Etrange rendez-vous que celui pris à Lille avec mon frère et mon ancien complice « synthétiste » (gloire à lui, qui m’a fait découvrir
Emilie Simon en m’offrant la BO de
La Marche de l’Empereur à Noël !), venus des trois coins de la France (je sais, on dit quatre coins d’habitude, mais je ne vais pas inventer non plus une 4ème personne juste pour tomber juste dans ma phrase) -respectivement Antibes, Nantes et Nîmes- pour découvrir sur scène la mystérieuse Emilie.
Et bien nous n’avons pas été déçus, et en ce qui me concerne, puisque c’est quand même moi qui vais vous en parler, ça a été un moment véritablement extraordinaire.
Déjà sur disque, Emilie a inventé à mon sens le cocktail musical quasi-parfait : une musique superbe, riche et intelligente, truffée de bruitages géniaux, une voix adorable, des paroles décalées. On retrouve tout ça sur scène, avec en outre une pêche supplémentaire, et une super ambiance, mélange de bonne humeur et de délire. Bref, pour moi la performance musicale rêvée, le sentiment de découvrir enfin quelque chose que j’ai longtemps attendu, la perfection vers quoi j’ai toujours cherché à aller en tant que musicien (mais mon dieu que j’en étais loin ☺).
C’est donc le Splendid, petit bâtiment aux briques rouges typiques du nord de la France et manifestement ancien cinéma de quartier réaffecté, que nous avons rejoint pour assister au concert.
Medi & The Medicine Show assurait la première partie. Je ne sais pas de quoi Mehdi Parisot, guitariste ayant souvent prêté son talent à Emilie, veut nous soigner, mais en tout cas il y met de l’énergie, d’autant plus qu’il est seul en scène, sans ses confrères musiciens habituels. Enfin non, pardon, il n’est pas tout à fait seul puisque deux harmonicas dont j’ai oublié le petit nom « l’accompagnent ». C’est donc en homme-orchestre qu’il va nous servir de la pop rock « seventiesante » assez classique, pouvant rappeler Ben Harper ou Jeff Buckley, avec une bonne voix, des morceaux tout en anglais dynamiques et quelques lents aussi, dont un assez sympa vers la fin du show. En fait il faut apprécier le style, sinon on peut trouver que tout se ressemble un peu, et au final, je ne sais pas si j’irai jusqu’à acheter son premier album, même s’il est produit par l’illustre
Dave Stewart (Eurythmics, Spiritual Cowboys). Ceci dit pour une “mise en bouche” j’ai trouvé que c’était plutôt de bonne facture.
Les musiciens d’Emilie succèdent rapidement à Medi sur scène et entament sans elle le spectacle. Mention spéciale pour deux d’entre eux, qui vont contribuer très fortement à l’originalité du concert, le premier arrivé étant un personnage haut en couleurs, mélange de Van Helsing et de savant fou, avec son haut de forme, sa gabardine noire, ses petites lunettes rondes, sa barbiche et ses longs cheveux bouclés, et qui entame d’étranges manipulations sur des instruments improbables, harpe laser invisible, flûte cosmique aux diodes bleues et autres créations fabuleuses. Il s’agit de
Cyrille Brissot, le génial ciseleur de sons enseignant à l’IRCAM qui accompagne Emilie depuis son premier album.
"le fourbi iconoclaste et génial de Cyrille Brissot", photo Hervé Haro
En fond de scène commence à s’agiter un curieux percussionniste sans batterie ni instruments classiques visibles. La propension de
Cyril Hernandez à utiliser tout et n’importe quoi (plaques de métal, cordes de piano, bassines d’eau, etc.) pour agrémenter les morceaux de bruitages rythmés en tous genres au travers de contorsions multiples mettront aussi du piment à la soirée. Mais ô joie, nous allons pouvoir aussi apprécier les sons d’instruments plus conventionnels, violoncelle et piano à queue, ainsi que la virtuosité de leurs utilisateurs,
Arnaud Crozatier au violoncelle, le pianiste occasionnel mais pas du tout amateur étant … Emilie. Et finalement, les seuls instruments que l’on peut s’attendre à voir lors d’un concert de pop sont les guitares, jouées par le musicien
Stéphane Charron, Emilie accompagnant parfois de basse ses chants.
