Troisième (et dernière) journée des 26èmes rencontres Trans Musicales de Rennes
Le troisième jour d’un festival voit souvent arriver des festivaliers sur les rotules, avec de vilaines cernes sous les yeux et une démarche traînante. Nous faisons partie de ceux-là, avouons le… Mais quoi de mieux pour se « reposer » qu’un concert dans une petite salle intimiste ? Ça tombe bien, le théâtre l’Aire Libre - situé à deux pas du Parc des Expos où se tiennent les Trans Musicales - abrite en ce samedi l’une des trois prestations exclusives de Yann Tiersen & Shannon Wright, une occasion rêvée de démarrer la soirée en douceur… avant de repartir arpenter les grands halls de l’aéroport de Rennes.
Yann Tiersen & Shannon Wright
Programmée à 19 h, trois jours de suite, la courte série de concerts très attendus de Yann Tiersen et Shannon Wright avait l’attrait d’être unique… Souhaitons que la réussite de ces prestations permette au duo de partir en tournée ensemble, mais rien n’est moins sûr, compte tenu d’emplois du temps chargés des deux côtés…
En écoutant le magnifique album commun de Yann et Shannon, on se disait que ce serait un petit plus de les voir tous les deux en même temps sur une scène, pour vérifier si la bouleversante communion entre les deux musiciens fonctionnait aussi en direct. Notre vœu est exaucé ce samedi 4 décembre vers 19 heures quand le duo foule la scène de L’Aire Libre, accompagné par un batteur et un bassiste. Dès l’intro instrumentale, superbe, on constate que les rapports entre les deux timides protagonistes ne se sont pas « réchauffés » : Yann est au piano, Shannon est à l’orgue électrique et … ils se tournent le dos ! Au cours de ce très beau concert d’un peu plus d’une heure, ils ne se regarderont que très furtivement et n’échangeront qu’un seul sourire à la fin, question de pudeur et de concentration sans doute… Comme prévu, les changements d’instruments se multiplient - Miss Wright alterne entre le micro, la guitare et l’orgue, tandis que Monsieur Tiersen s’empare du violon, joue du Marimba, du piano, de l’orgue, de l’accordéon, de la guitare -, et le public a presque le souffle coupé devant tant de beauté… Les fans de l’auteur de la BO d’Amélie Poulain reconnaissent ici et là quelques bribes de l’univers désuet et émouvant de Tiersen, les aficionados de Shannon Wright apprécient sa voix tranchante et puisante autant que son jeu de guitare sec. L’alchimie entre les deux se produit devant nos yeux ébahis (parfois fermés ou… humides), comme par magie. Le plus surprenant dans cet exercice fusionnel de haute voltige c’est que l’Américaine joue des parties de piano qu’on attribuait au Français, quand peu de temps après, celui-ci extirpe de sa Telecaster des notes dissonantes qu’on pensait provenir du jeu de son acolyte. Sur le fil du rasoir, toujours dans un recueillement poignant, le concert voit se succéder nombre d’instants précieux qu’on gardera bien soigneusement en mémoire… Le duo avec Tiersen à l’accordéon et Wright au chant étant un de ceux là ; Pale white, la dernière chanson de l’album, également. Après une heure de va et vient entre ballades tourmentées et violentes décharges d’émotions rock - les deux saluées par des applaudissements reconnaissants du public -, le spectacle prend fin avec un morceau de Tiersen seul au violon. Malgré le rappel très chaleureux, les artistes ne reviendront que pour saluer collectivement, le sourire aux lèvres. A la fin, on se retrouve presque orphelin de cette musique, seules restent en tête des images et des notes étourdissantes. C'est déjà beaucoup.
Santa Cruz
Tellement conquis par le concert de 19 heures, on ne veut plus quitter l’Aire Libre… Pourquoi ne pas profiter de notre présence ici pour assister à la prestation du groupe français Santa Cruz prévue à 21 heures dans la grande salle du théâtre ? Dès le premier morceau de ce collectif fans d’Americana et de folk rock, on se félicite chaudement d’être restés. On a en effet la délicieuse impression d’assister à un concert commun de Calexico et Lambchop, les voix des deux chanteurs guitaristes rappelant pour l’un celle de Joey Burns, pour l’autre celle de Kurt Wagner. A cette classe vocale, s’ajoute une instrumentation fournie et roots (pedal steel guitar, orgue électrique, guitares sèches et électriques etc) et d’irréprochables compositions (traversées par le rock des grands espaces américains, la folk music US et une pincée expérimentalo post rock jazzy) qui viennent corroborer la thèse du groupe promis à un bel avenir… Dans l’écrin chaleureux de l’Aire libre, Santa Cruz dévoilera longuement ses chansons très bien écrites devant un public calme, mais conquis. Petit cadeau bienvenu, Pascal Humbert (de Sixteen Horsepower) et Billy Conway (ex Mophine) viendront apporter leurs contributions réussies à la contrebasse et à la batterie… Que dire de plus ? On souhaite bonne route à cet excellent groupe, en espérant recroiser sa route très rapidement !
