Cabaret Frappé
du 22 au 27 juillet - Grenoble (38)
14ème édition du festival Cabaret Frappé qui a pour vocation de faire découvrir des artistes émergents ou des groupes internationaux peu connus en France mais déjà confirmés dans leur pays d'origine. C'est ainsi que le festival accueille plus de trente révélations musicales programmées en semi-gratuité.
14ème édition du festival Cabaret Frappé qui a pour vocation de faire découvrir des artistes émergents ou des groupes internationaux peu connus en France mais déjà confirmés dans leur pays d'origine. C'est ainsi que le festival accueille plus de trente révélations musicales programmées en semi-gratuité.
Lundi 22 Juillet 2013
Cody ChesnuTT - Riff Cohen - Winston Mc Anuff & Fixi - U-Roy ...
Jardin de Ville - Grenoble (38)
Cette Année le Festival Cabaret Frappé se déroulera du 22 au 27 juillet. Les premiers artistes confirmés sont : Cody ChesnuTT - Riff Cohen - Winston Mc Anuff & Fixi - U-Roy ...
Cabaret Frappé : vos dernières critiques de concert
3 avis et critiques de concert
Hugh Coltman / Joseph Arthur and The Lonely Astronauts - 24 juillet 2009 - Cabaret Frappé Grenoble 


(critique écrite le 01/08/2009 par Jacques 2 Chabannes)
" Bienvenue, Welcome, Willkommen ! "
(Parlez-moi de Grenoble III)
Ce soir, à force de tourner autour des " tout-petits ", des animations prévues à leur effet, et de la halte-garderie du festival – offerte aux parents des moins de six ans, titulaires d’un billet pour le soir ! – à force que de .../...
" Bienvenue, Welcome, Willkommen ! "
(Parlez-moi de Grenoble III)
Ce soir, à force de tourner autour des " tout-petits ", des animations prévues à leur effet, et de la halte-garderie du festival – offerte aux parents des moins de six ans, titulaires d’un billet pour le soir ! – à force que de me réserver pour les lectures de plein air, à force d’observer le ciel et ses bourrasques de vent en le priant de patienter quelques heures de plus, au moins, j’ai failli en oublier l’essentiel : le blues déjanté qui poisse des Hells’s Kitchen, prêt à donner de leur trio (Suisse) sous square. Un concert dense, décalé, oscillant sans cesse, entre traditions du genre, effets sonores et visuels, distorsions de toutes sortes, et " vrai faux " bordel organisé… Un rien d’Arno, un soupçon de Willy Deville, un zeste de Tom (Waits) un volume de Legendary Tiger Man, de bonnes chansons, et… Une tranche de plaisir, également partagée, entre membres du groupe, festivaliers, et foule locale (ou en transit vacancier).
" Un Homme Affable… "
(Hugh and Elles !)
21 h et pleins des secondes (sans parler des dixièmes, ni même des centièmes ou millièmes, à quoi bon ?) : sous chapiteau tendu qui bruisse doucement de houblons.

Sur la lancée d’un album disparate, soit, mais animé des meilleures, " plaisir " intentions, qui soient – Stories From The Safe House – Hugh Coltman investit benoîtement la place, entouré d’une formation, on ne peut plus classique : guitare, basse, batterie, claviers, et… Lui ! Depuis hier au soir, la mode est à la touffe de cheveux frisés balançant sur collier de barbe de 2, 3, 4, ou… 5 jours ! (Pas plus, hein, faut pas exagérer non plus et rester, quoi qu’il arrive, en bordure de " soigné, négligé "…).
Tout de suite, il a beau rire, plaisanter et jouer au mieux de son " French accent ", pour dédramatiser : on sait que l’ensemble de la soirée va essentiellement tourner autour des épineux problèmes relationnels " homme-femme " ; la chose la moins marrante du monde, en somme, ou, pas loin… Deux morceaux inauguraux écrits autour des problèmes nés de relations amoureuses à distance, qui voient l’homme " Colt " suer abondement et s’évertuer à faire monter la sauce, aidé en cela d’une suite de petits sautillements nerveux et moues (d’apparence) affligées. Sur On My Hands, il s’excuse platement auprès d’une donzelle passée, et/ou répand sa mélancolie à tout va, sans retenue ; tandis qu’un groupe de type(s) pré-andropause (on dit bien pré-pubère, non ?) échange des points de vue immortels sur le " pourquoi du comment du port des pantalons en lin en soirée… ". Ce soir, " ça " s’éparpille un tantinet céans, c’est un fait ! Tandis que je commence à râler entre canines, mon habituelle partenaire de canapé me glisse malicieusement, que, " c’est à l’artiste de tenir son public en haleine, au bord de l’explosion, ou, du… Languissant ! ", je ne peux qu’acquiescer et me borner à lui sourire niaisement en retour (j’aime pas quand elle est ainsi perspicace, c’est Mon rôle à MOI de l’être, d’ordinaire !).

Sur scène, " ça " Reggae-ise langoureusement, " ça " chaloupe de qualité et " ça " donne envie d’aller s’étendre dans l’herbe " grass " des squares, avant que de glisser brusquement et d’enchaîner de sec vers le superbe Could You Be Trusted ?
Notre homme est visiblement à l’aise, il tente d’emporter le public à sa suite en le scindant symboliquement en deux, en le faisant chanter chaudement de gorge : armé d’une pluie d’harmonies très Beach Boys. NOTRE côté l’emportant finalement haut la main, logiquement, aigus bien en place.
" Plus de filles de notre côté… C’est tout ! " (me glisse un ado frustré qui vient tout juste de muer et qui regrette déjà l’époque bénie où tutoyer la tierce n’était qu’un simple échauffement menant à la route du contre-ut de légende…). La température vient subitement de grimper d’une dizaine de degrés, suffisait de les faire participer, voilà, tout ! Un changement entériné par l’enjôleur All The Lovers Come And Go These Days, qui semble tiré d’un BO de " Presley at The ciné ! " (en visite à Hawaï, ou a… Capulco !). " Non, non, c’est une sorte de rumba red-neck ! " (ou) " non ! Plutôt un mambo rétro tiré d’un vieux western avec Dean Martin ce héros : aux prises avec des méchants bandits et une belle brune qui ondule du mollet sous froufrous rouge sang ! ".
" Attends, attends ! Pas, du tout, non, c’est juste un groupe de losers qui cachetonne au coin d’un vieux piano-bar pourrave, et qui… ".
" Vos gueules, les neurones ! Je bosse, là. J’essaie de me concentrer… Moi ! " (il faut parfois que je me fâche, certains soirs, selon mon état de fatigue, c’est comme ça).

Ceci étant réglé en " interne ", je le regarde se flageller le bas du dos – encore à cause d’une énième gonzesse, autrefois passée entre ses mains expertes ! – à l’aide de son jack (le fil, pas la boisson) et se répandre de sonores " pardon ! " ; je repense alors à toutes celles qui m’ont largué. Pourquoi, " toutes " ? Elles n’étaient jamais, que 2… 4… 5… 8, ou 9, à la limite, enfin… Pas plus d’une petite quinzaine, en fait. Ha, non mais ! Tiens, c’est le Jealous Guy de l’ami John (Lennon) qui retentit et envahit le Grenoblois lieu : de plus en plus sous le charme plutôt débonnaire du gars Hugh, en grande repentance. On pense mieux le cerner, alors que lui vient juste de s’échapper pour rejoindre les rives gorgées de soul du fantastique " live " de Donny Hattaway, jusqu'à s’évertuer à enjoindre le public à donner de la voix au niveau du public de ce concert mythique, enregistré entre New York et Los Angeles, au cours de la lointaine année 1972. Un échange " chanteur-public " bien dans la " soul " tradition, qui n’est pas sans rappeler le fameux " live " de Toots (and The Maytals) au Hammersmith Palais (80). Bon, c’est vrai, on est parfois ici plus proche de Michael Franks, que d’Al Green, mais, bon, " ça " fonctionne en tout cas, et le public lui colle aux vocalises, comme le postérieur de notre présidente aux caméras et gros plans… Médias. Conscient du manque, Hugh évoque l’esprit du Mento et se lance dans Magpie… " M’en fous, j’préfère le Rocksteady ! " (me glisse une jolie voix érudite sous dreadlocks postée à côté : croupe ferme en sus et sourire débordants de blanches ratiches, avant de se mettre à onduler elle aussi, à son tour).
Après avoir invité l’ensemble du chapiteau à l’imiter, Hugh roucoule et ondule du bassin en compagnie d’une jeune paire de tresses issue des premiers rangs afin de tourner langoureusement sous projos aux bras du beau gars de la fête…
L’occasion de se laisser aller aux débordements cutanés nés de la danse, puis de s’en jeter rapidement un petit derrière la nuque en sueur, avant de regagner fissa les premiers rangs déjà en attente d’Astronautes sur le retour, de Manche…
" Un Jour Sans Fin "
(Making Mistakes…)
21 h 50 (ou 22h ? J’sais plus, j’sais pas, j’l’ai pas noté sur carnet ! Mea culpa !) :

Ce qui me frappe tout d’abord les sens en alerte – après avoir rencontré le groupe l’après-midi : des individus fébriles de l’équilibre, encore en re-descente du concert donné LA VEILLE AU SOIR, à Londres ! – c’est qu’ils sont bel et bien debout, prêts à en découdre ! (quoique gonflés de prunelles, ou pochés de pourtour d’yeux, avec peau qui craquèle sous rides poussées !).
Pour accréditer cet état d’apesanteur mal apprivoisée, les Astronautes Solitaires se lancent sur le très de circonstance Spacemen (et ses habituels soubresauts rythmiques, ici passés aux forceps, pesamment, sans souplesse !). Serait-ce histoire de fêter dignement le récent (cinquantenaire) anniversaire des premiers petons posés sur la lune par un autre natif de l’Ohio (Wapakoneta) le planétairement encensé Armstrong… Neil ?
Reste, que, pour tout dire, la " machine " grippe et toussote encore salement en l’instant, Greg (Wiz/batterie) excepté, qui tente de lier le tout à grands coups de moulinets fouettés sur cymbales, pour tacher de faire prendre la sauce, qui semble exhorter son leader à se lancer et prendre un premier solo apte à faire décoller le vaisseau pour de bon (une tentative, courte, un rien baroque et inaboutie sur six-cordes, en définitive!).
Pour me satisfaire l’intérieur – pendant qu’ils butent mollement sur le début de Too Much To Hide ! – je m’accroche du regard aux courbes galbées de Sybil Buck (basse + longues jambes qui émergent d’un court short bouffant, jusqu’à toucher le… Sol. Si, si !) qui n’a visiblement rien perdu de ses années de mannequinat… Tiens, ça tourne presque rond, désormais, le " Jo " attaque le premier faux plat à grands coups de notes tissées tenues ou tirées, afin de se lancer en suivant vers les hauteurs espérées de prime abord. Tout à coup, c’est nous, là (dans la fosse) qui avons du mal à le suivre, qui suons au diapason, tout en soufflant de rauque : attendant vainement qu’il nous libère ou qu’il lâche le bas de son manche, pour entonner le salvateur " Be here now ! ".

