Interview avec le groupe The National 8 août 2005- Mains d'Oeuvres, Saint-Ouen
See ya later Alligator...
Rencontré à Mains d’œuvres, juste avant le début de la tournée consécutive à la publication de l’inépuisable album Alligator, le groupe américain The National a depuis fait forte impression au Printemps de .../...
Rencontré à Mains d’œuvres, juste avant le début de la tournée consécutive à la publication de l’inépuisable album Alligator, le groupe américain The National a depuis fait forte impression au Printemps de Bourges, aux Eurockéennes de Belfort et à Sédières. Et, selon toute vraisemblance, il devrait faire le même effet au public réuni dans le fort de Saint-Père à Saint-Malo pour la quinzième Route du Rock, le vendredi 12 août 2005… Rien d’étonnant à cela : ce combo dont la musique est la fois intense, mélancolique, planante et rageuse, bénéficie d’incroyables atouts dans son jeu : cinq musiciens au sommet de leur art, un chanteur capable de performances vocales hallucinantes et un répertoire truffés de titres tous plus marquants les uns que les autres. Lors de la phase de composition, comme sur les planches, on peut réellement parler d’alchimie entre les six New Yorkais pour tenter de décrire ce qui ne peut pas l’être ; ces gens-là semblent se comprendre par télépathie. Rien d’étonnant donc à ce que ce groupe ultra soudé se présente au complet pour l'entretien, malgré la fatigue due aux répétitions en prévision de la tournée. Résumé d’un échange à bâtons rompus avec les membres de The National - affables, loquaces et francophiles -, à la fin duquel on a très envie de leur dire « A très bientôt ! »…
Pouvez-vous revenir sur le processus de création d’Alligator ?
Matt Berninger : « J’écris les textes, mais le travail est collectif pour la musique : les idées de chacun sont mises en commun pour aboutir à une chanson. Bryan trouve des rythmes sur lesquels les autres musiciens se greffent.
Bryce Dessner : Par exemple, j’avais écrit la musique d’Abel il y a longtemps lors de notre première tournée européenne, en Irlande, et on a finalisé la chanson seulement pour Alligator. Scott a trouvé la suite d’accords de Daughters of the soho Riot… Au final, on avait 21 chansons entre lesquelles il fallait faire un choix pour le disque. Ce n’était pas un travail facile.
Pendant la période de gestation de votre dernier album Alligator, avez-vous été inspirés par un album, un film ou un livre en particulier ?
Matt Berninger : Il y a énormément de disques, d’albums et de films qui ont nourri notre inspiration, comme à chaque fois… Il y a un livre en particulier qui m’a inspiré la chanson The geese of Beverly Road. Je ne l’ai pas lu, je l’ai juste aperçu quand ma copine le lisait ; j’ai volé le titre du livre (Glimmering world) pour en faire le refrain de la chanson (« We're the heirs to the glimmering world »)... Sinon, le dernier film du réalisateur français Michel Gondry m’a beaucoup plu ; j’étais obsédé par Eternal sunshine of the spotless mind pendant l’enregistrement d’Alligator. Le titre de l'album vient d'une phrase qui fait référence à un alligator, elle est extraite du morceau City Middle : « I wanna go gator around the warm beds of beginners ».
Quand vous avez commencé à jouer ensemble, aviez-vous des modèles musicaux en commun ?
Matt Berninger : On a tous des modèles différents dans le groupe, mais en commun, on apprécie Tom Waits, Nick Cave et Leonard Cohen. On est également tous fans de Bob Dylan.
Bryce Dessner : Et de The Bravery ! (rire général)
En écoutant vos disques, je trouve qu’il y a dans votre musique des réminiscences des œuvres de Television (riffs de guitares tranchants), Joy Division (batterie martelée), du Velvet Underground (violon dissonant) et de U2 (sons de claviers et de guitares planants), vous ont-ils également influencés ?
