Julie Doiron 29 mars 2007- point éphémère ( Paris ) Julie Doiron, arrivée le jour même du Canada (un peu fatiguée mais dans un état plutôt euphorique sur l'ensemble du concert ), seule sur scène avec sa guitare, a conquis tout le public du point éphémère.
Cela n'a pas été trop difficile dans un .../...
Julie Doiron, arrivée le jour même du Canada (un peu fatiguée mais dans un état plutôt euphorique sur l'ensemble du concert ), seule sur scène avec sa guitare, a conquis tout le public du point éphémère.
Cela n'a pas été trop difficile dans un cadre aussi intimiste.
Elle a enchainé ses morceaux ponctués par ses facéties (notamment quelques difficultés pour accorder son instrument), faisant rire l'auditoire et dialogant avec lui dans un français un peu hésitant (elle même s'en excusait car demeurant dans une région anglophone ), lui demandant quels morceaux jouer, etc...
Evidemment rappel il y a eu , la soirée se terminant par une vente (assurée par l'artiste elle-même) de cd et disques vinyles. Que dire ? une artiste talentueuse, accessible, proche de son public.
Merci pour cette prestation Madame !
Lisa Li-Lund, Tahiti boy and the palmtree family 30 août 2006- Point éphémère Paris Une jolie fille, c'est toujours une bonne raison pour aller à un concert. Lisa Li-Lund est une très jolie fille. Des cheveux, de belles joues, une silhouette, des formes, bref, une jolie fille. Mais Lisa, c’est plus qu’une jolie fille, c'est aussi .../...
Une jolie fille, c'est toujours une bonne raison pour aller à un concert. Lisa Li-Lund est une très jolie fille. Des cheveux, de belles joues, une silhouette, des formes, bref, une jolie fille. Mais Lisa, c’est plus qu’une jolie fille, c'est aussi une sœur. Pas celle de Will Oldham, qui en son temps a chanté sa sister Lisa. Non, Lisa Li-Lund, c'est la sœur d'autres musiciens, issus du même univers folk alternatif que le Palace Brother, je veux parler des deux frères Herman Düne: André et David-Ivar.
On a pu déjà entendre Lisa sur plusieurs disques du groupe, elle figure encore en bonne place au générique du prochain, Giant, à paraître au mois d'octobre. On peut aussi la voir sur la couverture du magnifique album, Novascotia runs for gold. C'est elle à droite, dessinée par et aux côtés de David-Ivar.
Je rappelle que ce disque, je suis très sérieux, est avec Not on top, l'un des tous meilleurs à être sortis ces dernières années. On y trouve des chansons inoubliables, propres à enchanter un maximum de gens, des mélodies qui donnent envie de taper dans les mains et qui dans un monde parfait devraient passer en rotation lourde sur les ondes radio.
Enfin, toujours dans la famille Herman Düne, Lisa a collaboré avec Néman, le batteur, sur le projet Li-Lund. On peut en entendre un morceau sur la compilation Performance #1, sortie en 2002. Il existe aussi un album complet, de 21 morceaux, 900 km from Lund, qui est très, très intéressant. Lisa y chante avec une voix de petite fille. Et je m'en suis tordu de plaisir, hier quand je l'ai écouté pour la première fois.
Bon, voilà pour la bio. Cette année, Lisa a publié son premier véritable album solo, Li-Lund ran away. Je ne l'avais toujours pas écouté, quand j’appris cette semaine l’organisation d’un concert gratuit sur Paris. Chouette. Vu que j’habite Reims, et me doit donc de sortir de l’argent pour payer l’essence et le péage, la gratuité est un atout majeur pour qui veut me voir à son concert parisien. Et me voilà donc au Point éphémère, au milieu de la troupe habituelle de jeunes gens à la coule.
A l’entrée, une affiche s’excuse de ne pouvoir nous offrir Beck. Ah bon ? Pas de déception de mon côté, je n’étais pas au courant. Je me suis même demandé s’il s’agissait d’une blague. Mais à plusieurs reprises, au cours de la soirée les artistes exprimeront leur soutien moral au programmateur pour cette annulation de dernière minute. Et il est vrai que le blondinet californien ne devait pas être loin puisqu’il était prévu le 2 septembre à Londres. Dommage pour lui, d’autres têtes blondes étaient prêtes à l’accueillir, comme il se doit, du bout de leur colt.
