Après une petite pérégrination en train pour atterrir à Rassuen, me voilà pour la première fois à l’Usine.
Je réussis à me glisser devant la scène.
Popa Chubby apparait enfin. Il s’avance devant moi et là je réalise à quel point il est impressionnant, physiquement mais on sent aussi le charisme du bonhomme. Le groupe est en formation basique à trois,
Popa Chubby, bardé de tatouages et accompagné de sa guitare Fender vintage des années 60 à la guitare, et entouré de 2 gros ampli Fender ainsi que de 4 bafles de retours, le batteur, allure de surfeur punk rock, et le bassiste ornant un T-shirt New York Fucking City et accompagné d’un ampli basse de taille humaine.
Après une intro, le groupe enchaîne directement sur la reprise de
Hey Joe, titre que je n’écoute plus trop chez moi mais qui reste quand même très agréable sur scène et puis le son est tellement beau (ah! les amplis à lampe!!) que si je ferme les yeux il me semble qu’il y a un combat de guitare entre
Popa Chubby et
Jimi Hendrix en direct; Popa y insère aussi des passages à sa sauce, mais, surprise, des passages m’évoquent également le jeu de Jimmy Page (que je remarquerai à nouveau deux trois fois au cours du concert), qui contraste avec le jeu lourd de Popa. J’oubliais de préciser que le titre exact de l’affiche est «
Popa Chubby - plays Jimi Hendrix live - in Chubbyland », d’où la succession de reprises qui suivent.
Quant au deuxième morceau, il m’électrise totalement car je reconnais les premières notes.
Popa Chubby est déjà tout en sueur. Il me semble que c’est un titre de
Cream puis je réalise qu’il s’agît en fait du fabuleux
Who Knows de
Jimi Hendrix présent uniquement sur son live
Band of Gypsys. Une ambiance électrique mais qui va chercher loin aux racines de la soul, j’en ai des frissons ! Je me laisse donc guider quelques secondes en fermant encore les yeux, bien qu’ils doivent rester ouvert, j’ai des photos à faire quand même. Le titre suivant est un slow blues dont j’ai oublié le nom, au cours duquel Popa fait réellement parler sa guitare avec chaleur et sensualité alors que le batteur fait une tête de bulldog, comme si l’effort fourni était considérable, je m’interroge alors sur quel tête il fera dans les attaques plus violentes. Je me décide à mettre mes protections pour les oreilles car les amplis sont juste en face.
Voilà les premières notes de
Foxy Lady que le gros bonhomme nous sert sur un plateau. Iil n’a pas besoin de parler, simplement de faire un geste et une grimace signifiant au public de faire le rythme. S’ensuit un excellent passage de slap à la basse, un d’enfer digne des
Red Hot à leurs meilleurs jours. Puis le groupe joue un rythme que je reconnais…et réalise qu’il s’agit toujours de
Foxy Lady.
Popa ne cherche pas à faire fioriture et précise à l’ingé son, directement au micro, les réglages qu’il faut. Le voilà dans toute sa splendeur, brut de décoffrage. On lui apporte une chaise de jardin, je me demande immédiatement comment elle va ployer, mais pas d’incident à noter.
Après un autre morceau de blues au cours duquel l’éclairage n’est que sur Popa, voilà le groupe qui enchaîne sur le petit bijou qu’est
Little Wing. De nouveau des frissons me parcourent le dos. Joué à la fois avec délicatesse et lourdeur, appuyé par la voix âpre de Popa. Les lumières deviennent de plus en plus tamisées, bleu-violet pour les musiciens, jaune pour Popa. Ce dernier arbore au petit doigt un slide évoquant plutôt un sex toy tant il est gros.
Changement de guitare, les lumières deviennent plus chaudes pour un blues virant vers la country, mais avec une basse très lourde. Le bluesman nous invective de ces « Say Hey ! » qui m’avaient marqués sur le live
Hit the high hard one. le chant dévie vers le rap, la rythmique est plus percutante et basique, chassant la sensualité du blues au profit d’un blues rock primal. Après un nouveau passage solo de slap du bassiste,
Popa Chubby quitte la chaise et la guitare, fait le tour de la scène pour remplacer le batteur et soutenir la basse. Au tour du bassiste de partir, le batteur rejoint Popa pour un double jeu de batterie qui se fera par un jeu de question-réponse entre les deux protagonistes. Ovations ! Le public a l’air conquis. Le rappel est assez court et constitué de « a song about revenge », qui a l’air de faire partie du nouvel album. Puis s’ensuivra une séance de dédicace au cours de laquelle je me glisse vers l’extérieur à la recherche de gens pouvant me ramener à Marseille, ce qui constitue alors ma priorité.
J’entendais souvent dire que les concerts de Popa Chubby étaient interminables, voire trop longs quand il partait dans ses délires expérimentaux. Il n’a pas montré cette facette ce soir, juste un hommage à Jimi Hendrix avec la patte lourde de Popa, un bon moment de guitare.
Photos : Yoan-Loic Faure