Bryan Devendorf : Je n’ai jamais écouté les disques de Television et de Joy Division, ce n’est donc pas une grosse influence pour moi ! Il faudra que je me penche sur leurs œuvres…
Matt Berninger : On a sans doute plus écouté New Order que Joy Division…
Aaron Dessner : Lors de la dernière tournée, on a vraiment beaucoup passé les disques du Velvet Underground dans le van…
Bryce Dessner : Notre son de guitare n’est pas réfléchi, ça sonne comme cela naturellement…
Au début, avez-vous procédé comme la plupart des groupes, en faisant des reprises ?
Bryce Dessner : Non, on n’a jamais fait de reprises avec le groupe. On vient seulement d’apprendre la deuxième reprise de notre carrière aujourd’hui, mais on ne la joue pas en live…
On évoque souvent Stuart Staples et les Tindersticks en parlant de la musique de The National et de la voix de Matt… Qu’en pensez-vous ?
Matt Berninger : On n’a pas vraiment écouté les Tindersticks mais nos deux voix ont à peu près le même timbre, ce qui explique ces comparaisons. En plus, nos principales influences doivent être identiques à celles des Tindersticks…
Comment en êtes-vous venus à signer avec le label Beggars Banquet ?
Matt Berninger : Le label est tombé amoureux de nos albums Sad songs for dirty lovers et Cherry tree… Le patron de Beggars est venu nous voir en concert à Londres, et à la fin, il était très enthousiaste. Ça tombe bien, c’était une des maisons de disques que l’on souhaitait intéresser !
Vos premiers albums vont-ils être réédités par Beggars, et ainsi bénéficier d’une meilleure distribution ?
Aaron Dessner : Ils sont intéressés par le premier – The National –, peut-être que cela se fera un jour. On verra…
Le très beau morceau All the wine était déjà sur votre précédent EP, Cherry tree… Pourquoi l’avoir intégré à votre nouvel opus ?
Bryce Dessner : Pour deux raisons simples : cette chanson convient parfaitement au disque et Beggars l’aime beaucoup.
Ce n’est pourtant pas le premier single…
Aaron Dessner : Non, mais on ne pense pas en termes de singles quand on enregistre un album… On n’a pas ça en tête. On n’avait pas choisi telle ou telle chanson pour faire office de premier single
Même si vous ne pensez pas en ces termes, votre morceau Friend of mine sonne comme un tube dès la première écoute… Pensez-vous qu’il puisse devenir votre premier numéro 1 ?
Matt Berninger : Je ne sais pas. Mais on aime bien savoir ce que pensent les gens de notre travail. Beaucoup de personnes ont dit la même chose que toi à propos de différentes chansons sur cet album : Secret meeting, Lit up etc etc. C’est bien : nous sommes supposés avoir plein de singles potentiels sous la main !
Friend of mine est un morceau extrêmement triste…
Matt Berninger : Oui, ça ressemble à ça… On aime bien brouiller les pistes : si la musique est agressive, les paroles dégagent une sorte de tendresse. Si musicalement ça part dans tous les sens, le texte partira encore dans une autre direction. Parfois, la musique est très triste, voire mélodramatique, mais on essaye de contrebalancer cela avec un texte volontairement un peu idiot.
En ce moment, on ne peut plus trouver Sad song songs for dirty lovers sur les sites musicaux de vente en ligne, à quoi est-ce dû ? Avez-vous toujours de bons rapports avec votre ancienne maison de disques française, Talitres ?
Bryce Dessner : Oui, Sean de Talitres est notre ami, il organise d’ailleurs toujours nos tournées en France. La distribution des anciens albums par Chronowax laisse parfois un peu à désirer mais cela va changer avec Beggars. En une semaine, nous allons sans doute vendre plus que depuis nos débuts ; notre nouveau disque sera mieux distribué… C’est difficile pour un petit label de bien distribuer les disques ; avec une major, normalement c’est plus facile.