Modey Lemon
Le retour au Parc des Expos dans le Hall 4 s’effectue dans un déluge de larsens : le groupe américain Modey Lemon vient de prendre d’assaut la scène, à la hussarde… Et ça fait mal, très mal ! Les sommations d’usage ne sont même pas faites ; le trio survolté tire dans le tas dès les premières mesures. Et c’est une délicieuse bouillie électronico punk rock qui s’abat sur le public, tétanisé de bonheur. Sur scène, c’est un peu comme si le Jon Spencer Blues Explosion recevait le renfort conjoint de Sonic Youth et Black Sabbath, ainsi que d’une armée de Moog fracassés (et autres boucles soniques vrillantes). Le résultat de cette violente débauche d’énergie dissonante n’est ni plus ni moins qu’un cataclysme sonore ! Chaque musicien est ultra concentré sur sa mission : le guitariste chanteur bidouilleur enchaîne sans compter sa peine riffs punk/blues, hurlements et bruits divers, l'électronicien/guitariste déclenche des vagues immodérément distordues, enfin last but not least, le batteur fait le spectacle en cognant sa batterie minimaliste comme un malade mental. On n’avait pas vu un bourreau des fûts aussi délicieusement primaire depuis le forcené des Soledad Brothers à Bourges en 2003. Un concentré de punk n’ blues (sauvagement maltraité à grands coups de boucles soniques) est disponible sur l’incandescent hymne au bruit qu’est l’album Thunder + Lightning de Modey Lemon… Cet objet est réservé à un public averti, ne venez pas vous plaindre après d’avoir mal aux oreilles !
Kraftwerk
Cela fait un certain temps déjà qu’on rêvait de voir le mythique groupe allemand Kraftwerk sur une scène… Et là, miracle, la dernière date de la tournée 2004 des hommes robots a pour cadre les Trans Musicales de Rennes. Le public, assez jeune, est venu pour découvrir les précurseurs des musiques électroniques en espérant danser frénétiquement… C’est oublier un peu vite que malgré deux ou trois montées en puissance propices à ce genre d’exercice, la musique de Kraftwerk est avant tout une électro pop à tendance hypnotique.
Le rideau s’ouvre sur quatre hommes statiques postés derrière des ordinateurs portables, le premier titre joué est Man machine, une longue plongée synthétique dans les méandres des cerveaux fascinés par les robots du groupe de Düsseldorf. Malgré une musique aux sonorités assez datées (les sons de claviers ultra cheap et certaines boucles), la puissance du light show et des visuels projetés sur une immense écran en fond de scène - absolument scotchants - permet de rentrer dans le concert… Le coté répétitif des slogans (semble-t-il chantés en direct), de la musique et des projections agit comme une drogue : l’auditeur/spectateur se retrouve perdu dans l’univers fascinant de Kraftwerk… Quelques éclairs de lucidité lui permette tout de même de constater que les variations relativement récentes sur le Tour de France ne sont pas l’acmé du travail de Kraftwerk, mais là encore le tourbillon visuel/musical fait son effet. Puis le voyage se poursuit sur les autoroutes et les chemins de fer des années 70 eu Europe : Autobahn et Trans Europe Express arrivent à point nommé pour relancer la machine à faire planer, toujours alimentée placidement par nos quatre musiciens/figurants…
Conformément à nos prévisions c’est le titre Radioactivity qui se révèle être le plus marquant de la soirée : ce morceau - sans doute un des plus brillants jamais composé - est une véritable plongée en apnée dans l’univers inquiétant et toxique de Kraftwerk. Les bruitages stridents, les panneaux clignotants terrifiants, la mélodie entêtante, l’atmosphère oppressante : tout contribue à faire chavirer l’assistance dans un agréable cauchemar. Après, les considérations sur le thème de l’ordinateur (Computer world, Pocket calculator) paraissent un peu moins fascinantes et pertinentes en 2004. Mais il reste malgré tout l’apparition des robots animés sur le titre Robots, l’effet produit, même s’il est attendu, est saisissant car les mannequins articulés qui remplacent leurs maîtres - partis en coulisse - ont leurs traits et semblent réellement vivants… On ressort donc du hall 9 tout étourdi par le méga show de Kraftwerk. La mélodie insidieuse de Radioactivity nous poursuivra pour le restant de la nuit.
