Où peut mener la vie provinciale ? Au fond du lit avec une cuite carabinée. Avant, à Paris, j'allais incognito aux concerts. Personne ne me connaissait et je prenais grand soin d'adresser la parole à personne. Mais maintenant que je vis à Reims depuis un an, je ne peux plus me cacher. On me reconnaît, on me salue et, horreur on m'offre à boire. N'oublions pas non plus l'influence néfaste des marionnettes de l'Excalibur. Je l'affirme, ces pantins envoient des messages subliminaux qui poussent à la consommation. Whisky, Ricard, vin rouge, bière et me voici entre la vie et la mort, les doigts tremblants de ma soûlographie.
Il y avait beaucoup de monde à l'Excalibur ce soir, bien plus que les trois précédents concerts de rock garage organisé en ce même lieu. Le noyau dur de cette foule était constitué de membres du forum de
Reimspunknroll, un site consacré la vie musicale, culturelle et politique de Reims: Buko, Den, Monsieur de Fursac, Jean-Claude, Butch, Jyuri, Telegramme de Landerneau, Modfather, Kox, Demolition grrrl, Buch… Il y en avait probablement d'autres, mais je débute dans cette société, il y en a encore toute une tripotée à découvrir et à identifier.
Et donc voilà, je serre des mains, je fais des sourires, sans trop me forcer puisque cette faune est des plus charmantes, je vide des verres et je fais des mélanges. Je sais, ma défunte grand-mère me l'a dit mille fois, il ne faut jamais faire des mélanges. Mais j'aime ça, les mélanges, la variété, le changement. Vive le camarade Lev Davidovitch Bronstein, vive
Trotsky et vive la révolution permanente !
Ce soir, comme par hasard, deux formations très différentes l'une de l'autre. Tout ce que j'aime.
Les Terribles, un groupe yéyé, français, donc.
The Spits, groupe de cancres, éternels redoublants de la Rock'n'roll High School, Ramonesque à souhait, donc.


Il y a quelques jours, je vous avais parlé des
Lionceaux, un groupe des années 60, à l'occasion d'un concert de reformation. C'était bien, rafraîchissant, mais cela rockait autant que peut rocker un groupe qui compte deux membres de la majorité municipale en son sein (à Reims c'est l'UMP). Les Terribles ne sont pas précisément des revenants des sixties. Leur boisson totem, ce n'est pas le lait fraise, mais le Ricard tomate. Le Ricard tomate… Vous imaginez tout l'éventail de possibilités que permet un Ricard tomate.



Les Terribles rockent du feu de dieu. Le batteur est terrible, le bassiste est terrible, le guitariste est terrible, la chanteuse est terrible et le clavier, vous savez quoi, il est terrible ! Ils sont très bons et leur musique donne envie de danser le jerk, le madison ou le watusi. Leur répertoire se compose de reprises, d'adaptations et de compositions originales qui semblent échappées du coffret Nuggets qui compile la vague psychédélique américaine (1965-1968).
Seule réserve pour ce soir, on n'entend pas les paroles. Et dans ce cas, ce n'est pas loin d'être criminel. Une grande partie du charme de ce groupe est que Rudy, sa chanteuse, vocalise en français.
Je regarde devant moi
Je ne vois que du noir
Et je me demande si je peux
A nouveau te revoir
Tu m'as laissé y croire
Je suis là seule dans le noir
Oui, comme tous les soirs.
Beaucoup d'histoires d'amour, des baisers, des ruptures, on retrouve dans leurs paroles l'inconscient collectif d'une génération dont les seuls centres d'intérêts semblait être le flirt et s'amuser. Et comme nous en sommes, quarante après, très, très loin, on est comme transporté dans une dimension parallèle à l'écoute des Terribles. Enfin, presque, puisque je n'ai pratiquement rien entendu des paroles et c'est très dommage.

Chez les Spits, je ne crois pas faire fausse route en disant que leurs textes n'ont pas grande importance. Les compos non plus. Tout ça se résume en 1,2,3,4 let's go. Deux minutes de tatapoum, quelques mots hurlés avec un bel accent chewing gum prolétarien. Plus un orgue. Un orgue qui envoie des spirales de sons qui créé toute la dynamique propre à ce groupe (deux frères, les frères Wood, plus un batteur et un clavier). Au début, je n'ai pas bien compris tout l'amour que portait Olivier Maussant (l'organisateur de ces soirées) à ces simili-Ramones originaires de Seattle. Mais les morceaux s'enchaînant, le rythme s'enhardissant, il faut bien reconnaître que je ne suis pas resté insensible à leur crétinisme punk. Comme mes autres camarades, qui affichaient un seul et même sourire de contentement crétin.

Par souci de me cultiver, j'ai acheté un de leur album. Je l'ai écouté une première fois aujourd'hui entre deux courses aux toilettes. C'est très surprenant. Je n'ai absolument pas retrouvé l'énergie et le son de leur concert. On dirait que ça sonne comme un gros de tas de merde enregistré avec du matériel acheté dans un surplus de l'armée Rouge. Très étrange. Je crois que je vais le réécouter.
Sites de
The Spits:
http://www.thespits.com/
http://www.myspace.com/thespits
Sites des
Terribles:
http://les.terribles.free.fr/
http://profile.myspace.com/index.cfm?fuseaction=user.viewprofile&friendid=38048713
D'autres récits de concerts et quelques âneries:
http://www.myspace.com/lasseguette