La voûte de la salle s’étoile, les lumières diminuent et c’est dans la chambre noire de la petite salle des Salins qu’apparaissent cinq silhouettes voilées voilant les volutes de la scène naissante : les membres du groupe Vibrion.
Guitare et violoncelle initient les premières mesures. Le temps s’écorche, se libère. Suspension. Et chacun de se départir de lui, de s’éloigner de l’instant pour entrer dans l’univers du groupe. La salle, cubique, se prête à merveille à l’écoute particulière à laquelle invitent la musique, les arrangements, les voix, les corps de Vibrion.
C’est d’abord les mélodies délicates et ornementées de Christophe Isselée, le guitariste, magnifiquement accompagnées par les cordes du violoncelliste, Julien Lefevre. Puis se profile Stéphane Paulin, le bassiste, percussionniste. S’approchent enfin Eric Cartier et Fredéric Nevchehirlian, les voix de Vibrion, les arrangements au bord de la scène basse, proche du public.
Celui-ci est très hétéroclite : des adolescents sortis avec leur professeur, à la découverte du Slam personnel de Vibrion, au centre, sur les bords, des auditeurs plus âgés, plus en retrait, et puis aussi des individus disparates… Mais ces distinctions s’atténuent avec la pénombre bleutée du spectacle : c’est aussi ça la magie de la musique et de l’atmosphère qu’incarnent Vibrion. A la croisée de la poésie déclamée, du rap, de l’électronique, c’est un regard, une présence qui se joue devant nous et la puissance dégagée sur scène provoque une sorte de fusion du public qui, très attentif se laisse progressivement ravir par les mots, les images, le rythme, les voix. C’est avec «Fresque» que la transe commence, elle se poursuivra intensément avec «Fusées», deux morceaux de l’album.
Puis viendront des ambiances plus «arabo-andalouses» (Christophe
Isselée passant à l’Oud…), des paroles, un souffle offert paumes ouvertes, tendues.
Le public découvre, savoure le fruit d’une résidence du groupe au théâtre. Mais le temps passe trop vite, on voudrait rester toute la nuit à s’abîmer dans ces percussions, ces accélérations, ce regard donné. Grande émotion lorsque Sam, le chanteur du groupe Dupain vient mêler sa voix sur quelques morceaux.
L’élégie et le superlatif sonnent ici comme des procédés d’automates,ce sont pourtant les seuls qui me viennent au souvenir de ce très beau moment vécu.
A bientôt Vibrion de nous départir de nous-mêmes.