Even When You’re Blue s’est manifestement " durcie " en passant au tamis serré de manche du groupe : autant, les dernières interprétations acoustiques semblaient " en l’air ", mal assurées, en manque d’explosivité, autant, là, comme, ça, là, c’est autre chose, et ça a au moins le mérite de ne pas faire reculer l’ensemble de deux cases.
Dès l’intro de, In The Sun – à chaque fois que cela se produit, où que je sois, quel que soit mon état ! – mon épiderme se recouvre de frissons et j’ai le poil érectile qui se tourne illico vers son auteur (comme l’humble tournesol, vers son astre régulateur). Ha, celle-là, celle-là, c’est LE hit ! Celui qui aurait dû lui permettre de régner sur le vaste monde des " charts ", si le monde tournait réellement rond sur sa base artistique. Rien à (re)dire, elle sonne toujours comme au premier jour et les yeux des présents s’arrondissent jusqu’à doubler ou tripler de volume. Sur le refrain, j’en écrase une (toute) petite en repensant à la première fois où je l’ai entendu la chanter en vrai, et la dédier à Jeff Buckley ; une chaude soirée de juin 97 où le temps avait soudainement paru s’étirer, devant tant de grâce et de beauté.
Reste, que, elle vient peut-être un tantinet trop tôt dans la soirée : un tel " sommet ", ça se mérite, ça s’attend, ça se déguste un rien Frappé (j’ai honte de moi, là… Pour de vrai !) ça doit juste venir à point nommé pour entériner ce qui précède et faire définitivement basculer les choses vers le triomphe d’un soir ! Et puis, surtout, surtout, qui choisir pour repartir dignement par la suite, sans avoir pour autant à baisser d’un ton ou deux en qualité ? C’est l’intro de guitare de Missy Baba, qui vient me sortir de mes techniques et inutiles pensées d’individu masculin en perpétuelle bordure de fanitude, pour me ramener au " direct ", au " vrai ", au " réel " : une intro qui me fait mouliner des genoux et donner de la voix sans retenue. Cette chanson, c’est un (nouveau) sommet, un cap, une péninsule mélodique, un monde à elle toute seule, qui transcende et ravit, mais qui, pour l’heure, reste toujours tapie en quelque bande posée sur un coin de studio US, comme au secret, toujours en attente de bon de sortie, d’officialisation – mais que l’on peut fort heureusement se procurer en achetant un des " live " issus de la dernière tournée Française, sur le site officiel du groupe (www.josepharthur.com). La version de ce soir élude toute fioriture. Elle est plus dense, plus courte, resserrée, et malheureusement délestée du long solo de wah-wah qu’elle renferme, habituellement destiné à nous faire voyager dans l’au-delà, et l’azur.

Deux accords gratouillés de distraction, plus loin, l’homme Joseph se fige d’un coup, puis se prend (gentiment) le chou avec un spectateur qui ne sait goûter à la " transe " sans expédier des centilitres et des centilitres de bière voleter un peu partout autour de lui, sur la gent concentrée, qui n’en peut mais…
" Je sais que c’est ! Quand je buvais, j’ai connu cela… Juste trop d’alcool, c’est tout ! Mais tu déranges tout le monde, soit cool ! Sécurité ! Emmenez-le au bar et payez-lui une bière… Mais sortez-le d’ici… Désolé, mec ! C’est juste pas possible… ". Une diatribe assénée, avec juste ce qu’il faut d’autorité, et qui laisse bientôt la place à une version musclée de She Says You Lack Imagination. Une autre nouvelle chanson, exhumée il y a peu, et qui commence manifestement à tourner fort : plus dense, plus soignée, plus assise, plus mâture qu’en mars dernier, et, paradoxalement, plus efficace, aussi ; un futur sommet de plus, qui n’attend que le noir vinyle vierge prochainement disposé à le graver en son sein (ou bien l’azur immatériel de moindre qualité, communément appelé MP3, ou FLAC !).
Pendant que " ça " tricote du solo sur Slide Away, mon voisin de gauche – je suis momentanément " brouillé " avec celui de droite, suite à une sordide histoire de perte d’équilibre, et concassage de petons ! – me demande si je connais " … celui qui passe, là ? ", parce que " c’est vachement bien… " : j’en ai la gorge toute nouée et les " quenouilles " qui grincent fort sous pelvis.
Ce mec écume la croûte terrestre depuis près de treize années, il a sorti la bagatelle de 17 albums (EP compris) il a joué aux côtés de gars comme Peter Gabriel, Michael Stipe et REM, Ben Harper, Gary Louris (Jayhawks), Faultline, Ani di Franco, Garth Hudson (The Band), Gomez, Joan Osborne, Juliette Lewis, John Brion, ou… Bruce Springsteen ! Sorti des centaines de disques " live ", peintures, dessins et poèmes, et… Il continue pourtant à sortir de certains de ses solos, comme on sort d’un mauvais rêve : en sursaut, d’un rapide rappel de pied glissé, mal assuré sur ses pédales, mettant ainsi un terme à une version de Slide Away qui ne restera pas dans les annales du genre.

Tandis qu’il se souvient avoir écrit ce sommet de sensibilité qu’est Invisible Hands (99) la guitare de Kraig (Jarret Johnson) échappe à sa lanière et heurte sèchement le sol, devant les regards, mi-amusés, mi-incrédules, de tous les humains et apprentis musiciens présents… Vous avez dit, coup de chaleur et retour de bâton de fatigue ?
Une péripétie bien vite oubliée, car, sur scène, c’est le retour aux grandes vagues de magie d’antan. Quand le gars Arthur s’échine ainsi à frapper doucement le corps et le manche de sa guitare pour y bâtir patiemment ses rythmes, qu’il entrelace de notes vrillées et thèmes, c’est tout un pan de ma vie qui se met à défiler devant mes yeux embués de sel (une émotion apparemment partagée par une partie de la salle !). C’est MA madeleine à moi, ce truc ! Ça me téléporte instantanément au bon vieux temps jadis des tournées en " solo ", vers ces concerts mémorables, ces improvisations hors du temps, calées sur bruits de bouche, pédestres percussions, boucles vrillées ou crissées, et lasagnes vocales sous couches multiples, à déguster… Frappé ! (assez avec " ça ", on te dit !). Je le regarde sans mot dire, tisser paisiblement ses strates, comme un peintre sur toile, concentré comme rarement, quoiqu’en ultime bordure de larsen. Hélas, là encore, le final avorte un peu (trop) rapidement pour léviter, nous faire (un apparent manque de pratique, qui ne devrait plus le guetter au cours de l’automnale tournée solo annoncée et confirmée).
Comme souvent, il faut attendre la neuvième chanson pour entendre enfin un morceau extrait du fantastique et dernier album : Temporary People (Fargo). Une version de Faith, qui ne cesse pourtant de monter en intensité : les pentes escarpées de la " foi " ne peuvent mener qu’en bordure de rupture de mollets, qu’aux portes du supplice, avec raison qui supplie d’étonnement et final mené de " pieds " de maître par Sybil, qui écrase la scène de ses amples contorsions et petits sauts de cabri pieds joints.
Sur, Honey and The Moon – sans cesse revisité de hauteurs, en solo acoustique, version – je me demande de nouveau pourquoi de telles chansons ne passent pas à la postérité (ou au moins en radio, au moins…). Mais, c’est lorsqu’il parsème A Smile That Explodes, de sons, rythmes, et boucles, que je décolle pleinement, malgré une fin de nouveau abrupte et un accord (sur)saturé qui entraîne le groupe à plonger en une version dantesque et brutale de I Donated Myself To The Mexican Army. Une interprétation emplie de cris suraigus, de solos de guitares et frappes sèches sur caisse (grosse et claire) qui fait se soulever l’ensemble des premiers rangs et mes hanches, soudain… Crisser !`
Niveau rappel, hormis l’écourté et " neutre " Black Lexus, c’est une toute nouvelle chanson, très " T-Rex ", intitulée Iran (You Can’t Kill The Free !), qui se charge de faire plier et suer l’ensemble des articulations encore en état de marche. Une chanson écrite pour soutenir l’actuelle tentative de révolution Perse, née du résultat tronqué/truqué des dernières élections et de la main mise de Marmoud Armaninejad sur son beau pays. Une ode au soutien et à l’empathie entre les peuples, destinée à rappeler aux humains en vacances, que la lutte continue (là-bas !) qu’elle est de première importance, et que ses répercutions seront très certainement planétaires, à terme.
Ceci étant fait, voyant que la foule est gentiment poussée vers la sortie et le jardin d’enfant adjacent : monsieur " Jo " choisit d’ignorer son (manifeste) état de fatigue plus qu’avancé, pour se mêler aux traînards et parler, signer, et dessiner sur papiers ou carnets tendus de plaisir. Comme d’hab’, quoi, douce habitude que celle-ci, ho, oui…
(Lorsque je le croiserais de nouveau, une demi-heure et quelque, plus tard : ce n’était déjà plus qu’un homme en quête d’hôtel et de repos ; un homme cherchant néanmoins à savoir, si lui, et ses musicos, s’étaient montrés à la hauteur du challenge à relever du soir. Je ne pus qu’acquiescer en souriant…).
Set List du Cabaret Frappé :
Spacemen
Too Much To Hide
Even When You’re Blue
In The Sun
Missy Baba
She Says You Lack Imagination
Slide Away
Invisible Hands
Faith
Honey And The Moon
A Smile That Explodes
I Donated Myself To The Mexican Army
Black Lexus
Iran
(Parlez-moi de Grenoble III)
Ce soir, à force de tourner autour des " tout-petits ", des animations prévues à leur effet, et de la halte-garderie du festival – offerte aux parents des moins de six ans, titulaires d’un billet pour le soir ! – à force que de me réserver pour les lectures de plein air, à force d’observer le ciel et ses bourrasques de vent en le priant de patienter quelques heures de plus, au moins, j’ai failli en oublier l’essentiel : le blues déjanté qui poisse des Hells’s Kitchen, prêt à donner de leur trio (Suisse) sous square. Un concert dense, décalé, oscillant sans cesse, entre traditions du genre, effets sonores et visuels, distorsions de toutes sortes, et " vrai faux " bordel organisé… Un rien d’Arno, un soupçon de Willy Deville, un zeste de Tom (Waits) un volume de Legendary Tiger Man, de bonnes chansons, et… Une tranche de plaisir, également partagée, entre membres du groupe, festivaliers, et foule locale (ou en transit vacancier).
" Un Homme Affable… "
(Hugh and Elles !)
21 h et pleins des secondes (sans parler des dixièmes, ni même des centièmes ou millièmes, à quoi bon ?) : sous chapiteau tendu qui bruisse doucement de houblons.

Sur la lancée d’un album disparate, soit, mais animé des meilleures, " plaisir " intentions, qui soient – Stories From The Safe House – Hugh Coltman investit benoîtement la place, entouré d’une formation, on ne peut plus classique : guitare, basse, batterie, claviers, et… Lui ! Depuis hier au soir, la mode est à la touffe de cheveux frisés balançant sur collier de barbe de 2, 3, 4, ou… 5 jours ! (Pas plus, hein, faut pas exagérer non plus et rester, quoi qu’il arrive, en bordure de " soigné, négligé "…).
Tout de suite, il a beau rire, plaisanter et jouer au mieux de son " French accent ", pour dédramatiser : on sait que l’ensemble de la soirée va essentiellement tourner autour des épineux problèmes relationnels " homme-femme " ; la chose la moins marrante du monde, en somme, ou, pas loin… Deux morceaux inauguraux écrits autour des problèmes nés de relations amoureuses à distance, qui voient l’homme " Colt " suer abondement et s’évertuer à faire monter la sauce, aidé en cela d’une suite de petits sautillements nerveux et moues (d’apparence) affligées. Sur On My Hands, il s’excuse platement auprès d’une donzelle passée, et/ou répand sa mélancolie à tout va, sans retenue ; tandis qu’un groupe de type(s) pré-andropause (on dit bien pré-pubère, non ?) échange des points de vue immortels sur le " pourquoi du comment du port des pantalons en lin en soirée… ". Ce soir, " ça " s’éparpille un tantinet céans, c’est un fait ! Tandis que je commence à râler entre canines, mon habituelle partenaire de canapé me glisse malicieusement, que, " c’est à l’artiste de tenir son public en haleine, au bord de l’explosion, ou, du… Languissant ! ", je ne peux qu’acquiescer et me borner à lui sourire niaisement en retour (j’aime pas quand elle est ainsi perspicace, c’est Mon rôle à MOI de l’être, d’ordinaire !).