Profitant de la gratuité, certains avaient fait le déplacement en famille, et toute une charmante marmaille occupaient les premiers rangs. Ils ont l’air menaçants comme ça, mais je dois reconnaître qu’ils sont restés sages pendant tout le spectacle.
I want him powerful and harmless like a panda bear.
Ils ont bien fait les bambins. La musique de Lisa s’écoute gentiment. C’est une douceur. Ce soir, elle est montée toute seule sur scène. On la sent un peu embêtée. A la limite de s’excuser d’être là. Son frère David, alias Yaya, devait l’accompagner. Il n’est pas là. En retard peut-être. En tout cas, il a été assez gentil pour prêter sa guitare à sa soeurette. Et Lisa, en retour, a été assez gentille pour interpréter, en conclusion de son set, le prochain single de ses frères, I wish i could see you soon (en écoute sur leur site).
La guitare à Yaya, elle s’en sert pour un premier morceau, puis passe derrière un tas de claviers. C’est dépouillé. Plutôt lent. Quelques notes et sa voix de jeune fille. Je l’imagine bien interpréter un cantique à l’occasion d’une fête religieuse, éclairée à la lumière d’un candélabre à sept branches. Je m’égare un peu… Je ne crois pas qu’il soit question de Dieu dans ces textes. A vrai dire, je n’ai retenu qu’une phrase. Celle écrite plus haut en gras : « I want him powerful and harmless like a panda bear ».
Lisa a un faible pour les pandas. Moi, je suis plus ours polaires. J’ai passé de très bons moments au zoo de Vincennes à les regarder s’ébattre dans l’eau. Ils étaient très joueurs. Ils me faisaient des clins d’œil. Oui, je le jure. Ca m’amusait de penser que ces coquins pouvaient me démonter la tête d’un coup de patte si on leur rendait la liberté. J’imagine que la relation qu’entretient Lisa avec les pandas est autrement plus pure. Le panda, c’est l’innocence même. Il ne tue pas. Et il est si fragile. Sa vie ne tient qu’à une pousse de bambou.
Une légende chinoise raconte qu’à l’origine les pandas étaient blancs. Un jour, ils allèrent à l'enterrement d'une petite fille. Leurs mains étaient pleines de cendres en signe de deuil. Ils étaient trèèès tristes. Ils se frottèrent leurs yeux noyés de larmes. Ils se consolèrent en se serrant les uns les autres. Ils se bouchèrent les oreilles pour ne plus s’entendre pleurer. Et les traces de ce deuil ne les quittèrent plus.
Such a waste of time to think a song can save the world.
Après Lisa, on annonçait Tahiti boy and the Palm Tree Family. Inconnu au bataillon. Nom ridicule. Je n’étais pas dans les meilleurs dispositions pour accueillir ce groupe français. Pourtant, dès leur arrivée sur scène, on pressent qu’un truc intéressant va se passer. Ils sont sept. Un clavier, un batteur, un bassiste, une guitare, un banjo, un violoncelle. Un banjo et un violoncelle !!
Le groupe semble s’organiser autour d’un petit gars à lunettes aux joues rebondies. C’est Tahiti boy. Ce n’est pas un nouveau venu. Il a déjà joué aux côtés du rapper américain Mike Ladd et il conduit un projet électro-rap du nom de Spontane. Autour de lui, la Palm Tree Family compte un membre de Syd Matters, un autre de Hopper… Tout ça pour dire que s’ils ont l’air bien jeunes, ils n’en sont pas moins des musiciens aguerris. Et dès le premier titre, un morceau countrysant et très entraînant, je suis impressionné par l’assurance qu’ils dégagent.
Ils sont fa-ci-les. La musique coule d’elle-même et c’est BON. Comme une évidence. J’ai vraiment été surpris de me voir emballé si rapidement. Et cela jusqu’à la dernière note du concert.
Pourtant, il n’y a rien de révolutionnaire dans leur musique. Bien au contraire. C’est un énième avatar de revival des années 60 et 70. Un beau travail de faiseurs, comme il y en a tant d’autres, ici, en Angleterre, aux Etats-Unis, au Japon, en Islande … On y entend les Beatles, Pink Floyd, Randy Newman, Sweet Smoke même.
