La grande salle du
Théâtre des Salins est pleine à craquer, devant une scène aux allures de cirque de campagne qui fourmille d’instruments de toute sorte. En rideau de fond, un grand écran de cinéma entouré de lumières, à la manière d’un miroir de star et de-ci de-là, des plots de dressage noirs & blancs, ornés de formes géométriques et un nombre impressionnant de guitares, rangées de la plus grande à la plus petite. Tout cela fleure bon la bande de saltimbanques à plein nez, avec (derniers détails qui tuent) un vieux téléphone à cadran tournant (pour appeler Dieu en personne sans doute) et un magnifique casque de Viking qui trône au pied de la batterie.
Le noir se fait dans la salle et la projection d’un film, façon vieilles actus d’archives, commence. Puis, ce sont deux cow-boys qui font leur entrée, face à face, une guitare prête à "tirer" en guise de pistolet, sur une musique de western spaghetti. Ils se la jouent Far West, avec les instruments qui se répondent et qui donne le top départ d’une soirée qui se va pas nous laisser une seule seconde de répit.
Thomas Dutronc entre à son tour sur scène, sur cette intro plutôt festive, en costard noir brillant et chaussures vernies ... S’il vous plait !! Sa voix monte et tout de suite (Je sais que cela agace. Je ne le dirai plus .... Mais il faut vraiment le reconnaitre), on entend là un timbre qu’on connait bien : Et oui, il y a vraiment une incroyable similitude entre les
Dutronc père & fils !!
La mise en scène est simple finalement, dans ce décor rigolo, avec des musiciens aux looks décalés et dépareillés : les deux cow-boys du début, auxquels se sont ajoutés un bel hidalgo, un rockeur et un garçon sage en cravate derrière sa batterie. Et bien sûr, au milieu de tout cela, un
Thomas Dutronc qui commence déjà à nous offrir des solos de guitare époustouflants.
Ils vont installer à eux sept (avec des alternances sur scène, les musiciens allant et venant selon les nécessités musicales) un univers loufoque, avec des textes de chansons bien souvent décalés, une très belle musicalité et le tout servi par une voix juste faite pour ce voyage. Tout le monde se marre (autant sur la scène que dans la salle), les interludes "pince sans rire" sont savoureux et on a l’impression de se retrouver tout simplement au milieu d’une belle bande de potes. Les musiciens font les chœurs de façon récurrente et très "romantique". Les décors sont hyper bien mis en valeur par les lumières, qui joue sur la fluorescence des peintures.
Thomas Dutronc semble vraiment heureux de cette incursion dans le sud, pour "sa bonne bouffe et ses jolies filles" et en profite pour introduire
Pierre Blanchard "Le violoniste venu du froid", tout de cuir vêtu et équipé de lunettes noires. Et pour l’accompagner, Monsieur
Dutronc a attrapé une guitare classique, pour partir sur des accents flamenco. Cela ne prend le temps que de quelques notes au public pour reconnaitre un
J’aime Plus Paris, qui déclenche des cris et une belle clappe. Il est vrai que c’est un véritable bonheur que d’écouter ce guitariste hors paire, qui laisse une part si belle à la musique. Et le détonnant mélange du violon et de la guitare électrique est parfait ... Ça tourbillonne, c’est brillant ... C’est le pied !! Et la salle un peu timide du début, s’est bien réveillée maintenant !!
Le délire débordant de leur imagination continu : "Bien venu sur le répondeur de Martigues du Centre de demandeurs de l’emploi ..." La ronde inlassable des mots est repartie, avec l’écran qui nous balance des images toujours plus loufoques et l’entrée dans la danse de la plus petite guitare du monde !! Tout un programme ... En fait, on a de véritables sketchs entre les morceaux et des trouvailles d’accessoires toujours renouvelées avec, par exemple, des bonnets péruviens pour les musiciens fraîchement débarqués de Lima, qui nous jouent la musique la plus pourrie du monde ! Les paroles sont toujours fines, bien écrites, pas démago pour un sous et surtout subtiles dans leur drôlerie. De petites histoires de rien, pleines de poésie, servies par un humour léger, distillé avec beaucoup d’intelligence et même parfois, une pointe de nostalgie.
Dans cette douce folie ambiante : Roulement de tambour et marche au pas. Excellente satire, faite d’une compile des plus pourraves pour illustrer notre société de sur-consommation. Nous avons donc droit pêle-mêle à :
L’aigle Noir zouc (avec le fameux casque de viking). Puis Chiquito De La Puerta Y Valdes et sa petite guitare ridicule (sans oublier ses pompes vernies ... Annoncé comme un grand classique de la guitare Gay !!).
