Ah qu’il faisait bon somnoler le matin au bord des plages de la baie de Saint-Malo. Le vent était vif toutefois, un peu dur même ; pointe de la Sarde, un concours de pêche en haute mer était annulé.
Christopher O’ Riley : Radiohead à marée basse
Vers 16h, c’est par hasard que je tombe sur le petit concert de
Christopher O’ Riley. Son piano est posé au pied des remparts et autour de lui des centaines de spectateurs se sont assis sur le sable. La plage est l’endroit le plus agréable du festival. C’est gratuit, un public autre que les jeunes-vieux, dont je suis, peut profiter des artistes invités, et mieux encore, on peut y écouter de la musique sans se soucier du coude de son voisin ou des pieds de sa voisine.
Christopher O’ Riley est un pianiste de musique classique, plus familier des auditoriums que des festivals de rock en plein air. Interprète talentueux de
Chostakovitch et de
Prokofiev, l’américain est aussi un grand fan de
Radiohead. Sa passion l’a ainsi conduit a enregistré un disque,
True love waits, dans lequel il a adapté des chansons de son groupe fétiche à son instrument de prédilection, le piano.
Je ne suis pas moi-même un grand amoureux de Radiohead, je possède et connais néanmoins la plupart de leurs disques et j’avoue ne pas avoir reconnu un seul morceau du quintette d’Oxford lors de ce concert. C’était beau, plaisant et apaisant, du piano un rien sentimental, mais nous étions bien loin de Radiohead. Son interprétation a tendance à niveler toutes les chansons et à réduire leur énergie et leur souffle à bien peu de chose.
O’ Riley aime aussi
Elliot Smith et il nous en interprète quelques morceaux en guise de conclusion à son récital. Même traitement pianistique, même impression de vide. Les notes sont là mais le compositeur original a bel et bien disparu.
Boom Bip : instrumental et pas chiant
Trois heures et deux glaces plus tard, je suis de retour au fort de Saint-Père. La veille, j’étais resté assez éloigné de la scène, cette fois je décide de me rapprocher des artistes et d’apprécier ainsi la compétence des personnes chargées de la sécurité. L’une d’elles semble être un fan de
Dropkick Murphys, un vrai dur en tout cas, tatoué de près. Le gaillard tient sa mission très au sérieux. Dressé sur ses ergots, il guette le moindre téléphone portable brandi dans les airs. Sans accréditation, il est interdit de photographier. Alors notre homme saute dans tous les sens pour montrer les dents à chaque fan assez inconscient pour se laisser aller à vouloir garder un souvenir de la soirée. Et si ce n’est pas assez clair, il franchit la barrière pour arracher l’appareil au contrevenant, le tout agrémenté de quelques paroles acerbes. Le même garçon s’inquiète aussi de la qualité des boissons ingurgités par les festivaliers. Il y a de la bière à vendre sur tout le pourtour du site, ce serait tellement peu fair-play de notre part de boire un autre alcool… Il renifle ainsi à l’occasion les bouteilles suspectes. Un vrai boute-en-train.
Pendant ce temps, sur scène,
Boom Bip joue des airs plutôt captivants. De son vrai nom
Bryan Hollon, l’américain est entouré par un vrai groupe composé d’un bassiste, d’un guitariste et d’un batteur. On est entre rock et hip-hop. Ni nerveuse, ni enjouée, sa musique n’est pas la plus évidente en plein air, mais elle séduit chaque personne qui lui confie ses oreilles et dans la public nous sommes nombreux à dodeliner de la tête au rythme des booms bips de Boom Bip. Une réussite.
Maximö Park : un nouveau groupe britannique dispensable
Les premières bousculades surviennent avec l’arrivée de
Maximö Park. Des jeunes filles, surtout, et quelques vieux ados se pressent devant les barrières pour accueillir des Anglais, qui ne demandent qu’un peu d’hystérie pour jouer aux rockstars.
Paul Smith, le chanteur, et
Lukas Wooler, le clavier, se la racontent à mort, accumulant poses et œillades pour un public qui ne demande qu’à défaillir pour de nouvelles idoles. C’est amusant, sans plus, car les chansons, elles, ne sont pas à la hauteur de ces cris d’admiration. Je dois dire que je suis même franchement dépité dans un premier temps de voir tous ces charmants jeunes gens pogoter pour si peu. Du tatapoum sans relief. Je n’ai retenu que l’intro d’une chanson, tout le reste ne m’a semblé que radotage pop. Il faut reconnaître cependant que l’ambiance est là. Le groupe joue et surjoue, les fans sont heureux et le reste du public commence à se débrailler et à se sauter dessus.