Mais je ne sais pas, il y a quand même un truc en plus dans ce groupe. En tout cas, ce soir, c’est clair il y avait quelque chose en plus. Il faut bien qu’il y ait un peu de magie dans l’air pour qu’un enfant de huit ans armé d’un colt en plastique s’exclame à la fin d’un titre, «Ah vraiment, j’adore le rock’n’roll ! ».
Souvent, ce genre de groupe a tendance à produire une musique stéréotypée, étouffée par les références, ennuyeuse dès le deuxième morceau. Ici, même si on se sentait en territoire connu, c’est un sentiment de liberté et d’aventure qui prédominait. Chaque titre était un voyage, avec un point de départ, un point d’arrivée et des rencontres en route. Ca peut commencer par une symphonie de clochettes pour se terminer sur un riff ébouriffant. Une rengaine de crooner peut se métamorphoser en bombe pop. C’était vraiment très riche, très inventif. Le chant, par exemple, se partageait entre trois personnes, Tahiti boy et les deux guitaristes, chacun avec son registre particulier. Ils se répartissaient les couplets, ou bien ils se répondaient, ou bien ils chantaient tous ensemble, ou bien ils faisaient venir une quatrième voix, en la personne d’Audrey, une copine rousse. Le tout, avec un grand sourire et en tapant dans les mains.
Et on a tous adoré. Personne ne les connaissait. Pourtant tout le monde a décollé, a tapé dans ses mains, a dit encore. La marque d’un grand, grand groupe.
A l’heure qu’il est, Tahiti boy et ses copains du palmier (peut-être, j’y pense, le même d’où est tombé Keith Richards) viennent d’enregistrer l’équivalent d’un album. Ils n’ont pas de label. Ils en cherchent un.
Bonne chance à eux, quand on donne autant, on ne peut que recevoir.
Subtle, Jel, Tez 22 mai 2006- Point éphémère, Paris Hors d’ici, nul n’est ailleurs. L’ailleurs était là, au concert de Subtle. Une nouvelle explosion des genres et des frontières en musique. Un nouveau monde de poésie. Une nouvelle école de la folie.
Et avant tout ça, au début de la soirée, sinon .../...
Hors d’ici, nul n’est ailleurs. L’ailleurs était là, au concert de Subtle. Une nouvelle explosion des genres et des frontières en musique. Un nouveau monde de poésie. Une nouvelle école de la folie.
Et avant tout ça, au début de la soirée, sinon de l’humanité, il y avait le hip hop. Tu sais ce pote, notre ami commun. Ce soir, le hip hop était réduit à sa plus simple et fondamentale expression : un homme et un micro.
L’homme était un jeune homme, Tez, si mon carnet de notes ne dit pas de bêtises. Voilà, son micro devant sa bouche, Tez nous dit tout, les beats, les scratchs, les breaks, les boucles, le moteur de la platine qui part en vrille. Tout, il nous dit tout, même la voix de Prince. Il y a des endroits où on aurait appelé ça une human beat box. Mais cette appellation est trop réductrice. C’était le hip hop, toute une culture du son dans une seule bouche.
J’ai connu pire comme amuse-gueule.
Après le hip hop, il y a eu Jel. Un homme un peu moins jeune, avec une machine. Je n’avais pas encore vu que l’on pouvait jouer d’une machine comme d’un tam-tam. Du bout de ses doigts, Jel nous a joué des morceaux ultra percussifs qui rappelait un jazz sauvage ou un R’N’B d’avant la Motown. Après deux morceaux de cette trempe, deux autres hommes sont venus l’accompagner à l’harmonica et à la flûte traversière pour une composition plus stratosphériques. Ces deux hommes, ce sont Marty Dowers et Dose One.
Jel et Dose One sont deux membres d’Anticon, un collectif apparu en 1998 sur la côte ouest des Etats-Unis et qui rassemble aussi Sole, Pedestrian, Alias… et dont le propos est de repousser les frontières du hip hop aussi loin possible. Les membres de cette famille ne cessent de publier des projets solos ou des collaborations croisés entre les uns et les autres, dans des disques qui ressemblent à des fioles de laboratoire. Des fois, la mixture est difficile à avaler, mais on la garde précieusement comme un témoin, d’autres fois c’est comme dans une vieille publicité pour une lessive, on en ressort tout jouasse, avec l’envie de sauter dans les coins en hurlant « il a la formule, la formule toute nouvelle ».
Marty et Dose repartis dans leur loge, Jel continue tout seul avec sa même machine. Sur ces derniers instrumentaux, on ressentait plus l’influence de DJ Shadow, il y avait toujours un enchevêtrement de percussions, mais l’humeur était plus cool.
