Brian Jonestown Massacre, Powers 17 novembre 2006- Tourcoing Le grand mix C'est toujours excitant d'aller voir un mythe. J'étais comme un fou dans ma tête quand j'ai vu Guided by Voices, pareil pour The Fall, pareil pour Ian Mac Kaye. Pour de très bonnes raisons car ces artistes ont tous apporté à leur époque, des idées, .../...
C'est toujours excitant d'aller voir un mythe. J'étais comme un fou dans ma tête quand j'ai vu Guided by Voices, pareil pour The Fall, pareil pour Ian Mac Kaye. Pour de très bonnes raisons car ces artistes ont tous apporté à leur époque, des idées, des styles, des disques. Avec The Brian Jonestown Massacre, l'affaire se complique. Ce groupe n'a rien apporté de neuf et on peut prédire qu'il n'apportera rien de neuf à l'avenir. Et pourtant, c'est un mythe.
Par la grâce, d'un leader très agité et d'une documentariste, The Brian Jonestown Massacre est devenu un mythe. Pour ceux qui n'ont pas encore eu l'occasion de le voir ou même d'en entendre parler. Ecoutez-bien. Il faut d'urgence que vous regardiez Dig !(2004), le film dans lequel Ondi Timoner fait le portrait croisé des Dandy Warhols et du Brian Jonestown Massacre. Peu importe que vous ne connaissiez ni l'un, ni l'autre de ces groupes, peu importe que vous les connaissiez et que vous ne les appréciez pas. Si vous vous intéressez aux musiciens et au rock'n'roll, il faut voir ce film. Dig ! est un monument. Un truc qui parait indépassable. Une légende se bâtit en direct devant la caméra. La légende d'un groupe prétendument génial, mais surtout réellement drogué, réellement incontrôlable, réellement maudit, réellement productif de musique aussi, faut pas déconner. La musique reste la base. Mais soyons honnête et surtout exact, la musique du Brian Jonestown Massacre n'est pas à la hauteur de la folie d'Anton Newcombe, son leader et chanteur.
Leur musique est inspirée. Des Byrds, des Rolling Stones, du Velvet Underground, de Ride, de My Bloody Valentine, des Jesus and Mary Chain. Du resucage, ni plus, ni moins. Et sur scène….
D'abord, nous eûmes le déplaisir d'accueillir une première partie. Powers. Un trio d'allemands, deux garçons et une fille, guitare, batterie et un orgue. Powers est la chose la plus mauvaise et pathétique que j'ai vu de ma vie de spectateur. Je me suis même demandé s'il ne s'agissait pas d'une blague. Trois non-musiciens sur lesquels Anton Newcombe aurait exercé un chantage pour les forcer à ouvrir pour lui, afin de s'assurer d'être accueilli avec soulagement par le public quand ce serait le tour de son groupe. Et j'ai toujours un doute.
Ce fut une vraie souffrance pour nous, comme pour eux. Très étrange. D'une part, il y avait le batteur, qui semblait motivé, heureux d'être là et qui tapait, tapait, tapait. Puis, deux endives, le guitariste qui tournait le dos au public, baissait la tête et jouait une suite de notes distordues transformées en bouillie informe, et sa copine, une pâlichonne accrochée à son clavier, sans expression, qui tirait des sons lugubres de ses touches et chantait, faux, à l'occasion. A aucun moment, ils n'ont joué ensemble. A aucun moment, je n'ai entendu une chanson ou un morceau. C'était plutôt comme s'ils étaient dans un magasin de musique et essayaient chacun un instrument dans son coin.
La barre placée si bas, le Brian Jonestown Massacre n'a pas eu de mal à passer pour un authentique groupe de génie. Et, après dix minutes d'une inutile introduction via des effets sonores pénibles, le groupe fit enfin son entrée sur scène. Ils étaient sept. Trois guitares dont Anton, une basse, une batterie, un orgue et Joel Gion, le fameux tambourine-man. C'est l'un des personnages clés de Dig ! où il apparait dans le rôle du sympathique bouffon. On pourrait croire sa présence totalement superflue au premier abord. Son sourire de camé, ses poses de folle n'aide pas à le prendre au sérieux. Mais, son tambourin et ses maracas sont d'une importance cruciale dans l'organisation musicale de Brian Jonestown Massacre, un métronome infaillible, très utile et même beau quand le reste du groupe s'enfonce dans des couches de larsens.
