Accueil Chronique de concert (mon) Hellfest 2026, 3-4 : Locomuerte, Bruit <, Hulder, Schlaasss, Psychonaut, 1914, Gaerea, the Young Gods, Amenra, Lionheart, Cult of Luna, Behemoth
Jeudi 20 août 2026 : 4902 concerts, 27596 chroniques de concert, 5435 critiques d'album.

Chronique de Concert

(mon) Hellfest 2026, 3-4 : Locomuerte, Bruit <, Hulder, Schlaasss, Psychonaut, 1914, Gaerea, the Young Gods, Amenra, Lionheart, Cult of Luna, Behemoth

(mon) Hellfest 2026, 3-4 : Locomuerte, Bruit <, Hulder, Schlaasss, Psychonaut, 1914, Gaerea, the Young Gods, Amenra, Lionheart, Cult of Luna, Behemoth en concert

Hellfest, Clisson 20 juin 2026

Critique écrite le par


Troisième journée, commencée par un agréable brief/debrief avec notre cousin et son gang pluridisciplinaire déjà cité. Dont le membre le plus radical entreprend de défoncer mon running order du jour à grands coups de sarcasmes jeunistes, comme s'il n'était pas lui aussi du mauvais côté de la moyenne d'âge du Hellfest (39 ans, pour mémoire) ! Et troisième jour dans l'enfer tout relatif du Hellfest... Où les plus grandes "souffrances" encourues sont de devoir attendre pour un café le matin (récompensé par les bons sourires des super kids d'Animaje), devoir se tartiner de crème solaire, et faire 10 fois par jour la queue au bar (votre serviteur étant un bradyphobe notoire et/ou un grand-gros qui boit trop de bière)... Clairement pas au niveau des flammes d'un Enfer, un vrai : Céline Dion dans une Arena, le spectacle du Puy-du-Fou, ou JuL au Vélodrôme ? Choisissez...


Au Metal corner chaque matin, la tradition du Yoga Metal est désormais bien ancrée et la tente a fait le plein au point de déborder ! Etant souple comme un bout de bois, selon le propos notre dernier kiné en date (même si selon lui, on avait commencé en parpaing !), on ne s'y est jamais risqué ! On apprend par ailleurs à ce moment-là que le feu d'artifice final est annulé, pour cause de risques d'incendie : on s'en remettra (même si on sait qu'ils sont habituellement magnifiques ici !). Ozzy nous en aura quand même offert un, peuchère... Y'a déjà pas mal de choses qui brûlent et qui fument sur le site - travaillant sur la qualité de l'air au quotidien (dans notre vie du dehors), on a toujours un peu l'impression de pécher, en jouissant du spectacle pyrotechnique permanent, superbe et néanmoins diesel powered...


Aujourd'hui, on va quand même aussi chercher de l'ombre : à mi-parcours à peine, on a un peu l'impression d'être un poulet déjà rôti à 10h30 le matin. Fort heureusement le site en propose pas mal, de l'ombre, notamment avec sa célèbre petite forêt (un peu poussiéreuse en cette année très sèche...), et ce n'est pas si courant (au Graspop, par exemple, il y a très peu d'arbres !). Les parisiens de Locomuerte qui ouvrent ce matin-là, font du thrash hispanophone, le genre de truc un peu bourrin mais qui réveille bien : diction impressionnante, haute énergie, un peu de mise en scène (une jolie mimique de zombie à bouche ensanglantée...). Dans le pit qui tourne furieusement en rond, on voit galoper deux dinosaures - et divers animaux gonflables s'en envolent régulièrement !


On avait bien repéré Bruit <, ce groupe étrange et vraiment beau - comme son violoncelliste d'ailleurs ! Rythmes sophistiqués, 100 % instrumental, il produit un post-rock très cinématographique, avec des plages éthérées et planantes à souhait (on a plusieurs fois pensé à Mogwai), mais aussi la traversée de sombres tempêtes, qui peuvent donc quand même le qualifier de musique violente, et justifier pleinement sa présence ici... Ecrasés par le soleil, avouons qu'on est allés se réfugier à l'ombre d'un conteneur, qui nous a un peu trop éloigné de la scène, d'autant qu'on s'y est fait des potes techniciens de montage... Mais on retournera à cette musique magnifique et très construite : tout sauf du bruit, en somme (désolé) ! C'est le truc bien avec le Hellfest - on en revient invariablement avec une belle liste de choses à approfondir.