Les Rencontres Trans Musicales 2004 nous laisseront un excellent souvenir ; elles auront permis de découvrir de nombreux artistes dans des styles remarquablement variés, tout en assistant aux concerts de quelques têtes d’affiche ne se vautrant pas dans la facilité. Mais il y a quand même un petit problème : les prochaines années, il sera désormais excessivement difficile de se passer du pèlerinage hivernal à Rennes.
A lire également : les comptes rendus des soirées du jeudi et du vendredi aux Trans Musicales 2004.
Deuxième journée des 26èmes rencontres Trans Musicales de Rennes
Bien remis d’une première soirée riche en promesses pour l’avenir, c’est avec une joie non dissimulée que nous rejoignons le Parc des Expositions de Rennes pour une soirée qui s’annonce ultra chaude. La seule présence des Beastie Boys a en effet suffi à rameuter les spectateurs nécessaires à la survie du festival : ils sont plus de 10 000 à arpenter le site dans l’attente de leurs héros en survêtement. Mais avant (et après) la grand messe hip hop, les découvertes tous azimuts continuent…
Nosfell
Dans le Hall 5, cela commence doucement avec un jeune artiste plébiscité par le public partout où il passe, Nosfell. Ce guitariste talentueux et vocaliste hors du commun (il passe en un temps record d’une voix enfantine aiguë à un rugissement grave emprunt de soul n’ blues) est assurément doué, mais comme lors de ses récentes premières partie de Miossec, on constate que sa musique ne provoque pas d’émotion particulière chez nous. Ce qui ne semble pas être le cas de la majorité du public, conquise et sous le charme devant sa prestation. Cet étalage de virtuosités un peu vaine nous dérange, même si la présence d’un violoncelle apporte un petit plus par rapport à ses performances solo. Tous les guitaristes et chanteurs doivent être impressionnés par les exploits scéniques du monsieur. Nous, non… Les morceaux composés grâce à un autosampling réalisé en direct sont à quelques exceptions près bien faits, mais sans âme… Nosfell a en plus la mauvaise manie d’en faire trop dans sa gestuelle et dans ses interventions entre les chansons, très (trop) maniérées…
Lars Horntveth
Lars Horntveth, le co leader du groupe norvégien Jaga Jazzist a réussi a entraîner le public dans ses délires électrorchestrés assez ébouriffants… Cet autodidacte plutôt doué a parait-il joué toutes les parties lui-même sur son disque : cordes, guitares, sax, clarinette etc. Un exploit qu’il ne peut bien sûr pas reproduire en live… Il se transforme donc en véritable chef d’orchestre sur scène, dirigeant une bonne section de cordes, tout en pilotant des rythmes électroniques avec brio. L’alchimie entre les deux univers musicaux fonctionne parfaitement grâce aux talents de compositeurs de Lars Horntveth. L’effet produit est particulièrement agréable : à la fois dansant, onirique et évocateur… Une réussite !
The Hidden Cameras
Des concerts aussi beaux que celui des Hidden Cameras, on souhaiterait en voir tous les jours pendant la totalité de notre vie… La pop bienheureuse des Canadiens provoque d’incroyables « dommages collatéraux » : l’auditeur se retrouve immédiatement au paradis de la pop qui fait planer de joie. Pris dans un tourbillon de mélodies entraînantes, de voix graves, de chœurs élégiaques, de cordes sobres et de rythmiques saccadées, le spectateur, émerveillé, ne peut s’empêcher de sourire béatement en cherchant confusément avec qui il va bien pouvoir faire l’amour tout la nuit. Le précédent groupe à nous avoir fait ce délicieux « effet love » (sans prendre de substances) était Belle & Sebastian, les Ecossais amoureux de ce que la musique a fait de plus doux, joliment décalé et léger sur Terre…
Depuis ce concert magique de The Hidden Cameras on passe notre temps à écouter le magistral album du groupe intitulé The smell of our own. Ce recueil de chansons magiques (dont beaucoup ont été interprétées avec maestria aux Trans) est tout simplement un miracle gravé sur un objet rond, il contient une série de tubes qui provoquent l'enthousiasme à tous les coups (A miracle, Ban marriage, Boy of melody etc etc). Et je prouve ce que j’avance : lors du concert, un spectateur fou de joie se met à slammer sur un morceau pourtant très calme ! Ivre de bonheur, il se lance dans un vol extatique au-dessus du public, pensant sans doute être au paradis. Devant une telle démonstration de joie collective (la foule le porte à bout de bras en hurlant sa joie), le violoncelliste du groupe s’en arrête presque de jouer, la bouche grande ouverte, complètement interloqué… Il n’avait visiblement jamais vu ça. Nous non plus.
