Dour, c’est fantastique. Surtout son fléchage. Après avoir donc suivi le fléchage vert à travers toute la ville, le comté et la campagne avoisinante, déniché le stade local où étaient distribués les précieux sésames par du personnel local serré contre un aquarium rempli de billets de banque ( !), nous trouvons par miracle notre parking plus ou moins attribué, en mode tranchée de teknival. Shit, on a loupé
Peter Pan Speedrock .
C’est parti pour des heures de randonnée entre les différents postes de douane, bip-bip, un coup d’œil sur le terril en haut à droite, bip-bip, une première cantine Jupiler, bip-bip ; enfin le site du festival et ses kilomètres carrés, ses innombrables stands de hippie genre "Au bonheur des bolas" ou "la ganja c’est sympa", ses 5 chapiteaux auréolés de sponsors liquides pour tous les styles de soif (Jupiler, Bacardi, Coca Cola et Jack Daniel’s), son Carrefour market, ses jeux de piste. L’espace presse, joli living cosy, vaguement décalé (lino aquatique et bibelots peints en bleu) est périodiquement assailli par des concurrents au m’as-tu-vu, regarde mon objectif comme il est gros, attend faut que j’i-phone mon boss, tout ça. Nous on nous a un peu regardé comme des ovnis avec notre petit numérique et nos naïves questions de français ( "euh, c’est possible d’avoir du café ou juste de l’eau ?..." - réponse : "Du café ? bah non, pas ici. De l’eau, en bouteille, oui." . Bon. Autant prendre une bière.
Premier groupe entraperçu,
Dog Eat Dog et son show de festival. Interlude sur une musique de Rocky, auto-gargarisme entre chaque mélodie à la sous-
Sublime , la foule préfère vite aller voir ailleurs si elle y est. Pas contrariant, on la suit.
Direction
General Electriks , ce curieux mélange de heavy indie trafiqué avec des solos de guitare à n’en plus finir, et Jessie Chaton, le chanteur de
Fancy à la basse, toujours aussi glam dans sa combinaison moulante. En même temps, l’été n’est pas encore arrivé à Dour, alors je suis à deux doigts de la lui envier, sa combi. Le groove survolté est tenu de main de maître par un hyperactif du rythme et de la sonorité, sautillant entre sa batterie, son xylophone et un triangle pas du tout ringard, prolongeant l’écho électrique des machines et du clavier assaillis sans relâche par le chanteur, petit génie du clavier avec dans son CV, musicien de
Femi Kuti ,
DJ Mehdi ou encore
M , et Friscain d’adoption. Ça joue grave, tant et si bien que les parties instrumentales se prolongent en vrai symbiose expérimentale, et c’est la première bonne surprise de cette journée festivalière.
Hop, on re-twiste de chapiteau, tentant de se frayer un passage pour voir
High Tone et son show impeccablement huilé, enrobant comme une parenthèse ses nouvelles pièces electro boum boum au palpitant jungle de plus rassurants riddims reggae-dub. Treize ans d’existence et 7 albums au compteur dont le nouveau-né Out Back , les
High Tone sont des piliers de festival, ces valeurs sûres qui, même si l’on est nostalgique des premiers albums, possèdent une machinerie tellement impressionnante qu’elles nous font inexorablement voyager.
High Tone m’a donné faim, bizarrement, et c’est devant une fricadelle sur assiette en plastique que je m’attable, en bonne touriste que je suis, et même si j’ai regardé un bon cinq fois le jouissif
Dikkenek , j’ai tenté l’aventure de la fricadelle, noyée dans la mayo au cas où. Coût de l’opération, une Jupiler cul sec pour faire passer le goût, damnit! C’est donc avec le ventre gonflé que je titube vers le chapiteau au loin tout là-bas, sous la lumière dorée et une demie lune géante projetant des feu follets sur le public paisible des
Fun Lovin Criminals .