Avec son black metal cafardeux, on peut affirmer sans trop de risque de se tromper que Mme Hulder n'est pas un fou-rire. Il est même bien possible, comme on dit à Marseille, qu'elle ne rigole que quand elle se brûle - et encore, sous son corpse paint, on ne s'en apercevrait probablement pas... Annoncée en solo, elle a en fait un groupe complet avec elle, guitare / basse / double pédale et tout le bataclan, et elle vocifère comme un démon fraîchement libéré du Gorgoroth... Cette froideur glaciale (alliée à l'ombre d'une tente) n'est pas désagréable : sa musique offre même quelques beaux passages moins speed, voire des mélodies - enfin on ne s'en rendra compte qu'une fois que les guitares auront cessé de noyer le reste du mix. Quand même pas très fun ni varié...


Sur un conseil avisé (comme toujours) de Madame, on s'échappe à ce moment à la Hellcity, pour aller voir le duo Schlaasss, formé d'un hurluberlu à plumes sur la tête, et d'une égérie sexy et très en colère ! On les a encagé.e.s, comme naguère les Vulves Assassines au même endroit... Dans un style voisin, c'est du rap militant et très joliment braillé (Salope !), qui donne souvent l'impression de se prendre des bourre-pifs dans la gueule. La miss parvient sans problèmes à se mettre le public en poche, lui fait même faire la chenille (!) avant de lui cracher dessus en hurlant quelques saillies porno/féministes bien envoyées. Mais le duo donne aussi dans l'antifa-qui-dépote avec leur tube Travail, Famille, Connasse !... Tout est dit (allez donc voir le clip si vous avez les tripes bien arrimées, il est dégueu mais très drôle) ! Grosse marrade, et très stimulante, on en repart avec la banane !


Côté Warzone, King 810 fait du nu metal avec quelques masques sado-maso. C'est sombre, électro et pas mal torché, mais un peu répétitif alors on se balade un peu, on bascule et on mange notre Green Corner du côté Valley... Bonne pioche, car bien plus intéressants est le trio Psychonaut, post-maitholle inspiré et classe qu'on aime tout de suite, et qui peut sonner à la fois comme Tool et comme Amenra, et parfois dans le même morceau (The Fall of Consciousness, énorme !), quand ça dérape dans une élégante brutalité... Punchy et maîtrisé, guitares vrillées et fascinantes, compos élaborées et assez époustouflantes, interprétées à trois : chapeau ! Ont-ils un vinyle ? Si oui on le veut, ah mais ! Car c'est une vraie révélation que ces belges contondants et inspirés. "Very good trip !" comme dirait Michka Assayas (qui a enregistré cette année de fort belles émissions au Hellfest, à ne pas manquer !).


On avait bien coché les Ukrainiens de 1914 - et plus encore notre Amoureuse, un fervent soutien qui est donc allé tout devant ! Groupe paradoxalement empêchés par la guerre en 2022, alors que c'est la première guerre mondiale, comme leur nom l'indique, qu'ils mettent en scène via un black/death metal plutôt musical et assez attachant. On y entend des cris d'assaut (Verdun, qui monte progressivement en horreur, comme la bataille éponyme), ou plus simplement la fureur des combats (citons aussi 1917, The Isonzo Front). Les musiciens sont habillés en soldats et leur leader est curieusement entièrement de couleur ciment, avec un tablier qu'on imagine ... de médecin de guerre? Leur musique évoque souvent Regarde les Hommes Tomber, une énorme référence pour nous... Moment d'émotion quand le frontman nous rappelle que la France est un allié indéfectible de l'Ukraine face à son agresseur, et qu'il nous remercie chaleureusement ainsi que l'Europe - il descendra même finir le concert parmi nous, beau symbole... Slava Ukraini !


A ce moment, on fait une pause en forme de second passage en zone Média/VIP, où on s'est toujours senti décalé, ne connaissant à peu près personne et pas trop sûr d'avoir les codes : le premier jour, on avait fait que la traverser en arrivant... Plus intéressant cette fois, on aura l'occasion de serrer la main à Eric Perrin du Hellfest, croisé par chance sous la tente Presse, et de le remercier pour sa confiance en Concertandco.com, accrédité depuis des années... Le pauvre n'en a évidemment rien à foutre, il est sans doute "un peu" occupé ! Mais juste pour le principe, on est quand même content de l'avoir fait, et promis, on ne lui a pas pris plus de 12 secondes de son temps... De toutes façons, on lui voue une reconnaissance éternelle d'avoir pu participer à la conférence de presse des QOTSA (et donc parler à Josh Homme ici-même en 2024 !)