Sur scène, " ça " Reggae-ise langoureusement, " ça " chaloupe de qualité et " ça " donne envie d’aller s’étendre dans l’herbe " grass " des squares, avant que de glisser brusquement et d’enchaîner de sec vers le superbe Could You Be Trusted ?
Notre homme est visiblement à l’aise, il tente d’emporter le public à sa suite en le scindant symboliquement en deux, en le faisant chanter chaudement de gorge : armé d’une pluie d’harmonies très Beach Boys. NOTRE côté l’emportant finalement haut la main, logiquement, aigus bien en place.
" Plus de filles de notre côté… C’est tout ! " (me glisse un ado frustré qui vient tout juste de muer et qui regrette déjà l’époque bénie où tutoyer la tierce n’était qu’un simple échauffement menant à la route du contre-ut de légende…). La température vient subitement de grimper d’une dizaine de degrés, suffisait de les faire participer, voilà, tout ! Un changement entériné par l’enjôleur All The Lovers Come And Go These Days, qui semble tiré d’un BO de " Presley at The ciné ! " (en visite à Hawaï, ou a… Capulco !). " Non, non, c’est une sorte de rumba red-neck ! " (ou) " non ! Plutôt un mambo rétro tiré d’un vieux western avec Dean Martin ce héros : aux prises avec des méchants bandits et une belle brune qui ondule du mollet sous froufrous rouge sang ! ".
" Attends, attends ! Pas, du tout, non, c’est juste un groupe de losers qui cachetonne au coin d’un vieux piano-bar pourrave, et qui… ".
" Vos gueules, les neurones ! Je bosse, là. J’essaie de me concentrer… Moi ! " (il faut parfois que je me fâche, certains soirs, selon mon état de fatigue, c’est comme ça).

Ceci étant réglé en " interne ", je le regarde se flageller le bas du dos – encore à cause d’une énième gonzesse, autrefois passée entre ses mains expertes ! – à l’aide de son jack (le fil, pas la boisson) et se répandre de sonores " pardon ! " ; je repense alors à toutes celles qui m’ont largué. Pourquoi, " toutes " ? Elles n’étaient jamais, que 2… 4… 5… 8, ou 9, à la limite, enfin… Pas plus d’une petite quinzaine, en fait. Ha, non mais ! Tiens, c’est le Jealous Guy de l’ami John (Lennon) qui retentit et envahit le Grenoblois lieu : de plus en plus sous le charme plutôt débonnaire du gars Hugh, en grande repentance. On pense mieux le cerner, alors que lui vient juste de s’échapper pour rejoindre les rives gorgées de soul du fantastique " live " de Donny Hattaway, jusqu'à s’évertuer à enjoindre le public à donner de la voix au niveau du public de ce concert mythique, enregistré entre New York et Los Angeles, au cours de la lointaine année 1972. Un échange " chanteur-public " bien dans la " soul " tradition, qui n’est pas sans rappeler le fameux " live " de Toots (and The Maytals) au Hammersmith Palais (80). Bon, c’est vrai, on est parfois ici plus proche de Michael Franks, que d’Al Green, mais, bon, " ça " fonctionne en tout cas, et le public lui colle aux vocalises, comme le postérieur de notre présidente aux caméras et gros plans… Médias. Conscient du manque, Hugh évoque l’esprit du Mento et se lance dans Magpie… " M’en fous, j’préfère le Rocksteady ! " (me glisse une jolie voix érudite sous dreadlocks postée à côté : croupe ferme en sus et sourire débordants de blanches ratiches, avant de se mettre à onduler elle aussi, à son tour).
Après avoir invité l’ensemble du chapiteau à l’imiter, Hugh roucoule et ondule du bassin en compagnie d’une jeune paire de tresses issue des premiers rangs afin de tourner langoureusement sous projos aux bras du beau gars de la fête…
L’occasion de se laisser aller aux débordements cutanés nés de la danse, puis de s’en jeter rapidement un petit derrière la nuque en sueur, avant de regagner fissa les premiers rangs déjà en attente d’Astronautes sur le retour, de Manche…
" Un Jour Sans Fin "
(Making Mistakes…)
21 h 50 (ou 22h ? J’sais plus, j’sais pas, j’l’ai pas noté sur carnet ! Mea culpa !) :

Ce qui me frappe tout d’abord les sens en alerte – après avoir rencontré le groupe l’après-midi : des individus fébriles de l’équilibre, encore en re-descente du concert donné LA VEILLE AU SOIR, à Londres ! – c’est qu’ils sont bel et bien debout, prêts à en découdre ! (quoique gonflés de prunelles, ou pochés de pourtour d’yeux, avec peau qui craquèle sous rides poussées !).
Pour accréditer cet état d’apesanteur mal apprivoisée, les Astronautes Solitaires se lancent sur le très de circonstance Spacemen (et ses habituels soubresauts rythmiques, ici passés aux forceps, pesamment, sans souplesse !). Serait-ce histoire de fêter dignement le récent (cinquantenaire) anniversaire des premiers petons posés sur la lune par un autre natif de l’Ohio (Wapakoneta) le planétairement encensé Armstrong… Neil ?
Reste, que, pour tout dire, la " machine " grippe et toussote encore salement en l’instant, Greg (Wiz/batterie) excepté, qui tente de lier le tout à grands coups de moulinets fouettés sur cymbales, pour tacher de faire prendre la sauce, qui semble exhorter son leader à se lancer et prendre un premier solo apte à faire décoller le vaisseau pour de bon (une tentative, courte, un rien baroque et inaboutie sur six-cordes, en définitive!).
Pour me satisfaire l’intérieur – pendant qu’ils butent mollement sur le début de Too Much To Hide ! – je m’accroche du regard aux courbes galbées de Sybil Buck (basse + longues jambes qui émergent d’un court short bouffant, jusqu’à toucher le… Sol. Si, si !) qui n’a visiblement rien perdu de ses années de mannequinat… Tiens, ça tourne presque rond, désormais, le " Jo " attaque le premier faux plat à grands coups de notes tissées tenues ou tirées, afin de se lancer en suivant vers les hauteurs espérées de prime abord. Tout à coup, c’est nous, là (dans la fosse) qui avons du mal à le suivre, qui suons au diapason, tout en soufflant de rauque : attendant vainement qu’il nous libère ou qu’il lâche le bas de son manche, pour entonner le salvateur " Be here now ! ".

Even When You’re Blue s’est manifestement " durcie " en passant au tamis serré de manche du groupe : autant, les dernières interprétations acoustiques semblaient " en l’air ", mal assurées, en manque d’explosivité, autant, là, comme, ça, là, c’est autre chose, et ça a au moins le mérite de ne pas faire reculer l’ensemble de deux cases.
Dès l’intro de, In The Sun – à chaque fois que cela se produit, où que je sois, quel que soit mon état ! – mon épiderme se recouvre de frissons et j’ai le poil érectile qui se tourne illico vers son auteur (comme l’humble tournesol, vers son astre régulateur). Ha, celle-là, celle-là, c’est LE hit ! Celui qui aurait dû lui permettre de régner sur le vaste monde des " charts ", si le monde tournait réellement rond sur sa base artistique. Rien à (re)dire, elle sonne toujours comme au premier jour et les yeux des présents s’arrondissent jusqu’à doubler ou tripler de volume. Sur le refrain, j’en écrase une (toute) petite en repensant à la première fois où je l’ai entendu la chanter en vrai, et la dédier à Jeff Buckley ; une chaude soirée de juin 97 où le temps avait soudainement paru s’étirer, devant tant de grâce et de beauté.
Reste, que, elle vient peut-être un tantinet trop tôt dans la soirée : un tel " sommet ", ça se mérite, ça s’attend, ça se déguste un rien Frappé (j’ai honte de moi, là… Pour de vrai !) ça doit juste venir à point nommé pour entériner ce qui précède et faire définitivement basculer les choses vers le triomphe d’un soir ! Et puis, surtout, surtout, qui choisir pour repartir dignement par la suite, sans avoir pour autant à baisser d’un ton ou deux en qualité ? C’est l’intro de guitare de Missy Baba, qui vient me sortir de mes techniques et inutiles pensées d’individu masculin en perpétuelle bordure de fanitude, pour me ramener au " direct ", au " vrai ", au " réel " : une intro qui me fait mouliner des genoux et donner de la voix sans retenue. Cette chanson, c’est un (nouveau) sommet, un cap, une péninsule mélodique, un monde à elle toute seule, qui transcende et ravit, mais qui, pour l’heure, reste toujours tapie en quelque bande posée sur un coin de studio US, comme au secret, toujours en attente de bon de sortie, d’officialisation – mais que l’on peut fort heureusement se procurer en achetant un des " live " issus de la dernière tournée Française, sur le site officiel du groupe (www.josepharthur.com). La version de ce soir élude toute fioriture. Elle est plus dense, plus courte, resserrée, et malheureusement délestée du long solo de wah-wah qu’elle renferme, habituellement destiné à nous faire voyager dans l’au-delà, et l’azur.

Deux accords gratouillés de distraction, plus loin, l’homme Joseph se fige d’un coup, puis se prend (gentiment) le chou avec un spectateur qui ne sait goûter à la " transe " sans expédier des centilitres et des centilitres de bière voleter un peu partout autour de lui, sur la gent concentrée, qui n’en peut mais…
" Je sais que c’est ! Quand je buvais, j’ai connu cela… Juste trop d’alcool, c’est tout ! Mais tu déranges tout le monde, soit cool ! Sécurité ! Emmenez-le au bar et payez-lui une bière… Mais sortez-le d’ici… Désolé, mec ! C’est juste pas possible… ". Une diatribe assénée, avec juste ce qu’il faut d’autorité, et qui laisse bientôt la place à une version musclée de She Says You Lack Imagination. Une autre nouvelle chanson, exhumée il y a peu, et qui commence manifestement à tourner fort : plus dense, plus soignée, plus assise, plus mâture qu’en mars dernier, et, paradoxalement, plus efficace, aussi ; un futur sommet de plus, qui n’attend que le noir vinyle vierge prochainement disposé à le graver en son sein (ou bien l’azur immatériel de moindre qualité, communément appelé MP3, ou FLAC !).
Pendant que " ça " tricote du solo sur Slide Away, mon voisin de gauche – je suis momentanément " brouillé " avec celui de droite, suite à une sordide histoire de perte d’équilibre, et concassage de petons ! – me demande si je connais " … celui qui passe, là ? ", parce que " c’est vachement bien… " : j’en ai la gorge toute nouée et les " quenouilles " qui grincent fort sous pelvis.
Ce mec écume la croûte terrestre depuis près de treize années, il a sorti la bagatelle de 17 albums (EP compris) il a joué aux côtés de gars comme Peter Gabriel, Michael Stipe et REM, Ben Harper, Gary Louris (Jayhawks), Faultline, Ani di Franco, Garth Hudson (The Band), Gomez, Joan Osborne, Juliette Lewis, John Brion, ou… Bruce Springsteen ! Sorti des centaines de disques " live ", peintures, dessins et poèmes, et… Il continue pourtant à sortir de certains de ses solos, comme on sort d’un mauvais rêve : en sursaut, d’un rapide rappel de pied glissé, mal assuré sur ses pédales, mettant ainsi un terme à une version de Slide Away qui ne restera pas dans les annales du genre.