Comment Sean a-t-il décidé de distribuer votre second disque en France ?
Bryce Dessner : Un de mes amis de fac est le guitariste d’Elk City, le premier groupe signé par Talitres. Il lui a parlé de nous, Sean n’a pas trop aimé notre premier disque mais il apprécié Sad songs… , qu’il a fait paraître en France. Ça s’est fait de cette façon.
Quand votre violoniste Padma Newsome va-t-il devenir officiellement le sixième membre de The National ?
Matt Berninger : En fait, il aime bien ne pas être « officiel » !
Padma Newsome : Ce que je fais dans The National, c’est me greffer sur la musique pour y rajouter mes parties de violon. J’aime vraiment faire ça ! C’est peut-être une bonne ou une mauvaise chose mais, moi, j’apprécie cette manière de travailler.
Matt Berninger : Oui, tu aimes bien être à l’extérieur pour travailler.
Tu as composé un seul morceau pour The National (le bouleversant I don’t mind sur Cherry tree)… N’as-tu pas envie de participer à nouveau à la composition au sein du groupe ?
Padma Newsome : J’ai écrit cette chanson lors d’un trajet entre l’Australie (où j’habite) et les Etats-Unis, puis je l’ai enregistrée en une nuit. A l’époque, je travaillais sur les arrangements de Cherry tree, je leur ai donc envoyé le morceau, comme ça, sans autre intention que de leur faire écouter.
Pourquoi n’est il jamais interprété sur scène ?
Bryce Dessner : Parce qu’on ne l’a jamais travaillé jusque là… On a essayé une fois avec les Clogs lors d’un festival à Metz en novembre dernier, mais notre batteur a dit que cela sonnait trop « poppy ». Nous ne sommes pas allés plus loin…
Matt Berninger : Cette chanson est vraiment forte et immédiate, elle possède une sorte d’innocence…
Padma Newsome : Tu sais comment je l’ai enregistrée ? Il y avait seulement un micro, ma guitare et moi.
Matt Berninger : Et après, j’ai chanté avec toi en duo sur ton enregistrement…
En France, vos concerts reçoivent un excellent accueil de la part du public, est-ce le cas partout où vous vous produisez ?
Bryce Dessner : Nos shows marchent pas mal à New York City, mais en France et tout particulièrement à Paris, ce sont nos meilleurs concerts. Je pense que c’est dû au fait que notre album Sad songs for dirty lovers a eu un très bon écho chez vous ; les gens connaissent nos morceaux. Cela arrive parfois aux Etats-Unis et en Angleterre, mais c’est plus rare… Quand on joue dans l’Amérique profonde, il arrive que le public n’ait jamais entendu parlé de nous. J’espère que les gens vont mieux nous connaître désormais.
Vos concerts sont très impressionnants, avez-vous déjà évoqué entre vous l’idée de faire paraître un album live ?
Bryce Dessner : On a bien sûr déjà enregistré nos performances live mais il n’y a pas d’album de ce type en prévision. A la place de notre Black Session (NDR : prévue ce soir, lundi 18 avril 2005, et annulée), France Inter enregistrera peut-être notre prochain concert au Café de la Danse. Si cela se fait, et si le résultat est concluant, on avisera…
Vous allez jouer dans de gros festivals européens (aux Eurockéennes à Belfort début juillet puis à Leeds et Reading, en Angleterre, fin août). Comment appréhendez-vous ces concerts ?
Bryce Dessner : On a déjà joué sur des grandes scènes : l’été dernier en Italie, on s’est produits dans ce qui ressemble à un stade de football avec 40 000 personnes d’après l’organisation. Ça s’était bien passé, cela ne nous effraie donc pas de jouer pour un public très nombreux.
Quand Padma n’est pas là pour une tournée (comme à Sédières l’année dernière), vous jouez à trois guitares avec Nate Martinez, modifiez-vous votre façon de jouer ?