Le calme avant la tempête. Avant Subtle.
J’ai un souvenir très confus des trois premiers morceaux. Un ouragan rouge. Ma mâchoire inférieure s’est décollée de ma mâchoire supérieure. J’ai pensé à ces farces religieuses qui se jouaient au Moyen-Age sur le parvis des cathédrales. Des hommes, couverts de peaux de bêtes et chaussés de sabots de bouc, singeaient les démons des enfers. Munis d’un crochet, ils enlevaient les âmes des pécheurs, joués par des comédiens, ils les ligotaient, les pesaient, puis les plongeaient dans de faux chaudrons bouillants où les malheureux poussaient de vrais cris d’horreur.
Il n’y avait pas de chaudrons sur la scène du Point éphémère, mais quelques crânes, une mâchoire, des fourchettes en plastique, des oeufs aussi en plastique et un démon, en chair, en chaînes et en os, avec une crête rouge. Ce diable de rapper, c’est Dose One. On l’a déjà aperçu tout à l’heure aux côtés de Jel, dans le rôle d’un discret joueur d’harmonica. Cette fois, il revient tout de rouge vêtu avec quatre autres musiciens, en rouge aussi, de pied en cap. On retrouve là Jel aux machines, Marty Dowers au clavier, à la flûte et au saxophone, ainsi que deux autres, encore pas vus jusque ici, Jordan Darlymple, à la batterie, guitare et xylophone, et Alexander Kort au violoncelle électrique.
La voix nasillarde de Dose One, son flow intarissable, son festival de pitreries sont au centre du dispositif de Subtle. Dose décrit un univers assez effrayant proche des tableaux de Salvador Dali ou des textes des Butthole Surfers. Même écrites noir sur blanc, ses paroles sont totalement incompréhensibles. Il y est souvent question de notre corps, dont il égrène les organes au fil des rimes. Sur scène, on peut le voir ainsi parler à un crâne, avant de l’ouvrir et de regarder ce qu’il y a à l’intérieur. Il jongle avec le macabre, mais le spectacle ne verse jamais dans le gore ou le gothique. L’humeur générale est à la légèreté, à la comédie, à la poésie et à la taquinerie. Quand il ne parle pas à ses crânes ou à ses fourchettes en plastique Dose vient s’asseoir au bord de la scène pour plonger ses yeux, voire ses mains dans le public. Tenez par exemple, il m’a tiré les poils de la barbe. C’est la première fois que je vois ça. Un chanteur qui me tire les poils de MA barbe ! Et ce n’est pas tout, il m’a aussi accusé d’avoir volé un sac rempli d’argent. Publiquement. Devant témoins. Et de préciser qu’il ne faut jamais faire confiance à un type avec un appareil photo. « Never trust a guy with a camera », en V.O. Je n’ai pas été la seule victime de ces insinuations délirantes. Tout le premier rang y est passé. Les uns après les autres, il nous a fait les poches à la recherche de ce fameux « bag full of money ».
Toutes ces pitreries nous feraient presque passer à côté de l’essentiel : la musique, les chansons. Passée la surprise des trois premiers morceaux dynamite, je me suis retrouvé en terrain connu avec I heart LA, un morceau présent sur l’album A new white, paru en 2004 chez Lex records. Ce disque est une merveille. Un chef d’œuvre, complexe certes, mais qui peut parler à beaucoup. Ici, nous entrons dans un nouveau territoire. Le hip hop est loin derrière nous. Il en reste une manière d’expédier des couplets en chantant vite, mais il y a tellement de sentiments contradictoires exprimés dans ces compositions que les structures linéaires du rap ont explosé pour laisser place à un truc nouveau, une rêverie de promeneur pas solitaire, peuplée de flûtes, de xylophone et de violoncelle, où l’on passe d’un refrain de cantique à une mélodie orientale via un chorus de jazz.
These are the things that will never be songs…
Ecoutée chez soi, cette musique aurait tendance à propager une grande sérénité chez l’auditeur, mais sur scène les immenses FKO et Song meat révèlent leur potentiel d’hymnes, créant un appel d’airs dans le public. Les américains auront bien du mal à s’extraire de la ferveur d’un auditoire décidé à leur faire cracher tout leur répertoire. Il y a eu deux rappels. Et le dernier morceau joué fut jr’s band, un titre que l’on peut retrouver sur Earthsick, un disque qui compile les premiers travaux de Subtle. En voici, un couplet, l’un des rares à être intelligible :
Your son’s band still isn’t on the radio
Your perfectly good money was wasted on his com-degree
He’ll still refuse a blue collar like yours
Cause he saw what you got…
And what you got was mom…
And then you made him.