The Polyphonic Spree : oubliez les polyphonies corses
Le débraillage collectif va s’intensifier avec l’arrivée de
The Polyphonic Spree. Le contraire aurait été étonnant. Voir débouler une vingtaine de musiciens et de choristes en longue robes blanches, voir cette même légion d’ahuris texans sauter dans tous les sens, et pointer le doigt dans votre direction pour vous dire que oui il y aura aussi une place pour toi au paradis, et tout cela en faisant tinter harpe, cor de chasse, trompette, guitares… voir ça, pour tout être en mal d’amour et de musique, le genre d’être que l’on croise en de nombreux exemplaires dans les festivals de musique, ce genre d’expérience donc ne peut que susciter clameur, hystérie et joie. Et tel est le cas en effet.
Les compositions en elle-même ne sont pas beaucoup plus travaillées que celles de Maximö Park, les chansons se résumant souvent à la simple répétition d’une seule et même phrase. Mais le concept est là un peu plus original : les robes, la harpe, la chorale -avec dans la chorale des filles angéliques (des yeux, des joues)- et la mise en scène messianique. C’est un régal pour les yeux. Je suis alors tout proche de la scène. J’ai cru un instant que j’allais à mon tour m’élever dans les airs pour rejoindre le percussionniste perché à quinze mètres du sol, au milieu des éclairages, pour taper avec lui dans le tambour qu’il avait emporté dans son escalade.
Sonic Youth : trop court
Ah on peut dire que nous sommes heureux à ce moment. Mis en extase par
The Polyphonic Spree, nous attendons la communion avec
Sonic Youth, suants et trépignants, nous pressant les uns contre les autres, tels des chiites en Irak. Tant de ferveur mérite le respect, là encore pourtant, ce n’est pas le sentiment que nous renvoient les costauds chargés de la sécurité. De l’eau circule déjà parmi nous, sous forme de bouteilles, grâce aux bons soins de ces mêmes costauds, mais ils considèrent visiblement que ça ne suffit pas, alors muni d’un tuyau d’arrosage, ils nous aspergent, à la manière des forces anti-émeutes, pour nous apprendre à rester calme. On se prend ainsi des gros paquets d’eau sur la gueule, alors qu’il ne fait pas si chaud, que le soleil vient de se coucher et que le vent souffle. De plus, pour ma part je porte des lunettes et l’eau sur les verres ça n’aide pas pour voir un spectacle.
Entre deux jets, je peux toutefois garantir avoir bien vu Sonic Youth.
Kiiim Gooordon !
Thuurston Mooore ! Les papes de l’underground! Les plus cools des pas cools. Ils sont venus. Ils ont joué.
Brother James, Schizophrenia, Kool Thing, Teenage Riot…. Et j’ai frissonné de plaisir sur les premières notes de l’intro de ce dernier titre. Thurston et ses guitares furent magistrals. Mais que ce fut court ! Un mini best-of, avec la petite déception de n’entendre aucun titre de leur excellent avant dernier album
Murray Street.
Metric : on l’appelle Emily
La chanteuse s’appelle
Emily Haines. Un nom à retenir car elle si elle a le bon goût d’être une fan de
Sonic Youth, Emily est aussi elle-même une fantastique rockeuse. Je ne dis pas ça parce qu’elle nous a montré sa culotte, que ses jambes sont de longues et belles jambes… Sur scène, Emily affiche une facilité, un charisme et une séduction qui décuple l’impact de la musique de
Metric.
Old world underground, where are you now ?, l’album de ces canadiens sonne comme un honnête projet pop-rock. Un disque comme les maisons de disque en sortent régulièrement ces jours-ci. De la musique cool parfaite pour illustrer une publicité, un reportage sportif ou passer à
Taratata. C’est efficace mais sans saveur, sans identité propre.
Et pourtant, devant les milliers de spectateurs du fort de Saint-Père, Emily Haines, sans en faire des tonnes, sans chercher à jouer avec le public, juste en in-ter-pré-tant, a démontré que Metric était beaucoup mieux qu’un groupe de plus. J’ai vraiment été séduit. Et à la fin, au moment de
Dead Disco, leur tube, Metric m’a donné le coup de grâce, en en donnant une version alternative, plus longue, comme une variation autour de la basse d’
A forest de
The Cure.
Vive la fête : une blonde avec des gros seins, le vrai sens de la fête
On s’approche alors de trois heures du matin. Je n’ai que quatre heures de sommeil devant moi avant de reprendre la route. Et c’est vraiment à regret que je quitte le site après trois titres de
Vive la fête. Je ne connaissais pas. Ce sont des Belges. Cinq sur scène. Le noyau du groupe est un duo,
Dany Mommens, guitariste (membre de
Deus jusqu’en 2004), et
Els Pynoo, une splendide blonde. De loin, elle a l’air magnifique. Toute en noir, avec des seins qui lui donne une silhouette de femme fatale. Leur musique joue sur le registre du glamour. Paroles en français, échanges entre le garçon et la fille. C’est assez sophistiqué, tout en étant très abordable et rock’n’roll.