La semaine dernière, notre pays a été le théâtre d’un évènement culturel extraordinaire et pourtant totalement occulté par les médias. Le groupe punk hollandais The Ex fêtait, avec quelques amis artistes, ses 25 ans en organisant une tournée française dont l’avant-dernière date se déroulait à la salle des fêtes de Pontoise. The Ex ? Ils n’ont .../...
La semaine dernière, notre pays a été le théâtre d’un évènement culturel extraordinaire et pourtant totalement occulté par les médias. Le groupe punk hollandais
The Ex fêtait, avec quelques amis artistes, ses 25 ans en organisant une tournée française dont l’avant-dernière date se déroulait à la salle des fêtes de Pontoise.
The Ex ? Ils n’ont jamais fait la couverture des
Inrockuptibles. Pontoise ? Beurk, c’est en banlieue. Pour, les non-initiés, ça n’est pas très alléchant. Et, pourtant, à l’arrivée 6 heures de spectacles non stop, de la poèsie, de la danse, du jazz, du hardcore, du jazzcore, des Ethiopiens, un véritable festival et tout ça pour 12 euros.
Qui dans le circuit du rock peut proposer et réaliser un tel défi. J’insiste sur le terme réaliser car tout était réglé comme sur du papier à …musique. Les différents concerts et performances se sont enchaînés sans aucun temps mort. Dès l’entrée dans le hall de la salle des fêtes, le spectateur était ainsi saisi par les contorsions et grimaces de la danseuse japonaise
Hisako Horikawa, qui évoluait au son de la guitare d’
Andy de
The Ex.
C’était assez effrayant à voir, cela ne présageait guère de quoi que ce soit de festif, mais au moins dès l’entrée on bascule dans un autre monde. Au même moment, plus loin dans la salle, les Français de
Silent Block, avaient déployé tout un capharnaüm de platines, sculptures, cables, automates et tutti quanti. Cela ressemble à un mécano géant et cela produit de la musique. Malheureusement, je suis arrivé au moment où ils débranchaient et démontaient tout l’appareillage.
Juste alors, sur l’une des deux scènes, retentissait la voix d’un poète français,
Anne-James Chaton, semble-t-il, accompagné par la batterie de
Katrin et la guitare de
Terrie de
The Ex. On est ici dans ce qui caractérise la démarche du groupe hollandais, à savoir la rencontre et l’improvisation,
Terrie s’aidant par exemple d’un tournevis pour tirer certains sons de sa guitare.
Après, cet intermède poètique, le rock’n’roll débarqua sur la scène principale. Deux gars, synthés-boîtes à rythme et guitare. Ils sautent dans tous les sens en chantant des mélodies d’idiot du village. Le public est conquis d’emblée.
Après Zéa, puisque tel était le nom de ces olibrius, pour calmer un peu l’assistance, on passa au jazz avec le saxophone de John Butchers. C’est beau, ludique et expérimental.
Le terme expérimental pourrait être utilisé pour tous les groupes qui se sont produits au cours de la soirée. Mais ici expérimental ne veut pas dire ennuyeux, inaudible ou élitiste.
Tout, en effet, s’est déroulé dans une ambiance de chaude convivialité. Et le public, majoritairement amateur de punk-rock, n’a pas boudé sa joie. Ainsi, ça a bien pogoté pendant le set de
Zu, un trio italien de jazzcore.
Un énorme saxophone, un batteur survolté, un bassiste tuant, je peux vous dire que ça envoyait dur. A peine le temps de commander une bière pour se remettre de cette performance, qu’une voix familière à beaucoup de fan de musique se faisait entendre.
Ian Mac Kaye !!! Le chanteur de
Fugazi, ex-
Teen Idles,
Minor Threat, venait présenter son dernier projet,
The Evens, avec son amie
Amy Farina à la batterie. J’avoue que ma bête émotion idolâtre m’a empêché d’apprécier pleinement ces compositions qui alternaient hymnes punks et morceaux plus intimistes, sur lesquels il partageait le chant avec
Amy.
Après ces retrouvailles avec une icône (malgré lui) de l’underground, nous eûmes le droit à une nouvelle découverte en la personne de
Getatchew Mekurya. Il s’agit d’un vieux saxophoniste éthiopien qui interprète son free-jazz en ce coiffant comme un chef indien, avec en plus une jolie cape. C’est très dansant et
Getatchew, lui-même remue son popotin en regardant les jolies filles de l’assistance.
Enfin, sur les coups de minuit,
The Ex, les hôtes irréprochables de cette soirée anniversaire, prennent la relève de l’Africain. Ils ne joueront pas plus de huit morceaux, tous issus de leur dernier album,
Turn. Au menu :
Listen to the painters,
Sister,
Getatchew avec la participation dudit,
Bagana,
Henry K,
In the event avec
Anne-James Chaton,
Dog Tree où l’on retrouve l’étrange danseuse japonaise et
Konono, un long morceau répétitif inspiré par un groupe congolais.
Ils jouent ces morceaux depuis plus d’un an et l’arrivée de
Rozemarie à la contrebasse, suite au départ de
Luc. C’est une vraie joie de voir comment ces 3 gars et ces deux filles prennent du plaisir à jouer ensemble. Des fois, il en sort un rafut pas possible, les guitaristes jouent à celui qui tirera la plus vilaine grimace de sa guitare, c’est le rock le plus intraitable qui soit.
Et, en même temps, il y a une énergie positive, les influences jazz et africaines, qui donnent au tout un souffle si particulier. Au public, frustré de ne pas entendre plus de morceaux,
The Ex répond en poussant un drôle de petit bonhomme sur scène. Les guitares électriques sont mises de côté pour permettre à
Jimmy Mohammed de prendre place sur une chaise. C’est un chanteur aveugle rencontré, lui aussi, en Ethiopie.
Accompagné par deux batteurs (dont le grand fou
Han Bennink) et d’un joueur de krar (un instrument qui ressemble à la harpe d’
Assurancetourix),
Jimmy va interpréter une dizaine de morceaux. Je ne suis pas du tout amateur de musique africaine, mais là encore, la générosité des artistes, leur complicité, leurs visages hilares ont fini de me convaincre de la beauté de ces mélopées. Et c’est vaincu, rassasié, heureux qu’à 2 heures du matin je quittai la salle des fêtes de Pontoise.
PS : j’ai oublié de mentionner un groupe français de hardcore, dont je n’ai pas entendu le nom. Ils semblaient plein d’énergie et sonnaient sacrément, mais je n’ai pas pu les voir car le hall, où il se produisait, était alors inaccessible. Je m’excuse auprès d’eux pour cette lacune.
Réagir à cette critique