Plantlife
Pour chauffer le public attendant les Beastie Boys dans l’immense grande salle des Trans (déjà copieusement garnie), le groupe américain Plantlife avait été choisi par les organisateurs… Très bonne initiative, car la musique chaude, sexy et funky de ce collectif bigarré a placé sur orbite les spectateurs, plutôt contents de découvrir des petits nouveaux. Il faut dire que Plantlife n’a pas lésiné sur les moyens pour emporter le morceau… Car si le leader - très démonstratif - a de faux airs de Lenny Kravitz (beurk), la musique funk n’ soul proposée évoque plutôt Prince et James Brown, ce qui n’est pas rien tout de même ! On va pouvoir encore se déhancher lascivement comme une Sex machine au 21ème siècle, c’est une très bonne nouvelle…
Beastie Boys
Même s’ils se sont faits un peu trop attendre, quand Adam Yauch (aka. MCA), Mike Diamond (aka. Mike D) et Adam Horovitz (aka. Adrock) foulent l’immense scène du Hall 9 éclairée façon guerre des étoiles, une explosion de joie retentit aussitôt dans le public. On a beau consulter rapidement nos « archives » personnelles (De la Soul aux Efferv’Essonne ? Bof… N.T.M. au Parc des Princes ? Puissant mais trop court… Le Wu Tang Klan au même endroit pour le festival Rock à Paris ? Une mascarade pathétique : trop de Champ’ tue le show…), on n’a jamais été aussi heureux de voir des mecs en survêt’ apparaître sur une scène ! C’est normal : bien calé derrière ses platines, Mix Master Mike envoie la bande son hip hop soul de Root Down, une introduction parfaite pour un décollage immédiat… Les trois MC’s rivalisent d’énergie derrière leurs micros, et l’on se dit que cette heure en compagnie des Beastie Boys va marquer durablement nos mémoires. Juste après, c’est l’ultra remuant Sure Shot qui déchire la sono, l’enthousiasme général n’est pas près de retomber ! Tout est très pro chez les Beastie Boys 2004, en bons entertainers américains, le groupe fait le show de manière peut-être un peu trop mécanique. Mais comme les trois MC’s dégagent des ondes positives communicatives en interprétant leurs très bons morceaux, il est vraiment difficile de ne pas adhérer… Assez rapidement, après une période furieusement rap, place est faite pour accueillir deux plates formes roulantes garnies d’instruments de musique. Et voilà nos rappers en survêt transformés en musiciens doués pour la funk soul : de longs morceaux réussis (dont Sabrosa et Something’s got to give) avec Mike D à la batterie, MCA à la basse groovy et Adrock à la guitare Wah Wah (plus un percussionniste et un organiste) permettent de constater que le groupe de New York est toujours composé de « touche à tout » de génie… Puis, les roadies font (très rapidement) place nette pour permettre aux Beastie Boys de présenter quelques perles de leur dernier opus (To the 5 boroughs) en arpentant les planches comme des lions en cage armés de micro. Sans doute moins aventureux que ses prédécesseurs, leur nouvel album n’en est pas moins excellent ; la démonstration éclatante en est faite avec les titres An open letter to NYC,Ch-check it out, Right right now now.
Enfin, après un Intergalactic, idéal pour sauter comme un kangourou sous produits euphorisants, les instruments de musique sont de retour, et ça va faire mal… Comme prévu, Gratitude ratatine la tête des 10 000 personnes grâce à une guitare et une basse distordues. Puis, on nous annonce que c’est déjà le dernier morceau. Et oui, ils ont signé pour une heure, et il n’y aura pas une seconde de dépassement (sinon, il faut « raquer » un peu plus j’imagine)… Devant la bronca populaire, le groupe explique qu’il y a des gens qui jouent après (ce qui est vrai) puis présente le hit imparable Sabotage en ces termes : « Ceci est notre dernière chanson, elle est dédiée à George Fuckin’ Bush. » Inutile de dire que c’est le (très) grand moment du concert : ce titre est une véritable bombe scénique ! Son interprétation live énervée est véritablement une énorme bouffée de plaisir rock. Dans ces conditions, on aimerait bien en reprendre pour une demi heure. Ce concert des Beastie Boys était trop court, parfois un peu trop carré, mais il faudrait vraiment être de très mauvaise foi pour dire qu’on en est ressorti déçu !
