : prolonger le plaisir rock.
Direction le Velvet pour un after parfait pour l’occasion : les Plastic Gangters et leur kyrielle de reprises rock garage bien senties se chargent, plus de deux heures durant, de prolonger le plaisir rock. Ce soir, les Plastic invitent leur amis à monter sur scène à chaque occasion ; des membres des Suppositorz, d’Ass Bandit, des Las Vegas Dead Brides, des Elderberries, de Quidam (sans oublier le virevoltant Dr Vince aux platines) unissent leurs efforts pour proclamer haut et fort (très fort !) leur amour du rock. Les Stooges, les Hives, les Cramps, Van Morrison, les White Stripes, Syd Barrett, les groupes des compiles Nuggets, entre autres perles, se voient donc honorés de violentes saillies… pour le bonheur d’un club aux anges. Seul petit regret : que le chanteur des Defectors, présent lui aussi avec son combo, n’ait pas repris le micro, même brièvement. Quoiqu’il en soit, on se souviendra de cette nuit rock’n roll comme on en souhaiterait en vivre plus souvent !
Troisième édition de fort bon aloi pour le mini festival Ultimo Auto Shop Music Hall… Deux soirées très chaudes à L’Escapade, un public nombreux et ravi d’avoir dépensé ses 5 petits euros, des groupes du cru et des vedettes américaines, que demander de plus ? Peut-être la présence des Naast aurait-elle été nécessaire pour apporter un peu de crédibilité rock ‘n roll à ces soirées garage, allez savoir…
Litlle Sexy Meringues : rafraîchissantes.
Si elles ont sans doute l’âge des Naast, les Litlle Sexy Meringues ne savent pas aussi bien jouer qu’eux, et on aurait presque envie de dire que c’est aussi bien… Sans se la péter, sans se prendre la tête, ce groupe de jeunes filles un peu délurées débute sur scène, dans un festival d’approximations assez réconfortant... Il y a du boulot, c’est sûr (même un des titres les plus accessibles du répertoire rock - I Wanna be your dog des Stoooooooooges - est joyeusement massacré), mais le résultat est rafraîchissant. A suivre à l’avenir, pour apprécier les progrès réalisés…
Las Vegas Dead Brides : méchamment garage.
Tous les espoirs sont permis, même des « vieux » comme les Las Vegas Dead Brides sont capables de faire des progrès… Leur prestation scénique - avec leur nouveau batteur (parfait !), les nouvelles attributions de Schmidt (lead guitariste, on croit réver !), les nouvelles coupes de cheveux (bien dégagé derrière les oreilles… ) du bassiste et du guitar hero - est de nature à laisser présager une avenir radieux à ce combo qu’on qualifiera de méchamment garage. Il faudrait juste pouvoir bénéficier d’une meilleure sono, du genre de celles permettant d’apprécier le chant à sa juste valeur. A part ça, les morceaux sont bons, ces musiciens-là sont contents de jouer, ils ont la putain d’attitude nécessaire et sont animés par une saine passion pour le rock ‘n roll, le punk, le garage et le blues surf… Ce qui ne gâte rien, les nouveaux titres sont percutants, avec en particulier une tentative réussie de surf n’ blues. Il va désormais falloir se produire plus souvent sur scène messieurs…
The Pantsuckers : intenables.
Au début, les Pansuckers nous ont fait un peu peur. Malgré leur très agréable et très communicative bonne humeur, le chant - pas assez garage, trop linéaire - nous empêchait de prendre notre pied. Et puis, grâce à la présence de plusieurs chauffeur de salle (dont un très alcoolisé sosie de Gérard Depardieu, aussi facétieux que costaud, en slammeur fou et en porteur de musicien), le groupe élève son niveau de jeu pour devenir véritablement intenable. Pogo, slams, cris de joie se succèdent à un rythme effréné : une ambiance de feu donc. Les Nantais ne semblent pas en revenir, les Clermontois sont eux-aussi capables de péter les plombs ! Tout le monde semble prendre son pied sur scène (chanteur torse nu, organiste fou, guitariste rageur, batteur dingue et bassiste pas maladroit… ) et dans la salle… Tant est si bien que le groupe se voit contraient de rejouer une partie de son set (dont une reprise des Animals), à la grande joie de l’assistance, enflammée comme jamais…
The Suppositorz : percutants.