Ce soir, le groupe a essentiellement joué des titres figurant sur la double-compilation rouge Tepid Peppermint Wonderland et parmi ces-derniers plutôt ceux qui démontrent son goût pour la noisy-pop britannique des années 90. Des chansons pleines de mélancolie et de notes cristalines. Pas de guitare claire. Anton prenait la plupart des solos, les deux autres guitaristes jouaient les mêmes notes en rythmiques, l'un sur six cordes, l'autre sur douze, ce qui donne une sacrée ampleur aux morceaux. On a ainsi eu droit à de magnifiques versions de Hide and seek, Swallowtail et That girl suicide, étirées à l'infini dans un entrelacs de guitares cotonneuses. Dans ces moments-là, je me sentais bien, comme si j'étais pelotonné dans mon lit, bien au chaud, tout en dérivant au milieu de la banquise, escorté par des orques souriants.
Le concert a duré deux heures et quart d'où on peut retrancher au moins une demi-heure de parlottes entre les morceaux. Les musiciens étaient affûtés prêts à enchaîner le tout de manière professionnelle, mais Anton Newcombe se comportait en vrai chieur molasson. Planqué sur la gauche de la scène, il a joué les premiers morceaux appuyé contre le mur avec sur les épaules une immonde parka au col en fourrure. La setlist s'improvisait au fur et à mesure suivant la fantaisie du leader, ses compagnons le guettant de l'œil pour éviter de se tromper. Vu son caractère violent et ombrageux vaut mieux filer droit. A un moment, l'un des guitaristes s'est pris une volée d'insultes, on ne sait trop pourquoi, lui non plus, qui jusqu'à la fin s'est demandé ce qu'il avait pu faire de mal. Plus tard, Anton demanda au bassiste de venir raconter une blague au public. Il s'exécuta, mais en allemand. Nous protestâmes, pensant que pris dans le tourbillon de leur tournée mondiale, ils ne savaient plus où ils étaient. Et le bassiste de nous expliquer que cela faisait partie du défi que lui avait lancé son patron: dire une blague en allemand. Anton nous gratifia lui-même de quelques paroles, à propos du mariage de Tom Cruise, de la télévision, concluant le tout d'un philosophique : let's be happy today because tomorrow may be worse.
Fishbone + Wolfunkind 30 octobre 2006- Le Grand Mix - Tourcoing C'est toujours un plaisir d'aller au Grand Mix. La prog' est bonne, la salle (non fumeur) est sympa, le bar accueillant. Soirée plus qu'étonnante.
Une entrée en matière avec les déconcertants Wolfunkind. Une sorte de Heavy Funk Rock décalé tarte à .../...
C'est toujours un plaisir d'aller au Grand Mix. La prog' est bonne, la salle (non fumeur) est sympa, le bar accueillant. Soirée plus qu'étonnante.
Une entrée en matière avec les déconcertants Wolfunkind. Une sorte de Heavy Funk Rock décalé tarte à la crème. "Vous aimez le Rap ? Non, tant mieux ... Car les rappeurs on leur chie à la raie", le règlement de compte continu avec "Les metalleux c'est des très très gros pédés !". troisième degré, croche pied et coussin péteur. Les Wolfunkind, c'est Zavatta qui se prends pour Georges Clinton. T-shirt "Tu suces ??", SG aux riffs bien lourds. ils sont excellents. Le guitariste est-il le fils caché de Richard Anthony, Demis Roussos ou bien Carlos ? A vous de voir ! Surtout, ils vendent leurs albums à prix coûtant.
Arrive ensuite Fishbone. Rien qu'à entendre ce nom, j'aurais pensé au diagramme d'Ishikawa. Je me fous de la cause, je remarque l'effet : terrible. Une fusion Ska, Rock steady, funk et très Rock. Un maelström musical entre le Funkadelic et l'ironie de Zappa. Avec un guitar-hero (Rocky George), une section de cuivre de toute taille et leur chanteur-leader (Angelo Moore) Fishbone assure. Le journaliste qui a écrit de Fishbone était un groupe mort et définitivement enterré depuis 1996 aurait dû venir au Grand Mix.
Mes photos de concert sur http://kroundave.free.fr
En résumé: Herman Düne était là, avec des copains, et ça, ça vaut toutes les programmations, ça vaut toutes les tentatives de rendre un festival convivial, ensuite j'ai vu Marie-Laure, une camarade de l'école de journalisme, elle était sur scène au milieu d'un groupe débile, Lapin Machin, en fait c'était pas Marie-Laure, mais elle lui ressemblait beaucoup, voilà et rien que l'idée que Marie-Laure chante dans un groupe de rock débile qui s'appellerait Lapin Machin ça vaut toutes les drogues, et puis, il y a un gars de Montpellier, I & Fused avec une voix de fille, il a repris Paranoid de Black Sabbath, deux fois, la première fois, c'était pas assez ridicule, alors il a recommencé, sans guitare, avec encore plus une voix de fille. Oui, et Tender Forever, c'est une fille, une vraie, Mélanie, elle est adorable de drôlerie et de sensibilité.