C’est
Dame de lotus, un extrait du dernier album, qui a démarré le spectacle, et Emilie ne tarde pas à rejoindre ses compagnons de scène, à la grande joie du public. Elle chante aussi bien que sur les disques, avec sa jolie voix tantôt douce, tantôt acide (acidulée ?) voire inquiétante, et de manière peut-être plus affirmée que sur son premier album. En plus elle est très mignonne (davantage que sur les imageries un peu froides -volontairement je pense- de ses pochettes de disques), et plutôt sexy avec sa robe courte lacée et ses mi-bas noirs, ce qui ne gâte rien au plaisir de l’entendre.
photo "Haime Capture Électro Visuelle"
Quand elle susurre son craquant « dès les premières lueurs », on peut constater qu’une poignée de fans connaît déjà très bien son répertoire, car elle n’est pas la seule à chanter ! Le superbe
Fleur de saison démarre, plus pêchu que sur disque, peut-être en partie grâce à une présence plus marquée de la guitare (ce sera mon impression sur d’autres titres aussi). Celle du violoncelle permet quant à elle une reprise sur un registre sonore finalement proche des chœurs si charmants dont Emilie habille ses chansons sur disque, et qu’elle ne peut forcément pas assurer quand elle est en train de chanter les parties principales. Ce qu’elle pourra faire par contre, c’est modifier en temps réel sa voix par différents effets grâce à l’espèce de prothèse électronique que Cyrille Brissot va lui fixer sur l’avant-bras au bout de quelques titres. Une autre idée lumineuse, même si finalement j’ai peu entendu d’effets, du fait du riche environnement musical.
Quelques visuels excellents lors du spectacle en arrière de scène, des fleurs virevoltantes et s’entremêlant, apparemment issues de l’imagerie d’une des vidéos d’Emilie -
Fleur de saison je suppose- mais apparaissant à partir de la valse électro au refrain-ressac
Sweet Blossom.
Les chansons du dernier album
Végétal vont défiler les unes après les autres dans le désordre, les perles
Alicia, Annie, En cendres ou encore Le vieil amant, mais aussi toutes les autres chansons sans exception, entrecoupées sur la fin par quelques titres bien choisis des deux premiers opus d’Emilie. On aura ainsi la joie d’entendre le bien nommé
Ice Girl, Song of the Storm et
All is White pour
La marche de l’Empereur, le premier album étant représenté par le superbe
Désert, Graines d’étoiles et la fameuse reprise du
I Wanna Be Your Dog des
Stooges ainsi que
Flowers, dans une version épurée avec seulement Mehdi à la guitare en second rappel. Le titre de clôture sera une reprise étonnante d’Emilie en solo au piano de
Come as you are de
Nirvana. Bien sûr, en tant que fan de
Kate Bush, j’aurais préféré entendre sa version de
This Woman’s Work mais primo elle l’avait déjà chantée en 2003, je comprends donc qu’elle ait préféré cette fois rendre d’autres hommages, et secundo cette reprise de Nirvana était de toute façon très sympa, donnant une autre dimension au titre.
Un concert donc des plus honnêtes, où on sentait un réel plaisir des musiciens d’être là et de nous faire partager ces moments magiques.
E.Simon, C.Brissot, A.Crozatier, S.Charron, C.Hernadez, photo "Haime Capture Électro Visuelle"
Je souhaiterais me faire violence en essayant objectivement de citer quelques travers à cette soirée, mais je n’en trouve pas à part à la limite deux ou trois choix de titres peut-être un peu inadaptés au live, et l’absence de mon préféré,
Antar(c)tic, une prodigieuse composition qui me donne de grands frissons dès que je l’écoute tant son thème est flippant et majestueux et son fourmillement sonore parfait, mais je reconnais que l’introduction d’un titre sans paroles dans un concert peut être problématique !
A vrai dire, j’ai encore du mal à me remettre de ce concert, je me serais bien fait une deuxième séance cette semaine à Montpellier (50km de déplacement sont plus raisonnables que 1.000) mais c’était déjà plein depuis longtemps. En fait, je crois que moi aussi « je sombre », pour Emilie Simon, mais dans le bon sens du terme. « En tout bien tout honneur » bien sûr ;-)