Was I in the wrong place ? On the wrong day ? At the wrong time ?
Au premier abord, c’est vrai que ça partait pour être the wrong plan : deux heures de bouchon sur l’autoroute après un accident près de Narbonne, un repas infâme sur une aire de service, Rachel -la femme de mon pote Damien- séparée de son époux par le règlement interdisant plus d’un accompagnant pour les PMR et femmes enceintes, et surtout cette sale petite pluie de plus en plus insistante une heure avant le début du concert.
Les mauvaises langues n’ont pas dû se gêner pour accuser
Motor, la première partie, d’être les responsables de la pluie. Bon OK, la partie "voix" n’était pas ce qu’ils avaient de plus brillant à proposer (si les doubles guillemets existaient, j’en aurais d’ailleurs utilisé ici), mais ce ne fut pas inintéressant.
Mr.No et
Bryan Black
Du moins au début.
Parce qu’après cinq ou six titres se ressemblant comme les gouttes d’eau qui allaient suivre, le côté marrant de la chose n’arrivait plus à compenser le côté lourdingue.
Pour le côté marrant, donc : deux porteurs de lunettes noires au look fun, l’un se défoulant avec une rythmique à la régularité parfaite sur une batterie électronique, l’autre scandant plus que chantant quelques paroles simples et surtout torturant un étrange appareil entre la table de mixage, le synthé cheap et le carburateur, pour produire différents sons allant de la note de musique à la distorsion la plus grinçante. Le tout enrobé de puissants sons de basse électro technoïdes.
Mais donc pour le côté lourdingue : bof bof en fait car trop monocorde.
Avant qu’elles ne tombent, les cordes, justement ! Et encore, je ne devrais pas me plaindre, faisant partie des rares chanceux ayant pu se réfugier, au moins pour partie, sous la bâche d’un sponsor radiophonique que je ne nommerai pas (mais promis, désormais je vous écouterai un peu les gars, je vous dois bien ça). Inutile de préciser que les Réunionnais de passage planqués dessous appréciaient notre beau climat méditerranéen. Les autres, en dehors des quelques prévoyants ayant prévu un k.way voire un parapluie, durent gérer la chose comme ils purent : sac poubelle, chaise à l’envers ou épaisse chevelure pour faire écran.
Des cordes, en fait j’exagère peut-être, mais une heure de fine pluie, ça finit par mouiller aussi.
Heureusement que les chaînes vinrent remplacer les cordes : In Chains finit enfin par balayer tous ces désagréments. Une intro plus longue que sur l’album donnait d’ailleurs l’impression que le groupe cherchait à patienter avant que les dernières gouttes ne disparaissent. De coutume, j’avoue que j’aime bien les intros instrumentales, longues de préférence pour faire monter la tension peu à peu du genre Christmas Island ou Kaleid, mais là je crois que je n’avais plus qu’une envie pour accélérer le séchage : que ça bouge !
Mais que fait Gandalf le Blanc dans In Chains ? (photo Éric Le Padellec)
Bref, malgré la dynamique toute relative du 1er titre du nouvel opus Sounds of the Universe, je crois que tout le monde fut content (c’est quand même un bon titre à mon avis, si on fait juste abstraction des quelques passages un peu trop dépouillés musicalement).
Et le concert pouvait véritablement commencer avec les puissants flashes rouges accompagnant chacun des non moins puissants " Wrong" à l’unisson annonçant le début de la dernière fabuleuse bombe depechemodesque. Je trouve qu’on emploie trop pour un oui ou pour un nom l’adjectif "énorme", mais là je n’hésiterai pas une seconde à l’utiliser : quel pied ce gros son analogique semblant tout droit sorti du vieux Siel DK80 de mon frère, cette lenteur lourde et cette tension dans la voix !

Non, Martin n’a pas pris l’averse, il est juste pailleté (ça se dit ?) (photo Éric Le Padellec)
Hole to Feed suit, avec sa belle rythmique, pouvant laisser croire qu’on va nous enchaîner un peu dans le désordre tout le nouvel album.
Que nenni ! Certes, nous seront servis encore quelques titres, mais pas des meilleurs : un peu convaincant Little Soul à la gratte par
Martin Gore, un Come Back égal à sa version album (un bon refrain mais un morceau qui tourne en rond) et le second single Peace, avec lequel j’ai vraiment beaucoup de mal : Depeche Mode chantant un hymne à la paix avec des jolis accords majeurs, des petits sons arpégés des plus gentillets
Erasure, le tout agrémenté d’images alternées de guerres et de manifestations hippies, ça fait vraiment bizarre. Et le gros boum boum faisant vibrer le sol, qui constituait le plancher du titre -première démonstration d’une trop longue série-, ne fit rien pour arranger l’affaire. Pas de Fragile Tension, de Corrupt ou de Perfect, quel dommage. L’avantage, c’est juste qu’on a échappé à certains autres titres moins bons, faut se dire ça pour se consoler…
Et puis moins de titres récents, c’était plus d’anciens aussi, donc youpi ?
Et bien non, cette fois pas youpi. A Lyon ou à Nîmes lors des deux tournées précédentes, ils avaient déjà joué beaucoup plus de vieux titres que je ne le pensais, et ma foi ça ne m’avait pas déplu, d’autant plus que Playing the Angel et surtout Exciter ne constituaient pas à mes yeux des albums sans fautes, comme la plupart des précédents. Mais là j’ai trouvé ça lourd, d’autant plus qu’ils ne nous ont ressorti que des tubes, dont la plupart déjà joués dans les dernières tournées. Une exception notable et à saluer bien bas : Just can’t Get Enough a enfin été éjectée ! Il en aura fallu du temps, mais ça y est, ouf ! Après, était-ce nécessaire de garder I Feel You, A Question of Time, Personal Jesus (surtout vu le plantage final), It’s No Good (finalement assez molle en concert), ou Policy of Truth (que j’aime bien pourtant) ?

