Polnaretrouvailles grandioses… et kitsch !
La pharaonique tournée organisée pour le retour de
Michel Polnareff sur les scènes françaises faisait escale au Zénith d’Auvergne le 20 mars 2007. L’occasion pour 8500 personnes d’assister à un show à l’américaine, grandiose par sa mise en scène, très émouvant lors de nombreux moments où Ponareff joue ses tubes au piano (ou sobrement accompagné par son groupe) et franchement kitsch (voire pathétique) à cause des arrangements tour à tour jazz rock, hard rock ou country FM choisis par l’amiral pour ses musiciens archi pro mais sans âme (câline). 2h15 d’un show total avec des hauts et des bas donc, mais un show dont on ressort les yeux brillants, ravi d’avoir passé un moment avec l’inoubliable auteur (bien conservé vocalement) de
La poupée qui fait non, Lettre à France, On ira tous au paradis, Love me please love me et
Goodbye Marylou…
« Merci, merci ! Bonsoir Clermont-Ferrand, et bienvenue aux Polnaretrouvailles ! »
Annoncé à 20h30, celui que ses fans appellent désormais L'Amiral se fait attendre jusqu’à 21h avant que ne se profile son ombre sur l’immense scène surmontée d’une reproduction de ses fameuses lunettes. L’attente se fait en écoutant une ignoble compile de jazz rock - de la musique d’ascenseur sans doute sélectionnée par le maître -, avec pour seule échappatoire visuel, les lunettes du décor avec la photo stylisée de la star et les affiches des pires télé et radio de France (Tf1 et RTL), les sponsors de la tournée… Le public de
Polnareff, qui semble avoir majoritairement la soixantaine, comme son idole, scande des
« Michel ! Michel ! », qui font venir celui qui est maintenant un homme bodybuildé, avec un peu d’embonpoint… Dès son apparition, c’est un tonnerre d’applaudissements, un véritable triomphe romain… auquel la vedette de la soirée répond par un magnanime et théâtral :
« Merci, merci ! Bonsoir Clermont-Ferrand, et bienvenue aux Polnaretrouvailles ! »
Musiciens hors sujet
Engoncé dans sa chemise blanche et son gilet, bien moulé dans son pantalon de cuir noir (hou la la, c'est chaud !), les lunettes noires sur monture blanche vissés sur le crâne, avec sa crinière de vieux lion peroxydé flottant sur ses épaules, Michel entonne
Je suis un homme, un de ses tubes emblématiques… La voix est quasiment intacte, l’homme semble en bonne forme vocale, le son est bon, le light show est superbe, le morceau est intemporel et le public semble ravi de finir la phrase
« les gens me traitent de… » à la demande expresse de l’artiste. Immédiatement, on constate que les musiciens qui ont été réunis pour cette tournée sont hors sujet (à l’exception, peut-être, des choristes) : ce sont tous des virtuoses démonstratifs qui se font fort de sonner jazzy ou rock FM années 80, quand la luxuriante sobriété pop sixties s’imposerait. Qu’importe, on ne va pas se faire gâcher son plaisir par des tacherons recrutés par une personne ayant un peu trop fréquenté Los Angeles, ses salles de muscu, ses pornostars et ses requins de studio avides de dollars. Tout cela donne l’impression d’un show fait pour sonner jeune, pour impressionner les vieux fans avec des effets pyrotechniques façon
Bon Jovi,
Van Halen,
Phil Collins ou
Europe (rires). Malgré ce « petit » détail,
La poupée qui fait non,
L’amour avec toi et
Sous quelle étoile suis-je né ? (inspirés par le rock anglais et américain des années 60, les
Rolling Stones, les
Byrds, les
Beatles,
Procol Harum en tête… ) donnent des frissons de joie, signe de leur intemporalité et du charisme intact de Polnareff. Et l’on se dit que la bonne idée aurait été de recruter les Américains de
Luna, qui font une très belle version rock de
La Poupée qui fait non ou les Anglais de
Pulp, avec à leur tête un fan de Polnareff nommé
Jarvis Cocker (cf sa version du
Roi des fourmis).