Autre concert surligné sur la prog', les Portugais de Gaerea qui ont la particularité de jouer cagoulés - ils n'ont pas assez chaud, sans doute ? Ils pratiquent un metal original, puissant, aux mélodies fortes (on nous souffle "post-black metal", pourquoi pas ?). A vrai dire c'est un des rares groupes où l'on a pas pu se contenter du titre présenté sur l'appli, et qu'on est retourné écouter après : c'est qu'il y a de vraies chansons ici, en plus d'êtres de bons entertainers sur scène ! Cette fois on penche souvent vers Der Weg Einer Freiheit - Hope Shatters (y compris le son de double pédale un peu envahissant)... Mais il y a aussi des passages calmes et à voix claires et qui permettent une coloration différente : on a peut-être déjà entendu la finale Wilted Flower ailleurs, mais c'est pile ce qu'on aime en matière de musiques brutales.


Le brave Tom Morello ayant du annuler, et les frères Cavalera ayant été arrêtés net entre le Graspop et le Hellfest par la collision de leur van avec un canard - un mauvais coup d'Ultra Vomit, à n'en pas douter - le site est un peu déséquilibré cet aprème par l'absence de grosses têtes d'affiche sur les mainstages, et les autres zones sont envahies d'une foule dense. Pas moyen donc de s'approcher de God Is An Astronaut sur la Valley, dont le post-rock entièrement instrumental sonne pourtant fort joliment de loin. Un beau titre comme From Dust To The Beyond est heureusement un baume pour les oreilles après une série de concerts assez brutaux, et donc aussi une très bonne musique de chill / dévoration de Hellsnacks bien toxiques, radassés dans l'herbe. Peu de morceaux musclés à part un dernier assez puissant, non identifié. Idéalement mis sur une rampe de lancement vers une sieste-camping, nous cèderons donc à cet instinct naturel ...


... Mais on sera de retour et bien placés pour les légendes du metal indus, inspiration reconnue de Trent Reznor et David Bowie, pas revus depuis très/trop longtemps : les Young Gods ! Un groupe helvète que l'on vénère depuis nos lointaines années étudiantes (au siècle dernier), et qui sort encore régulièrement des vinyles magnifiques (ils défendront surtout le dernier, ce soir) : signe d'éternelle jeunesse, l'heure du best-of n'est manifestement pas encore arrivée après 40 ans de carrière ! Des looks de profs de collège proches de la retraite, et alors ? Un son laser, ciselé, fascinant de la première à la dernière note, que le titre soit méditatif (Hey Amour), faussement calme (All My skin standing) ou complètement énervé (Kissing The Sun, tellement culte qu'on en aura la chair de poule !) Leur musique a toujours un effet psychotrope, c'est un fait, du rock'n'roll jusqu'à l'électro (Gasoline Man / Mes yeux de tous, également géniales), leur batterie claire et et leurs riffs groovy nous arrachent littéralement le cul (Blue me away) ! On l'aura compris, le public prend un pied intégral sur ce concert, un climax pour nous et sans doute un des sommets de cette affiche 2026 !


Après cette sensation forte (couronnée d'un arc-en-ciel sur la Warzone - un peu cruel quand même d'évoquer la pluie, qui n'est pas tombée ici...), difficile de se remotiver pour A Perfect Circle. Madame étant fanatique de Tool qu'elle n'a jamais vu, on ira quand même leur donner une chance de loin, même si on avait déjà été déçus par les pitreries de Puscifer... Mais on sait que cet autre groupe satellite de Maynard James Keenan, certes bien meilleur, cultive quand même une certaine langueur. C'est fort beau, la scène et les vidéos aussi, avec la voix que nous aimons tant, mais ça ne décolle jamais vraiment : du Tool mou, en somme ! On se souvient d'ailleurs d'avoir fait une de nos meilleures siestes à leur écoute, pour notre première venue ici en 2018. A cette même occasion, on avait aussi fait connaissance en live avec...