Ce gars, c'était I N Fused. Il était tout seul sous les lumières discrètes du Grand Mix. Dans le fond de la salle, les organisateurs avaient déployé toute une brigade de transats en prévision de la longue nuit qui s'annonçait. Et, en effet, la position allongée semblait la meilleure pour écouter les compositions du montpelliérain. Rythmes bossa et jazzy, chant doux en anglais, de temps en temps, une touche d'informatique, un kazoo discret, un petit plantage avec le sampler…, le tout avec toujours beaucoup de délicatesse. Entre ses deux reprises mémorables de Black Sabbath, il nous interpréta How fan I am, un morceau un peu plus arrangé, un peu plus dansant que les précédents avec de la clarinette. Il devrait figurer sur un prochain album, Slow eater, à paraître en 2007 sur le label Ici, d'ailleurs.
No border, c'est le nom de celui qu'a publié Thomas Belhom cette année (le jour de mon anniversaire) sur le même label. Les paysages sont ici plus dégagés et en même temps plus monotones. Le musicien est entouré de tout un réseau d'instruments (batterie, guitare, claviers, clochettes, sampler) dont il use avec beaucoup de dextérité pour créer une bande-son aride d'où émergent quelques rares paroles en anglais. C'est très beau, surtout son jeu de batterie où il alterne balais, baguette et tintements de clochettes. Mais on tourne rapidement en rond.
Dernier représentant d'Ici d'ailleurs, Matt Elliott est mon préféré du lot. On est ici plongé dans un univers sombre, pesant, et envoûtant. A la place du désert de sable de Belhom, on imagine ici, un désert d'eau, la solitude d'une embarcation perdue dans la tempête. Elliott commence ainsi par quelques doux couplets à la guitare, puis il se lance dans des chœurs d'homme avec l'aide de son ordinateur.
Cela surprend comme une déferlante glacée. On croirait entendre la complainte d'un équipage abandonné par son capitaine, des matelots convaincus qu'ils ne reverront plus jamais leurs femmes. Les sons des voix, des guitares sont saturés, déformés comme si on les entendait à travers les furies de la tempête et les craquements de la coque. Pas de quoi pavoiser, pourtant c'est une vraie réussite artistique.
En fin de set, l'anglais (de Bristol), renoue avec l'inspiration électronique, qui nourrissait ses œuvres précédentes sous le nom de The third eye foundation pour une longue plainte drum'n'bass. "Sorry for that, it's not strictly folk music".
Le dernier disque paru de Matt Elliott s'intitule Drinking songs.
Dans le moment de battement avant le prochain artiste, j'en croise un, un artiste, à proximité du bar. C'est Olivier, le batteur de Gomm, excellent quatuor de rock nordiste. Le prochain album, prêt depuis le printemps, devrait sortir début 2007. Ces derniers temps, Gomm était en résidence à Tourcoing pour préparer la prochaine tournée, qui elle aussi n'est pas pour tout de suite. En attendant donc, c'est relâche et cette charmante nuit du folk. Olivier m'explique qu'à l'extérieur de la salle, il y a des caravanes dans lesquelles on peut assister par groupe de deux ou trois à des mini-performances des musiciens avant leur passage sur scène. Il s'est ainsi retrouvé nez à nez avec Lisa Li-Lund. Chouette alors ! Mais il faut faire la queue et attendre que l'on vienne vous conduire jusqu'à la caravane, au risque de rater un des concerts. N'ayant pas envie de patienter et puis parce que je suis un peu timide et que se retrouver en face à face avec un chanteur, c'est quand même intimidant, j'ai fait l'impasse sur les caravanes. Et d'ailleurs, au moment où Olivier me quittait pour un nouveau tour en caravane, une autre timide se préparait à se présenter aux spectateurs.
C'était dans le fond, au niveau des transats. Marie Modiano, seule, sur une chaise avec une guitare. De loin, je l'ai prise pour Charlotte Gainsbourg. De près aussi. La même silhouette, la même discrétion, mais une voix plus assurée. Ce fut très court. Quatre ou cinq titres. C'était la première fois que Marie se produisait seule, sans musicien pour l'accompagner. Elle chante en anglais, elle aussi. On ne saute pas en l'air quand on l'écoute. C'est plutôt le genre de chansons qu'on écoute très gentiment, en pensant, oh comme c'est joli.
