La tournée européenne de Cure passait par Paris mercredi 12 mars. Nous y étions ! Compte-rendu...
On se rappelle toute sa vie les premières fois importantes. Le premier concert, par exemple. Cette première fois-là, c'était au Bataclan, à la fin des années 70. Une rumeur persistante présentait le trio anglais du soir comme une big thing en devenir : musique à la fois sombre et acidulée, vernis culturel revendiqué et look impossible… La salle était au trois-quarts vide et les titres sublimes de Three Imaginary Boys y résonnaient avec l'élégance et l'urgence qu'ils méritaient.
Trente ans plus tard, Robert Smith est une fois de plus sur scène à Paris, mais c'est Bercy qui accueille The Cure, devenu au fil des ans son projet personnel plutôt qu'un groupe à proprement parler, même si le fidèle Simon Gallup est toujours à ses côtés à la basse.
20h15. Alors que plusieurs centaines de retardataires attendent encore patiemment à l'extérieur que le service d'ordre les autorise à pénétrer dans l'enceinte sportive aux pentes herbées, le quatuor investit l'immense scène pour un show que l'on sait long (presque trois heures à Marseille la semaine précédente), mais dont on ignore encore qu'il ne se terminera que le lendemain !
C'est que pour Bercy, les curistes n'ont pas fait les choses à moitié et décidé d'occuper la scène presque quatre heure, sans temps mort… ni claviers. Guitare, basse, batterie. Belle virtuosité instrumentale et vocale. Chansons interprétées avec force mais sans enflure. Le millésime du Cure 2008 est une sorte d'aboutissement, de quintessence de tout ce que le talent de compositeur (et d'interprète) de Robert Smith pouvait donner de meilleur.
Y passent tous les titres remarquables d'un groupe qui, après avoir été la tête d'affiche des années post-punk, aura traversé les décennies sans jamais se renier ni dévier d'une trajectoire tracée dès l'origine. Les titres se succèdent sans presque laisser le public reprendre sa respiration. Deux heures trente de concert avant une première courte pause et quatre rappels à suivre ! Le tout sous l'œil d'une pléthore de caméras qui fleurent bon leur DVD en préparation.
Ce grand passage en revue trouve même son paroxysme enthousiaste aux alentours de 23h15, à l'entame d'un troisième rappel entièrement consacré aux tout débuts… avant de s'assoupir tranquillement, lorsque minuit sonne sur un interminable instrumental de cathédrale qui conclut une prestation en tout point remarquable.
Il aura pourtant manqué à cette soirée exceptionnelle un petit quelque chose, un supplément d'humanité que Robert Smith n'aura pas su offrir à son public. Gros panda ébouriffé et dépressif semblant sortir du lit encore vêtu de son ample pyjama noir, il aura été incapable de créer la moindre connivence, de s'exprimer ou de dialoguer avec une salle pourtant acquise. Timidité maladive ou absence totale charisme ? Une petite cure de remise en forme s'impose, Robert !
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