Republic of Loose
Forcément, après une telle claque, nos capacités physiques sont bien entamées au moment de découvrir les inénarrables Republic of Loose sur scène. Tout le monde semble avoir très envie de les voir sur scène car leur nom est réjouissant, et leurs autocollants « Join the Republikc of Loose » sont un véritable must de la collection automne hiver 2004/2005 : ils donneraient presque envie de voter pour eux. Dès leur arrivée, on constate avec joie que leur allure est conforme à leur nom : ils ont de bonnes têtes d’alcoolos irlandais ne rechignant pas non plus à se camer la tronche comme de gros branleurs… De vrais loosers comme on les aime, quoi ! Musicalement, c’est du rock nonchalant joué mollement ; vocalement, et c’est là qu’une légère déception pointe le bout de son nez, le leader de la république de la loose essaye de travailler sa voix comme un crooner pathétique. Pour être franc, le résultat n’est pas très heureux. Les morceaux se suivent et se ressemblent, rien de bien folichon. Puis, le tube qui sera (peut-être) bientôt sur toute les lèvres arrive : Girl, I’m gonna fuck you up (sic). On observe un léger mieux par rapport aux précédents titres, et surtout, on se délecte de ce texte d’une salvatrice vulgarité. Rien d’étonnant à ce qu’ils soient de gros losers s’ils font des propositions aussi explicites aux jeunes femmes sur lesquelles ils ont des vues… Trop fatigué pour en supporter plus, on laisse Republic of loose avec ses problèmes, en espérant les revoir plus fringuants une autre fois.
A lire également : les comptes rendus des soirées du jeudi et du samedi aux Trans Musicales 2004.
Première journée des 26èmes rencontres Trans Musicales de Rennes
Les Trans Musicales fêtaient cette année leur 26ème édition, et honte à nous, nous n’y étions encore jamais allés. Fort heureusement, cette énorme lacune allait être réparée cette année avec trois jours de concerts idylliques passés dans la belle ville de Rennes. Il y aura toujours des nostalgiques de la formule précédente - que nous n’avons pas connue donc -, qui avait lieu en centre ville sur plusieurs sites disséminés dans la cité. Il est vrai qu’il n’est pas très glamour de prendre une navette pour aller sur le site du Parc des Expositions de Rennes - situé hors de la ville près de l’aéroport -, mais une fois sur place, les éventuelles réticences s’évanouissent rapidement. Certes l’endroit est immense et un peu impersonnel mais l’accueil du festival est convivial (beaucoup moins fliqué qu’aux Eurockéennes) et le sens de la fête des Bretons fait plaisir à voir… Les trois gigantesques halls couverts (et chauffés) ont été décorés avec inventivité et goût, une attention particulière a été portée sur les éclairages (absolument superbes), ce qui donne à l'ensemble un aspect plus humain… Tout cela permet au fan de musique curieux et non sectaire de s’approcher du bonheur total. Même s’il n’y a « que » 6000 personnes le premier jour pour une programmation entièrement tournée vers la découverte, on se croirait presque à Benicassim ou à Belfort, en constatant l’incroyable diversité musicale proposée sur un lieu unique… Seul le froid qui s’abat sur le public lors des trajets (très courts) entre les trois halls rappelle que nous sommes en décembre et pas en été.
Kaizers Orchestra
La soirée commence pour nous au hall 9 où une fanfare hors du commun prend d’assaut l’immense scène devant une assistance réduite, mais très enthousiaste et avide de nouveauté. La salle - qui sera envahie le lendemain par plus de 10 000 fans des Beastie Boys - sonne un peu creux mais le son n’est pas aussi ignoble qu’on aurait pu le croire, il est même correct. Chaque membre du Kaizers Orchestra s’emploie à en faire le plus possible pour créer une ambiance de fête, et ça marche : le public répond présent. La musique de cette bande d’hurluberlus norvégiens voit se télescoper frontalement un rock dissonant et bruitiste avec des emprunts réjouissants aux fanfares tziganes ultra festives (même si elles se produisent lors d’un enterrement). Avec une contrebasse, des guitares, des bidons industriels, des claviers joués par un musicien en masque à gaz et des rythmes originaux, ce groupe réussit à faire voyager dans un paysage à la fois industriel, dansant et expérimental : un exploit ! Grâce à un enthousiasme très communicatif et à une belle série de morceaux à la fois remuants, drôles et dérangeants, le Kaizers Orchestra a fait très forte impression.