Le groupe rock hip hop jazzy des années 90 qui avait fait fureur avec son Scooby Snack intronisé par un sample de
Pulp Fiction . Ils ont un peu vieilli, ils utilisent parfois un peu trop leurs claviers et leur sax, ils balancent du "God bless you, Belgium, my friends, blabla" à tour de bras, mais quelque chose comme cette force tranquille du ‘je plane sur plusieurs styles’ fonctionne pas mal du tout. Leurs ballades rock voire rockab, voire cowboy à l’harmonica fédèrent et donnent une nouvelle ouverture au groupe américain.
Quant à l’anthologique
Atari Teenage Riot et son electro anglais à l’ancienne avec une énergie 200% punk, les mouvements de foule sont tellement impressionnants que j’ai dû me contenter de suivre le concert de loin. Mais d’après mon envoyé spécial,
Alec Empire et ses deux comparses se déchaînent, hein bon d’accord on s’en doute, merci l’envoyé spécial ;), trois voix et deux machines, corps électrifiés, transe contagieuse et lumières bleues floutées ; il est déjà minuit ou presque. En tout cas, de là où je suis, j’entends leurs trois voix mêlées, masculines et féminine s’entrechoquer et prolonger leur écho furieux. Même de loin, je participe à la contagion.
Demain c’est hardcore et reggae, alors demain on fait du tourisme.
D’heureux-tour dimanche après une balade chaotique et enthousiaste du côté de Mons et autre Belgique de western, accueillis par un soleil en diable et toujours pas d’eau potable, des milliers de corps en tenue de plagiste, amassés, un peu désinvoltes, devant la scène qui s’affaire à être présentable pour
Melissa Aud Der Maur .
Melissa Auf Der Maur , belle rousse flamboyante, anciennement bassiste de
Hole , puis des
Smashing Pumpkins , et qui poursuit en solo depuis 2004.
Québécoise essentiellement anglophone, elle fait tout de même l’honneur au public francophone de lui parler sa langue, regrettant de jouer en pleine journée, et de ne pouvoir ainsi allumer les lights. C’est vrai que c’est bizarre d’écouter du rock en pleine journée, qui plus est avec un soleil atomique sur la tronche. À l’écouter jouer, on voit bien que son hyperactivité pendant les 90’s a laissé ses stigmates ; elle plus son groupe de bonshommes joue un rock indé entre
Veruca Salt avec une voix un peu plus aérienne, et quelque chose de beaucoup plus heavy, viking même, d’après
Melissa elle-même qui évoque ses origines ‘barbares’ avec une ballade metal en hommage à la neige et une série d’incantations de prêtresse nordique. Viking, on veut bien la croire quand on regarde son jeu de basse de metalleuse, qu’elle tient au niveau des cuisses à la verticale, et son headbanging digne des plus poilus. Par contre, pour une viking, elle aurait pu s’abstenir de ce petit côté Céline Dion, terrifiant, comparant la Belgique au Québec: "deux langues, mais un seul cœur" . Heureusement sa reprise de Iron Man de
Black Sabbath nous fait oublier ce fantôme impromptu dans un pogo apéritif.
Sur le chemin pour aller se taper encore une joyeuseté culinaire belge, on passe devant du ska festif, qui semble toujours faire recette en 2010, avec ses ambassadeurs belges et son fabuleux jeu de mots :
Skarbone 14 . Ah je l’avais pas encore entendu, celui là, chapeau.