Tender Forever, elle aussi, en-co-re, chante en a-n-g-l-a-i-s, alors qu'elle est française, de Bordeaux…. Snif. Bon je ne vais pas m'étendre tout de suite sur le sujet de la francophonie en danger. Ce ne serait pas là le meilleur exemple. Tender Forever, alias Mélanie Valera, a noué de multiples liens et amitiés avec l'Amérique à tel point qu'elle est signée chez K Records, le label de Calvin Johnson (Beat happening, Halo Benders, Dub Narcotic Soundsystem). Ca l'excuse donc. Et puis Mélanie est assez gentille pour parler au public dans la langue qui est la sienne. En fait, Mélanie a vraiment beaucoup parlé. Le style musical de Tender Forever, ce n'est pas le folk, mais l'électro-pop. Comme Mélanie est une fille plein de bon sens elle n'a pas bien compris pourquoi on l'avait invitée, elle, avec ses trois ordinateurs (un vrai et deux en carton). Alors, elle s'est posée des questions chez elle avant de venir. Et de nous prendre à témoin dans le cheminement de sa pensée.
« J'ai fait des recherches, un truc vraiment chiant. Mais à l'arrivée, c'est plutôt cool. Figurez-vous qu'en fait le folk c'est hyper populaire. En Ecosse, là où ça a démarré, c'était un truc hyper engagé fait par des gens qui ne savaient pas jouer très bien. Ouais, c'est bon pour moi ça, vu que je ne joue pas super bien…. »
Une réflexion qui aboutit à deux conclusions matérielles:
• L'apparition au bout de trois cents cures dents de trois cents minuscules drapeaux aux couleurs de la planète Folk (je crois qu'avec l'apparition officielle de cet astre on tient là la véritable raison de l'éviction de Pluton du système solaire).
• Un tee-shirt blanc XXL avec une face "folk" et une autre "pas folk" avec lequel Mélanie annonce le style de chacun de ses morceaux.
Certains dans le public l'ont prétendu folle. Probable. Moi cela m'a rappelé les monologues de son "patron" Calvin Johnson, qui a l'habitude -désagréable pour qui ne comprend pas parfaitement l'anglais- de transformer ses concerts en conférence sur sa vie, Johnny Cash, la vie nocturne en Ecosse… Mais bon, là j'ai bien prêté l'oreille et j'ai tout compris. Et je crois qu'elle est effectivement un peu frappée. Les quelques fois, où elle s'est mise à chanter, certains ont regretté de s'être installé si près d'elle. Mélanie semble être de ces artistes qui ont besoin de sentir la salle pour pouvoir s'exprimer. Elle laisse ainsi traîner ses mains, son micro sur le corps des spectateurs. Aïe ! Ouille ! Elle pique une enveloppe qui dépasse d'un sac. Ben alors t'as vu, notre courrier ! Arrache une chaussure. M'enfin ! Et non content d'être martyrisé, il faut aussi que le public tape dans ses mains et claque des doigts pour assurer la rythmique. Ouais et c'était bon ! Encore Mélanie, fais-nous mal, un petit coup de micro là, juste sur les doigts !
Non sincèrement, loin de l'anecdote, ces petits procédés étaient adorables et quand elle chantait, d’abord c’était joli, harmonieux, rythmé, mais surtout elle semblait totalement possédée par ces histoires de tendresses éternelles. Un cœur pur, c'est rare.
Oh la coincidence ? Pure hearts, c'est le premier titre joué par Herman Düne ce soir. Il est alors une heure du matin, à mi-parcours de cette nuit du folk et du songwriting. Les rangs commencent à se serrer devant la scène. Les Düne sont les stars de cette soirée. Pourquoi ? Je dirais parce que…
Il y a eu Mas Cambios avec Show me the roof, My friends kill my folks, Sunny sunny cold cold day, With a fistful of faith, il y a eu Not on top avec Not on top, Good for no one, Whatever burns the best baby, This will never happen, et puis, mince alors, j’oubliais l’inoubliable Why would that hurt sur Mash concrete metal mushroom, une chanson qui ne révèle toute sa beauté que sur un vélo, en pédalant très fort:
Why would that hurt/
if you never loved me /
like you said you did
et là je laisse les pédales s’affoler toutes seules.
Il y a eu des chansons. Pas des chansons. Comprenez. Il y a eu Des Chansons. Le même genre de trucs qu’a composé Stephen Malkmus entre 1993 et 1999 ou Charles Thompson entre 1987 et 1991 ou DC Berman entre 1994 et 1998.