Ca tangue sur le sempiternel Never let me down again (mais lui je veux bien qu’on le laisse) ! (photo Loumi)
En gros, deux titres par vieil album, et quasiment toujours deux tubes, ça déséquilibre trop l’ensemble. Car du coup, beaucoup de choses intéressantes ne figurent pas au programme, notamment des albums Ultra à Playing the Angel.
Bon, mais après ma petite sortie critique, je vais finir par du positif, parce que sinon on va finir par croire que j’ai trouvé ça nul, voire que C’ETAIT nul.
D’abord, Dave nous a présenté son Manu Manu (hum) :

(photo Loumi)
Non, plus sérieusement, et pour rester dans le registre titres, quelques excellentes surprises : le retour de deux Grands Anciens, Master & Servant, relookée boum boum d’aujourd’hui (mais avec de bonnes idées), et Fly on the Windscreen, pas relookée, elle (et même si j’adore ce titre, j’en regrette presque la version plus punchy qu’ils avaient faite pour les concerts des années 90, plus adaptée au live). Egalement un Home solo par Martin très bon (et je dis ça alors même que ce titre ne m’a jamais vraiment emballé sur disque, donc clap clap), ou encore un duo très bien vu des deux chanteurs sur la déjà vieille elle aussi mais toujours aussi magique Waiting for the Night.

Tss tss, ça servait à rien d’attendre la nuit, y’a plein de projos sur vous, vous êtes pas discrets les gars ! (photo Loumi)
Et, jouissance des jouissances : une inattendue nouvelle version du prodigieux Strangelove, accompagné d’un visuel des plus approprié et très chaud (je me demande d’ailleurs si les doux soupirs féminins entendus à l’hôtel après le concert, nombreux et de provenances différentes, trouvèrent leur origine première dans ce passage, ou si c’est les muscles virils de
Dave Gahan qui firent leur petit effet ;-))
Un extrait de Strangelove (vidéo Emy Chaubet) :
Pour continuer sur les visuels : une scène bien sympa, avec dans le prolongement de la tournée précédente une énorme boule noire. Mais utilisée différemment cette fois, comme support d’une partie des images projetées sur l’écran géant occupant l’intégralité de l’arrière-scène (on y verra par exemple en gros plan les têtes hilarantes des membres du groupe dans des casques de cosmonautes sur Enjoy the Silence :
Andrew Fletcher avec ses lunettes noires en particulier, ça vaut le détour).

C’est pas Cosmos 99 mais DM 2009. (photo Éric Le Padellec)
Toujours d’excellentes variantes visuelles autour du thème de la créature de Walking in my Shoes (vidéo devotee89) :
Deux écrans géants plus petits entouraient la scène, doublés par deux autres au fond de la place, destinés a priori au public extérieur, n’ayant pas acheté de billet – le concert ayant pris place dans le cadre d’un festival de musique normalement gratuit. Bien foutue, cette utilisation multiple d’écrans géants, sauf que les "petits" auraient mérité d’être plus utilisés pour des gros plans sur les membres du groupe, notamment les musiciens. Par exemple, je ne me souviens d’avoir vu le batteur ou le clavier additionnel qu’une ou deux fois.
Entre Martin et Dave, le batteur
Christian Heigner (photo Éric Le Padellec)
Certes on pouvait voir même de loin quelle énergie Dave déployait, comme toujours, alors qu’il sortait de convalescence, mais j’ai zappé son micro hommage à
Mickaël Jackson (un petit "hoo-hoooo" avec court essai de moonwalk, merci Damien pour l’info :-)).
Enfin, le cadre du concert était pas mal : la grande place Gambetta entourée de platanes, en cœur de ville (plein de gens au balcon, ils auraient eu tort de se gêner ! Je plains juste ceux qui n’aimaient pas). Et, surtout, le gros trip scotchant à la sortie : le boulevard Leclercq rempli d’une foule à demi sonnée par la prestation des Depeche Mode quittant lentement les lieux, passant le pont sur l’Aude, avec en fond l’imposante Cité médiévale de Carcassonne illuminée. La rencontre de deux majestuosités en somme…
En conclusion : malgré une petite perte de régime niveau musical, un concert de DM ça reste du très bon. Après, faut-il retourner les voir à chaque tournée ? Ca me rend un peu triste de reconnaître que je n’en suis pas sûr, moi le fan absolu que j’étais pendant des années, mais j’aurai sûrement changé d’avis à l’annonce de la prochaine tournée
Ouaip, ça ressemble à la pochette de Goodnight Lovers … mais c’est pas ça. Très joli en tout cas. (photo Éric Le Padellec)
Merci à Loumi, Eric Le Padellec, Devotee89 et Emy pour leurs photos et videos, sans lesquelles cette chronique ne serait qu’un aride texte !
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