Tandis qu’il se souvient avoir écrit ce sommet de sensibilité qu’est Invisible Hands (99) la guitare de Kraig (Jarret Johnson) échappe à sa lanière et heurte sèchement le sol, devant les regards, mi-amusés, mi-incrédules, de tous les humains et apprentis musiciens présents… Vous avez dit, coup de chaleur et retour de bâton de fatigue ?
Une péripétie bien vite oubliée, car, sur scène, c’est le retour aux grandes vagues de magie d’antan. Quand le gars Arthur s’échine ainsi à frapper doucement le corps et le manche de sa guitare pour y bâtir patiemment ses rythmes, qu’il entrelace de notes vrillées et thèmes, c’est tout un pan de ma vie qui se met à défiler devant mes yeux embués de sel (une émotion apparemment partagée par une partie de la salle !). C’est MA madeleine à moi, ce truc ! Ça me téléporte instantanément au bon vieux temps jadis des tournées en " solo ", vers ces concerts mémorables, ces improvisations hors du temps, calées sur bruits de bouche, pédestres percussions, boucles vrillées ou crissées, et lasagnes vocales sous couches multiples, à déguster… Frappé ! (assez avec " ça ", on te dit !). Je le regarde sans mot dire, tisser paisiblement ses strates, comme un peintre sur toile, concentré comme rarement, quoiqu’en ultime bordure de larsen. Hélas, là encore, le final avorte un peu (trop) rapidement pour léviter, nous faire (un apparent manque de pratique, qui ne devrait plus le guetter au cours de l’automnale tournée solo annoncée et confirmée).
Comme souvent, il faut attendre la neuvième chanson pour entendre enfin un morceau extrait du fantastique et dernier album : Temporary People (Fargo). Une version de Faith, qui ne cesse pourtant de monter en intensité : les pentes escarpées de la " foi " ne peuvent mener qu’en bordure de rupture de mollets, qu’aux portes du supplice, avec raison qui supplie d’étonnement et final mené de " pieds " de maître par Sybil, qui écrase la scène de ses amples contorsions et petits sauts de cabri pieds joints.
Sur, Honey and The Moon – sans cesse revisité de hauteurs, en solo acoustique, version – je me demande de nouveau pourquoi de telles chansons ne passent pas à la postérité (ou au moins en radio, au moins…). Mais, c’est lorsqu’il parsème A Smile That Explodes, de sons, rythmes, et boucles, que je décolle pleinement, malgré une fin de nouveau abrupte et un accord (sur)saturé qui entraîne le groupe à plonger en une version dantesque et brutale de I Donated Myself To The Mexican Army. Une interprétation emplie de cris suraigus, de solos de guitares et frappes sèches sur caisse (grosse et claire) qui fait se soulever l’ensemble des premiers rangs et mes hanches, soudain… Crisser !`
Niveau rappel, hormis l’écourté et " neutre " Black Lexus, c’est une toute nouvelle chanson, très " T-Rex ", intitulée Iran (You Can’t Kill The Free !), qui se charge de faire plier et suer l’ensemble des articulations encore en état de marche. Une chanson écrite pour soutenir l’actuelle tentative de révolution Perse, née du résultat tronqué/truqué des dernières élections et de la main mise de Marmoud Armaninejad sur son beau pays. Une ode au soutien et à l’empathie entre les peuples, destinée à rappeler aux humains en vacances, que la lutte continue (là-bas !) qu’elle est de première importance, et que ses répercutions seront très certainement planétaires, à terme.
Ceci étant fait, voyant que la foule est gentiment poussée vers la sortie et le jardin d’enfant adjacent : monsieur " Jo " choisit d’ignorer son (manifeste) état de fatigue plus qu’avancé, pour se mêler aux traînards et parler, signer, et dessiner sur papiers ou carnets tendus de plaisir. Comme d’hab’, quoi, douce habitude que celle-ci, ho, oui…
(Lorsque je le croiserais de nouveau, une demi-heure et quelque, plus tard : ce n’était déjà plus qu’un homme en quête d’hôtel et de repos ; un homme cherchant néanmoins à savoir, si lui, et ses musicos, s’étaient montrés à la hauteur du challenge à relever du soir. Je ne pus qu’acquiescer en souriant…).
Set List du Cabaret Frappé :
Spacemen
Too Much To Hide
Even When You’re Blue
In The Sun
Missy Baba
She Says You Lack Imagination
Slide Away
Invisible Hands
Faith
Honey And The Moon
A Smile That Explodes
I Donated Myself To The Mexican Army
Black Lexus
Iran
Clare and The Reasons - 23 juillet 2007 - Cabaret Frappé Grenoble 


(critique écrite le 31/07/2009 par Jacques 2 Chabannes)
" Welcome, Bienvenue, Willkommen ! "
(Parlez-moi de Grenoble II)
"Critique de la Pure Raison "
(Clare !)
Cabaret Frappé : aux alentours de minuit (After Hours) :
Je sais, je sais, que Clare et ses acolytes s’en sont venus fouler le plancher local, quelque vingt-cinq minutes, à peine, après .../...
" Welcome, Bienvenue, Willkommen ! "
(Parlez-moi de Grenoble II)
"Critique de la Pure Raison "
(Clare !)
Cabaret Frappé : aux alentours de minuit (After Hours) :
Je sais, je sais, que Clare et ses acolytes s’en sont venus fouler le plancher local, quelque vingt-cinq minutes, à peine, après le départ des Jil is Lucky, mais, bon, c’était tellement " à part ", tout à coup, comme " hors du temps ", " suspendu ", et " inclassable ", que, ben, bon… Voilà, quoi !

Déjà, UNE chose, au moins, me semble Claire, et chasser les idées reçues, ou autres lieux communs : les Raisons ne sont pas les " bonnes ", ou " Garder ", non, elles sont juste, ROUGES, toutes, rouges, juste… Rouges, on vous dit !
Passé le moment délicat dit du " choc visuel " – debout, dans l’ombre, face à cette armada d’hémoglobine sur pattes et Carmins vêtements – primeur est enfin rendue à la musique, qui tangue doucement, à mi-chemin entre ballade Hawaïenne et le " When I Was Fab, in… 64 ! ", des Scarabées (fleurs dans les cheveux et lèvres à l’âme). Bon, d’accord, le " chantez avec-nous ! " met du temps à décoller pleinement – c’est une sorte d’After, la tension est désormais retombée et les organismes ont été génétiquement modifiés par le duo de groupes précédents, il ne faut point l’oublier ! – mais, c’est toujours dur de passer en troisième partie de soirée, quand minuit la " fatidique " se met à cogner à la porte des bâillements restée malheureusement entrouverte…
L’avantage, au moins, lorsque les interprètes sont calqués sur tricolore hexagone, c’est que les " Merci Beaucoup ! " sonnent juste : " R " (et non pas " w ") bien prononcé, bien en place, calé à hauteur du niveau d’exigence linguistique requis.
Dans la lignée exacte du fragile et dense The Movie, All The Wine (nouvelle chanson) s’appuie sur un duo de violons en " pizzi " utilisés au plus proche du Ukulélé. Je ne sais encore exactement ce que tout ceci va sous peu modifier en mon organisme, mais je remarque que le gros tournesol de plastique posé sur le micro de la Muldaur, se trémousse déjà de plaisir, LUI, alors, alors ? Ben… Ça ne saurait tarder !

C’est à peine en train de monter doucettement, que, déjà, LE tube, LE morceau du disque fait son apparition : afin de mettre tout le monde d’accord et faire en sorte que les restes de foule vibrent à l’unisson de Pluto. Enfin, non, de Pluton, tout d’abord, puisque Clare la chante initialement en FRANÇAIS, avant que d’enchaîner sur son Anglo-Saxonne version. Commencée dans le noir, celle-ci luit des diverses lumières frontales, ou " jambales ", portées par les quatre membres du groupe – Clare arbore au moins deux ou trois lampes, à elle seule : posées sur cuisse, et jambe, en gros ! – qui reconstituent, à elles seules, un vaste ciel constellé d’étoiles : en l’honneur d’une pauvre petite, aujourd’hui déclassée, soit, mais émargeant autrefois au registre envié de planète… L’" English version " enterrant sa devancière haut la main, caressée d’un violoncelle enjôleur et de légères percussions sous claviers.
Tout du long de Rodi – présentée comme " l’histoire de mon voisin ! " – on se dit que c’est rodé, joué, chanté sous " strates " de voix et instruments, au plus proche du Brian Wilson de Smile, ou Pet Sounds. C’est finement arrangé, maîtrisé, joli, soit, mais non dénué d’un certain décalage apte à chasser le doute, solo de flûte à bec, en sus (Olivier Manchon posté aux commandes labiales de l’instrument de bois) ; une douce intervention que n’aurait reniée Penny Lane, elle-même, si elle ne s’était amourachée d’une trompette piccolo, en lieu et place de… (Faut que je me reprenne, là ! La nuit est encore jeune, et je divague de la prose…).

Ça tombe bien, voici venu le temps autoproclamé de LA chanson " méchante ! ". Un règlement de comptes " domestico-post-rupturesque ", qui bascule vite dans l’irréel, tellement cela sonne étrange, que de voir un joli trio de violons et violoncelles très, très, travaillé, saupoudré à heure fixe, d’un sonore et glaçant " enculé ! " (de quoi faire légitimement frémir en nos cœurs pudibonds : blackboulés de frais par ce moment de grâce musicale, ainsi souillé de trivialité, toute… Rock !). C’est par ailleurs LE moment choisi par un méchant larsen, pour s’inviter céans et tenter ainsi de gâcher ce curieux moment d’hérésie linguistique.
Hermétiques à ce type de détail insignifiant, les instruments tournent sans cesse, passant de mains en mains, histoire que d’annoncer le retour des " Garçons de la Plage " : qui reviennent illico s’incruster, puis s’inviter, aux bras de la belle du soir ; portés par une nuée gracile de chœurs, gorges, ventres, lèvres, bouches et œsophage en (parfait) mode résonance. Du céleste à déguster… Sous chapiteau, à défaut de voûte.
" C’est rétro, c’est tout beau ! C’est délicat… C’est… Ciselé ! " (me glisse Lof en fendant la salle, toujours à la recherche d’un angle, d’une vision, d’un espace déblayé d’où shooter !).
" Ok, mais ça s’appelle pourtant : L’Amour Peut-être un Crime ! Parfois… " (Elle ne s’abaisse pas pour autant à me répondre, et s’enfonce de nouveau dans la sombritude du lieu (on dit, " sombritude ? "). Murder, They Want Murder !, c’est pire encore, là, le crime est cette fois parfaitement annoncé ! Mais ça tombe bel et bien sous le sens, en cette heure particulière et noire, du, " c’est déjà demain… ". Rassérénée par notre constance présence, Clare nous remercie chaleureusement pour nos présumés efforts. Un remerciement qui pourrait tout aussi bien s’appliquer à eux (elle ?) qui continuent à " faire " le show, quoi qu’il arrive, malgré les allées et venues, un rien dérangeantes, d’un public excité/fatigué, ou bien tout simplement en quête de retour… Domicile !