On est plusieurs (assez tard pour ma part) à être tombés ainsi sous le charme de ces chansons qu’on veut gueuler, siffler, chantonner, taper du pied et qui vous laissent invariablement un beau sourire sur le visage quand elles se terminent. On a trouvé un filon et on ne veut pas rater la prochaine pépite, on veut être là pour l’entendre sonner et chanter par ce groupe qui ne joue jamais deux fois de la même manière. Un groupe qui est arrivé à rendre rare ce qui ne l’est pourtant pas : leur générosité.
Giant, le prochain album sort la semaine prochaine, le 16 octobre et Tourcoing était la première date de la tournée française. C’était, officiellement du moins, la première occasion d’entendre en direct les nouvelles compositions du trio. Un drôle de trio. Sur scène, ils sont cinq, puis six. André n’est pas là. Il a décidé de prendre du champ pendant la durée de la promotion de ce disque sur lequel pourtant il signe comme d’habitude la moitié des titres. A sa place, comme guitariste en tout cas, on retrouve surprise, Omé, le premier batteur du groupe que l’on peut entendre sur Turn off the light and They go to the woods. Il faudrait se renseigner s’il y a eu un précédent dans l’histoire du rock. Un batteur qui revient dans un groupe pour jouer de la guitare. (…)
Je reviens d’un moment d’intense réflexion devant le mur de Cd’s qui me sert de discothèque et tout ce que j’ai trouvé c’est Karl Burns, le tout premier batteur de The Fall, rappelé plus tard comme second batteur ET guitariste. Non, il se pourrait que ce soit une première historique.
Bon … poursuivons l’inventaire d’Herman Düne live @ le Grand Mix 10/08/2006. A la batterie, Néman, aux percussions et à la trompette, Doctor Schonberg ( de Berg San Nipple) qui continue la collaboration entamée lors de la tournée de Not on top, David-Ivar au micro, guitare et basse, sa sœur Lisa aux chœurs et en guest sur la majeure partie des morceaux Turner Cody comme bassiste.
J’ai un souvenir assez flou de comment sonnaient les chansons. Non pas qu’il était tard et que je ne pouvais plus garder mes sens en éveil. J’étais plutôt comme un enfant devant l’arbre de Noël. Les yeux grands ouverts devant les paquets colorés. Hébété de plaisir. Je me souviens juste que Néman était d’humeur tabasseuse avec ses baguettes. Que David a gardé sa guitare électro-acoustique pendant la majeure partie du set jusqu’à Not on Top où il a pris alors la basse. Que Not on top était l’avant-dernière chanson, la dernière étant I wish I had someone I loved well. Et avant ça, il y a eu I wish I could see you soon, Lovers are waterproofs, Good for no one, Song of Samuel, Your name my game. Et d’autres encore.
Ca devait être trop, en trop peu de temps, ou bien juste qu’il était tard et que certains préféraient regagner leur lit plutôt que de continuer à se régaler à voir jouer de la jolie musique. Beaucoup partirent alors. C’est injuste et regrettable. Car après Herman Düne, il y avait les amis d’Herman Düne, une famille étendue qui n’en finit pas de grandir.
Et en premier Lisa Li-Lund, la sœur. Une voix de fée. Je l’avais déjà vu au Point éphémère, en septembre, toute seule, sans personne pour lui tenir compagnie. Là, ça a commencé de la même manière. Comme on le voit bien sur la photo. Un petit bout de femme qui affronte l’obscurité avec un malheureux clavier.
Puis, petit à petit, de manière improvisée, David, Omé, Néman la rejoigne pour former un vrai backing band. C’est charmant parce que c’était vraiment la première fois qu’ils jouaient ensemble les chansons de son album Li-Lund Ran away, enregistré à New-York avec d’autres musiciens. Comme une répétition, sauf que personne n’a commis de couac. Tout allait de soi.
Après Lisa, c’est une autre femme, l’anglaise, Kate Stables qui vient jouer les premiers rôles sur scène.This is the kit est le nom de son faux groupe. Ce soir, elle est accompagnée d’un drôle de pèlerin, Jesse D. Vernon du groupe Morning Star (je ne connais pas ce groupe). Jesse a une allure comique. Il a l’air très embarrassé d’être là, s’emmêle les pinceaux avec son banjo. On croirait voir l’idiot du village, d’un village sacrément reculé. Et ce n’est pas le seau en plastique qu’il utilise comme instrument de percussion qui va changer cette impression. Il a l’air tellement étrange avec ses lunettes épaisses que je me demande dans un premier temps, s’il ne s’agit pas d’un de ces groupes de folk alternatif comique.