And there is still him.
NB: à l’origine Subtle est un groupe de six personnes. Dax Pierson est le sixième membre. Il est absent depuis le 24 février 2005 pour raison de santé. A cette date, le van du groupe s’est retourné sur une plaque de verglas. Dax a eu la colonne vertébrale brisée. Depuis, il a passé beaucoup de temps dans les hôpitaux et doit dorénavant vivre sur un fauteuil roulant.
Sage Francis + Grandbuffet + Di Vinci mardi 5 juillet 2005- Point Ephémère - Paris « Sur demande de l’artiste » il était interdit de fumer dans la salle. Une telle exigence, si elle avait l’avantage de me convenir parfaitement, pouvait cependant laisser présager de quelques rappers zens et moralistes. Or, le programme de la soirée .../...
« Sur demande de l’artiste » il était interdit de fumer dans la salle. Une telle exigence, si elle avait l’avantage de me convenir parfaitement, pouvait cependant laisser présager de quelques rappers zens et moralistes. Or, le programme de la soirée était tout à l’opposé : du hip hop poilu, subversif et drôle.
Le premier à ouvrir les hostilités est Di Vinci. Seul devant un attirail d’ordinateurs, de séquenceurs et de percussions électroniques, mais sans platine vinyle et donc sans scratches, il va nous improviser un petit quart d’heure de folie hip hop. Rien à voir avec les productions sophistiquées d’Anticon, il s’agit là de pure énergie, de la musique à rendre fou votre chat. Juste avant, la sono du Point Ephémère diffusait un enregistrement de Fantômas, le projet de free hardcore (comme il y a du free jazz) de Mike Patton. Coïncidence ? Di Vinci opère dans le même registre, dans une version toutefois beaucoup plus accessible et plaisante.
Comme d’autres avant lui, il s’amuse ainsi à mixer des intros d’AC/DC. Il s’éclate, quoi. Il secoue la tête dans tous les sens. Ses cheveux, hirsutes, cache son visage. Mais quand celui-ci apparaît, ce n’est qu’un grand sourire de chien fou. Di Vinci ne se contente pas de lancer des mini-discs, ils jouent véritablement de la musique. Rien n’est enregistré. Et à la fin, mieux qu’un batteur de death metal, il se lance dans un solo de batterie en utilisant un pied puis son nez, le tout dans des positions pour le moins acrobatiques.
Grandbuffet est un duo de rappers de Pittsburgh. Il y a le grand et le petit. Le gros et le maigre. Le brun et le roux. Celui qui parle français et l’autre. Ils n’aiment ni les religions, ni les gouvernants. Et ils manient autant la loufoquerie qu’une certaine ironie :
« I’ve got a shirt made by little girls’ hands
In a little werehouse on a little island
I’ll bet she’s even got herself a little boyfriend
But she’d drop him in a flash for an American man
We’re coming to get you !
We’re coming to save you !
We’re coming to free you !
From those to enslave you ! »
« J’ai un tee-shirt fabriqué par une petite fille
Dans une petite usine sur une petite île
Je parie qu’elle s’est trouvé un petit copain
Mais elle l’a largué en un éclair pour un américain
Nous venons pour vous !
Nous venons vous sauver !
Nous venons vous libérer !
De ceux qui vous traitent en esclave ! »
Grandbuffet est un vrai divertissement sur scène. Ils sautent dans tous les sens, s’accompagnent à l’occasion d’une souris en peluche, d’une tomate. Ils font les pitres…mais sans jamais perdre de vue leur propos qui est celui de citoyens américains effrayés par la politique de leur pays : « Le meilleur américain s’appelle Satan ». Autre exemple : ils demandent à une personne du public de prononcer Spiderman. Il faut dire Spaïderman. Après un premier échec, le fan, bon élève et bon garçon, s’acquitte avec succès de cet exercice. Commentaire des américains, « vous avez eu chaud, il n’y aura pas de bombardement (airstrike) ce soir ».