Matt Berninger : En fait, on a deux arrangements pour les chansons, un à cinq musiciens (sans violon, ni claviers) et un quand nous sommes six sur scène, avec Padma. Avec Nate, que l'on connaît très bien, on s'est adaptés, ça changeait un peu les morceaux mais c'était bien.
Bryce Dessner : Avec trois guitares, c'était cool... C'est normal, on a choisi un bon musicien !
Bryan Devendorf : Je tiens à ajouter que Nate Martinez joue dans un groupe distribué en France par Brassland, Pela. Leur album s’appelle All in time.
Avez-vous d’autres groupes à recommander à vos fans français ?
Matt Berninger : Clogs, Eric Friedlander, et tous les groupes qui figurent sur notre label américain, Brassland…
Lors de vos tournées, avez-vous été impressionnés par des groupes programmés à la même affiche que vous ?
Bryce Dessner : Man, Cyann and Ben, Syd Matters…
Matt Berninger : On n’est pas tous d’accord sur Syd Matters… Sinon, moi, j’ai adoré le groupe Melt Banana.
Aaron Dessner : Dans les groupes français, on aime Françoiz Breut, Dominique A, Air…
Votre album était en écoute sur le site internet de Beggars (www.beggars.com ) bien avant sa sortie ; il peut d’ailleurs toujours être écouté à cette adresse. Pensez-vous que c’est un moyen pertinent pour promouvoir votre musique ?
Matt Berninger : En fait, c’est moi qui ai eu l’idée… Personnellement, j’écoute beaucoup de disques en ligne de cette manière, en streaming, c’est un excellent moyen de découvrir de nouveaux groupes. Quand j’aime la musique, j’achète le disque
Les sites de téléchargement gratuit de mp3 ne vous effraient donc pas j’imagine ?
Bryce Dessner : Non, on trouve que c’est une bonne chose…
Avez-vous déjà pensé à la personne qui produira votre prochain album ?
Matt Berninger : Nous sommes très proches de Nick Lloyd, notre producteur actuel. C’est agréable de passer du temps avec lui pour enregistrer. Nous ferons donc sans doute le prochain disque avec lui
Bryce Dessner : Il a construit un studio dans lequel les Clogs ont enregistré leur nouvel album ; le son y est excellent.
Dernière question : en ce moment tout le monde parle d’Arcade Fire, que pensez-vous de leur album ?
Matt Berninger : On aime beaucoup leur disque ! C’est un des albums qui m’a procuré le plus de plaisir depuis longtemps. Vous les aimez beaucoup ici en France, je crois…
Bryce Dessner : Sans doute, mais pas autant que The National (rires) ! »
Ce festival est une merveille de programmation. La plupart des musiciens à l’affiche se connaissent et se respectent quand ils ne sont pas tout simplement des amis. Il y a deux ans, j’avais pu assister à une des soirées de la troisième édition. C’était merveilleux.
Les artistes avaient passé plusieurs jours ensemble, le temps pour eux d’essayer des collaborations qu’ils présentèrent ensuite sur scène sous les yeux de quelques privilégiés. Chacun jouait ses propres chansons, puis à la fin de chaque set, un ou plusieurs collègues s’invitaient pour une reprise ou une composition originale écrite dans un des locaux de répétition de Mains d’Oeuvres. Les barbus d’Herman Düne (co-programmateurs) menaient la sarabande. La scène était en ébullition, parfois trop petite pour accueillir tous les participants qui se bousculaient autour des micros pour pousser la chansonnette en choeur. C’est là que je vis pour la première fois The Mountain Goats et son fou chantant de John Darnielle, Refrigerator, le groupe des frères Callaci du label Shrimper, ainsi que d’autres combos aux allures improbables comme les Larval Organs ou les Wave Pictures. C’était le vendredi 27 juin 2003. Jef Lewis, Toby Goodshank ou encore Lisa Li-Lund (la sœur de David et André HD) qui avaient joué la veille était encore là au milieu du public prêts à faire le petit saut pour retrouver leurs copains, secouer des maracas, faire des chœurs ou simplement danser. Un moment rare de joie et de partage. Ca ne pouvait être plus beau.
