Affiche de rêve au Transbordeur : les excellents
Blonde Redhead, judicieusement placés en ouverture de programme pour 40 minutes de show, ont parfaitement chauffé la salle pour la grand messe de presque deux heures d’
Interpol, le groupe « disco post punk » qui cartonne en ce moment dans le monde entier…
Blonde Redhead au pays des merveilles de la pop légèrement dissonante
C’est dans une salle bien remplie (le concert affiche complet) que le trio new yorkais
Blonde Redhead offre un set en tous points remarquables. En explorant uniquement le versant pop panoramique de leur univers,
Simone Pace,
Amedeo Pace et
Kazu Makino envoûtent la salle toute entière : samples bruitistico planants, guitare menaçantes, basses ondoyantes, batterie impeccable et chants d’anges déchus en proie au doute existentiel. Pas une faute de goût, pas un morceau faible : une véritable bonheur au pays des merveilles de la pop légèrement dissonante. Ce pays étrange est hanté par une fée asiatique du nom de
Kazu Makino – qui chante divinement, dans un registre étranglé, aigu ou brisé – et par son pendant masculin, l'un des frères Pace, à la voix cristalline… Si l’on a parfois du mal à voir qui joue quoi à cause de l’omniprésence des bandes enregistrées, l’effet produit est véritablement hallucinant : on évolue dans un film fascinant avec
David Lynch à la baguette magique, et ses acolytes,
Angelo Badalamenti et
Julee Cruise, comme partenaires de jeu. Trop courte mais superbe prestation (conclue par le magistral titre
23, extrait de
l'excellent dernier album) d’un groupe d’exception…
Interpol embarque la foule du Transbordeur dans ses sombres obsessions post punk
Après une assez longue pause, l’arrivée d’
Interpol sur
Pioneer to the falls, le magistral premier titre de son dernier album
Our love to admire fait l’effet d’un bombe à retardement : voix grave immédiatement sidérante, atmosphère trouble, rythmique puissante, guitare originale, claviers délicatement aigrelets, ce titre là – avec sa fin a capella, interprétée dans un silence religieux – est assurément un must. Comme il est suivi par une flopée de tubes (récents ou
plus anciens), le début du concert des cinq New Yorkais est quasi idyllique. La suite s’avérera très convaincante, car ce combo s’y entend parfaitement pour embarquer la foule (conquise d’avance et donc très réceptive à l’ensemble du set) dans ses sombres obsessions post punk façon
Joy Division. Toutefois, le milieu de sa prestation scénique, souffrira de la (très relative) faiblesse de certains titres du dernier album, sans doute trop proches des hymnes du groupe, le côté accrocheur en moins… A ce moment là, l’on se dit que ce groupe ne sait jouer que sur un seul registre et n’évite pas une impression de monolithisme quand il joue son répertoire sur scène, en restant un peu trop figé, ce qui n'arrange rien. Impression sans doute juste, mais bien fugace, car une autre salve de hits vient s’abattre sur un Transbordeur – sous le charme et transformé en cathédrale de sons superbement éclairée – pour conclure un show finalement percutant. Interpol creuse sans cesse le même filon ténébreux, certes, mais il le fait si bien que son public se laisse porter par le flot d’émotions fortes charriées par les titres de son groupe favori. Le (grand) pouvoir de séduction que possède
Interpol n’est semble-t-il pas près de s’éteindre de sitôt.
A lire également, des chroniques de concerts d'
Interpol aux
Eurockéennes de Belfort en juillet 2005, au
Printemps de Bourges en avril 2005 et en
avril 2003 ainsi qu'à
La Boule Noire à Paris, en novembre 2001.
Sites Internet :
www.myspace.com/blonderedhead,
www.blonderedhead23.com,
http://blonde-redhead.com,
www.interpolnyc.com,
www.myspace.com/interpol,
www.transbordeur.fr,
www.radical-production.fr.