Dès les premières notes, cependant, je comprends que c’est sur Kate que je dois concentrer mon attention. Tiens, on dirait qu’elle est enceinte. Elle possède une voix originale, bien anglaise, mais avec des inflexions bluesy. Les morceaux sont très simples. Un ou deux accords répétés pendant trois minutes, les très fines interventions de Jesse aux percussions et la voix de Kate. C’est très apaisant.
Et voilà, le groupe de folk alternatif comique. Lapin Machin. Retenez bien ce nom. Pendant un bon moment, je me suis cru dans un morceau de Stupeflip, à me gratter la tête et à me dire mais qu’est-ce que c’est ce truc. C’est horrible, c’est grotesque, et quoi, QUOI, e-n-c-o-r-e des français qui chantent en ANGLAIS. Ah non, pitié, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase de Soissons. Donnez-moi ma hache, que je leur fasse passer le goût de l’anglophilie (j’ai vérifié les bougres devisent en anglais jusque dans leur page mon espace).
« Eh, oh, arrêtez votre naserie, s’il vous plait, taisez-vous, avec votre accent français c’est moche comme tout, stop ou je tranche les oreilles du lapin avant de vous élargir à tous le sourire. » Je rêvais bien sûr. C’est eux qui était en train de me hacher les oreilles avec deux premiers morceaux de pure bouillie sonique, avec un effet mégamoche sur la basse. C’était effroyable. Je crois qu’eux-mêmes avaient conscience de la catastrophe. Mais malgré tout, tel le petit cheval blanc dans le mauvais temps, ils continuaient, tous derrière leurs instruments et nous devant. Et il faut avouer une certaine valeur esthétique à tant d’horreur : les lunettes noires de Joe Lapin, la grosse caisse en carton, la saturation, l’anglais, cette fille assise au fond de la scène que je ne comprends pas à quoi elle sert, ces types dans le public qui braille « Popcorn, Popcorn, on veut Popcorn », très grossiers les garçons en plus…
Quand à cela on rajoute le fait que la jeune femme avec la chemise, la cravate et la guitare Mountain top ressemblait furieusement à Marie-Laure, une camarade de l’école de journalisme, c’en était trop cela devenait suspect. Very, very, suspect …
Et si j’étais face à des génies ? Et si j’étais face à l’équivalent français des Pêches pourries. Hum… pour cela il faudrait de bonnes chansons. Hard to be a band, Popcorn. Ca me fait mal à ma francophonie de l’avouer. Mais ils en ont les bougres. Des qui déchirent, des qui cassent les cordes de guitare. Ah ce final, avec David-Ivar et Néman en soutien sur ce fameux Popcorn, le morceau s’étire et s’étire en rengaine de guitare électrique noisy, et Néman qui tape, qui tape. Le plus beau moment de rock’n’roll de cette nuit.
Vint alors l’heure de Labolduc, un ami de longue date des Herman Düne. Comme avec Marie Modiano, ce fut court et il avait une guitare, mais les comparaisons peuvent s’arrêter là, je crois. Il nous a joué des titres hip-hop, peut-être des reprises d’Ice Cube, je ne peux pas être plus précis, je ne suis pas expert en gangsta rap. Omé est venu le seconder à la batterie. Dans une autre vie, Labolduc s’appelle Julien Colboc et il fait de la sculpture sur bois, avec une tronçonneuse.
Dans une autre vie, Turner Cody joue de la basse avec les Herman Düne quand ils sont en panne de bassiste. J’exagère à peine. C’était, tout juste, il y a quatre heures. Il est alors cinq heures du matin et le New-Yorkais est le dernier à pousser la chansonnette. Je l’avais déjà vu à Mains d’œuvres (Saint-Ouen 93), pour le festival Mo’Fo’5, en 2005. Hormis son élégance, je n’avais pas accroché. Cette fois, c’est différent. Il est toujours aussi bien habillé et en plus j’aime sa voix. Est-ce que c’est parce que je me suis mis à Johnny Cash ?
Après un ou deux titres en solo, le gang des Düne vient le rejoindre, c’est beau. Bird on a wire de Léonard Cohen. Ont-ils répété avant ? Est-ce encore de l’impro ? On sent les Düne prêt à jouer jusqu’à que le jour se lève, à l’envie. Turner lui est un peu plus émoussé.
Il est 5h45. C’est fini ? Déjà ?