Power Solo
Comme le groupe de rock danois, Power Solo, capable de provoquer des danses de Saint-Gui en début de soirée dans un Hall 5 peu rempli avec son psycho punk rock servi très chaud… La formule est simple mais ultra efficace : deux guitaristes (jumeaux semble-t-il) au physique à la fois inquiétant et surprenant délivrent moult riffs de garage/surf/blues/punk rouillés et distordus, le tout mis en rythme violemment par un batteur pas maladroit. Les morceaux donnent envie de bouger à la manière d’un décérébré, un peu comme ceux des inimitables (et increvables) Cramps. L’attitude - un peu hallucinée - des deux guitaristes et leurs morceaux qui mélangent habilement les différentes musiques rock underground des sixties ont donné une seule envie : les revoir très rapidement…
Trachenburg Family Slideshow Players
Il faudra également revoir (mais dans une salle plus intimiste) l’incroyable Trachenburg Family Slideshow Players qui en a sans doute surpris plus d’un dans le Hall 5. Dans la famille Trachenburg, le Papa joue de la guitare, chante comme il peu et raconte sa vie entre les morceaux, la Maman fait quelques chœurs et passe des diapos d’entreprise des seventies tandis que la petite fille de onze ans essaye de jouer de la batterie en rythme en déclamant quelques mots avec sa voix délicieusement naïve… Les morceaux se ressemblent tous, ils ont un côté folk pop assez commun, mais la manière (très improbable) avec laquelle ils sont interprétés (voire massacrés en règle) les rend originaux et marquants. Ils sont en effet très courts, totalement sans queue ni tête : un joyeux « n’importe quoi » les traverse immanquablement. Les textes pro végétarien reprennent quant à eux les slogans (aussi hilarants que sinistrement décalés) figurant sur les diapositives… On n’avait déjà pas très envie de s’empiffrer de hamburgers manufacturés mais là, c’est décidé : notre avenir proche se situe dans une communauté où l’on vit de salade, de steaks végétariens bio, d’amour et d’eau fraîche, avec les courtes chansons de Trachenburg Family Slideshow Players en bande son…
The Infadels
Sur la grande scène du Hall 9 superbement éclairée, The Infadels a offert une prestation gorgée d’énergie mais manquant quand même un peu d’âme… Certes l’électro rock groove proposé par les Anglais est dansant et bien exécuté mais le côté mécanique ultra huilé du show fait un peu retomber le soufflet. Si l’on se trémousse immanquablement sur la musique de The Infadels, on ne ressent pas le souffle de l’inédit et de la prise de risque scénique. On voit très clairement que The Infadels se rêvent superstars mondiales avant l’heure ; le chanteur se comporte d’ailleurs comme tel : un roadie lui apporte et lui reprend sa guitare presque à chaque morceau… alors qu’elle est posée deux mètres derrière lui ! La voix très soul est aussi pour beaucoup dans la relative déception, son côté formaté F.M. commerciale est quand même légèrement décevant dans un lieu comme les Trans Musicales de Rennes…
Hush Puppies
Les Hush Puppies commencent à se faire un petit nom dans le milieu du rock made in France, si l’on en juge par leur prestation sur la scène du Hall 4, c’est entièrement mérité… Ces gars là ont la classe, jusque dans leur manière de s’habiller (ils savent que ça fait craquer les filles !) ; ils n’auront de cesse de prouver leur amour immodéré pour la glorieuse période des Mods anglais… Comme les mélodies sont sauvagement relevées par des guitares abrasives et un orgue Hammond chaleureux, les Hush Puppies sonnent finalement assez actuels dans leur « passéisme ». Leur musique produit un effet percutant et frais assez réjouissant et ce n’est pas un morceau en français au texte macho assez dispensable qui nous fera changer d’avis ! Ce concert débordant d’une énergie assez sexuelle (pour ceux à qui le rock donne des envies lubriques) se termine d’ailleurs par une imitation - criante de vérité - d’un orgasme féminin par le batteur. C’est bien ce qu’on pensait : les prestations scéniques des Hush Puppies sont jouissives…
Carbon Silicon
Le remplacement de Marilyn Manson par le projet de l’ex ClashMick Jones pouvait être une bonne idée, en tous cas, il témoignait d’une volonté de découverte assez réconfortante. Las, malgré la joie de voir l’icône rock Mick Jones sur scène et quelques bonnes intros, il faut reconnaître que Carbon Silicon est un groupe très dispensable… L’ex guitariste/chanteur des Clash chante assez mal, (on le savait déjà, et ça ne nous dérangeait aucunement), il se charge d’exécuter de bons riffs punk (c’est normal et réjouissant) mais, et c’est là que le bât blesse, dès la moitié des morceaux, il se lance dans des solos bavards et tombant à plat... Le batteur, qui ressemble à Michel Polnareff vieux (le pauvre… ) joue sur une ignoble batterie synthétique sonnant comme une casserole, ce qui n’arrange rien… Certes cette bande de préretraités semble prendre son pied sur scène, mais le public, lui, fait la grimace puis décide d’aller voir ailleurs ce qu’il se passe.. et on ne peut pas lui donner tort !
Gomm
Le groupe lillois Gomm a par contre pleinement convaincu avec un set en forme de boulet de canon. Une chanteuse/organiste aussi blonde que douée pour un chant éthéré à la Kim Gordon, un incroyable batteur/chanteur, une guitare férue de dissonances en tous genres (à la Sonic Youth), des lignes de basse que l’on ne peut s’empêcher de suivre : Gomm produit une musique aux confins du rock bruitiste, du punk, du trip hop bizarroïde et du rock planant lysergique… A notre grande surprise, ce grand fourre tout insensé se révèle d’une imparable cohérence, la brûlante prestation du combo (visiblement ravi de jouer aux Trans) nous a fait un effet trippant très addictif : pour éviter le manque, il va falloir rapidement trouver une autre dose de cette musique.