On se réserve pour
Monotonix , ce groupe de Tel Aviv à la réputation sulfureuse, qui transforment chaque scène où ils se produisent en terrain de jeu. On voulait pas manquer ça à l’un des plus gros festivals européens. En dire qu’on n’a pas été déçus relève de l’euphémisme. Une heure de gros riffs bluesy-boogie mais surtout heavy, et d’une batterie fabuleusement primaire, tambourinant, saccadant, enfonçant le couteau dans les tympans, et par dessus, une voix dans le plus pure style 70’s, puissante et sexy, qui trashe et couine, portant aux nues la transe collective. Rajoutons à ce portrait déjà engageant qu’ils ont à eux trois terrorisés toute la sécurité de Dour et les gentils commerçants des baraques à frites avoisinantes. Débutant leur show en pleine fosse, le chanteur hyperactif –et en slip- passe les trois quarts du show à se suspendre aux pylônes, slammer sur la foule déchaînée armée d’une ombrelle ornée de néons, pendant que d’abord le staff, puis peu à peu la foule envahissant la scène, regardent médusés les trois hommes en slip et cheveux longs mettre le feu au public, scandant des paroles incompréhensibles, avant d’ordonner à la foule de s’asseoir et d’écouter la musique de mariage qui accueille un improbable match de boxe entre le batteur "The Caveman" et un type du public, un toulousain hilare, quoiqu’un peu inquiet.
Le chanteur arbitre "I wanna see real fucking blood" à 3m du sol, avant de se jeter une énième fois sur des kilomètres de bras transpirants et de se faire porter, ainsi que le batteur fuyant son match avec son tom basse jusqu’à la sortie du chapiteau où là notre ami chanteur-GO décide d’aller à l’abordage d’une cabane à frites, ce qui n’était pas du tout du goût de la gérante qui l’a envoyé aller se faire voir ailleurs si elle y était, la tête la première dans la fosse. Le cortège n’insiste pas et déambule en sens inverse, retrouvant le guitariste tout seul sur scène, dégueulant des riffs hard rock déglingués. "Open your arm" éructe le chanteur. À prendre au sens propre comme au sens figuré. Whaw, on en ressort aussi déglingué que la guitare, une véritable tuerie _moins propre que figurée, mais quand même.
Décidément, aujourd’hui dernier jour, y’a du monde au portillon, deux heures après la fin des
Monotonix et leur interview déjantée, on se retrouve sous un chapiteau aux trois quarts vides devant les
Sonics , le gros de la foule bougeant son boule sur les boum boum des
Sexy Sushi trois chapiteaux plus loin, mais tant mieux, le concert n’en est que plus intimiste, autant qu’un concert peut l’être dans un festival. On ne perdra pas notre temps à dire que leur son s’est un peu heavisé, faute à la batterie de compèt qu’ils ont maintenant sur scène, l’important c’est le reste. Et le reste, c’était vachement bien. Les types se pointent, humbles, souriants, dynamités comme on peut l’être à 60 barreaux. Un sobre "good evening" introduit leurs vieux tubes, principalement de leurs deux plus connus LP "Here are The Sonics" et de "Sonics Boom" , saupoudrant plusieurs reprises de
Little Richard .
Ils enchaînent furieusement, autant mélodique que rythmique, et pour Lucille , le nouveau bassiste avec sa touche de
Little Bob (officiant auparavant chez les
Kingsmen ) prend le micro avec une voix plus
AC/DCienne que
Sonicsienne , mais ça n’enlève rien au spectacle, au contraire, ça donne un certain grain. Dommage peut-être les sempiternelles introductions de solos de guitare que les groupes avec un peu de bouteille (au sens figuré) ont tendance à faire fleurir dans leurs nouveaux sets. Psycho en a souffert, et même le fabuleux Louie Louie , la meilleure reprise du hit de
Richard Berry (pas l’acteur, l’autre : http://www.youtube.com/watch?v=GF_bM8JU57w), avec laquelle ils ont bien évidemment entamé leur rappel, enchaînant avec un The Witch diabolique comme il se doit, au rythme rockab et aux dernières notes sax + clavier répétées à l’infini, comme pour nous accompagner dans notre onirique chemin du retour…
20 minutes à zigzaguer à travers les zombies d’un festival de nuit, à trouver la petite porte cochère qui nous chicanera vers les champs de maïs, de là monter deux petites buttes, passer quelques portiques et groupements de staffiens en rouge, et récupérer d’un clin d’œil rassuré la vision de notre camion bien sage sur un parking surpeuplé.
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