C’est la connexion avec
Ipecac, le label de
Mike Patton et
Greg Werckman, qui a titillé ma curiosité et m’a donné envie de me rendre à ce concert. Je n’avais jamais rien entendu de
Dälek, mais j’étais très curieux de voir à quoi peut ressembler un groupe de hip-hop partageant le même label que les
Melvins et
Isis, soit deux groupes résolument guitare électrique, l’un dans une veine métal punk, l’autre dans un registre métal progressif.
Le concert est annoncé pour 20h30 et ce n’est pas avant 21h20 qu’
Octopus, le DJ-producteur de Dälek, se glisse derrière ses Apple. « Je vais faire le DJ pendant quarante minutes, vous n’avez qu’à boire, fumer, discuter entre vous. » Il faut donc encore attendre, mais la prise en main de l’ambiance musicale par Octopus est un soulagement. Jusqu’ici, depuis donc plus de quarante minutes, c’était le même morceau de techno tropicale qui nous agaçait les oreilles, un truc à devenir fou.
Notre DJ remet un peu de « fraîcheur » dans l’atmosphère avec du ragga hardcore,
My Bloody Valentine et les
Bad Brains. Cela nous permet ainsi d’avoir un aperçu des influences qui traverse Dälek. C’est plutôt sombre. Il puise aussi bien dans le rap (
Mobb Deep,
Public Enemy) que dans le rock et pas le plus évident (MBV donc, mais aussi
Sonic Youth,
Glenn Branca).
Au bout d’une demi-heure, Dälek, le MC, vient prendre place derrière le micro. Leur premier morceau, le bien nommé Ever Somber est le parfait mariage des riffs hyper saturés de
Kevin Shields avec le rap post-apocalyptique de
Company Flow, le premier groupe d’
El-P, le fondateur de l’écurie
Def-Jux (
Cannibal Ox,
Aesop Rock). Dälek est un rouleau compresseur. Pas de place pour l’égotrip ou autres facéties stylistiques dont sont friands les rappers. Ici, c’est du sérieux, ça ne rigole pas. Entre les morceaux Dälek se tient immobile, l’air dégoûté. Son regard a l’air préoccupé par on ne sait quelle tragédie. Et quand il rappe, c’est la même souffrance qu’il exprime, les yeux fermés, le front en sueur, la bouche grande ouverte avec la langue au fond dégoulinante de mots.
Au moins on ne peut pas lui reprocher d’exercer son art avec dilettante. A force, cependant, cela devient inquiétant. On croirait voir un moine en train de se flageller pour se repentir de ses péchés (comme dans un passage du Nom de la Rose le film tiré du livre d’
Umberto Ecco). Derrière lui, Octopus est tout aussi imprégné par la musique, mais ses mouvements expriment des émotions plus positives, comme le plaisir de s’éclater en faisant un barouf du tonnerre.
Un drôle de tandem. Pendant une heure, ils ont ainsi délivré leur catéchisme de la terreur : rap oldschool sur fond de distorsions soniques. Un vrai assommoir digne des pires groupes de grindcore. Eprouvant. Vain ? Le public présent en redemandait. Moi, j’ai eu l’impression que tous les titres étaient interchangeables et que Dälek n’était capable de chanter qu’un seul et même requiem.
Des infos et des morceaux en écoute : http://www.myspace.com/dalek
Réagir à cette critique