Les flûtes, j’ai bien dit LES flûtes, reviennent pointer du bec (désolé…) à deux, cette fois, en un final digne de feu Groucho Marx, qui nous tiens en rupture de zygomatiques, tendus d’aise, et de plaisir. Sur Nothing-Nowhere, le public donne de la claque à tout casser. Au bout du compte, moins il est nombreux et plus il " pousse ", curieux… Non ? " Nulle part, c’est là que je t’ai trouvé ! ", lui lance Clare en retour, toujours portée par ces délicates harmonies Californiennes : dorées sur planche, moussues de rouleaux qui se brisent sans bruit (il est temps que " ça " s’arrête, je donne dans la mauvaise poésie télévisuelle, là, mea culpa !).
Dotée d’un trio de cordes, tout en retenue, des accords délicats d’une guitare qui caresse : Alphabet City – ode au fameux quartier de Manhattan, qui balance aujourd’hui entre fièvre artistique et violences urbaines – me semble de nouveau propice à l’évasion, au rêve, hors de portée, en tout cas, des sempiternels besoins destructeurs d’un Homo Sapiens toujours peu avare de violence, et destruction.
Ha, tiens, " ça " sent la fin, cette fois, puisque LA Raison en chef, se propose désormais de nous gratifier d’un court résumé de l’actuelle tournée Française : " Nous avons faits beaucoup de festivals… De concerts… Mangé du fromage… Fait " amis " avec un bouc… Mangé des centaines de pêches… Et bu du bon vin… De toutes façons, c’est tout le temps bon, ici… ". Une déclaration agrémentée d’une présentation des Reasons, avec ovation particulière faîte au tricolore Olivier Manchon, qui bascule tout de go vers l’autre sommet de la soirée : leur version du Everybody Wants To Rule The World des Tears For Fears ; tellement supérieure à l’originale (celle des deux endives à larmes) avec voix qui (se) balade, qui réinvente, et codas de cordes qui tressent, nattent, et parfument de velours ; juste histoire de refaire un brin de beauté vénéneuse, à la " chose " du passé en question…

Si la terre est bleue comme une orange, la nuit est Clare de rouge… (Non !).
Si la terre est bleue comme une orange, de rouge est Clare la nuit… (Non… Non !).
Si la terre est bleue comme une orange, la nuit est rouge de Clare…
(Non, non, non ! C’est de pire en pire !).
Si la terre est bleue comme une orange, la nuit est rouge (elle) c’est Clare ! ! ! (J’arrête-là, cette fois… Tant pis !).
(Parlez-moi de Grenoble II)
"Critique de la Pure Raison "
(Clare !)
Cabaret Frappé : aux alentours de minuit (After Hours) :
Je sais, je sais, que Clare et ses acolytes s’en sont venus fouler le plancher local, quelque vingt-cinq minutes, à peine, après le départ des Jil is Lucky, mais, bon, c’était tellement " à part ", tout à coup, comme " hors du temps ", " suspendu ", et " inclassable ", que, ben, bon… Voilà, quoi !

Déjà, UNE chose, au moins, me semble Claire, et chasser les idées reçues, ou autres lieux communs : les Raisons ne sont pas les " bonnes ", ou " Garder ", non, elles sont juste, ROUGES, toutes, rouges, juste… Rouges, on vous dit !
Passé le moment délicat dit du " choc visuel " – debout, dans l’ombre, face à cette armada d’hémoglobine sur pattes et Carmins vêtements – primeur est enfin rendue à la musique, qui tangue doucement, à mi-chemin entre ballade Hawaïenne et le " When I Was Fab, in… 64 ! ", des Scarabées (fleurs dans les cheveux et lèvres à l’âme). Bon, d’accord, le " chantez avec-nous ! " met du temps à décoller pleinement – c’est une sorte d’After, la tension est désormais retombée et les organismes ont été génétiquement modifiés par le duo de groupes précédents, il ne faut point l’oublier ! – mais, c’est toujours dur de passer en troisième partie de soirée, quand minuit la " fatidique " se met à cogner à la porte des bâillements restée malheureusement entrouverte…
L’avantage, au moins, lorsque les interprètes sont calqués sur tricolore hexagone, c’est que les " Merci Beaucoup ! " sonnent juste : " R " (et non pas " w ") bien prononcé, bien en place, calé à hauteur du niveau d’exigence linguistique requis.
Dans la lignée exacte du fragile et dense The Movie, All The Wine (nouvelle chanson) s’appuie sur un duo de violons en " pizzi " utilisés au plus proche du Ukulélé. Je ne sais encore exactement ce que tout ceci va sous peu modifier en mon organisme, mais je remarque que le gros tournesol de plastique posé sur le micro de la Muldaur, se trémousse déjà de plaisir, LUI, alors, alors ? Ben… Ça ne saurait tarder !

C’est à peine en train de monter doucettement, que, déjà, LE tube, LE morceau du disque fait son apparition : afin de mettre tout le monde d’accord et faire en sorte que les restes de foule vibrent à l’unisson de Pluto. Enfin, non, de Pluton, tout d’abord, puisque Clare la chante initialement en FRANÇAIS, avant que d’enchaîner sur son Anglo-Saxonne version. Commencée dans le noir, celle-ci luit des diverses lumières frontales, ou " jambales ", portées par les quatre membres du groupe – Clare arbore au moins deux ou trois lampes, à elle seule : posées sur cuisse, et jambe, en gros ! – qui reconstituent, à elles seules, un vaste ciel constellé d’étoiles : en l’honneur d’une pauvre petite, aujourd’hui déclassée, soit, mais émargeant autrefois au registre envié de planète… L’" English version " enterrant sa devancière haut la main, caressée d’un violoncelle enjôleur et de légères percussions sous claviers.
Tout du long de Rodi – présentée comme " l’histoire de mon voisin ! " – on se dit que c’est rodé, joué, chanté sous " strates " de voix et instruments, au plus proche du Brian Wilson de Smile, ou Pet Sounds. C’est finement arrangé, maîtrisé, joli, soit, mais non dénué d’un certain décalage apte à chasser le doute, solo de flûte à bec, en sus (Olivier Manchon posté aux commandes labiales de l’instrument de bois) ; une douce intervention que n’aurait reniée Penny Lane, elle-même, si elle ne s’était amourachée d’une trompette piccolo, en lieu et place de… (Faut que je me reprenne, là ! La nuit est encore jeune, et je divague de la prose…).

Ça tombe bien, voici venu le temps autoproclamé de LA chanson " méchante ! ". Un règlement de comptes " domestico-post-rupturesque ", qui bascule vite dans l’irréel, tellement cela sonne étrange, que de voir un joli trio de violons et violoncelles très, très, travaillé, saupoudré à heure fixe, d’un sonore et glaçant " enculé ! " (de quoi faire légitimement frémir en nos cœurs pudibonds : blackboulés de frais par ce moment de grâce musicale, ainsi souillé de trivialité, toute… Rock !). C’est par ailleurs LE moment choisi par un méchant larsen, pour s’inviter céans et tenter ainsi de gâcher ce curieux moment d’hérésie linguistique.
Hermétiques à ce type de détail insignifiant, les instruments tournent sans cesse, passant de mains en mains, histoire que d’annoncer le retour des " Garçons de la Plage " : qui reviennent illico s’incruster, puis s’inviter, aux bras de la belle du soir ; portés par une nuée gracile de chœurs, gorges, ventres, lèvres, bouches et œsophage en (parfait) mode résonance. Du céleste à déguster… Sous chapiteau, à défaut de voûte.
" C’est rétro, c’est tout beau ! C’est délicat… C’est… Ciselé ! " (me glisse Lof en fendant la salle, toujours à la recherche d’un angle, d’une vision, d’un espace déblayé d’où shooter !).
" Ok, mais ça s’appelle pourtant : L’Amour Peut-être un Crime ! Parfois… " (Elle ne s’abaisse pas pour autant à me répondre, et s’enfonce de nouveau dans la sombritude du lieu (on dit, " sombritude ? "). Murder, They Want Murder !, c’est pire encore, là, le crime est cette fois parfaitement annoncé ! Mais ça tombe bel et bien sous le sens, en cette heure particulière et noire, du, " c’est déjà demain… ". Rassérénée par notre constance présence, Clare nous remercie chaleureusement pour nos présumés efforts. Un remerciement qui pourrait tout aussi bien s’appliquer à eux (elle ?) qui continuent à " faire " le show, quoi qu’il arrive, malgré les allées et venues, un rien dérangeantes, d’un public excité/fatigué, ou bien tout simplement en quête de retour… Domicile !

Les flûtes, j’ai bien dit LES flûtes, reviennent pointer du bec (désolé…) à deux, cette fois, en un final digne de feu Groucho Marx, qui nous tiens en rupture de zygomatiques, tendus d’aise, et de plaisir. Sur Nothing-Nowhere, le public donne de la claque à tout casser. Au bout du compte, moins il est nombreux et plus il " pousse ", curieux… Non ? " Nulle part, c’est là que je t’ai trouvé ! ", lui lance Clare en retour, toujours portée par ces délicates harmonies Californiennes : dorées sur planche, moussues de rouleaux qui se brisent sans bruit (il est temps que " ça " s’arrête, je donne dans la mauvaise poésie télévisuelle, là, mea culpa !).
Dotée d’un trio de cordes, tout en retenue, des accords délicats d’une guitare qui caresse : Alphabet City – ode au fameux quartier de Manhattan, qui balance aujourd’hui entre fièvre artistique et violences urbaines – me semble de nouveau propice à l’évasion, au rêve, hors de portée, en tout cas, des sempiternels besoins destructeurs d’un Homo Sapiens toujours peu avare de violence, et destruction.
Ha, tiens, " ça " sent la fin, cette fois, puisque LA Raison en chef, se propose désormais de nous gratifier d’un court résumé de l’actuelle tournée Française : " Nous avons faits beaucoup de festivals… De concerts… Mangé du fromage… Fait " amis " avec un bouc… Mangé des centaines de pêches… Et bu du bon vin… De toutes façons, c’est tout le temps bon, ici… ". Une déclaration agrémentée d’une présentation des Reasons, avec ovation particulière faîte au tricolore Olivier Manchon, qui bascule tout de go vers l’autre sommet de la soirée : leur version du Everybody Wants To Rule The World des Tears For Fears ; tellement supérieure à l’originale (celle des deux endives à larmes) avec voix qui (se) balade, qui réinvente, et codas de cordes qui tressent, nattent, et parfument de velours ; juste histoire de refaire un brin de beauté vénéneuse, à la " chose " du passé en question…

Si la terre est bleue comme une orange, la nuit est Clare de rouge… (Non !).
Si la terre est bleue comme une orange, de rouge est Clare la nuit… (Non… Non !).
Si la terre est bleue comme une orange, la nuit est rouge de Clare…
(Non, non, non ! C’est de pire en pire !).
Si la terre est bleue comme une orange, la nuit est rouge (elle) c’est Clare ! ! ! (J’arrête-là, cette fois… Tant pis !).
Syrano, You and You, Jil Is Lucky - 23 juillet 2009 - Cabaret Frappé Grenoble 


(critique écrite le 30/07/2009 par Jacques 2 Chabannes)
" Willkommen, Bienvenue, Welcome ! "
(Parlez-moi de Grenoble…)
Onze ans ! Cela fait déjà 11 vigoureuses années, que le Cabaret Frappe à la porte des " grands " du genre, et que la foule s’y presse, plaisir en bandoulière et yeux grands ouverts qui fouillent partout autour : entre concerts " .../...
" Willkommen, Bienvenue, Welcome ! "
(Parlez-moi de Grenoble…)
Onze ans ! Cela fait déjà 11 vigoureuses années, que le Cabaret Frappe à la porte des " grands " du genre, et que la foule s’y presse, plaisir en bandoulière et yeux grands ouverts qui fouillent partout autour : entre concerts " découverte " (goûtés fessiers au frais, dans l’herbe !) artistes en devenir et/ou têtes d’affiche qui se laissent séduire puis emporter par un cadre et un accueil hors du commun. Tout en réussissant le tour de force de se fondre parfaitement dans la ville qui l’entoure, le Cabaret Frappé se dessine des contours propres à l’oubli, au rêve, au farniente, au décontracté de plexus qui adoucit l’âme, la tête, et le corps…
Neuf soirées durant, cette édition 2009 aura accueilli et réuni en son jardin, des groupes aussi différents que Tahiti 80, Grace, Caravan Palace, DJ Cam, Anthony Joseph, le Super Rail Band Of Bamako, Huhg Coltman, Clare and The Reasons, ou, Joseph Arthur et ses Lonely Astronauts…
Deux soirées durant, nous étions dans la place, au frais, partagés entre l’envie de ne rien manquer et une volonté évidente de changer de cadre, d’envies, d’habitudes…
" Tu te paies des vacances en Isère aux frais de la princesse, quoi, en gros, non ? Ben… Dis-le, avoue ! "
(Une vague connaissance de liveinmarseille.com, venue me glisser quelques mots aigres-doux avant le départ, ainsi qu’une longue liste de produits locaux à ramener à son intention !).