...Amenra ! Un groupe dont le son désespéré et tellurique relève plutôt de l'expérience physique, tant il vous soulève le corps et le coeur, et dont on est devenu assez fanatiques depuis ! En à peine plus d'un an, on les a revus à Marseille, puis au Graspop, et même en concert acoustique en Alsace (...ça ne s'invente pas !). Colin et sa bande arrivent armés d'un son immédiatement énorme, il nous tourne le dos bien sûr... mais pour mieux nous secouer avec les fulgurantes De Evenmens ou Plus Près de Toi... Et bien sûr la bouleversante A Solitary Reign, 9 minutes de pure jouissance déchirante, dont les premières arpèges ont suffi à hérisser le poil de tout le public de connaisseurs qui s'est massé à la Valley... La tension ne retombera jamais, la bassiste incroyable aura également l'occasion de chanter magnifiquement sur Am Kreuz... 7 morceaux, pas un de plus, et le public, sidéré, en chavire de bonheur. Autre climax, ouch, mais quelle journée !


Après ça, pas question évidemment de se compromettre avec Limp Bizkit - il faut dire que le (génial) doc Woodstock 99 nous a un peu vacciné contre eux (décevants et bordéliques ce soir-là, d'après ce qu'on nous en ont dit des gens de confiance...). On en profite donc pour manger autre chose que des Hellsnacks, avant de se trainer pour digérer avec Lionheart, du hardcore oldschool de la Côte Ouest comme il semble y en avoir bien 3 ou 4 par jour, en zone de guerre. Et qui a déclenché la grosse baston attendue, bien sûr : on sait que ce public-là est le plus athlétique de tous et qu'il n'est jamais fatigué de se fritter la couenne... Profitant assis de ce son balèze/brutal, et qui cite aussi les Beastie Boys, on le prend très tranquillement pour notre part - 12 heures après le début de la journée, nos carcasses de quinquagénaires commencent à grincer un peu !


Sur le papier et sans jeu de mots, le post-metal suédois de Cult of Luna est absolument culte, et on est donc évidemment au rendez-vous... La scène est belle mais rétro-éclairée et régulièrement boite-à-fumée : il n'y a donc pas grand chose à voir, et notamment pas les musiciens, dommage mais sans doute fait exprès. Le son monumental, qu'on aime déjà après 20 secondes de Cold Burn, peut passer du sludge gluant et démoniaquement hurlé, à des ambiances plus atmosphériques avec guitares vrillées et célestes, c'est fort beau mais pas tout à fait aussi fascinant que les précédents sur cette scène (bon, on a peut-être un peu épuisé notre potentiel d'émerveillement ?). Un petit effet répétitif se fait même sentir au milieu du set, avant un finale heureusement symphonique et assez passionnant (Blood Upon Stone, 12 minutes !). 6 morceaux en tout, soit un de moins qu'Amenra ! Concert très cool en définitive, mais mal placé pour nous ce soir... à revoir plus en forme !


Ah, mais... Attention, viles créatures éreintées, votre journée n'est pas tout à fait finie ! il reste les polonais de Behemoth et leur blackened death metal glorieux, fascinants au Graspop l'an passé (et qu'on écoute même un peu à la maison depuis !). Idéalement repositionnés sur une mainstage, c'est peu dire que leur scène est belle, avec leurs costumes, maquillages, pyrotechnie et autres accessoires - mention spéciale aux Christs renversés... Le groupe est certes à la limite du grand-guignol, joyeusement provocant, a priori sans se prendre trop au sérieux non plus.


A noter plusieurs mots gentils à l'égard du public français, assez étonnants venant de leur leader Nergal - une sorte de chaînon manquant entre Klaus Nomi et Satan, et qui ne nous avait pas du tout parlé l'autre fois (...ce qui redoublait son effet de goule flippante !). En outre, leur son est assez varié pour plaire à un large public - et c'est manifestement le cas ! Leur best-of déroule et ils n'oublient pas nos préférées : citons Blow your trumpets Gabriel, Bartzabel ou encore la mid-tempo mais habitée invocation d'O Father, O Satan, O sun, rappel qui vient conclure magistralement ce set, encore un superbe show à tous points de vue...


Pour conclure ce troisième jour, la journée de samedi a très bien illustré l'effet "Waaaw !" qu'avait eu la sortie de l'affiche de ce Hellfest 2026 sur son public ! Nom de Lemmy, mais qu'est-ce qu'on a pris dans la gueule, en 14 concerts sur cette seule journée !... Très possiblement la meilleure du festival d'ailleurs, et qui nous renvoie donc à la niche au camping, papattes en rond et coucouche panier, épuisés mais bienheureux, et nous sentant très privilégiés d'avoir pu y assister !

La suite et fin, day four, c'est (bientôt) par ici !