Accueil Chronique de concert Jeanne Added + Grandes Mothers
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Chronique de Concert

Jeanne Added + Grandes Mothers

Jeanne Added + Grandes Mothers en concert

La Garance, Cavaillon 26 février 2016

Critique écrite le par


La soirée commence avec le duo vauclusien des Grandes Mothers composé de Sarah Giometti et Gabriella Gonin aux voix et contrebasses. Elles attaquent avec Down By The River de P.J. Harvey, une version épurée car acoustique qui donnera le ton du set. Les voix sont très harmonieuses, elles nous ravissent sur Soon pour laquelle j'ai un gros coup de cœur. J'ai beaucoup leur façon humouristique et naturelle d'aller chercher le public. Leurs reprises de morceaux rock fonctionnent bien, elles valorisent davantage les lignes de chant et toute la féminitude de leur propos...


Ca donne envie de voir ce que le projet donnera sur le long terme avec leurs propres compositions. Elles picorent aussi dans le répertoire de Shannon Wright, avec Defy My Love. L'hommage aux grand-mères du rock, comme elles formulent la chose (et ne manquent pas de me faire éclater de rire parce qu'elles ne sont pas non plus de toutes jeunettes), est intéressante car leur interprétation a suffisamment de profondeur de ressenti pour se hisser à la hauteur de leur ambition. Elles ont le goût des chansons noires, la passion est le fil conducteur. Les contrebasses vont puiser leur source dans les énergies souterraines avec leurs belles tonalités basses. Leurs voix volent souvent en contrepoint, vers de belles notes aiguës. Le tout me semble bien équilibré.


Elles naviguent entre anglais, français et italien avec beaucoup d'aisance et de charme, combinant force et fragilité. Chacune prenant tour à tour le lead, leurs compos ont une belle vibe jazzy. Elles reprennent aussi le Pull A U des Kills et concluent avec un morceau plus rythmé. C'est un bel instant qu'elles nous offrent, à l'image de leurs sourires chaleureux. Belle découverte, franchement.


Changement de plateau. Les musiciens apparaissent en premier sur scène en se glissant dans le noir vers leurs différents postes : Narumi Herisson aux claviers à gauche de la scène, Marielle Chatain aux claviers, thérémine et autres boites à rythme au centre, Emiliano Turi à la batterie à droite. Une longue nappe de synthé introduit Be Sensational et les premiers rythmes égrenés sont en slow tempo. Je ne peux pas dire que je suis conquise de suite. J'aime beaucoup l'album mais il manque en ce début de set un petit je-ne-sais quoi, de précision, sans doute. En même temps les musiciens ne travaillent pas depuis très longtemps ensemble, cela doit faire un petit mois, je crois, qu'ils collaborent.


Ou peut-être ai-je besoin que les morceaux s'éloignent davantage de leur version album ? Un peu des deux. Mais passés les trois premiers titres, Jeanne Added semble mieux ancrée, les musiciens se rassemblent sur l'énergie de It et on rentre vraiment dans le vif du sujet. D'ailleurs le public soutient immédiatement la rythmique par ses applaudissements. Jeanne se libère du pied de micro et de sa basse, et parcourt l'avant-scène, encourage le public à la soutenir. Elle transforme ce morceau en un moment dansant, les chœurs derrière elle nous soulèvent. Voilà une belle version live ! L'atmosphère se réchauffe dans la salle. Ca pulse de vie, fait monter le sang. C'est très bon.


Pourtant, les paroles ne sont pas anodines : Jeanne livre un portrait de femme hantée par des démons bien prenants. En gros, elle livre une carte du tendre qui ressemble plus à un parcours de guerrier qu'à une aventure chez Mickey... Dans Look At Them, on revient à ce qui fait la force de Jeanne : sa qualité interprétative, sa capacité à nous retourner par un regard, sa dimension charismatique. Jeanne Added est purement magnétique. Son album est certes électro avec des accents bien darkwave mais son registre de voix bluesy, son amplitude nous élève dans une belle communion. L'impression se confirme sur sa reprise de David Bowie : Five Years.


Elle y insuffle son souffle volcanique et on oublie étonnamment facilement la présence du géant. Tout cela pour dire que si elle continue sur cette voie, elle n'aura rien à lui envier côté présence scénique. Sa carrière démarre certes plus tard que l'immense artiste, mais l'intention derrière la voix est époustouflante de force. Bien peu d'artistes françaises peuvent se targuer d'avoir cette puissance d'impact. Elle monte d'ailleurs en puissance sur A War Is Coming. On la voit danser, crier, frapper la scène du pied à la manière d'une Haka. Elle livre bataille aux démons sous nos yeux, à son début de set timoré, les chasse à coups de beats trippants comme celui de Black To Summer qui respire vraiment bien en live. La salle rebondit en rythme avec elle.


N'oublions pas qu'elle n'a qu'un album derrière elle, on sait que le set va être court, or le public est à fond, à le voir on prend la mesure du phénomène Jeanne Added. Elle a vraiment quelque chose d'exceptionnel, cette nana. La version live de Lydia me plait davantage que celle de l'album, moins linéaire et froide. Ca tient essentiellement à la batterie et au flow de Jeanne, et encore, à la chaleur de sa voix. Elle met juste ce qu'il faut de folie et de mesure pour nous capturer à l'intérieur de cette vibrante déclaration d'amour douloureuse. Grosse claque sur ce morceau qui me file des frissons direct. Enivrante. Grosse envie de danser, comme au concert de Saul Williams lorsqu'il transforme sa colère en un instant de communion. Elle conclut le set avec Suddenly : en effet comme le disent les paroles on aimerait en avoir plus, pour rester plus longtemps en sa présence. Le mot de la fin de la soirée. Le public assure les chœurs avec les musiciens.


Au rappel elle remerciera Louis Ferreira aux lumières et Gilles Olivesi au son. Du beau boulot, bravo! Elle reprend Enterprise seule à la basse, un morceau que je ne connaissais pas, sur le thème de la distance qui se creuse entre deux êtres. Les musiciens la rejoindront pour Night Shame Pride, nous laissant l'image du cycle perpétuel de mort et de résurrection, emblématique du concert. Jeanne accueille avec bonheur et incrédulité les bravos de la salle, elle est profondément touchante par sa personnalité à fleur de peau.

 Critique écrite le 01 mars 2016 par Mireille R


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