Jardin de Ville,18 h 50 (Kiosque à Musique séculaire du lieu, soudain pris d’assaut par une marée humaine) :
Bien calés sous les arbres rassérénant du Jardin de Ville, les enfants de tous âges consentent enfin à laisser les jeux et échecs – mis à disposition par l’organisation et les associations – de côté, pour se masser lentement au pied du kiosque fourmillant d’animations et instruments sous bâches, tandis que les nuages aux noirs desseins en font de même… Étrangement, quelques minutes (et grosses gouttes, taille XXL !) plus loin, le pire consent déjà à vider le lieu et le ciel s’ouvre aux pales rayons trop tôt disparus pour faire place à la fête, aux festifs bondissants d’envie de Syrano et ses ouailles : 7 musicos noirs, de masculinité et de tenues – batteuse blonde sous couettes, exceptée ! – qui " folklorent " dense, et " slament " de sécheresse, armés d’une armada de violons, accordéon, percus, guitares et contrebasse ; le tout soutenu par une foultitude de petits sauts de cabri impressionnants, départ pieds joints, mais non-homologués…

Unique tache (chemise) blanche fichée au sein de cet aréopage noir de tissu, et de thème : l’omniprésent Syrano bouge, saute, salue, interpelle, en fait des tonnes, et glisse avec habileté sur une pente (savonneuse) de consones et voyelles engagées, en lutte avec la mondialisation, la contestation, et les vertes brigades qui les entourent de précaution. Des thèmes récurrents, qui hantent et habillent le tout récent Le Goût du Sans, ainsi que le séminal Musiques de Chambre (06). Deux albums disparates et festifs, liés par une même envie de changement et portés par une énergie nettement plus palpable, encore, ici, sur scène.

Quand la bluette s’adoucit pour se faire plus acoustique, de début – épaisse et boisée, à l’image des montagnes alentour – elle n’en oublie pas pour autant de se dédier entièrement à la longue cohorte des ignorants de tous bords siégeant en ce monde dévasté de cupidité ; une aubade au respect d’autrui indexée sur une valeur depuis fort longtemps cotée bien en deçà des actuels emprunts " Madoff "…
Dans le plus pur style Pigalle, Monsieur Neige s’y entend, on ne peut mieux, pour faire fondre les derniers récalcitrants nichés au sein d’une foule de passants touristes et festivaliers plus qu’attentifs du propos, quoiqu’en attente d’accélérations susceptibles de faire suer les sillons interfessiers et autres muscles affiliés… Si affinités !

Une demande aussitôt comblée par l’ensemble du groupe qui n’hésite pas à tamiser ses guitares pour relancer d’une tzigane attaque…
Pendant que " sa blancheur " descend claquer de la bise humide çà et là en les premiers rangs, les paumes des présents claquent sèchement dans l’air – entre vent perturbateur et bourrasques rafraîchissantes – histoire que d’adouber la performance, d’encenser la qualité et l’envie dont les Syrano auront fait preuve (et les leurs !) tout du long d’un set passant sans retenue du rock au balloche, du traditionnel au Slam, du saturé d’énergie sous guitares à la balade mélanco pour fin de nuit bleutée de plaisir.
Porté par un dernier appel lancé à la découverte des groupes de tous horizons et obédiences, au respect des métissages omniprésents en notre tricolore hexagone, le public acquiesce et se fend de sourires complices, manifestement conquis.

L’heure semble désormais dévolue à la déambulation ou à la sustentation du soi, en attendant le début d’une soirée plus " officielle " et payante, sous chapiteau dressé à proximité. Insatiable (elle) la foule continue à sautiller taper rappeler et se lâcher sous les nuées : que du bon, en somme, du garanti sans agios, de l’anti-crise sous perfusion de notes et rythmes à déguster… Frappé ! (Il fallait bien que je la place, que je la fasse UNE FOIS ! J’ai rien tenté autour de Syrano, même pas la plus petite once de tirade… Ou nez !).
" Elles et LUI ! "
(You and You !)

20 h 50 (houblon en pognes, sous chapiteau chaudement emplis d’humains souriants et détendus, visiblement postés à distance respectable de cette putain de CRISE !) :
La première chose qui interpelle, côté You and You, c’est ce look atypique en re-descente seventies, arborant barbes et longs ou frisés cheveux à la (pas très sexy) Grandaddy ; la seconde, c’est la qualité intrinsèque de ce folk de tradition " indé US " qui pousse à y chercher des noms ou influences célèbres dans la tête, sur le bouclé du crâne.
" T’as vu le bassiste, on dirait le Cousin Machin des Addams ! " (me lance un jeune garçon d’un air moqueur. Je me contente de lui faire une hideuse grimace, avec les yeux ET la bouche, en guise de réponse. L’essentiel est ailleurs !).

Dire que j’avais quitté les rives sous moiteurs irrespirables de la Grande Bleue pour exister enfin et récupérer, pour RESPIRER, en somme, et voilà que je sue de nouveau eau et sels minéraux à rigoles, comme sous jet, sans même bouger, avoir besoin…
Lorsque je regarde le casque capillaire du bassiste se coller lentement à sa cutanée enveloppe, c’est encore pire, et je repense à la remarque du tout petit de tout à l’heure ! C’est finalement le très connoté Wasting Minds – après un morceau précédent interprété au plus proche des regrettés Grant Lee Buffalo ! – doté du fameux syndrome d’arpèges à la Jeff/Tim Buclkey, qui parvient enfin à me faire oublier l’omniprésent thermomètre en fusion (et ses désagréments momentanés). Mécontent des résultats affichés par sa première recherche, un neurone plus érudit que ses congénères, me lance " Jude ! ", " Andrew Bird ! ", " Iron and Wine ! ", " Elliott Smith ? ", et d’autres noms, encore, que je réfute illico d’un court battement de sourcils : peu importe la filiation ou le renom, pourvu que nous ayons l’ivresse du moment et que les chansons tiennent debout toutes seules… Ce qui est largement le cas ici !
Un niveau de qualité musicale également placé au plus haut, mais baigné d’arpèges très Jeff Buck… (Assez avec " ça ", on te dit !) et d’harmonies qui séduisent d’ambiance et ravissent de public.

" C’est un groupe à filles, c’est clair ! ! ! " (me glisse un pré-ado posté bien fermement sous mèche, juste à proximité). Effectivement, un unique examen des humides pupilles (fixes) prunelles féminines pleines d’amour, et cils dressés (de dévotion) alentours, suffirait amplement à les classer dans cette catégorie à risques… Maîtrisés de groupies en transe et de poursuites " backstage ". Sur Another Diving Man, rien à faire, cet air de déjà-vu colle de nouveau au derme et interroge le large éventail à influences, sans que jamais, pourtant, la chanson ne se noie en si peu d’espaces vierges à défricher ; ça " sonne " et caresse dans le sens du poil – bois et cœurs mêlés d’harmonie – et le banjo y est sans doute pour beaucoup, y apportant sur l’instant, son écot de doigté, de rondeurs enveloppantes. Une ambiance très " western en noir et blanc de type Dead Men, qui renvoie immanquablement vers le clip, très post-Délivrance, de Necrocannibal Holocaust.
Quant à Song For Elise, il évoque magnifiquement le Goin’ To Acapulco du Bob (dylan) version Jim James and Calexico (tiré de la BO de I’m Not There).

Bon, ok, y’a p’têt bien quelques langueurs, ci et là – nées d’effets de répétition appliqués : côté formule et arrangements dupliqués – mais l’attention du public ne faiblit jamais, elle, et c’est bien là le plus important. Depuis les fûts tendus et caressés de précision du métronome Maurice, jusqu’aux rondes notes graves pondues par la quatre cordes, sans oublier les accords plaqués et arpèges glissés du gars Clément, tout roule et avance d’un même élan au sein des " Toi ", de tous les " Toi " ; chacun bien calé à sa place, au service du collectif avant tout, sans que jamais la couverture ne soit tirée à soi, ou que l’ombre d’un ego ne vienne empiéter sur les plates-bandes du voisin de scène et d’instrument ; la base de toute réussite musicale à quatre, en somme.
Sous le charme, je lance (à mon pré-ado de tout à l’heure) : " tu as vu… Pendant que les gars se dodelinent doucettement, les filles vibrent de tout leur corps, à l’unisson, ELLES ! ".
" … Ce qui les classe, bel et bien, dans la catégorie non connotée des groupes à FILLES ! Décrite par mes soins auparavant… Rien à faire ! " (je savais qu’il ne laisserait pas passer l’occasion de se désolidariser au plus vite de cette entité à galbes, seins, et cris aigus, encore étrangère à ses sens naissants, qui respire à grand-peine, tout autour !).
Une petite année et demie, tout au plus, que le trio formé de Clément Simounet (guitare, banjo), Samuel Bouc (Basse, voix, barbe et cheveux) et Maurin Zahnd (batterie) s’est réuni pour faire corps autour de LA voix qui compose et enjôle : Félix Perez ! C’est peu, pour un tel résultat. Du reste, en termes de voix, rien à dire : c’est du précis, du ténu, du qui grimpe avale ou dévale, sans moufter ; du qui trie aisément et fait son choix directement sur registre : entre aigus et graves, entre caressant et cassé. Repéré en les arcanes d’un site de musique " libre " à succès, puis carrément remarqué aux dernières Eurockéennes de Belfort, l’homme ne dispose pour l’instant que d’un simple cinq titres, pour " exister " légalement aux yeux de tous et toutes, et toutes… Surtout !

Rien à faire, leur The House On The Moon à EUX, me semble plus ouverte et paisible que l’autre, là, celle, criblée de tuyaux bâtiments et travailleurs gauches, qu’envisagent de bâtir prochainement Américains et Russes, sur notre satellite de légende, bêtement défloré de basse cupidité (vous avez dit Hélium-3 ?) à terme. Sur icelle (la Lune des You and You) l’harmonie " scène, musiciens, et féminine présence " atteint son point culminant, et déjà l’on sait que l’on ne pourra jamais en extraire que du " bon ", du rêveur, du plaisir partagé, millésimé.
Alors que le temps se fige, le bienvenu Bye Bye survient à point nommé pour annoncer le départ du quatuor en grande quête. Il était temps, car la tension entre regards empreints de jalousie (toute masculine) et les battements de mains enfiévrés (de la gent féminine) n’annonçait rien de bon à venir sous la couette pour cette nuit…
Par contre, lorsqu’il annonce que la dernière chanson du soir est dédiée à l’incontournable Joseph Arthur, qu’elle porte même son nom et tente de frayer au plus proche de l’univers musical de l’homme d’Akron (Ohio) je me surprends à calquer en tous points mon attitude sur celle de mes voisines de chapiteau, pour décoller en leur compagnie l’espace de quelques courtes minutes, dégustées… (Non, non, je ne la ferais pas cette fois, non, non, j’vous dis !).
" Jil Is Lucky… "
(… Et mes cuisses au supplice !)