Depuis l’année dernière, le festival Mo’Fo’ (pour modern folk) a pris un peu plus d’ampleur, le rapprochant des autres festivals. Il y a par exemple deux scènes désormais. Sitôt un concert terminé, il faut se dépêcher de changer de pièce pour ne pas rater le début du suivant. Une telle organisation ne permet pas vraiment de nouveaux vendredi 27 juin 2003.
Vendredi 1er juillet 2005, il fait chaud, le réchauffement progresse, et contrairement à 2003, c’est complet au Mo’Fo’. A 19h, ça va encore. Les retardataires sont encore loin. Et je peux m’approcher gentiment de la scène où Turner Cody interprète, seul à la guitare, ses chansons simples et parfois lumineuses. Sur son dernier titre, il est rejoint par David HD, qui était jusque-là tranquillement assis par terre.
A 19h40, Oly… et non au lit, la soirée ne fait que commencer. Il faut changer de pièce, quitter la scène Mo’ pour rejoindre la scène Fo’, où Oly Arckle attend patiemment qu’on lui fasse signe avant de gratter sa six-cordes. Oly est accompagné d’un batteur. Il joue du folk dans le même registre que Turner Cody avec une note de mélancolie en plus. Il ne joue pas plus d’un quart d’heure. A ce moment là, je m’emmêle un peu les pinceaux. Je retourne illico à la scène Mo’ pour la suite, El Boy Die, mais cette suite tarde… En fait, il fallait rester du côté Fo’. Il est trop tard quand je me rends compte de mon erreur.
Arrington de Dionyso est déjà en train de sortir sa clarinette baryton. Je suis un peu déçu. On avait annoncé Old Time Relijun, soit le groupe rock’n’roll de l’américain, mais aujourd’hui Arrington est venu seul pour une de ses performances vocales dont j’ai déjà été témoin en février de cette année. C’est donc la même chose qu’à l’atelier Tampon avec en plus pour finir une improvisation vocale, où au lieu de sortir des sons de bonzes constipés ou de Cessna au-dessus du Capitole, il éructe des phrases quasiment compréhensibles. Un peu comme la pythie. Je ne l’ai jamais rencontrée, j’étais trop jeune, mais ça m’y fait penser quand même.
Go Go Charlton me semble être un groupe français. Ils sont mignons tout plein avec leurs tee-shirts imprimés et leur anglais avec accent. Ca sautille, c’est très ligne claire, une impression de Californie. C’est ce que je préfère depuis le début. Ils sont plusieurs à chanter à tour de rôle suivant les chansons.
J’ai cru un instant reconnaître la ligne de basse de Zombie des Crannberries, mais j’ai dû rêver.
Il doit être 21h30. Les retardataires sont là. C’est l’heure d’Herman Düne et là les choses se compliquent. Impossible d’approcher à une distance suffisante pour pouvoir faire une photo correcte. Les barbus ont leurs fans, qui ont snobé Go Go Charlton pour se réserver les meilleures places. J’arrive quand même à reconnaître les formes sur la scène.
André, David et Néman, ok, plus Julie Doiron à la basse et Lisa-Li Lund aux chœurs. C’est exactement le line-up qui a enregistré Not on top. Ils ne jouent d’ailleurs que des titres issus de ce dernier album. C’est un régal. L’ambiance est toujours aussi décontractée avec ces gars et ce d’autant plus que David n’a pas la main en feu cette fois (cf leur précédent concert au même endroit). Quentin Rollet fait une nouvelle apparition avec son saxophone sur un des morceaux (je n’ai pas noté lequel). En général, je ne suis pas très client de ses apartés free-jazz, mais cette fois-ci c’est très beau et cela s’insère parfaitement dans le folk-rock des franco-suédois.