Le lendemain, la morosité du dimanche soir est balayée d’un virulent revers de la main par les Suppositorz, en bien meilleure forme que lors de leur dernière prestation à la Coopé. C’est mieux quand on entend la voix, la guitare l’orgue, la basse et la batterie, non ? Le punk rock bien garage des Suppositorz est percutant, réjouissant (voire jouissif parfois) ; en tout cas, il donne envie de faire la fête. Les influences multiples et bien choisies s’entendent (par exemple, ce soir The Witch des Sonics et Russian roulette des Lords Of The New Church seront joués) dans les compositions, mais sans que l’on puisse parler de plagiat ; les morceaux sont bien foutus, et restent en tête. On passe donc un très bon moment avec l'un des meilleurs représentants auvergnats en matière de rock (la présence du groupe sur la compile MC1, back in Clermont-Ferrand n’est pas un hasard !). Seule la fin du show sera décevante, à cause d’un micro récalcitrant.
The Lords Of Altamont : une démentielle tornade sonique…
Un problème qui gênera le début et la fin du set d’anthologie des Lords Of Altamont. Pour leur deuxième fois à L’Escapade et leur troisième fois à Clermont-Ferrand cette année, les Lords ont fait les choses en grand : répertoire plus garage, plafond défoncé à coups de têtes, de pieds de micro et de guitares, final apocalyptique avec la batterie placée au milieu du public, sourires et complicité avec la foule et les Suppositorz… Si ces gars-là sentent un peu des dessous de bras dans leurs blousons de cuir (surtout le batteur/fou furieux !), ils respirent surtout la passion pour ce qu’ils font. Et ça fait – vraiment - plaisir à voir… et à entendre ! Ensemble sur une scène, ils sont capables de déclencher en un rien de temps une démentielle tornade sonique. Un peu comme si les Stooges, les Stones, les Cramps, les Sonics et les Fuzztones jouaient au même moment sur scène ! Un bonheur pour tous les fans de rock ‘n roll que ces Lords Of Altamont… En toute logique, cela donne des envies de slam à de nombreuses personnes et occasionnera un plafond défoncé au niveau de la salle cette fois-ci (après la scène), décidément… Ce n’est pas très sympa pour la patron du bar, mais comment résister au cyclone Lords Of Altamont ? L’imparable set list (piochée dans les deux albums du groupe) est une veritable invitation à tout casser : Knock Knock, Time has come (deux belles reprises), She cried, The 7th day, Lean on me, Too old to die, The Split, Born to lose etc etc. Pourquoi ne pas revenir en 2007 ? Le plafond sera refait, vous pourrez chercher à le détruire…
My Name Is Nobody + Healthy Boy + St Augustine 16 novembre 2006- L'Escapade, Clermont-Ferrand Loin de la beauferie ambiante en ce soir de Beaujolais Nouveau, My Name Is Nobody, Healthy Boy et St Augustine ont proposé une mémorable soirée folk à L’Escapade, à la mi novembre. C’est dans un bar quasiment déserté par le public (les Naast étaient .../...
Loin de la beauferie ambiante en ce soir de Beaujolais Nouveau, My Name Is Nobody, Healthy Boy et St Augustine ont proposé une mémorable soirée folk à L’Escapade, à la mi novembre. C’est dans un bar quasiment déserté par le public (les Naast étaient programmés juste avant à la Coopérative de Mai) que le concert a eu lieu, rendant ces instants encore plus beaux pour les spectateurs assis devant la scène.
Seul avec sa guitare et son micro, St Augustine démontre son excellente forme du moment : morceaux très bien écrits et superbement chantés, jeu de guitare sobre et classe, une jolie reprise de My Girl des Temptations... Ce jeune barbu a l’avenir devant lui ; il est d’ailleurs en train d’apporter la touche finale à son premier album…
Dans un style également très dépouillé, My Name Is Nobody a véritablement illuminé la fin de soirée avec ses morceaux folk pop saisissants de beauté. Les mélodies restent en tête, la voix - entre Nick Drake et Cat Stevens - provoque un torrent d’émotions ; il est impossible de relâcher son attention un seul instant, tant les morceaux sont marquants… Dans le dénuement le plus total (une guitare, une voix), My Name Is Nobody impressionne durablement. Sans aucune esbroufe, sans artifice, sans vouloir faire authentique à tout prix, en jouant simplement une musique qui lui tient à coeur. Comme son collègue Healty Boy, qui le rejoint à la fin pour quelques morceaux sidérants, eux aussi. Les deux voix (l’un aigue, l’autre grave) se mélangent parfaitement, le deux guitares se complètent idéalement et c’est le paradis folk pop. Pas la peine d’en rajouter… Ah si, les albums de My Name Is Nobody, I hope you are well… , et Healthy Boy, A two steps promenade, sont à découvrir rapidement par tous les amateurs de folk.