The Rakes
Cette soirée, décidément très réussie, se poursuit avec un concert irrésistible d’une bande de gamins anglais ayant choisi de s’appeler The Rakes… On remarque immédiatement que le batteur, impeccablement martial sur ses fûts, est un sosie du chanteur de Franz Ferdinand (coupe de cheveux et accoutrement), mais aussi que les danses quasi épileptiques et la voix grave du chanteur évoquent l’inoubliable Ian Curtis de Joy Division… The Rakes est-il pour autant uniquement un groupe surfant sur l’engouement actuel pour le post punk ? Non, car si on sent que ces très jeunes musiciens anglais - enthousiastes et souriants - ont beaucoup écouté cette période marquante de la musique de leur pays, la relecture qu’il en propose est imparable. L’énergie glaciale qui se dégage de la musique de The Rakes est carrément hallucinante ! Les rythmiques frénétiquement martelées encouragent le guitariste à mouliner comme un dingue des riffs que l’assistance, aux anges, prend littéralement en pleine gueule. La vue de ces quatre fous furieux en train de se jeter partout n’est rien de moins qu’une invitation à l’hystérie collective. Malgré une voix sous mixée à certains moments et des morceaux parfois trop proches les uns des autres, un sentiment de bonheur nous envahit, presque à notre insu. Et nous ne sommes pas les seuls à ressentir cela, la réponse du public est à la hauteur de l’énergie déployée sur les planches : la salle est en ébullition. On remarque même un petit homme grisonnant qui trépigne avec un sourire d’enfant émerveillé sur les lèvres, il s’agit de Jean-Louis Brossard, le programmateur des Trans Musicales. Peu de temps après, à la fin de la brillante et prometteuse démonstration des Londoniens, l’homme montera carrément sur scène pour demander si le public en veut encore… Devant la réponse unanimement positive, The Rakes rejoue un de ses morceaux les plus marquants, avec encore plus de hargne, comme si c’était humainement possible. Autant le dire dès à présent, on ne connaît pas le titre de cette bombe, mais c’est un tube imparable qui sera bientôt sut toutes les lèvres… et sur lequel danseront les filles (et les garçons) !
Rodolphe Burger & Erik Marchand
Il commence à se faire tard, mais on se doit de jeter une oreille attentive au nouveau projet du toujours fascinant Rodolphe Burger, désormais ex Kat Onoma… Il est accompagné par le chanteur Erik Marchand, une sorte de cow boy chantant en breton (ou en roumain sur un morceau). Au début, n’étant pas fan de ce type de chant aux allures de couinements, sa voix nous interloque et gâche un peu le plaisir provoqué par les guitares aux effets hallucinogènes de Rodophe Burger, l’oud oriental et la rythmique aux confins du rock, de la musique traditionnelle et de la world music. Puis, Rodolphe Burger prend de plus en plus de place avec sa belle voix grave, le chant incantatoire de son acolyte apporte une touche surprenante pas désagréable et l’on reste scotché devant ce projet aventureux.
Fatigué mais heureux, on regagne le centre de Rennes en se disant que la première journée des 26ème Trans Musicales méritait bien les 6 heures de trajet, même si elle ne comportait aucune tête d’affiche. La réputation de festival défricheur des Trans n’était donc pas usurpée… Vivement le deuxième acte, demain !
A lire également : les comptes rendus des soirées du vendredi et du samedi aux Trans Musicales 2004.
Skalpel + SnôzZ + LiparuS 2 février 2002- Le Ziquodrome de Compiègne Que dire d'un premier concert ?
Bah déjà un premier concert c'est toujours inoubliable, donc...
Donc la date fixée était le 2 février 02, au Ziko de Compiègne.
A la base, nous venions essentiellement pour Skalpel, un groupe qu'on connaissait déjà mais qu'on était impatients de découvrir "live".
Arrivée, donc, vers 20h30 moins .../...
Que dire d'un premier concert ?
Bah déjà un premier concert c'est toujours inoubliable, donc...
Donc la date fixée était le 2 février 02, au Ziko de Compiègne.
A la base, nous venions essentiellement pour Skalpel, un groupe qu'on connaissait déjà mais qu'on était impatients de découvrir "live".
Arrivée, donc, vers 20h30 moins quelques... Ca s'annonce pas mal, il y a un peu de monde, bon, ça reste correct, il n'y a pas de queue énorme.
Matthieu, une "connaissance !", Sax du groupe, nous fait accéder à la salle avant même de pouvoir payer l'entrée.
Skalpel vérifie la scène une dernière fois avant "le grand saut", car pour eux c'est aussi premier soir.
Bon il est tant de payer et d'entrer officiellement dans la salle.