Art Brut 8 fevrier 2006- Grand Mix à Tourcoing A ne surtout pas manquer. Ce groupe déborde d'énergie et ca se voit en concert. Le chanteur n'hésite pas par exemple a venir faire un pogo dans la foule tout en chantant "modern art".
A Tourcoing la premiere partie etait Who Made Who, un groupe .../...
A ne surtout pas manquer. Ce groupe déborde d'énergie et ca se voit en concert. Le chanteur n'hésite pas par exemple a venir faire un pogo dans la foule tout en chantant "modern art".
A Tourcoing la premiere partie etait Who Made Who, un groupe assez intéressant. Ils sont joué déguisé avec un costume de squelette comme le bassiste des Who (coincidence???). De meme, les membres d'art brut ont fait la première partie du concert déguisé en femmes.
De Kift, Pusse, Christian Olivier, Jasmine 5 mars 2005- Grand Mix, Tourcoing Je mangeais gratis de la biche avec les musiciens de De Kift (la jalousie en flamand), alors j’ai raté Jasmine qui ouvrait la soirée au Grand Mix. Jasmine joue de l’accordéon et chante, seule, un album devrait paraître incessamment.
La .../...
Je mangeais gratis de la biche avec les musiciens de De Kift (la jalousie en flamand), alors j’ai raté Jasmine qui ouvrait la soirée au Grand Mix. Jasmine joue de l’accordéon et chante, seule, un album devrait paraître incessamment.
La première chose que je vus, donc, au sortir de la table, fut Christian Olivier, le chanteur des Têtes Raides. Une lampe frontale sur la tête, il s’est mis à lire un texte de Samuel Beckett sur un rythme de mitrailleuse, pas la mitrailleuse moderne qui tricote la mort à toute vitesse, mais la première série du genre, l’allemande qui clouait les tendres bidasses garance sur les barbelés des tranchées au début de la guerre 14-18, sur un petit rythme bien méchant. A la fin de son texte, Christian s’est fait rejoindre par les musiciens du groupe Pusse, qui ont improvisé un accompagnement.
Jasmine, Pusse, De Kift ont pour point commun le label Mon Slip, animé par Christian et Grégoire (le saxophoniste) des Têtes Raides. A part ça, difficile de trouver un fil conducteur entre ses différents artistes. Chacun a une identité bien marquée.
Prenez Pusse, par exemple. Ils ont tout du groupe de vampires aliénés. Ils sont quatre puis cinq quand débarque une femme dont on remarque une trace de morsure dans le cou. Les rôles se répartissent ainsi : un batteur, un accordéoniste, un joueur de banjo et de clavier, un chanteur chauve, une chanteuse en cheveux. Ils sont vêtus d’une garde-robe dérobée sur un plateau de western. Le chanteur chauve a ainsi la tenue du gars qui va recevoir le goudron et les plumes avant son expulsion de la ville. Pour quelle raison ? Jeu, sorcellerie, pacifisme ? En tout cas, il est déjà sacrément perché. Il fait le chien, saute au milieu du public et crie waf-waf, plus tard il fera la poule. Il fait aussi un peu de bruit avec une chaîne et deux poêles. La musique est difficile à décrire, à identifier. Le batteur me fait penser à Pussy Galore, le premier groupe de Jon Spencer. Sa batterie est dénuée de caisse claire. Elle est bricolée avec des plaques de métal, des rubans d’acier qui produisent un bruit de tonnerre.
Le tout est assez lugubre, mais avec l’envie de faire rire. Une tête de mort, aux orbites de rouge clignotant est disposée dans le fond. Les textes, des fois compréhensibles et en français, ne sont pas très sérieux non plus. L’accordéoniste et le chanteur-Nosfératu interprète ainsi une pièce qui joue sur le vocabulaire des adresses internet et des cartes bancaires. Pusse a aussi une série de morceaux animaliers :
« Les corbeaux ne sont pas des délateurs
Les corbeaux sont cools et super sympas
Oui j’adore les corbeaux
Plombi plomba gentils petits pandas
Oh je regarde dans le ciel plein de libellules qui s’enculent »
Les chansons alternent ainsi entre farce lugubre et non-sens total. A la fin de leur partie, Christian Olivier réapparaît au fond de la salle pour un autre texte de Beckett, le temps de débarrasser la scène et d’installer le matériel de De Kift.
« Nous étions de plus en plus dans l’ensemble calme/
Mes vieux seins sentent ses vieilles mains »
Ils sont huit, ça prend un peu de temps. Je les ai déjà présentés pour leur concert parisien, mais pour résumer, on pourrait décrire De Kift comme un croisement entre une troupe de théâtre et une fanfare.
