A l’entrée de l’Ubu, " The Coral " est dans toutes les bouches. Quelques flyers à l’effigie des Zutons, la première partie de ce soir, volent jusqu’au caniveau. Les plus chanceux d’entre eux, ignorés, finiront leur escapade rennaise dans au fond d’une poche d’un 501 délavé.
Il faut dire que le quintet liverpuldien ne défraie pas la chronique, contrairement aux jeunots prolixes de The Coral. Pas encore d’album dans les bacs, la première gifle devrait arriver le 19 avril (Who killed the Zutons ?) Et c’est presque gêné que le dernier-meilleur-groupe-de-l’année selon NME ose monter sur les planches. Dès la deuxième salve, la belle saxophoniste Abi Harding,, arborant une frange en escalier qui ferait pâlir n’importe quel King of Leon, écarquille les yeux, proche de l’asphyxie. Dave McCabe, le chanteur, a lui plutôt la tronche d’un Dick Valentine resté trop longtemps dans les bas-fonds new-yorkais. Pas de pompes ni de contorsions sexy, mais une voix d’outre-tombe qui stimule directement la sensibilité musicale de vos poils d’avant-bras. A la douceur innocente qu’apporte Abi Harding quand elle ne s’époumone pas, les mâles du groupe répondent en livrant un son crade, primitif. L’espace d’une petite heure, le spectre langoureux de The Coral ne plane plus au-dessus de la salle. La torpeur dans laquelle les groupies de la tête d’affiche semblent se complaire se transforme progressivement en bordel fougue incontrôlée.
Trop tard. Fin de set. Des relents indie-pop viennent presque excuser ces débordements jouissifs. Histoire de préparer le public au cachet soporifique que la bande à James Skelly va lui faire gober.