Comme je suis près de la sortie, je parviens rapidement jusqu’à la scène Fo’ pour ne pas rater l’entrée de Calvin Johnson. Je suis très pressé de le voir et en même temps je crains le pire.
Il est déjà venu à Mains d’œuvres, il y a un ou deux ans, pour un concert solo, comme tête d’affiche. Le fondateur de K Records, l’ex-Beat Happening, celui qui a introduit le folk et les douces mélodies dans le circuit punk, c’était un évènement. A tel point que nous avions eu droit à la salle de l’auditorium et ses chaises à tablettes. Mais au lieu de nous faire un beau concert avec plein de chansons pour nous les spectateurs payants qui le voyions pour la première fois, l’Américain avait choisi de nous prendre à rebrousse-poil et de ne cesser de nous provoquer allant jusqu’à nous reprocher de ne pas danser, alors que nous étions dans une salle avec des sièges et que lui jouait des chansons à la guitare sèche. Au bout d’un moment, de toute façon, il cessa carrément de chanter pour nous parler pendant une demi-heure de Johnny Cash, qui venait de mourir, et de la vie nocturne en Ecosse. J’avais lu quelque part qu’il aimait la confrontation avec le public. Après ça, j’ai compris. Je ne suis donc pas étonné tant que ça de voir ce vendredi que Calvin Johnson ne se presse pas pour interpréter ces dernières compositions (un deuxième album solo doit sortir à la fin de l’année).
Il chante donc un tout petit peu. A capella. C’est assez saisissant. Il possède un charisme très particulier, une aura d’ogre, avec une voix très grave. Les chansons, elles-mêmes, sont minimalistes. Il n’y a pas de refrain, pas d’harmonie. C’est un peu sinistre à vrai dire.
Et il parle donc beaucoup aussi. Il ne nous provoque pas cette fois. Au contraire, il nous confie à quel point, il est heureux de participer à ce genre de festival confidentiel. Il nous raconte un épisode de sa vie de musicien underground. A l’époque, il faisait des reprises de Black Flag dans un groupe appelé The Go Team (sans point d’exclamation). Il se retrouva à jouer à Spokane, une ville à l’extrême est de l’état de Washington. C’est pas folichon Spokane (qu’il dit) et son seul public se réduisait à une petite bande de gamins qui faisait du skate et sautait dans tous les sens. Des années plus tard, il revit un de ces gamins à son bureau, une cassette de démos sous le bras. The Go Team lui avait filé le virus du rock’n’roll. L’histoire est surtout intéressante quand on connaît le nom du gamin en question. Il a dû le dire. Mais je n’ai pas compris.
Le truc qui me chagrine le plus dans cette attitude. Ce n’est pas tant qu’il parle au lieu de chanter, d’ailleurs il accompagne par moment le flot de ses paroles d’un gratouillis de guitare. Le plus contestable dans tout ça, c’est qu’il en France, qu’il s’adresse à des Français et qu’à aucun moment il ne se soucie de savoir si on comprend ce qu’il dit. Et nous on est assez gentil pour supporter ça, sans rien dire. Personne, de peur de passer pour un ringard qui ne sait pas parler anglais, n’a osé ou n’a eu l’idée de dire : « Hé Calvin, tais-toi, on ne comprend rien, on préfère ta musique ». Et dire que les Américains nous traitent d’arrogant.
Après sa causerie, Calvin reprend brièvement son rôle de musicien. Une certaine Chloé s’installe derrière une batterie. Lui range sa guitare dans son étui et seul au micro avec juste le rythme de Chloé, il nous gratifie d’un morceau dans la veine de ce qu’il fait avec le Dub Narcotic Sound System. C’est excellent. On regrette encore plus qu’il ait autant perdu de temps à monologuer.
