La soirée commence sur les chapeaux de roue. Perdu dans ma Twingo, je croise la route de deux jeunes sur leurs scooters. "L'Orange bleue ?" "-Vous n'avez qu'à nous suivre." Et j'arrive ainsi, en toute discrétion, avec deux lascars pour escorte qui m'ouvrent la voie en faisant des roues avant.

Sur scène, ça pétarade sec aussi.
Peplum, "The sound of the Fion valley", des locaux, jouent du grunge, qu'ils disent. Ils se disent aussi influencés par
Sonic Youth. Ca ne saute pas aux oreilles. Peut-être parce que j'ai gardé mes boules quiès. C'était éprouvant comme les premiers enregistrements des
Meat Puppets. On souhaite à Peplum de suivre le même chemin que ce groupe américain. Kurt Cobain vénérait les Meat Puppets, il en a même repris plusieurs titres sur l'album acoustique de
Nirvana. Pour l'instant, du côté de la vallée du Fion, on n'en est pas encore là. La seule éclaircie fut le dernier morceau. Parce qu'il annonçait la fin du calvaire sonore, bien sûr, mais aussi parce qu'
I've got a reason est un morceau presque pop et tout à fait sympathique.
Sympathique, attachant, c’est ce qui me vient à l’esprit pour décrire l’ensemble du set de
Hey Gravity. Je ne connaissais pas. C’est un quintette anglais conduit par une chanteuse,
Justine Berry. Avant ce groupe, Justine chantait dans un autre, M.A.S.S, dont Hey Gravity descend en ligne directe puisque Hey gravity était le premier single de M.A.S.S. Voilà pour l’histoire. Pour la musique, c’est un peu plus simple, un cocktail pop-punk agréable, sans grande surprise, mais qui vaut le déplacement rien que pour le jeu de scène de Miss Berry.
Cette femme est belle. Devant un public aussi sage que clairsemé, elle a fait feu de tout bois, ne ménageant ni sa voix, ni son corps, ni sa gentillesse puisque loin de snober un public qui ne lui était pas acquis, la rockeuse a multiplié les attentions, les sourires, jusqu’à nous souhaiter de joyeuses Pâques.

Et, enfin…
Gomm. Ca m’a fait de la peine de constater que la salle n’était pas pleine à ras bord pour les accueillir. Ca m’a fait de la peine d’observer qu’il y avait même moins de spectateurs que pour Peplum. Putain Gomm ! Cette musique tue sa mère et nique son père. Avec talent, avec inventivité, avec finesse. Ce n’est pas de la branlette de poseurs, c’est du sérieux, des morceaux fiévreux et hypnotiques portés par un chant mixte masculin/féminin, le contraste entre le calme métronome d’Olivier le batteur et l’hystérie blonde de Marie dressée sur ses claviers analogiques, plus, au milieu, deux frères, Guillaume et Mathieu, qui s’échangent basses et guitares au gré des morceaux. Comme beaucoup d’autres groupes, Gomm s’abreuve aux classiques du punk et de la new wave, comme beaucoup d’autres Gomm cite Can, le groupe culte allemand des années 70, mais comme peu de groupes, Gomm s’est forgé un son, un style et un répertoire qui moi me transporte à chaque fois, et pourtant, je n’aime pas la répétition et pourtant c’était la septième fois que je les voyais. Et maintenant huit !


Bon ce soir là, ne fut pas leur meilleur. Enfin, surtout pour Mathieu. Le béotien que je suis n'avait rien remarqué. C'était fin et massif comme à leur habitude. Marie fut merveilleuse. La mécanique de précision qu'est ce groupe a bien opéré, juste un accroc en fin de parcours. Mathieu a cassé une corde de sa basse. Il n'y eut donc pas de rappel ce qui priva le public vitryat d'une reprise de
Feed me with your kisses de
My Bloody Valentine.