Jack Lewis et ses musiciens ont fait une halte fort réjouissante à L’Escapade, à Clermont-Ferrand, début novembre. Après une première partie parfaitement assurée par le sobre duo (folk, pop et soul) Leopold Skin + ST Augustine et avant la prestation - entre rock planant et folk mélancolique - d’un Delano Orchestra en gros progrès, le petit frère de Jeffrey Lewis a démontré que quand un musicien a la foi, du talent et l’envie de jouer, rien ne peut l’empêcher de donner un concert mémorable. Pas même un lieu un peu déserté, une sono pourrie ou du matériel à deux doigts de rendre l’âme…
Non, en ce joli ce soir de novembre, Jack Lewis et son excellent groupe comptant en son sein deux autres songwriters, sont en grande forme. D’un naturel confondant, d’une gentillesse rafraîchissante et d’une humilité incroyable, le « leader » du groupe propose un set de cinquante minutes où son jeu de basse ultra rock (voire punk), sa voix (très proche des superbes dérapages de Stephen Malkmus de Pavement), ses compositions (entre folk, rock lo-fi et punk) et ses textes surréalistiquement drôles et osés font merveille. Comme à la maison ou en répétition, les musiciens s’interrogent entre les morceaux pour savoir ce qu’ils vont chanter quelques secondes après ; chacun a droit à son mini tour de chant, personne ne joue à la star, surtout pas Jack Lewis, qui semble prendre un pied incroyable à se mettre au service des autres chanteurs de son groupe, The Cutoffs. Les instruments tournent, les styles abordés sont radicalement différents, mais l’essentiel est là : il se passe quelque chose sur scène, il y a de la vie… Malgré les approximations et un son de basse au-delà du lo-fi. Les amis d’Herman Düne (Jack Lewis joue souvent de la basse sur scène ou en studio avec eux) leur rendent un vibrant hommage sous la forme d’un jolie reprise des franco suédois ; plus tard, ce sera au tour de comme Morrissey d’être repris. Car après la fin de son set et la bonne prestation du Delano Orchestra, Jack Lewis, qui était resté dans la salle pour assister au concert, se fait prier (à peine 10 secondes !) avant d’accepter de remonter rapidement le matériel et de rejouer une demi heure. Des tubes de son répertoire (le percutant et ironique The day Neil Young Died) ou des reprises (Last of the gang to die de l’ex frontman des Smiths)… Une conclusion idéale et en toute simplicité pour un concert qui restera en mémoire.
Penny Ikinger 17 octobre 2006- L'Escapade, Clermont-Ferrand
Très belle découverte à L’Escapade grâce aux bons soins des organisateurs du festival Ultimo Auto Shop (qui aura lieu en à la mi novembre au même endroit)… Penny Ikinger, c’est d’elle dont il s’agit, est une Australienne aussi inquiétante et .../...
Très belle découverte à L’Escapade grâce aux bons soins des organisateurs du festival Ultimo Auto Shop (qui aura lieu en à la mi novembre au même endroit)… Penny Ikinger, c’est d’elle dont il s’agit, est une Australienne aussi inquiétante et sensuelle que douée pour créer des climats électriques sombres. Accompagnée par deux excellents musiciens français, Dimi Dero à la batterie et Vinz à la basse, la fascinante jeune femme a, plus d’une heure durant, permis un voyage sonique dans son univers trouble, mélancolique et déstabilisant.
Si elle sourit très peu sur scène et s’habille intégralement en noir, Penny Ikinger semble néanmoins prendre un pied incroyable à jouer sur scène ses morceaux accidentés. Devant un public peu nombreux, certes, mais conquis. Sa voix raisonne comme un écho à celle de la troublante Nico, son jeu de guitare, quant à lui, évoque souvent les riffs basiques et les parties bruitistes sidérantes de Lou Reed dans le Velvet Underground. Comme ceux de ses illustres aînés, la qualité des morceaux de Penny Ikinger tient souvent au fait qu’ils sont écrits très sobrement en partant d’un riff de guitare « punk rock basique », et portés par des parties vocales aussi plaintives qu’excitantes. Quand, tel un ange noir maudit voulant s’offrir un peu de plaisir après avoir susurré ses textes mystérieux, Miss Ikinger actionne ses pédales de distorsion pour branler sauvagement sa guitare, l’effet est proprement incroyable. Le magma sonore qui en résulte évoque des cris de jouissance perdus dans un océan de Wah Wah sauvagement malmenée. Parfaitement secondée par une section rythmique digne des plus grands éloges, l’Australienne peut alors emmener ses compositions où bon lui semble : vers des rivages bruitistes, ou sur des territoires un peu plus mélodiques. Au cours du concert, Patti Smith et PJ Harvey s’imposent à l’esprit comme des artistes évoluant dans des mondes musicaux proches. Et puis, c’est l’illumination, la révélation : en fait Penny Ikinger ne propose rien d’autre (et c’est déjà beaucoup) qu’une version féminine de Neil Young and Crazy Horse rencontrant Sonic Youth et le Velvet. En somme, des country folk songs savamment électrifiés…
Après s’être un peu plus lâchée (en racontant des anecdotes, un sourire aux lèvres) et avoir remercié aussi bien le public que ses musiciens émérites ou encore la première partie (le folk singer Jim Yamouridis), Penny Ikinger quitte la scène de L’Escapade, laissant le public avec le sentiment tenace d’avoir assisté à un concert d’une rare qualité. Pour prolonger le plaisir, il va falloir jeter une oreille attentive à l’album qui vient de sortir sur le label du Deniz Tek (le guitariste de Radio Birdman). Il s’intitule Electra, un nom qui irait comme un gant (en cuir noir) à Penny Ikinger.