Le pire dans tout ça, c’est qu’il a dépassé le créneau horaire qui lui avait été très scrupuleusement accordé par les organisateurs.
Quand je me dirige vers la scène Mo’ pour le dernier concert de la soirée, je découvre que Bonnie Prince Billy a déjà commencé. Impossible de rentrer dans la salle. Elle est pleine à craquer. Patiemment, je parviens à me glisser contre une porte. J’aperçois le sommet du crâne dégarni de Will Oldham. J’entends la musique. Mais uniquement par-dessus la conversation de deux espagnols pressés contre le bar. Les Espagnols parle fort. Plus fort que les Italiens. Je suis au supplice. Il fait une chaleur à crever. Je suis sans arrêt bousculé. L’horreur. Et pourtant, à cinq mètres de là, pas plus, le Prince Billy délivre un très beau concert, plein d’intensité et de ferveur, qui se marie assez bien avec la touffeur ambiante. Il s’agit de son projet Superwolf avec Matt Sweeney (guitariste aussi avec Chavez, Guided by Voices, Zwan…). Ils sont quatre. Un batteur, Sweeney à la guitare, Will en short et guitare, et une fille en maillot de bain, assise auprès de je ne sais quel instrument. Sur la fin, je pus me rapprocher un chouia, eux jouèrent un très appropriéYou will me when i burn, ainsi que de nouveaux morceaux, mais bon ça resta de très mauvaises conditions pour assister à un concert. La rançon du succès motherfucker !
Herman Düne + Cerberus Shoal 13 mai 2005- Mains d'oeuvres - st Ouen Quand j’arrive ce soir, la salle est comble. Cerberus Shoal a déjà commencé à jouer. Je suis derrière, tout ce que je peux voir c’est cet écran avec une image baveuse. Sur l’écran, j’en vois quatre, un batteur, un percussionniste, une bassiste, une .../...
Quand j’arrive ce soir, la salle est comble. Cerberus Shoal a déjà commencé à jouer. Je suis derrière, tout ce que je peux voir c’est cet écran avec une image baveuse. Sur l’écran, j’en vois quatre, un batteur, un percussionniste, une bassiste, une clavier dans une robe à paillette. En vérité, ils sont cinq. Un guitariste se tient contre le mur de gauche, à l’abri du regard de la caméra. Ils sont américains. Leur musique me fait penser à ce que produit A Silver Mount Zion depuis qu’ils se sont mis à chanter en cœur. C’est très intéressant, des fois un peu pénible quand ils se laissent à aller dans l’expérimentation style Captain Beefheart, mais souvent c’est beau. La bassiste, très belle, du rouge, une taille fine, lance un rythme, et le reste suit dans des échappées instrumentales avec beaucoup de percussions chamaniques, et d’autres instruments comme une trompette ou un machin à soufflet qui sonne tel un accordéon. La plupart du temps le chant se fait à plusieurs voix dans un seul élan d’amour. Sur le côté de la scène, on peut observer David et André d’Herman Düne. Ils dansotent, le sourire aux lèvres, cette musique les transporte. Les deux groupes se connaissent et s’apprécient, ils ont déjà enregistré un disque en commun. Cerberus Shoal propose des compositions plus expérimentales, mais le même esprit hippie unit ces artistes.
Hippy ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Pour moi, il s’agit d’amour et de partage, le plaisir de partager de l’amour. Un sentiment très positif que l’on rencontre effectivement quand on assiste à un concert d’Herman Düne. Ces types sont précieux. Toute la discographie des Beach Boys, tous les rastas du monde entier ne parviendront jamais à émettre autant de bonnes vibrations que ces trois types réunis : David, André et Néman.