Ce pays est un vrai problème. Quand on y réfléchit un peu. Y-a-t-il en effet beaucoup de pays dont la majorité des artistes ressortissants, quand ils tournent à l’étranger, affichent un tel dégoût pour leur patrie ? Et les Etats-Unis sont une démocratie…
« I’m certified FRESH. I freedom kiss the french for their political dissent.
Like « moi ». I do it with tongue this time, and take the bovine blood out your wine,
And take that statue back to the lab it was created at. »
« Je suis certifié LIBRE. J’embrasse de mon plein gré les français pour leur rupture politique.
Comme moi. Je le fais avec la langue cette fois, et prend le sang de bœuf de votre vin,
Que l’on rende cette statue (de la Liberté) au laboratoire qui l’a créé. »
Ces lignes sont extraites de Buzz Kill, le premier morceau de A healthty distrust, dernier album de Sage Francis. C’est par cette chanson qu’il commence son concert. C’est la deuxième fois que je le vois. La première, c’était aux Eurockéennes 2003. J’étais grandement resté sur ma faim puisqu’il avait dû partager la scène avec Sole et Themselves, ses camarades d’Anticon. Il n’avait joué qu’un quart d’heure. Or Sage Francis sévit depuis une paire d’années dans le circuit underground. Trois albums sont disponibles en France. Mais les plus mémorables de ses disques sont les compilations de la série des « Sick of… », qui rassemblent des inédits, des enregistrements en concert, des improvisations à la radio ou encore de la poèsie.
Après une introduction reprenant une chanson rock patriotique, America / Fuck yeah, le sage Francis apparaît dans une robe de moine avec une barbe de héros talibans. Il est accompagné par deux autres barbus, Di Vinci, déjà identifié et Tom Inhaler à la guitare. Les deux comparses donnent aussi de la voix, multipliant les échanges avec Sage. Le trio sonne du tonnerre, ce qui est assez rare pour du hip hop sur scène (à part The Roots mais ils sont six avec plein d’instruments). Ils ont la banane. Sage Francis est remonté comme mille horloges comtoises et laisse s’exprimer toute la force de son charisme, totalement absent lors de sa prestation des Eurockéennes.
Comme avec Grandbuffet, l’humour est toujours présent, mais ses raps, eux, sont bien plus prenants et plus sérieux. Il choisit des titres d’Healthy Distrust, Personal Journals, ainsi que de son projet des Non-Prophets.
Au moment de Sea Lion, une chanson co-écrite avec Will Oldham, survient une coupure d’électricité. Sage Francis ne se démonte pas une seule seconde et enchaîne avec un texte de poèsie. J’ai rarement été aussi emballé par un concert de rap. L’énergie déployée m’a fait penser à du catch. A cause des cabrioles sans doute.
La musique, elle-même, n’a rien de révolutionnaire. Ca se rapproche plus de Quannum que d’Anticon, mais Sage Francis est un performer unique : une bouche pour gueuler, mais aussi un corps, des yeux pour donner une chair et un esprit à son flow. Autre originalité, son univers ne se résume pas aux bornes du hip-hop. J’ai évoqué plus haut le folkeux Oldham, il cite aussi l’icône rock Johnny Cash sur Jah didn’t kill Johnny en conclusion de son set.
Après Makeshift Patriot en rappel, Di Vinci, seul, en disciple numérique de Jimi Hendrix enfonce un nouveau clou dans le patriotisme yankee avec une interprétation noïse du Star Spangled Banner, l’hymne national des USA. Et dire que le lendemain, plusieurs éminents observateurs vont critiquer l’arrogance française pour justifier le choix de Londres contre Paris dans le cadre des Jeux Olympiques des sponsors 2012… Aujourd’hui, jeudi 7 juillet 2005, on compte les morts à Londres.
Je m’égare, c’est difficile de rester focalisé sur la musique dans ces conditions. En tout cas, mardi 5 juillet fut une très bonne soirée au Point Ephémère.
Les George Leningrad 3 juin 2005- Le Point Ephémère, Paris
Sur les traces de Black Eskimo, Les George Leningrad commandent deux hot dogs moutarde au Point Ephémère…
Les George Leningrad sur scène, c’est comment ? Et bien, comment dire, c’est à peine croyable… Dans l’atmosphère bétonnée et .../...