Ils chantent en flamand et aussi en français un peu, quand ils sont dans l’hexagone. Le flamand est une langue assez étrange pour nos oreilles françaises, qui confère un certain charme à leur musique. La plupart de leur textes, empruntés à différents auteurs européens, ont pour point commun de camper des personnages perdus, sans famille, sans maison, le ventre vide et la peur dedans. On est souvent fasciné par son contraire et ici c’est exactement le cas. De Kift est en effet une famille élargie. Sur scène il y a le fils (chanteur), le père (trompettiste), le cousin (guitariste) et en coulisse, il y a un frère (manager et lumières) et une mère (merchandising). Le tout fonctionne comme un collectif où chacun joue de sa personnalité suivant les besoins du spectacle ou du film (De Kift a participé à quatre films comme musiciens et acteurs). Rien n’est figé.
Ferry Heijne, le gars chauve à boucle d’oreille est le plus souvent devant à chanter et danser. Mais il peut à son tour passer derrière pour laisser le micro à Wim ter Weele, le batteur désespéré (qui a joué sur History is what’s happening de The Ex) ou à Franck van der Bos, le clavier, qui réussit l’exploit de dire en français, avec son accent de La Haye, ces mots écrits par un russe :
« Comme tu le sais, il n’y a pas un point de A à P. Il n’y a que différents points B. Alors fais attention : F veut sauver E et part du point B1 dans la direction de B2. Au même moment E part du point B2 dans la direction de B1. Personne ne sait pourquoi mais à un moment donné les deux sont arrivés au point B3. Non personne ne sait pourquoi B3. B3 se trouve à une distance du point B1 de douze fois la portée de crachat de F et à seize fois la portée de crachat de E du point B2. Si l’on sait que F franchit trois mètres soixante-douze en crachant et que E ne sait pas cracher du tout, peut-on dire alors que F est allé sauver E ? Tiens, tu ne le sais pas ? Ta conscience te gêne, feignant. »
Et le public rie, en plusieurs occasions, que ce soit par les textes ou par le jeu de scène. Une voix russe interrompt ainsi tout à coup les musiciens. C’est du russe, personne ne comprend, même les hollandais. Wim jaillit de sa batterie et vient faire la traduction : « le volume en mètre cube de cette pièce nous est inconnu ! ».
Plus loin, sur une chanson intitulée Hop Hop Ferry et Franck se lance dans une chorégraphie digne d’un boys band. Sur un autre titre encore, toute l’équipe se met à changer d’instrument, tout en continuant à jouer. Le bassiste se met aux claviers, le clavier à la batterie, le batteur à la basse… Vers la fin, c’est Rolfie qui fait son apparition. Rolfie est le titre d’une chanson qui commence ainsi :
« Ik moet toegeven dat ik erg verbaasd was
toen ik de hond alse en mens hoorde praten.
Maar eerlijk gezegd verbaasde ik me nog veel meer toen de hond zei :
‘Ik heb je geschreven maar de postbode heeft alle brieven
waarin hij droevig nieuws vermoedde, verbrand »
« Je dois reconnaître que j’étais très étonné
d’entendre le chien parler comme un homme.
Mais franchement, j’étais d’autant plus étonné
quand le chien a dit :
Je t’ai écrit une lettre mais le facteur a brûlé
Toutes les lettres qu’il soupçonnait porter de tristes nouvelles. »
Et sur scène Rolfie est matérialisé par un chien empaillé. Mais attention, derrière la poésie, derrière les clowneries, il y a de la musique, des mélodies qui empruntent leur rythme à la musique tsigane. Ca chante à gorges déployées comme à un mariage russe, ça souffle dans les trompettes, trombones et hélicons. C’est une vraie musique de fête jouée avec l’esprit punk. Et rentré chez soi, les airs continuent de se jouer dans la tête.
Shannon Wright 26 avril 2004- Le grand Mix à tourcoing Oubliez Pj Harvey, oubliez Chan Marshall, oubliez Scout Niblett... Shannon Wright est la perle noire, la rage et la douleur incarnées, la sensualité à l'état brut, une voix puissante et débridée qui ne connaît pas la pudeur... Une brutalité sans .../...
Oubliez Pj Harvey, oubliez Chan Marshall, oubliez Scout Niblett... Shannon Wright est la perle noire, la rage et la douleur incarnées, la sensualité à l'état brut, une voix puissante et débridée qui ne connaît pas la pudeur... Une brutalité sans fioritures rarement égalée... Dois-je préciser que j'ai beaucoup aimé ?