C’est du folk, rien de révolutionnaire, de pauvres chansons, couplets-refrain, accompagnées à la guitare, avec un chouïa de batterie ou bien une scie musicale, ou bien deux flûtes. Il fut un temps où il y avait aussi du ukulélé, la petite guitare hawaïenne, mais pas ce soir. C’est simple donc, et très, très inspiré. On dirait que les chansons sortent d’eux naturellement, que c’est leur seul moyen de communication. On dirait que ce sont des anges et qu’au lieu de flèches c’est des mélodies qu’ils décochent. Ils sont barbus comme le dieu Paon et en eux brûlent le feu sacré, un feu si puissant qu’André doit plonger sa main dans de la glace. Il évoque un souci de magnétisme, mais nous ne sommes pas dupes. C’est le feu, le feu originel d’où tout jaillit. Et ce feu leur a fait écrire de nouvelles chansons sur la route avec lesquelles ils débutent leur concert. Ils ne sont que trois. Ca n’est pas assez.
Leurs chansons sont communistes, elles réclament le partage. Alors, ils rappellent leurs copains et copines de Cerberus Shoal pour des chœurs, une guitare, des percussions. C’est une communion, une partouse de troubadours. (Qu’est-ce qu’elle est belle cette bassiste ! La musique la magnifie.) Cela donne de merveilleuses versions de Not on top, Good for no one, My friends kill my folks, Whatever burns the best. Quentin Rollet apparaît avec son saxophone et Red aussi pour quelques secousses de maracas. C’est la maison du bonheur ! Les musiciens s’accouplent sur scène. Tout semble s’improviser à la dernière seconde sous nos yeux. Et pourtant, ce n’est pas le chaos, c’est juste cool, une évidence d’harmonie et de joie.
Laika 1er décembre 2003- Mains d'Œuvre, Paris Laika est un groupe avec un univers bien à lui... entre Trip Hop et rock... ambient par moments...
Ils tournent en quartet (batterie, basse, plus les deux fondateurs). Guy Fixsen (clavier / guitare) à l'air d'être un énrevé, alors que Margaret .../...
Laika est un groupe avec un univers bien à lui... entre Trip Hop et rock... ambient par moments...
Ils tournent en quartet (batterie, basse, plus les deux fondateurs). Guy Fixsen (clavier / guitare) à l'air d'être un énrevé, alors que Margaret Fiedler est plus chaleureuse...
Les titres des albums ressortent superbement en live... grosse péche du batteur, synchro des samples avec la rythmique impeccable... etle climat est bien là.
La voix un peu sous mixée (difficile à entendre), mais à part cela que du bon...
pour ceux qui connaissent le groupe, faut pas hésiter!
info sur laika dot org... Réagir à cette critique
The National 3 novembre 2003- Mains d'Oeuvre, St Ouen Difficile de revenir à la vie réelle : lundi dernier, THE NATIONAL, concert à St Ouen, salle "MAINS D'OEUVRE".
Depuis j'ai l'impression d'être assise dans un coin, à attendre qu'une porte s'ouvre à nouveau sur ce monde étrange où la musique coule .../...
Difficile de revenir à la vie réelle : lundi dernier, THE NATIONAL, concert à St Ouen, salle "MAINS D'OEUVRE".
Depuis j'ai l'impression d'être assise dans un coin, à attendre qu'une porte s'ouvre à nouveau sur ce monde étrange où la musique coule comme un poison au creux de l'âme.
J'avais acheté "Sad songs for dirty lovers" par hasard ou pour le titre mais à me le repasser en boucle, j'avais senti l'urgence de les voir "pour de vrai", sur scène.
Je ne sais pas si ce que j'ai vu et entendu était "vrai" ou plutôt "de l'autre coté du miroir" et par conséquent définitif, sans appel et sans remords.
Sans doute à cause de ce garçon arrimé à son micro qui semblait en danger de se perdre, hurlant et priant à la fois, monsieur BERNINGER .
Et ce quelque chose, paroles et musique, de l'enfance ou de l'adolescence, qui demeure et dérange, heureusement.