Sur les traces de Black Eskimo, Les George Leningrad commandent deux hot dogs moutarde au Point Ephémère…
Les George Leningrad sur scène, c’est comment ? Et bien, comment dire, c’est à peine croyable… Dans l’atmosphère bétonnée et surchauffée du Point Ephémère, on remarque tout d’abord un guitariste, choriste, claviériste bordélique à souhait, torse nu, n’utilisant pas Slim fast à tous les repas (il a raison !) et coiffé d’un masque d’Elephant Man croisé avec une vache noire et blanche. Il y a également une (un ?) dangereuse maniaque hurlant des onomatopées incompréhensibles dans son micro distordu (elle est en pagne et soutien gorge, avec une perruque). Et enfin, ladies and gentlemen, un acrobate batteur (parfois il fait le poirier, ou vient rouler des mécaniques en front de scène) qui propulse l’électro rock dico punk trash de Les George Leningrad dans la stratosphère sonique, à la grande joie d’un public arty bobo homo.
Quand les trois lascars aux accoutrements plus qu’improbables unissent leurs efforts habilement désordonnés, cela produit un joyeux bordel, c’est moi qui vous le dit. Les morceaux sont confus comme c’est pas permis, sans queue ni tête, et c’est ça qui est bon ! La manière très violente qu’ont les furieux canadiens de faire subir les derniers outrages au vieux rockabilly n’est pas sans rappeler d’autres malades mentaux, désormais mythiques : Alan Vega et Martin Rev de Suicide… Les riffs de basse/claviers et de guitare sacrément fausse et ultra lo fi sont soutenus par une batterie hystérique et des couinements de putois en chaleur essayant d’interpréter I wanna be your dog : ces trois Montréalais ont trouvé la formule pour marquer les esprits. Car, qu’on aime des choses aussi différentes que l’électro trash, le rock, le punk, le disco, le théâtre de rue, les performances déjantées, les cris insensés, on ne peut qu’acquiescer devant ce fourre tout incroyablement idiot, suprêmement con, délicieusement remuant et irrémédiablement séduisant.
Il est vraiment appréciable de constater que ce show empreint d’une salvatrice « n’importe quoi attitude » (Lorie n’est pas fan) assure une promo totalement indiscutable pour les deux albums du groupe, Sur les traces de Black Eskimo et Deux hot dogs moutarde chou. Nul doute qu’une grande partie du public présent dans la salle a désormais très envie de posséder dans sa discothèque ces chefs d’œuvre underground aux titres méchamment débiles !
Hypo et dDamage 22 et 23 décembre 20- Point Ephémère - Paris Chronique Hypo et dDamage
D’abord le concept. Deux musiciens, Hypo et dDamage, sont enfermés dans une sorte de bulle. Ils sont condamnés à jouer ensemble ou séparément pendant 24 heures d’affilée. Cette performance s’inscrit dans un projet plus .../...
D’abord le concept. Deux musiciens, Hypo et dDamage, sont enfermés dans une sorte de bulle. Ils sont condamnés à jouer ensemble ou séparément pendant 24 heures d’affilée. Cette performance s’inscrit dans un projet plus large à l’initiative de deux artistes plasticiens Nathalie Bles et Serge Stéphan. Ils l’ont nommé You know : fun, disorder. On verra plus loin que ce désordre est très strictement organisé.
Nous sommes au Point Ephémère, lieu de concert, et donc aussi de créations plastiques. Le week-end du 18-19, alors que je faisais le plein de bières au Luxembourg, un vernissage a eu lieu. Les esthètes ont pu découvrir un espace recouvert de lavabos et cuvettes WC en céramique, accompagnés de boudins noirs en skaï rembourré. Dans un coin, en hauteur, une bâche imprimée est tendue. Et enfin, il y a ce module de la « maison bulle » créée par l’architecte Jean-Benjamin Maneval en 1968. Son idée était, je crois, de proposer un lieu de vacances peu onéreux pour les ouvriers. La maison se composait de plusieurs bulles en matières synthétiques reliées entre elles telles les atomes d’une molécule, à chaque bulle correspondait une pièce. Ici, je ne vois qu’une de ces bulles. Cela fait penser à une soucoupe volante. L’extérieur est blanc, l’intérieur est bleuté. Il y deux grandes fenêtres en plexiglas.
Pour être complet, l’exposition comprend aussi un disque, The d., 33 tours et trois face. Cette dernière accueille la collaboration d’Hypo et de dDamage, raison de leur présence dans la bulle.
