Il faut une sacrée maturité, et une belle confiance en soi, pour enregistrer en 2009 un album vocal, tout juste soutenu discrètement par un orchestre de chambre. Mais de courage, la délicieuse Lhasa de Sela n'en manque pas, d'autant qu'elle n'a jamais refait deux fois la même .../...

Il faut une sacrée maturité, et une belle confiance en soi, pour enregistrer en 2009 un album vocal, tout juste soutenu discrètement par un orchestre de chambre. Mais de courage, la délicieuse
Lhasa de Sela n'en manque pas, d'autant qu'elle n'a jamais refait deux fois la même chose. Son sublime album
La Llorona (10 ans déjà) aurait pu la cantonner dans un style sud-américain porteur, mais
The Living Road s'était déjà résolument ouvert sur de nouveaux horizons.
Le cru 2009, tout simplement appelé
Lhasa, est donc une succession de chansons principalement blues-jazz, uniquement en anglais, dans la plus pure tradition des grandes chanteuses à voix d'outre-Atlantique (on pense successivement à
Billie Holiday pour la simplicité dans l'interprétation,
Nina Simone pour le voile subtil et l'émotion, ailleurs à
Joan Baez pour le petit plus lyrique).
Certains arrangements étaient un peu too much sur l'album précédent ? Les accompagnements, à nouveau admirables, font entendre ici de la harpe, une batterie délicatement brossée, une guitare blues ou country selon les morceaux. La fêlure de sa voix touche toujours au sublime pour dire l'amour, comme la séparation (
Rising,
Love came here sont autant de slows positivement splendides, aussi beaux dans un style plus dépouillé que le
Back to Black de la grande
Amy Winehouse, c'est dire). On retrouve par moments et avec émotion, le spectre de la Pleureuse ('la Llorona'), notamment sussurrée à l'occasion de
What Kind of Heart, ou plus démonstrative sur
Where do You go ou l'admirable
I'm going in, seule au piano.
Ailleurs, la voix se fait évocatrice d'images : on pense par exemple à l'ambiance poisseuse de
David Lynch (
The Lonely Spider, sa contrebasse et sa guitare toxiques).
Where do you go aurait aussi admirablement accompagné l'enquête de
Dave Robicheaux dans la brume électrique du bayou... D'ailleurs à ce sujet et par association d'idées, l'album n'est pas en reste dans le blues, comme le prouve la sombre
1001 Nights chantée d'une voix blanche de meurtrière, sur une guitare qui semble tout droit issue de
Grinderman. Ou plus encore,
Anyone & Everyone où le fantôme bienveillant de
LeadBelly lui-même, semble assis juste derrière la chanteuse.
Alors certes un disque entier de chansons, toutes différentes mais toutes calmes, finit par provoquer une douce torpeur, une envie de rêverie et peut-être même de sieste. Il n'en reste pas moins assurément le plus bel album vocal entendu depuis le
White Chalk de
PJ Harvey : la divine
Lhasa a ici enregistré, rien moins que ses
American Recordings - et encore, pas au soir de sa vie (*). Et au passage, on a gagné une nouvelle voix qui vient fermement se positionner dans la vogue de l'americana actuelle (
Fool's Gold), alternative idéale à celle, potentiellement irritante, d'
Alela Diane. On a eu l'occasion de vérifier il y a quelques années que
Lhasa était aussi sublime pour les
yeux que pour les oreilles, on ne peut donc que rêver que la comète passera dans un ciel observable à l'oeil nu lors de sa tournée à venir, à l'automne 2009, afin de faire à nouveau chavirer le coeur des garçons et des filles...
(Tôt ou Tard, 2009)
(*)
Hélas, trois fois hélas, la formule était prémonitoire, la fée nous a quitté au tout début de 2010...