22 h, et des myriades d’étoiles plus loin (observées depuis le toboggan du jardin d’enfant limitrophe) :
Après la capitale, place aux représentants de la… Capitale ! C’est en effet au tour du quintet des Jil Is Lucky, de défricher le même sillon touffu que ses congénères de parisienne résidence : armé de frisures et follicules épaisses, revêches, ou portées " façon " casque. Une entrée en matière plus que nerveuse, avec batteur posté sur une même ligne, sur pied d’égalité, dans le plus pur style " wall of sound ". Ils s’auto-annoncent fans de Léonard Cohen, ou de Jonathan Richman, et c’est l’ombre mélodique des Floyd de Waters (Roger) qui habite et enlumine une seconde chanson ponctuée de breaks saccadés, de solos plus qu’énergiques du manche.
Tout de suite, tandis que J-E-S-U-S Said fend la moiteur des premiers rangs… Je bloque sur LE t-shirt porté par l’ensemble du groupe (chanteur excepté !) un t-shirt qui me rappelle inexplicablement les récentes errances et heures " sombres " de Polnareff (Michel) au tout début du mois de mai 2007…
Une amère rêverie vite chassée par les gammes et les percus des " Jil ", qui cascadent tour à tour d’envie, en prélude à une intro très, très, Klezmer, qui dépayse un tantinet et rafraîchit les pavillons ; un mélange osé, de prime abord, mais qui prend néanmoins rapidement et qui emporte les présents de la fosse dans une folle accélération dont personne ne sortira indemne (les " trempés de la tête aux pieds " sont désormais majoritaires, céans !).

Lors de l’attaque " folk rock " suivante, je me demande pourquoi j’y entrevois parfois la " patte " de Paul Simon posée derrière ; je ne saurais le dire avec exactitude, mais c’est un fait. Quelques excès vocaux maniérés de Jil, exceptés, " ça " tourne salement bien, ce truc !
Lorsqu’il entonne " Without You… Ou-ou ! ", le public lui renvoie fièrement ses chapelets de " Hou hou-hoouu, hou hou-hou hou… Hououou ! ! ! ", sans arrière-pensées aucunes, même si les miennes ne cessent de me signaler que l’arpège en question s’en vient " chasser " sans vergogne, sur les terres dorées du The Boxer de Simon… Paul ! (Tiens, tiens, v’la que ça se précise !). Reste, que, si ce duo " guitare boisée et violoncelle du même métal " fait saliver d’aise l’ensemble des présent(e)s, l’envolée suivante se perd quelque peu dans les hauts cordages du lieu, visiblement coincée entre deux cultures, deux envies, deux héritages est (Europe) et ouest (USA) qui se repoussent plus qu’ils ne s’attirent véritablement, sur celle-ci, en tout cas. Je sens d’ailleurs mon neurone du rock baladeur piaffer d’impatience et se languir de riffs et cris primaux.

Au cours du très lent et lourd morceau de moiteur qui succède alors au brinqueballant précédent, on ne peut qu’être impressionné par la cohésion de la section rythmique – The Black Rabbi (batterie) et Superschneider (basse) – qui balade entre hargne, précision, et épaisseur, sans jamais perdre de vue la fluidité, et sa cousine… Efficacité ! En dépit de quelques errances vocales – rimant plus avec usure sous longue tournée, qu’avec manques, ou carences affichées sous cordes ! – la sauce ne cesse de monter et l’ensemble du chapiteau émarge désormais à une bonne dizaine de centimètres plus haut, au-dessus du sol humidifié de liquide ferveur. Après avoir quitté les rives occidentales de I May Be Late, nous v’la plongés dans le folklore pur et dur de nouveau ; une soudaine et festive bar-mitzvah, qui voit (et entend) le parterre taper du pied, remuer comme si sa vie en dépendait et adouber le déjà poussé sur ondes : The Wanderer ! Sur scène, les notes entrelacées de la guitare et du violon font encore monter la sauce de quelques degrés : ils sont en nage, torses nus ou dégoulinant de pores (et tissus détrempés) ce qui ne les empêche pourtant pas de relancer l’ensemble jusqu’aux prairies " Bisonées " du jeune Neil… Young ! Sur le lourd et marqué Hovering Machine, Steffen (Charron /guitare) sait que SON heure est enfin venue. Bien calé derrière la sèche pulsation de la section rythmique, il déguste lentement son passage sous sunligths : note après note, pulpe de doigts au plus près des frets, histoire que de s’en repaître jusqu’à l’extase, en " interne ". Hélas, le chapelet de notes final manque un tantinet de " sale ", souffre d’un rien d’absence de brouillon, pour arriver à mener décemment l’ensemble à terme, en dépit d’un renfort de classe et de crissant, apporté par le violoncelle d’Arnaud (Crozatier).

Au bout du compte, je ne saurais dire avec exactitude, si Jil Is lucky ? Ni même pourquoi il ne le serait, ni même en quoi ça devrait me concerner… Reste, qu’un rapide coup d’œil lancé aux survivants en errance, à la gent titubante, ou aux affalés de tous poils – désormais écroulés aux quatre coins du square ! – permet tout de même de se faire une idée, quant au résultat final de cette chaude soirée : Jil 1 - Lambdas du festival… 0 !
(Parlez-moi de Grenoble…)
Onze ans ! Cela fait déjà 11 vigoureuses années, que le Cabaret Frappe à la porte des " grands " du genre, et que la foule s’y presse, plaisir en bandoulière et yeux grands ouverts qui fouillent partout autour : entre concerts " découverte " (goûtés fessiers au frais, dans l’herbe !) artistes en devenir et/ou têtes d’affiche qui se laissent séduire puis emporter par un cadre et un accueil hors du commun. Tout en réussissant le tour de force de se fondre parfaitement dans la ville qui l’entoure, le Cabaret Frappé se dessine des contours propres à l’oubli, au rêve, au farniente, au décontracté de plexus qui adoucit l’âme, la tête, et le corps…
Neuf soirées durant, cette édition 2009 aura accueilli et réuni en son jardin, des groupes aussi différents que Tahiti 80, Grace, Caravan Palace, DJ Cam, Anthony Joseph, le Super Rail Band Of Bamako, Huhg Coltman, Clare and The Reasons, ou, Joseph Arthur et ses Lonely Astronauts…
Deux soirées durant, nous étions dans la place, au frais, partagés entre l’envie de ne rien manquer et une volonté évidente de changer de cadre, d’envies, d’habitudes…
" Tu te paies des vacances en Isère aux frais de la princesse, quoi, en gros, non ? Ben… Dis-le, avoue ! "
(Une vague connaissance de liveinmarseille.com, venue me glisser quelques mots aigres-doux avant le départ, ainsi qu’une longue liste de produits locaux à ramener à son intention !).

Jardin de Ville,18 h 50 (Kiosque à Musique séculaire du lieu, soudain pris d’assaut par une marée humaine) :
Bien calés sous les arbres rassérénant du Jardin de Ville, les enfants de tous âges consentent enfin à laisser les jeux et échecs – mis à disposition par l’organisation et les associations – de côté, pour se masser lentement au pied du kiosque fourmillant d’animations et instruments sous bâches, tandis que les nuages aux noirs desseins en font de même… Étrangement, quelques minutes (et grosses gouttes, taille XXL !) plus loin, le pire consent déjà à vider le lieu et le ciel s’ouvre aux pales rayons trop tôt disparus pour faire place à la fête, aux festifs bondissants d’envie de Syrano et ses ouailles : 7 musicos noirs, de masculinité et de tenues – batteuse blonde sous couettes, exceptée ! – qui " folklorent " dense, et " slament " de sécheresse, armés d’une armada de violons, accordéon, percus, guitares et contrebasse ; le tout soutenu par une foultitude de petits sauts de cabri impressionnants, départ pieds joints, mais non-homologués…

Unique tache (chemise) blanche fichée au sein de cet aréopage noir de tissu, et de thème : l’omniprésent Syrano bouge, saute, salue, interpelle, en fait des tonnes, et glisse avec habileté sur une pente (savonneuse) de consones et voyelles engagées, en lutte avec la mondialisation, la contestation, et les vertes brigades qui les entourent de précaution. Des thèmes récurrents, qui hantent et habillent le tout récent Le Goût du Sans, ainsi que le séminal Musiques de Chambre (06). Deux albums disparates et festifs, liés par une même envie de changement et portés par une énergie nettement plus palpable, encore, ici, sur scène.

Quand la bluette s’adoucit pour se faire plus acoustique, de début – épaisse et boisée, à l’image des montagnes alentour – elle n’en oublie pas pour autant de se dédier entièrement à la longue cohorte des ignorants de tous bords siégeant en ce monde dévasté de cupidité ; une aubade au respect d’autrui indexée sur une valeur depuis fort longtemps cotée bien en deçà des actuels emprunts " Madoff "…
Dans le plus pur style Pigalle, Monsieur Neige s’y entend, on ne peut mieux, pour faire fondre les derniers récalcitrants nichés au sein d’une foule de passants touristes et festivaliers plus qu’attentifs du propos, quoiqu’en attente d’accélérations susceptibles de faire suer les sillons interfessiers et autres muscles affiliés… Si affinités !

Une demande aussitôt comblée par l’ensemble du groupe qui n’hésite pas à tamiser ses guitares pour relancer d’une tzigane attaque…
Pendant que " sa blancheur " descend claquer de la bise humide çà et là en les premiers rangs, les paumes des présents claquent sèchement dans l’air – entre vent perturbateur et bourrasques rafraîchissantes – histoire que d’adouber la performance, d’encenser la qualité et l’envie dont les Syrano auront fait preuve (et les leurs !) tout du long d’un set passant sans retenue du rock au balloche, du traditionnel au Slam, du saturé d’énergie sous guitares à la balade mélanco pour fin de nuit bleutée de plaisir.
Porté par un dernier appel lancé à la découverte des groupes de tous horizons et obédiences, au respect des métissages omniprésents en notre tricolore hexagone, le public acquiesce et se fend de sourires complices, manifestement conquis.

L’heure semble désormais dévolue à la déambulation ou à la sustentation du soi, en attendant le début d’une soirée plus " officielle " et payante, sous chapiteau dressé à proximité. Insatiable (elle) la foule continue à sautiller taper rappeler et se lâcher sous les nuées : que du bon, en somme, du garanti sans agios, de l’anti-crise sous perfusion de notes et rythmes à déguster… Frappé ! (Il fallait bien que je la place, que je la fasse UNE FOIS ! J’ai rien tenté autour de Syrano, même pas la plus petite once de tirade… Ou nez !).
" Elles et LUI ! "
(You and You !)

