À 9 heures pile, l’Usine des noctambules se met au travail avec
Little Bob et plusieurs centaines de fans de la première heure accompagnés de leurs chatoyantes odeurs (ah, l’on en vient à regretter les bonnes vieilles salles enfumées).
Camouflé entre un pupitre à antisèches et un pack de volvic,
Little Bob est ce petit personnage un peu rond, à la chemise rouge et aux cheveux blancs qui entre sur scène comme dans une cour de récréation. Escorté par une élégante équipe composée d’un contrebassiste, d’un clavier, d’un batteur et d’un guitariste au son parfaitement rodé,
Little Bob nous offre un gig impeccable, puissant, aux accents bluesy et enthousiasmant de bonnes vibrations.
Œilladant les
Posies ,
Bob Dylan ou encore
Presley ,
Little Bob partage des tant complices avec le public pris au jeu ;
claps claps, hands up et refrains repris en chœur parsèment l’heure de show. Un chaleureux rappel permet au petit monsieur en rouge de remercier staff et public avant de combler la bouillante audience transpirante avec quatre dernières compositions et notamment une très belle reprise des
Small Faces .
Little Bob nous prouve une nouvelle fois, du haut de ses 62 printemps et 33 ans de carrière, qu’il n’évolue décidément pas dans un ‘lost territory’, mais bien qu’avec lui, ‘rock’n roll will never die’.
S’en suit en un tour de main le groupe anthologique
The Animals
avec ses trois membres d’origine, la ride consommée et la main tremblante, curieusement orchestrés par un jeunot d’une quarantaine d’années, adepte de la mode improbable ‘husky-cuir à franges-pieds nus’ en décalage pathétique avec l’esthétique originelle du groupe.
C’est ainsi que notre hippie chanteur entame de sa voix grasse et criarde des vieux tubes empoussiérés dont la date de composition nous est rappelée en chaque début de chanson avec un zèle narcissique et dissonant.
Dans un flou vaguement artistique, les morceaux sont difficilement soutenus par des musiciens fatigués et lointains qui semblent suivre machinalement l’usine à tubes et son gourou imposteur. Seul l’accent impeccable from Newcastle de Mr Alan Price parvient à nous faire quelque peu voyager.
Il ne faudra pas compter sur la reprise de
John Lee Hooker , ni sur celle de
Screamin' Jay Hawkins pour s’abreuver du plaisir escompté d’entendre sur scène des crus de quarante ans d’âge.
Les sérénades du guitar hero et du non moins clavier hero sonnent faux et poussif. Quant au public comprimé de bière froide, il réagit peu mais se fâche lorsqu’on le heurte d’un haussement d’épaules pour s’éloigner de ce décevant spectacle. Même pour leur fameuse ‘house of the rising sun’, la voix d’un certain Johnny aurait presque été préférable.