
Un moment déjà que Mc Yavell, grand connaisseur de Jazz, claironne partout la venue de la jolie
Melody Gardot à qui veut l'entendre. La Belle avait déjà annoncé une date qui n'a jamais eu lieu, nous laissant transis et désemparés ; c'est donc avec impatience qu'on rejoint le Palais de Congrès de Marseille. Où je n'ai personnellement jamais assisté à un concert, mais plutôt à des choses aussi funky que le lancement de la nouvelle génération de programmes européens FEDER 2007-2013, (bref où je ne suis venu que pour le travai), pour découvrir enfin ce que vaut en live l'interprête du très beau et très cinématographique disque
My One a Only Thrill (et d'un premier album plus jazz, l'également très réussi Worrisome Heart).

Rien à manger, rien à boire sur place mais tant pis, la salle est bien jolie en configuration concert et le son, pas tout à fait assez fort à notre goût, sera en tout cas nickel pour rendre les onomatopées rigolotes et la fêlure de voix de la jeune femme à la canne, ainsi que l'accompagnement plutôt groovy de son groupe de ce soir. Le public est clairement dans les quinquas, alors que la damoiselle est pourtant un peu le Dr Jekyll de Mrs Hyde
Amy Winehouse : même background musical, certes un peu plus jazz que soul, en version moins déglinguée et moins dangereuse. On pensait donc voir aussi un public "non jazz" qui ne semble pas encore assez bien la connaître. Quoi qu'il en soit la salle est presque pleine, et Mc Yavell et son épouse (mais surtout Mc Yavell) marronnent légitimement que le petit c... accrédité Liveinmarseille (votre serviteur) soit assis, hum, 3 ou 4 rangs devant eux...

Le concert commence derrière une tenture noire transparente par une belle intro en mode free, débouchant sur The Rain, non pas seule avec un piano et un cuivre, mais avec tout le groupe (donc ... un batteur en plus). On savait que les orchestrations varieraient par rapport au disque : de façon générale le concert de ce soir est en mode jazz de chambre, assez léger et peu amplifié ; on gagne en groove ce qu'on perd en tragique par rapport aux versions album (pas de section violons pour les frissons espérés). Your heart is as black as night nous évoque toujours Marilyn dans les 50's ("but my heart ... belongs... to dad-dy !"), tout comme la robe ô combien échancrée de la créature qui a pris place au bord d'un magnifique piano Steinway & Sons (son "bébé" qui, couvert de baisers, fera des envieux).

La miss fait de petits commentaires rigolos entre les chansons, français ou anglais, se livrant parfois à de la publicité mensongère : je frémis quand elle parle d'être "The Other Woman", mais on aura pas de reprise de la poignante chanson de
Nina Simone. A la place, ce sera la presque aussi belle Love Undercover, également sur la thématique de la femme adultère. Puis elle s'assied avec une belle Gretsch rouge, déclenchant quelques sifflets ("tiens, il y a des oiseaux dans la salle ?"). On ne peut pas s'empêcher à ce moment de penser, en la voyant cachée incognito sous une épaisse chevelure blonde et ses lunettes noires, à un de ces témoins masqués des talk-show - voire même à Katia, le travelo du Père Noël est une Ordure... Mais foin de grossièretés,
Melody Gardot a les cheveux blonds, et c'est leur couleur naturelle.

Et elle est surtout très , très mi-mi ; sa canne, issue d'un vilain accident, semble heureusement ne plus lui servir à rien, à la voir en équilibre stable, accroupie sur des talons aiguille d'une hauteur vertigineuse. Baby I'm a Fool est jouée simplement à la guitare, sans l'orchestre, et c'est bien joli aussi. If the Stars Were Mine est plus proche du disque, en version bossa nova, appuyée par une clarinette. Plus surprenante Worrisome Heart sera ce soir un mambo endiablé, à grands coups de hanche troublants, dérivant par clins d'oeil, un instant sur les Kinks, un instant sur Coltrane, le tout avec un groupe parfait, faisant à l'occasion de petits soli parfaits et concis : it's just exquisite ! C'est à ce moment que je décide, après plusieurs chansons d'observation, que les 5 secondes de noir entre chaque chanson doivent permettre à un athlète félin comme moi de gagner cette envieuse place au premier rang, de quelques bonds, ni vu ni connu.

Je suis donc tout devant, allez, disons-le, avec une vue imprenable sur cette créature (et aussi, le rouge me monte au front de l'avouer, sur sa chute de rein), quand elle revient à la fin d'une longue introduction sans elle (je discerne une petite odeur de clope qui vient de derrière, coquine !), pour Les Etoiles. Je sais que Mc Yavell qui m'avait déjà maudit pour 3 générations, vient de m'en coller 3 de plus... Il y a pourtant encore de la place devant, sans doute réservée à des imbéciles de V.I.P. qui avaient, croient-ils, mieux à faire ce soir. Quand je pense aux vieux culs, au mieux clientélistes et inutiles, au pire mafieux et crypto-racistes, qui servent d'élus dans ce 8ième arrondissement, je suis bien content de profiter de leur place... et du déhanchement splendide de soie rouge qui s'offre à mes yeux humides d'émotion. Gargl...

Love me like a River Does sera le seul goût tragique de la soirée, une de ces quelques bouleversants chansons d'amour même pas tristes que chante
Melody, sur un fond de coucher de soleil, ambiance toits de Paris. Puis grosse montée de groove avec Who will comfort me, où nous sommes mis à contribution pour taper des mains et chanter (Oh Lord !). Idéalement enchaînée avec une superbe, mais vraiment superbe et torride version du Caravan de
Duke Ellington, en plus, elle redanse - re-gargl... On croirait revoir
Rita "Gilda" Hayworth dans ses oeuvres, rien de moins. Un solo de basse de malade, pendant lequel elle sourit et fait des trilles, appuyé par le batteur qui ne joue qu'avec les mains : peut-être le climax du concert. Suivi hélas, c'est souvent le cas, par une première sortie du groupe.

Fausse alerte heureusement, la belle revient bien vite pour interpréter le gospel traditionnel No More My Lord (également repris en mode électrique par les saignants
Wraygunn), en reproduisant le rythme des chaînes avec un gros bracelet. L'effet est bluffant et très émouvant, mais la Belle ressort aussi sec ensuite, hélas. Avant de revenir nous entretenir du plus grand chanteur français de tous les temps, l'homme qu'elle aurait assurément kidnappé, précise-t-elle, s'il avait eu son âge : Jacques Brel. Et de se lancer, avec plusieurs faux départs charmants, dans la su-bli-mis-sim-me Chanson des Vieux Amants. Celle-ci est évidemment indépassable en version originale, il fallait donc un joli culot pour la tenter toute seule à la guitare, devant des français, avec un charmant accent de vache espagnole.

Bien évidemment, on fredonne avec elle, que dis-je, JE fredonne avec elle, puisque nous sommes face à face, les autres gens ont disparu (ou pire, ils croient bêtement qu'elle chante aussi pour eux), c'est magnifique et intense... Mais c'est ainsi que se finit, pour de vrai, le concert. Bien trop court (1 h 30 est passée, comme dans un souffle !), hélas dépourvu des grandes chansons de cinéma que j'attendais (My One a Only thrill et Your Love is easy...). A la place, 4 très bons musiciens, dont un type capable de jouer de 2 saxophones en même temps, un bassiste expert en tricotages, un batteur impeccable - on s'en est bien contentés ! Et puis ce n'est que partie remise, puisqu'on s'est fait la promesse dès la sortie, de revoir aussi souvent que possible cette éblouissante créature...
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