La Compagnie Créole en slam (du gros gros n’importe quoi !!). Olaf de Norvège qui interprète
Annie Cordy façon free jazz (salué par la critique de
Télérama !) et, pour finir, un enfant de huit ans et demi qui reprend
Claude François et
Franck Sinatra avec sa flûte à deux balles. Un scénario loufdingue pour une prestation qui l’est tout autant ... Un petit moment de bonheur totalement décalé !!
Viendra ensuite l’hommage à
Ninine Garcia (qui passe en image sur l’écran en arrière scène), avec une magnifique musique aux accents tziganes et un passage du rire à l’émotion mené de main de maître. La formation, qui prend clairement son pied, passe en quintette à corde devant une salle qui en fait tout autant.
Thomas Dutronc est un maître de cérémonie impeccable, qui joue divinement bien de la guitare et nous offre plusieurs morceaux de bravoure, dont
A La Vanille, petite mélodie fragile qui tourne à la bossa nova. A chaque fois, tout est fait pour installer un véritable univers autour de la musique, avec des moment qui tournent parfois au bœuf entre amis dans un bar de jazz, avec des putain de musiciens !!
Ils savent aussi toujours amener leur petit grain de folie ... Un numéro de claquette exécuté par
Bertrand Papy qui a abandonné sa basse, repris en film Super 8 sur l’écran et des paroles savoureuses du genre "Je suis comme un pâté sans sa croûte quand t’es pas là ..." Ou bien encore une choré participative, tout le monde debout, briquet en main (ou téléphone portable pour les plus modernes), agitant les bras pour être filmés en live !! Mais très vite, la salle se lève et préfère danser sur ce doux mélange de jazz et de rock :
On Sait Plus S’ennuyer, une bien belle chanson d’amour, juste déjantée ce qu’il faut.
Bref, un univers de doux-dingues, qui va nous balader jusqu’à la fin de ce set, avec un
Thomas Dutronc qui remet en place sa mèche ravageuse et nous lance ses petits sourires charmeurs, tout en s’amusant de cette vie de fou que nous vivons ... Après les pubs, les supermarchés et les jeux vidéo, c’est le tour de notre douce dépendance à internet. Ils quittent tous la scène assez rapidement, nous laissant devant un petit film qui nous présente tous leurs visages et leurs noms, défilant aux fenêtres d’un petit train de cirque ... Ce qui nous amène aux rappels sans même qu’on s’en rende compte.
Pour leur retour, l’ambiance est revenue au calme. Mais un petit couac technique imprévu vient mettre le bazar : "C’est quoi ce bruit sans déconner ? ... Les chansons, c’est parfois comme les rendez-vous romantiques : On peut avoir des problèmes d’intestin et ça casse le délire. Alors, Allez, on recommence !!" avec
Sésame et un duo de guitare électrique et classique de toute beauté, à vous faire sincèrement décoller !
On se lève tous pour la petite dernière annoncée :
Demain (parce qu’on va avoir quand même un peu de rab après ;) !!) Et comme tout le monde la connaît celle-ci, on s’en donne à cœur joie, avec tous les musiciens qui rejoignent la scène pour nous offrir des solos de folie chacun à leur tour. Ils s’éclatent, s’agitent dans tous les sens, montent sur les plots et font danser le public. Bref, nous mettent le feu avant de nous quitter pour la seconde fois ... Mais reviennent à nouveau. "Une dernière pour la route alors ..." ou deux finalement. Et un
Thomas Dutronc qui part dans une explication emberlificotée pour nous faire partager les raisons de ses choix d’instruments. On y comprend rien et lui non plus d’ailleurs. Ce qu’il fini pas reconnaître avec un "Tout ça pour rien dire du tout ... !!". Mais il se rattrape par un final à la guitare tellement rapide, qu’il en tirera la langue de plaisir !!
Thomas Dutronc - Chant & Guitare
Stéphane Chandelier - Batterie
Jérôme Ciosi - Guitare & Flûte
Bertrand Papy - Basse
Fred Jaillard - Guitare
David Chiron - Guitare
Pierre Blanchard - Violon
Setlist
1 - Clint
2 - Turlututu
3 - J’aime Plus Paris
4 - Alerte A La Blonde
5 - Sac Ado
6 - Relançon La Consommation
7 - Ninine
8 - A La Vanille
9 - Undecided
10 - Comme Un Manouche Sans Guitare
11 - On Sait Plus S’ennuyer
12 - Oiseau Faché
13 - Jeune Je Ne Savais Rien
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14 - Sésame
15 - Demain + Demain Disco
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16 - Suis Pas D’ici
17 - Les Yeux Noirs
Chronique réalisée par l'Equipe de
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