L’amiral du polnarêve se met au piano
Puis, le grand moment du spectacle arrive enfin : l’amiral du polnarêve (sic) se met au piano pour interpréter sa chanson préférée, la superbement émouvante
L’homme qui pleurait des larmes de verre, et ses tubes inoxydables
Love me, please love me,
Lettre à France,
Qui a tué grand maman ? et
Le Bal des Laze, malheureusement gâché par un solo de guitare ridiculement hard rock kitsch sur fond de flammes projetées sur les écrans géants. On en prend plein les yeux (parfois un peu trop donc... )et l’on ne manque rien des gestes du maître de cérémonie grâce aux deux écrans placés de chaque coté de la scène (les lunettes se sont maintenant séparées) et aux dix petits écrans placés sur la très impressionnante pyramide de lumières placée derrière les très nombreux musiciens/choristes.
Too much…
Après le grand moment, place au too much : avec dans l’ordre, un très long interlude solo de batterie (Pourquoi tant de haine pour nos petites oreilles innocentes ? Pour que Michel puisse se reposer 5 minutes), solo qui provoque un commentaire enthousiaste de notre voisine de derrière -
« En tous cas, il assure le gars ! C’est incroyable ! » -, des nouveaux morceaux incroyablement variétoche (
Ophélie flagrant des lits,
Positions, la suite ratée de
Kama Sutra, des titres tellement mauvais qu’on dirait du
Pascal « fan de » Obispo),
Y’a qu’un cheveu sur la tête à Mathieu et
Hey You woman version dégoulinante de country sous stéroïdes disco (beurk), un
Tam Tam toujours aussi Fm commercial, une version hard rock eighties de
Tout pour ma chérie (reste la mélodie et le chant, quand même) et enfin un solo de percussions et de basse, comme s’il était besoin d’en rajouter. Heureusement au milieu de ce calvaire (néanmoins assez drôle, car ultra ringard et ultra acclamé par les fans), les très beaux morceaux
Holidays et
Goodbye Marylou font chaud au cœur, Polnarreff chantant à la perfection avec son timbre si particulier…
Respect, Michel.
La fin de ce qu’on croit être le premier et le dernier rappel permet d’interpréter façon karaoké (avec l’artiste s’il vous plaît !) le mythique
On ira tous au paradis, les paroles défilant sur les deux écrans géants. Un joli moment de communion conclu par un lâcher de papillotes argentées du meilleur effet. On se croirait à Las Vegas pour les derniers shows d’
Elvis Presley, une icône à laquelle Polnareff fait penser avec sa posture jambes légèrement écartées, signature du King… Peu après sa sortie de scène, et en réponse au joyeux bordel fait par le Zénith tout entier pour en réclamer encore plus, Polnareff revient pour ce qui ressemble à un vrai rappel. Son piano arrive tout seul sur un tapis roulant (comme les choristes, un peu plus tôt dans la soirée, ça c’est la classe américaine !), et lui permet d’« improviser » un instrumental et de jouer deux jolis morceaux, dont
Ame câline en finale grandiose. Voilà, on aurait bien écouté une nouvelle fois
L’homme qui pleurait des larmes de verre, mais c’est bel et bien fini… On a passé une sacrée soirée avec
Polnareff, qui malgré sa mégalomanie tenace et ses goûts discutables en matière d’arrangements mérite quand même qu’on lui dise simplement
« Respect, Michel ». Pour sa carrière, son répertoire en or massif, sa participation active au dynamitage de la chape de plomb bien pensante qui pesait sur les jeunes dans les années 60, ses textes sucrés salés... et son retour grandiosement kitsch, qui nous a permis de nous remémorer tout cela.
Site internet officiel :
www.polnaweb.com
Photos prises à Paris Bercy en mars 2007.