 | Idir + l'Ora D'Aurada (Festival Métissons) - 31/07/2004 - Théâtre de la Sucrière – Marseille  Idir est un des rares chanteurs à me faire chialer et cet @&! a encore récidivé...
Tout d'abord félicitations aux organisateurs/trices du festival Métissons. Une programmation de qualité pendant deux jours (la veille il y avait, entre autres, Gnawa diffusion), une volonté de rencontres et de découverte entre les cultures. Et surtout le choix .../...
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Idir est un des rares chanteurs à me faire chialer et cet @&! a encore récidivé...
Tout d'abord félicitations aux organisateurs/trices du festival Métissons. Une programmation de qualité pendant deux jours (la veille il y avait, entre autres, Gnawa diffusion), une volonté de rencontres et de découverte entre les cultures. Et surtout le choix du lieu, un amphithéâtre en plein 15e arrondissement, là où la Marseille métissée et ouvrière vit.

Pour une fois, un festival mettant en avant les cultures méditerranéennes (cette année focus Algérie) se déplace réellement à la rencontre de ... Et ce n'est donc pas innocent si le public était vraiment métissé, avec une forte présence de la communauté kabyle.

Le parc est bien sympa, des gamins gambadent partout, pas mal de stands que ce soient culturels, de bouffe (slurp les poivrons kabyles !!) ou militant (Amnesty International, du commerce équitable, etc...) sans compter la présence de l'excellentissime journal de critique sociale CQFD ( www.cequilfautdetruire.org/ ).

Juste avant le concert d'Idir, deux gamines de la Castellane en costume traditionnel kabyle font une petit spectacle de danse, vite rejoint par un vieux môssieur lui aussi habillé en danseur berbère. Mais déjà spontanément des gens se lève pour danser, ainsi qu'une myriade de gosses. D'entrée on se sent bien ici.

Un maghrébin d'une quarantaine d'année prend ensuite place, prétextant des problèmes techniques qui retardent Idir. Il vient nous jouer des airs du désert, accompagnées d'une espèce de basse trad'. Et on assiste en effet à quelquechose de très chouette, ressemblant à une espèce de blues. L'intermède est parfait.
Lorsque le groupe d'Idir arrive sur scène, de nombreuses personnes se lèvent et rejoignent le devant de la scène.

Pour ceux et celles qui ne connaîtrait pas Idir, il faut préciser que ce mec est un monument pour la culture kabyle, et pour beaucoup algériens. Depuis ses débuts dans les années 70, les kabyles grandissent et vivent avec Idir. Je me souviens en avoir tchatché avec les Zebda (les 100% Collègues reprennent des chansons d'Idir). Il est la preuve qu'un chanteur populaire existe sans forcement faire de la daube insipide.
Depuis A Vava inouva, son premier titre, une berceuse magnifique enregistré en 1973, il n'a enregistré que 4 albums (dont un, Identités de duo avec Gnawa Diffusion, Zebda, Manu Chao, Dan Ar Braz, Maxime Le Forestier ou l'Ecossaise Karen Matheson pour un très émouvant "A vava inouva 2", etc...).

Dès ces débuts Idir revendique une identité kabyle et ce n'est pas sans risque dans une Algérie aux mains des généraux jacobins. Il connaîtra l'exil tôt. Resté en Algérie, son ami le chanteur et poète Matoub Lounes sera assassiné pour ce même combat en 98.

Mais l'identité culturelle que défend Idir n'est pas figée. Comme il le répètera en introduction à l'une de ses chansons "Ce qui nous relie à la terre ce sont nos pieds. et ils nous servent à marcher, à rencontrer les autres cultures, à échanger, à se parler. Et c'est ce que veulent empêcher tous les fascistes et les intégristes.".

Lors d'une autre chansons sur les femmes, il dira aussi quelque choses de très touchant et courageux : "Il n'est jamais facile d'être une femme. Encore plus dans nos sociétés à forte tradition.".

Idir prend souvent la parole avant de chanter, pour expliquer ce dont parle ses textes, pour remettre dans le contexte. Il fera une introduction extrêmement émouvante et poétique pour une chansons sur les disparus, notement Matoub Lounes. Idir prend aux tripes. Ce mec qui ressemble à un vieil instit', par sa simplicité, sa sincérité, son courage est tout simplement beau. C'est con mais c'est un des rares chanteurs à me faire chialer et c'est pas évident de toucher un punk anarcho-syndicaliste. Et il rayonne.

C'est putain de beau de voir tout ces gens, ces gosses, ces mères, ces jeunes, ces vieux qui dansent, chantent, pleurent. C'est ce genre de moment qui te font croire que ouais l'humanité ça peut être très chouette finalement.

Alors samedi Idir a chanté. Des chansons émouvantes (Ssendu, Vava Inouva, etc..) , des morceaux dansant (Tizi Ouzou, Azwaw, etc.) où tout le monde se levait, dansait, se regardait les yeux brillants. Du pur bonheur. Y a pas de mots pour décrire ça. Merci et chapeau bas. Et il ne faudrait pas oublier son groupe. Il sait très bien s'entourer, tous les musiciens étaient excellents et on les sentait heureux d'être là et jouer.
Un petit mot aussi pour l'Ora D'Aurada, groupe varois qui passait juste avant.
Un chanteur multi-instrumentiste provençal (galoubet tambourin, accordéon, sax) accompagné d'une contrebassiste et d'une joueuse de vielle à roue, instrument envoûtant (cf. Dupain) qui nous font voyager.
Car encore une fois, et c'est bien l'esprit de ce festival, l'identité cultuelle est ouverte. Bien qu'en provençal, les chansons sont expliquées avant. Qu'il s'agisse de rêveries dans le désert ou d'un hymne à la RTT (et une très belle introduction sur la lutte des intermittents), ces morceaux étaient clairement propice à la rêverie. Une heure fort agréable passée en leur compagnie.
Encore merci et bravo aux organisatrices/teurs de ce festival !
Photos de Sarah Réagir à cette critique |
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