S'ensuit alors environ 45 minutes d'attente, la salle se remplit petit à petit, et vers 21h15 donc, environ 150/200 jeunes Compiègois sont regroupés dans notre bonne vieille salle municipale.
Skalpel fait donc son entrée sur scène, et Gaby nous gratifie d'un (apparemment) détendu "Bonsoir, on s'appelle Skalpel, c'est notre premier Ziko..."
On enchaîne tout de suite sur "Gone Away", avec l'intro de Matt au Sax.
Apparemment les 5 skamans sont en pleine forme, bien décidés à nous faire lever du coin de la salle où on écoute seulement...
Niko invite tout ce beau monde à se lever, et bouger bon Dieu !
Le SnôzZ crew danse déjà devant la scène, en tentant de mettre de l'ambiance et harponnant au passage quelques spectateurs... Pendant que Skalpel nous joue son répertoire, passant par "Taper la Manche" de La Ruda, et réussissant à grands renforts de son ska-punk festif à faire se lever (presque) tout le monde...
Apres avoir première-partier 20 minutes, les Skalpel quittent la scène, et si mes souvenirs sont bons, on a le droit à un petit rappel...
La prestation des Rude Boys Ska nous a vraiment laissé un super souvenir, depuis la fête de la Zik 2001, on ne s'attendait pas à un tel "show" !
Bon, faut passer aux choses sérieuses maintenant, car c'est bien SnôzZ (eh oui !) qui entre sur scène.
Il y a tellement de bruit dans la communauté Pierre d'Aillyenne autour de SnôzZ, qu'on est en droit de s'attendre à un vrai concert de punk !!!
On sent le public chaud, et nous avec !
SnôzZ démarre sur les chapeaux de roue (je ne connais pas leur répertoire...) en nous décochant un bon petit coup de punk à la figure et par la même occasion déclenchant un bon petit pogo Picard bien de chez nous !
Alors là on s'était un peu dégourdi les jambes sur Skalpel, mais c'est peut-être un peu trop pour nos petits corps !
On patiente un petit peu avant de goûter le pogo, et profite donc du jeu de scène SnôzZien.
Tommy, tel un Melvin en herbe, se déchaine sur sa gratte, bien basse, avec les dreds qui tombent sur tout ça, pendant que P.O. apparemment s'amuse bien, pogote sur scène avec Fred, et est très à l'aise au chant !
"Tête d'affiche" s'impose, on a droit à SnôzZ 45 minutes voire une petite heure...
Pendant ce temps-là, finalement tout le monde ose la pogo, et au final on se retrouve à 20/30 dans l'immense fosse de la salle !
Vers la fin de la partie SnôzZ, on a droit à un morceau chanté par Paulo, qui est assis bien sagement derrière ses fûts.
Il fait d'ailleurs vraiment bonne impression et confirme sa réputation ! (elle est bonne...(sa réputation)) Tout le monde se lance alors dans une vague de slams ininterrompue jusqu'à la fin de la chanson... et les Skalpelboys se dévoilent leur torse à l'assemblée !!! C'est vrai qu'i fait chaud...
Le groupe, qui a pourtant bien préparé le show, a un moment d'hésitation et P.O. nous fait patienter pendant le conseil de guerre en nous dévoilant sa face cachée... (qui reste un bon souvenir pour les filles présentes...)
Dernière ligne droite pour SnôzZ, avec deux trois morceaux pour finir, et un P.O. décidément totalement laché qui nous fait un slam (non prévenu !) sur le dos en chantant, la grande classe quoi !
SnôzZ nous laisse sur un rposant "Fumette", où tout le monde est entrainé dans le jump...
Bref, SnôzZ, à la manière d'un NofX à l'Elysée-Montmartre (enfin presque...) aura vraiment concqui son public (qui aurait pu être encore plus nombreux) ce soir-là...
Pour conclure la soirée, c'est l'énigmatique et mystérieux Liparus qui entre en scène...
En s'attend à des mélanges avec l'évocateur "Fusion Free-Jazz Métal Easy Listening" sur l'affiche...
Le public, devenu un peu timide, se laisse inviter par le groupe qui lance un encourageant "n'ayez pas peur, vous pouvez vous approcher".
En effet comme sur l'affiche on a droit à une musique bien étrange, un mélange de beaucoup de styles, et beaucoup de changements de rythmes... Ca vaut vraiment le détour...
Le batteur est vraiment impressionnant, comme la taille de son kit...
Tout tremble dès qu'il frappe, enfin c'est... impressionnant...
Après leur conclusion de soirée, les Liparus quittent la scène et nous la salle pour aller reposer nos petites jambes... Enfin si on peut dire, vu la nuit qui nous attend chez Matt...
En bref un baptème du concert réussi à l'Eglise du Ziquodrome, et des prêtres bien talentueux... Réagir à cette critique