Bon, les amis, autant vous le dire tout de suite, il y avait deux autres groupes à l’affiche ce soir là,
Liliput Orchestra de Toulouse et
Superlucertulas d’Italie. Je ne les ai ni vus, ni entendus. J’étais occupé à encourager le boycott d’un cinéma à Montparnasse, pour protester contre le renvoi d’un projectionniste, et donc je ne suis arrivé à la Miroiterie qu’à 20h30. C’est la première fois que je pénétrais dans ce squatt et je fus bien heureux de découvrir un lieu où la canette de 50 cl de bière est vendue 2 euros. Et en plus, c’est plutôt joli, caché au fond d’une ruelle, avec des mosaïques en verre et un mur couvert de chouettes affiches.
Tout triste, d’avoir raté deux groupes, j’eus à peine le temps de me consoler en ouvrant ma bière que
GI Joe lançait l’appel aux armes.
Equipé d’une batterie et d’une basse, ce duo italien nous a fait une démonstration de sa technique de combat rock. Il s’agit d’une méthode plutôt expérimentale oscillant entre punk, funk et free jazz. La basse bourdonne comme une guitare saturée et la batterie ne se contente pas de créer un rythme, mais s’exprime comme un deuxième instrument solo, l’effet recherché étant de suer et de produire un bruit libérateur.
Illustration de leur univers, une de leur chanson s’intitule,
« Los instrumentos sexual del senor Walsh ». A la fin du set, le bassiste remisa sa quatre cordes pour s’asseoir derrière d’autres fûts de batterie.
GI JOE se lança alors sauvagement dans deux morceaux à quatre baguettes, leur performance s’achevant dans les bris de bois.
Une canette plus tard, se présenta la vraie raison de ma présence à la Miroiterie :
31 Knots, un trio de Portland dans l’Oregon sur la côte ouest des Etats-Unis. Je n’en avais jamais entendu parlé jusqu’à il y a peu. C’est
Jamie Peterson, la batteuse d’
Old Time Relijun, un autre groupe issu de la même région, qui m’avait annoncé leur passage à Paris en me promettant un concert exceptionnel.
Avant de partir à l’aveuglette, je suis allé sur le site web où j’ai pu écouter trois de leurs chansons. Ces échantillons ne m’ont guère excité, un vague son pop-rock, sans grande originalité. Mais bon, j’étais décidé à vérifier de visu.
Or donc, ils sont trois (
Joe Haege,
Jay Winebrenner,
Jay Pellici) à se partager une guitare, une basse et une batterie. Ils ont déjà sorti deux albums et sont actuellement en tournée en Europe pour promouvoir
« The curse of the longest day », leur dernier EP, 4 titres.
Leur concert débute en douceur par quelques accords répétitifs de la guitare, avant l’entrée progressive des autres instruments. Ca sonne d’ailleurs comme du rock progressif. Mais une chose me frappe d’entrée : c’est la manière dont
Joe Haege et
Jay Winebrenner bougent en jouant. C’est très sensuel. Les deux tiennent leurs guitares haut sur le corps et les portent comme s’il s’agissait d’un organe issu de leur ventre. Ils ne sautent pas comme des cabris, mais ondulent, se tordent, suivant les tourments de leur musique.
Celle-ci souffle le chaud et le froid, tout en gardant une intensité constante, et du rock progressif on glisse au hardcore dans une sorte de transe. Il n’y pas d’excès de solos, mais de brefs accords plaqués du bout des doigts, sans médiator, créant des sons psychédéliques.
Leur interprétation sur scène dépasse de loin leurs enregistrements sur disque. On change nettement de dimension. Chaque note est décuplée. De plus, les musiciens sont si près du public qu’ils n’ont pas de mal à transmettre cet envoûtement. Sur la dernière chanson, le chanteur abandonne sa guitare après avoir enregistré une boucle, le bassiste devient guitariste et les trois atteignent leur zénith.
Joe Haege danse tel un égaré, hurle dans son micro, se jette dans le public, traverse la salle, pendant ce temps
Jay Winebrenner joue de sa guitare comme s’il s’agissait d’un rituel voodoo, la dressant au ciel avant de s’effondrer sur elle. Après coup,
Joe m’expliquera qu’il agit toujours de la sorte lors de ce morceau. Et pourtant ce n’est pas prémédité, il se sent juste guidé par sa musique.