J’ai eu le temps de prendre quelques photos, mais les Fun, Disorder ont insisté pour m’en interdire la diffusion. Il était question de contrôle de l’image, d’ici et maintenant, enfin… des billevesées petites-bourgeoises et mercantiles. M’interdire de prendre une photo (sans flash pour ne pas déranger), c’est m’interdire un regard, c’est la négation de l’art. Par contre eux, ils y allaient avec leurs caméras. Ils ont même fait venir un photographe professionnel, plus grand et beau que moi, bellâtre que j’aurais bien vu en couverture d’un roman de la collection Harlequin. Vous l’avez compris, je suis allergique au droit à l’image.
Mais heureusement, je n’étais venu que pour la musique et celle-ci était tout à fait propre à conforter le proverbe qui adoucit les mœurs. Je connaissais Hypo pour son dernier album Random Veneziano, qui se laisse réécouter. Je n’avais, en revanche, rien entendu de dDamage. Si j’ai bien compris Hypo était celui avec des cheveux et dDamage le chauve. Dans leur bulle, ils clopent, vident des bouteilles d’Heineken et jouent avec des platines, des synthétiseurs, des ordinateurs et des micros. Pour donner un repère, cela s’inspire d’Aphex Twin. Certains morceaux commencent sur de gentils bips de jeux vidéos, puis des sons saturés s’amènent, cela devient sale, des basses pourries viennent cogner contre les parois. C’est violent et doux à la fois puisque parfois des chants de dauphins, des voix de sirènes se font entendre, eux-mêmes chantent à l’occasion. Je reconnais des titres d’Hypo, mais ils sont joués d’une manière différente, plus évidente et dansante que sur disque. Je suis totalement conquis. Je bouge la tête, je tape des pieds et c’est bien seulement parce que je suis timide que je ne saute pas dans tous les sens. Je suis encore plus heureux quand je reconnais deux remixes de The cure. Derrière le plexiglas, les deux comparses sont excités comme des aliénés. Ils bougent d’avant en arrière, hurlent dans le micro, se cachent le visage dans un bonnet. L’ambiance générale reste ténébreuse, comme un sous-marin remonté en surface pour ne trouver que du brouillard, les voix sont ouatées, mais le rythme maintient une direction et une ambiance festive, même si nous restons tous assis, couchés, debout, immobiles au milieu des cuvettes de chiottes.
A 00h30, alors que la musique se fait plus drum’n’bass, les branchés débarquent. A quoi reconnaît-on un branché ? Cette nuit là, c’est très simple. Est branchée toute personne qui ne porte pas un pull de ma grand-mère et qui vient accompagnée d’un groupe où figure au moins une Japonaise. Cette arrivée de sang frais amène un peu d’animation. Une bataille de boudins noirs en skaï rembourré s’improvise. Pendant quelques secondes, j’en ai un noué autour du cou. Ca me suffit pour cette nuit et je rentre chez moi.
Le lendemain, autour de midi, je retourne voir les reclus. A cette heure, les branchés sont chez eux, à se recharger sur le secteur, il n’y pas un seul spectateur. Les éléments de sanitaires ont été remisés contre les murs. Peut-être a-t-on dansé au milieu de la pièce. La musique, elle, continue à sortir de la bulle. Un hip hop instrumental, sans progression harmonique, avec moins de cassure, mais toujours ce son cotonneux. Je reconnais un remix de Doctor Octagon (Kool Keith + Dan the Automator), Earth People. Puis suit une sorte d’intermède avec une voix japonaise ; une interview en français accordée, on dirait, à un journaliste de RER ; du jazz chanté.
A 21h30, lavabos et cuvettes sont assemblés en tas au milieu de la pièce. Il y a moins d’auditeurs que la veille, mais beaucoup plus qu’à midi. La musique a repris de l’entrain. C’est à nouveau des bips de jeux vidéo. A 22 heures, une phrase se répète en boucle « Hello be no more ». Cela ressemble à la fin. Le silence apparaît, mais c’est un leurre et quelques secondes plus tard les machines repartent pour un tour. C’est rock, c’est bruyant, c’est sexuel. Après 24 heures, il restait encore quelques gouttes pour la gloire, juste pour dire que l’on peut toujours donner plus. Ca s’arrête tout de meme. Et là, voici la première phrase que j’entends dans ce relatif silence: “Nous sommes des Raelliennes tristes”.