iLikeTrains + The Delano Orchestra 9 octobre 2006- L'Escapade, Clermont-Ferrand
En concert à l’Escapade, à Clermont-Ferrand, le groupe anglais iLikeTrains a illuminé un lundi soir qui s’annonçait un peu sinistre. Juste après la prestation décevante de The Delano Orchestra (la faute à un groupe manquant de pratique scénique .../...
En concert à l’Escapade, à Clermont-Ferrand, le groupe anglais iLikeTrains a illuminé un lundi soir qui s’annonçait un peu sinistre. Juste après la prestation décevante de The Delano Orchestra (la faute à un groupe manquant de pratique scénique et à une voix rendue inaudible par le mixage), les musiciens de Leeds prennent d’assaut la minuscule scène armés de leurs instruments, habillés en contrôleurs des chemins de fer de sa gracieuse majesté. Si de prime abord, on pense aux Beatles (pour la coupe des vestes), dès le début du set, c’est plutôt Joy Division, son intriguant leader Ian Curtis et les guitares subversives du groupe Mogwai qu’on a en tête.
iLikeTrains réussit en quelques instants à transformer un bar décoré de manière fort discutable (des fresques murales douteuses) en une véritable cathédrale sonore. Le prêcheur, le guitariste/chanteur Dave Martin survole les débats avec son chant grave de stentor post punk ; malgré une voix sous mixée (décidément !), on se laisse emporter par le torrents d’émotions charriés par ses cordes vocales impressionnantes. Qui surfent sur un magma de guitares truffées d’effets spatiaux… C’est l’oeuvre de Guy Bannister (quasi sosie de Johnny Greenwood de Radiohead, une influence qui se retrouve dans son jeu, particulièrement en show case acoustique), un brillant disciple du mur du son lumineux et léger comme l’air. Pour atteindre le nirvana sonique, il faut une section rythmique impeccable, ce qui est le cas ici. Il y a également un petit détail supplémentaire qui permet de tutoyer Dieu : les parties de cor d’Ashley Dean s’invitent régulièrement à la messe (noire), amplifiant encore la puissance de l’effet étourdissant produit sur le spectateur/auditeur. Avec des projections mieux mises en valeur et un lieu plus adapté aux concerts, on n’ose imaginer la puissance de feu que pourrait dégager iLikeTrains.
La botte secrète de ce groupe humble, discret et extrêmement prometteur est d’avoir pris soin d’allier un remarquable travail sur la matière sonore (les arrangements du disque Progress . Reform sont magnifiques, et bien retranscris sur scène) avec un songwritting classieux et des textes intéressants. iLikeTrains ne fait pas du bruit pour faire du bruit, tout est calculé et écrit avec une précision magistrale. Par exemple, quand le guitariste se saisit d’un archer, ce n’est pas pour faire comme Jimmy Page dans Dazed and Confused ou comme le guitariste de Sigur Ros, c’est uniquement pour apporter un plus au morceau en cours. Quand on possède un petit pouvoir spécial pour écrire de bons morceaux, quand on dispose de musiciens doués, et qu’en plus on a sous la main un chanteur d’exception, le plus gros du boulot est fait, non ? Sorte de fantasme sonore pour ceux qui regrettent le manque de voix dans Mogwai, iLikeTrains mérite sans aucun doute de tourner dans des salles de meilleur qualité, devant un public nombreux. Ce groupe à découvrir d’urgence devrait sous peu faire paraître un véritable premier album, très attendu par les amoureux des 7 titres inépuisables de Progress . Reform.