Plus ça va et plus je suis heureux de vivre à Reims. Hier soir, mon petit bonheur a été de reconnaître le batteur des
Volfonis, Bruno Rousseau.
Son visage m'était familier. Je l’avais déjà vu, rue de l’Ecu. Je l’avais filmé, même, dans son magasin, Allocouches. Oui, le batteur des Volfonis vend des couches ! Des couches lavables. Un concept qui mêle soucie d’économie et d’écologie.


Ce n’est pas le seul écolo du groupe. Le chanteur, Thierry Wippler(déjà vu et entendu dans les
Poseurs) est un militant des Verts, parti pour lequel il risque de se présenter comme candidat aux législatives. Dans sa vie pas verte Thierry est conseiller principal d’éducation au collège de Rilly-la-Montagne. Les autres, Antoine (prononcez Tonio) Proust-guitare, Matthieu Kaltenbach-basse, Sebastien Perotin-guitare sont gardien d’immeuble, professeur à la fac de pharmacie et musicien, tout simplement.
Je n’accorde pas de signification particulière aux métiers que peuvent pratiquer les musiciens dans leur vie civile, mais quand même… Des couches, lavables, ça sort de l'ordinaire.
Cette découverte ne fut pas mon seul plaisir de la soirée. J’ai aussi apprécié la musique des Volfonis, ce qui fut, presque, une surprise.
Les Volfonis existent depuis 1991. Ils sont nés sur les cendres de
Funeral Service, un groupe de garage pop qui sévit durant les années 80 et dans lequel jouait déjà Thierry, Antoine et Matthieu. J’avais déjà vu les Volfonis, en novembre, à la Cartonnerie, sur une large scène, en première partie des Saints. Je n’avais pas été emballé. Hormis Thierry, ils sont plutôt statiques et leur musique sonnait comme de la musique de vieux rockers anglophiles, sans relief. Ils aiment bien les
Dogs, par exemple, un défunt groupe de Rouen, fameux pour beaucoup (parmi les plus de 40 ans) et dont j'ai du mal à saisir la portée historique.
A l’Excalibur, mon point de vue, sur les Volfonis, a évolué. L’Excalibur est un café-concert. Il n’y a pas de scène et les musiciens jouent très près les uns des autres. Ce n’est pas pratique si l’on veut sauter dans tous les sens (n’oublions pas qu’une armée de pantins est accrochée au plafond), mais cette promiscuité a l’avantage de resserrer les liens du groupe et de le rapprocher des spectateurs.

Voilà, et puis j’avais visité leur page myspace où j’avais écouté quatre de leurs morceaux. Ces quelques riffs en tête, je me suis laissé plus facilement happer par la prestation des vétérans rémois. J’ai aimé le son des guitares, la violence du batteur et la voix éraillée du chanteur. Il n’y a rien d’original dans cette tambouille, mais c’était mené prestement dans l’esprit du maximum rock’n’roll, avec un certain savoir faire dans l’écriture comme dans l’interprétation. Thierry est un gars très gentil, un Ardennais, mais quand il s'agit de suer sur un micro, il s'y entend. Et puis, surtout, nous étions entre amis. Tout le monde se connaissait dans ce café. Et les Volfonis avait envie d'épater leurs copains. D'où de très bons moments.
J’étais heureux quand ils jouèrent leur morceau en français,
Fier de ne rien faire qui en fait n'est pas d'eux mais des
Olivensteins. J’étais encore plus heureux quand ils firent leur reprise du
Zig Zag Wanderer de
Captain Beefheart (
Safe as milk). La seule fausse note fut
Keep on rockin’ in a free world, une moche chanson de
Neil Young qu’ils réussirent à rendre plus moche. On les excuse. C’était mission quasi impossible pour eux tant le timbre de Thierry est éloigné de la voix du loner.
Ils ont joué assez longtemps comparés aux jeunes Hipshakes. Une heure environ contre une demi-heure pour les anglais.


C’était bien assez d’ailleurs. Les meilleures blagues sont les plus brèves et les
Hipshakes ressemblent à une blague. Bonne ou mauvaise ? Je ne sais pas. Ca m'a laissé pensif. Par contre, j'ai aussi rigolé, ça c'est certain. Et de bon coeur.
Les Hipshakes ont vingt ans. Andrew Anderson, Dan Russel, Bruce Sargent. Basse, guitare, batterie. Ils ont joué vite. Très vite. Pas plus vite que la lumière, mais au moins plus vite que leurs doigts. Le bassiste criait la plupart des mots. Le guitariste l’accompagnait de temps à autre. Le batteur, comme on peut le constater sur la photo a plutôt une bonne gueule. Il m’a fait penser à ma jeunesse lorsque je m’essayais à la batterie sur les cageots de mon grand-père. La même précision dans la frappe, la même rigueur dans le martèlement. Je n’ose pas vous parler de mon adolescence, mais là aussi le groupe m’a rappelé ces longs moment passés à m’+++++. Au moins c’était drôle et plutôt sain (le concert pas mon adolescence).
Un expert a reconnu une reprise,
Strong come on des
Oblivians. Je ne connais pas ce groupe. Les Hipshakes en font une de leurs principales influences. Oui, ils sont influencés. Moi, je n’ai rien reconnu en terme de musique. Visuellement, leur spectacle m’a rappelé les premiers concerts du mouvement hardcore de Washington.
Des types s’agitent, frénétiquement, ils produisent du bruit, par tranche d’une minute, et autour, c’est la folie. Les gens se sautent dessus, ils suent, ils se cognent. Il n’y a pas eu de débordement de violence hier parmi le public, seuls quelques cris de bonheur et une main tendue vers la gorge du chanteur. Une main ouverte, offerte, qui ne s’est jamais refermée.