20 h 50 (houblon en pognes, sous chapiteau chaudement emplis d’humains souriants et détendus, visiblement postés à distance respectable de cette putain de CRISE !) :
La première chose qui interpelle, côté You and You, c’est ce look atypique en re-descente seventies, arborant barbes et longs ou frisés cheveux à la (pas très sexy) Grandaddy ; la seconde, c’est la qualité intrinsèque de ce folk de tradition " indé US " qui pousse à y chercher des noms ou influences célèbres dans la tête, sur le bouclé du crâne.
" T’as vu le bassiste, on dirait le Cousin Machin des Addams ! " (me lance un jeune garçon d’un air moqueur. Je me contente de lui faire une hideuse grimace, avec les yeux ET la bouche, en guise de réponse. L’essentiel est ailleurs !).

Dire que j’avais quitté les rives sous moiteurs irrespirables de la Grande Bleue pour exister enfin et récupérer, pour RESPIRER, en somme, et voilà que je sue de nouveau eau et sels minéraux à rigoles, comme sous jet, sans même bouger, avoir besoin…
Lorsque je regarde le casque capillaire du bassiste se coller lentement à sa cutanée enveloppe, c’est encore pire, et je repense à la remarque du tout petit de tout à l’heure ! C’est finalement le très connoté Wasting Minds – après un morceau précédent interprété au plus proche des regrettés Grant Lee Buffalo ! – doté du fameux syndrome d’arpèges à la Jeff/Tim Buclkey, qui parvient enfin à me faire oublier l’omniprésent thermomètre en fusion (et ses désagréments momentanés). Mécontent des résultats affichés par sa première recherche, un neurone plus érudit que ses congénères, me lance " Jude ! ", " Andrew Bird ! ", " Iron and Wine ! ", " Elliott Smith ? ", et d’autres noms, encore, que je réfute illico d’un court battement de sourcils : peu importe la filiation ou le renom, pourvu que nous ayons l’ivresse du moment et que les chansons tiennent debout toutes seules… Ce qui est largement le cas ici !
Un niveau de qualité musicale également placé au plus haut, mais baigné d’arpèges très Jeff Buck… (Assez avec " ça ", on te dit !) et d’harmonies qui séduisent d’ambiance et ravissent de public.

" C’est un groupe à filles, c’est clair ! ! ! " (me glisse un pré-ado posté bien fermement sous mèche, juste à proximité). Effectivement, un unique examen des humides pupilles (fixes) prunelles féminines pleines d’amour, et cils dressés (de dévotion) alentours, suffirait amplement à les classer dans cette catégorie à risques… Maîtrisés de groupies en transe et de poursuites " backstage ". Sur Another Diving Man, rien à faire, cet air de déjà-vu colle de nouveau au derme et interroge le large éventail à influences, sans que jamais, pourtant, la chanson ne se noie en si peu d’espaces vierges à défricher ; ça " sonne " et caresse dans le sens du poil – bois et cœurs mêlés d’harmonie – et le banjo y est sans doute pour beaucoup, y apportant sur l’instant, son écot de doigté, de rondeurs enveloppantes. Une ambiance très " western en noir et blanc de type Dead Men, qui renvoie immanquablement vers le clip, très post-Délivrance, de Necrocannibal Holocaust.
Quant à Song For Elise, il évoque magnifiquement le Goin’ To Acapulco du Bob (dylan) version Jim James and Calexico (tiré de la BO de I’m Not There).

Bon, ok, y’a p’têt bien quelques langueurs, ci et là – nées d’effets de répétition appliqués : côté formule et arrangements dupliqués – mais l’attention du public ne faiblit jamais, elle, et c’est bien là le plus important. Depuis les fûts tendus et caressés de précision du métronome Maurice, jusqu’aux rondes notes graves pondues par la quatre cordes, sans oublier les accords plaqués et arpèges glissés du gars Clément, tout roule et avance d’un même élan au sein des " Toi ", de tous les " Toi " ; chacun bien calé à sa place, au service du collectif avant tout, sans que jamais la couverture ne soit tirée à soi, ou que l’ombre d’un ego ne vienne empiéter sur les plates-bandes du voisin de scène et d’instrument ; la base de toute réussite musicale à quatre, en somme.
Sous le charme, je lance (à mon pré-ado de tout à l’heure) : " tu as vu… Pendant que les gars se dodelinent doucettement, les filles vibrent de tout leur corps, à l’unisson, ELLES ! ".
" … Ce qui les classe, bel et bien, dans la catégorie non connotée des groupes à FILLES ! Décrite par mes soins auparavant… Rien à faire ! " (je savais qu’il ne laisserait pas passer l’occasion de se désolidariser au plus vite de cette entité à galbes, seins, et cris aigus, encore étrangère à ses sens naissants, qui respire à grand-peine, tout autour !).
Une petite année et demie, tout au plus, que le trio formé de Clément Simounet (guitare, banjo), Samuel Bouc (Basse, voix, barbe et cheveux) et Maurin Zahnd (batterie) s’est réuni pour faire corps autour de LA voix qui compose et enjôle : Félix Perez ! C’est peu, pour un tel résultat. Du reste, en termes de voix, rien à dire : c’est du précis, du ténu, du qui grimpe avale ou dévale, sans moufter ; du qui trie aisément et fait son choix directement sur registre : entre aigus et graves, entre caressant et cassé. Repéré en les arcanes d’un site de musique " libre " à succès, puis carrément remarqué aux dernières Eurockéennes de Belfort, l’homme ne dispose pour l’instant que d’un simple cinq titres, pour " exister " légalement aux yeux de tous et toutes, et toutes… Surtout !

Rien à faire, leur The House On The Moon à EUX, me semble plus ouverte et paisible que l’autre, là, celle, criblée de tuyaux bâtiments et travailleurs gauches, qu’envisagent de bâtir prochainement Américains et Russes, sur notre satellite de légende, bêtement défloré de basse cupidité (vous avez dit Hélium-3 ?) à terme. Sur icelle (la Lune des You and You) l’harmonie " scène, musiciens, et féminine présence " atteint son point culminant, et déjà l’on sait que l’on ne pourra jamais en extraire que du " bon ", du rêveur, du plaisir partagé, millésimé.
Alors que le temps se fige, le bienvenu Bye Bye survient à point nommé pour annoncer le départ du quatuor en grande quête. Il était temps, car la tension entre regards empreints de jalousie (toute masculine) et les battements de mains enfiévrés (de la gent féminine) n’annonçait rien de bon à venir sous la couette pour cette nuit…
Par contre, lorsqu’il annonce que la dernière chanson du soir est dédiée à l’incontournable Joseph Arthur, qu’elle porte même son nom et tente de frayer au plus proche de l’univers musical de l’homme d’Akron (Ohio) je me surprends à calquer en tous points mon attitude sur celle de mes voisines de chapiteau, pour décoller en leur compagnie l’espace de quelques courtes minutes, dégustées… (Non, non, je ne la ferais pas cette fois, non, non, j’vous dis !).
" Jil Is Lucky… "
(… Et mes cuisses au supplice !)

22 h, et des myriades d’étoiles plus loin (observées depuis le toboggan du jardin d’enfant limitrophe) :
Après la capitale, place aux représentants de la… Capitale ! C’est en effet au tour du quintet des Jil Is Lucky, de défricher le même sillon touffu que ses congénères de parisienne résidence : armé de frisures et follicules épaisses, revêches, ou portées " façon " casque. Une entrée en matière plus que nerveuse, avec batteur posté sur une même ligne, sur pied d’égalité, dans le plus pur style " wall of sound ". Ils s’auto-annoncent fans de Léonard Cohen, ou de Jonathan Richman, et c’est l’ombre mélodique des Floyd de Waters (Roger) qui habite et enlumine une seconde chanson ponctuée de breaks saccadés, de solos plus qu’énergiques du manche.
Tout de suite, tandis que J-E-S-U-S Said fend la moiteur des premiers rangs… Je bloque sur LE t-shirt porté par l’ensemble du groupe (chanteur excepté !) un t-shirt qui me rappelle inexplicablement les récentes errances et heures " sombres " de Polnareff (Michel) au tout début du mois de mai 2007…
Une amère rêverie vite chassée par les gammes et les percus des " Jil ", qui cascadent tour à tour d’envie, en prélude à une intro très, très, Klezmer, qui dépayse un tantinet et rafraîchit les pavillons ; un mélange osé, de prime abord, mais qui prend néanmoins rapidement et qui emporte les présents de la fosse dans une folle accélération dont personne ne sortira indemne (les " trempés de la tête aux pieds " sont désormais majoritaires, céans !).

Lors de l’attaque " folk rock " suivante, je me demande pourquoi j’y entrevois parfois la " patte " de Paul Simon posée derrière ; je ne saurais le dire avec exactitude, mais c’est un fait. Quelques excès vocaux maniérés de Jil, exceptés, " ça " tourne salement bien, ce truc !
Lorsqu’il entonne " Without You… Ou-ou ! ", le public lui renvoie fièrement ses chapelets de " Hou hou-hoouu, hou hou-hou hou… Hououou ! ! ! ", sans arrière-pensées aucunes, même si les miennes ne cessent de me signaler que l’arpège en question s’en vient " chasser " sans vergogne, sur les terres dorées du The Boxer de Simon… Paul ! (Tiens, tiens, v’la que ça se précise !). Reste, que, si ce duo " guitare boisée et violoncelle du même métal " fait saliver d’aise l’ensemble des présent(e)s, l’envolée suivante se perd quelque peu dans les hauts cordages du lieu, visiblement coincée entre deux cultures, deux envies, deux héritages est (Europe) et ouest (USA) qui se repoussent plus qu’ils ne s’attirent véritablement, sur celle-ci, en tout cas. Je sens d’ailleurs mon neurone du rock baladeur piaffer d’impatience et se languir de riffs et cris primaux.

Au cours du très lent et lourd morceau de moiteur qui succède alors au brinqueballant précédent, on ne peut qu’être impressionné par la cohésion de la section rythmique – The Black Rabbi (batterie) et Superschneider (basse) – qui balade entre hargne, précision, et épaisseur, sans jamais perdre de vue la fluidité, et sa cousine… Efficacité ! En dépit de quelques errances vocales – rimant plus avec usure sous longue tournée, qu’avec manques, ou carences affichées sous cordes ! – la sauce ne cesse de monter et l’ensemble du chapiteau émarge désormais à une bonne dizaine de centimètres plus haut, au-dessus du sol humidifié de liquide ferveur. Après avoir quitté les rives occidentales de I May Be Late, nous v’la plongés dans le folklore pur et dur de nouveau ; une soudaine et festive bar-mitzvah, qui voit (et entend) le parterre taper du pied, remuer comme si sa vie en dépendait et adouber le déjà poussé sur ondes : The Wanderer ! Sur scène, les notes entrelacées de la guitare et du violon font encore monter la sauce de quelques degrés : ils sont en nage, torses nus ou dégoulinant de pores (et tissus détrempés) ce qui ne les empêche pourtant pas de relancer l’ensemble jusqu’aux prairies " Bisonées " du jeune Neil… Young ! Sur le lourd et marqué Hovering Machine, Steffen (Charron /guitare) sait que SON heure est enfin venue. Bien calé derrière la sèche pulsation de la section rythmique, il déguste lentement son passage sous sunligths : note après note, pulpe de doigts au plus près des frets, histoire que de s’en repaître jusqu’à l’extase, en " interne ". Hélas, le chapelet de notes final manque un tantinet de " sale ", souffre d’un rien d’absence de brouillon, pour arriver à mener décemment l’ensemble à terme, en dépit d’un renfort de classe et de crissant, apporté par le violoncelle d’Arnaud (Crozatier).

Au bout du compte, je ne saurais dire avec exactitude, si Jil Is lucky ? Ni même pourquoi il ne le serait, ni même en quoi ça devrait me concerner… Reste, qu’un rapide coup d’œil lancé aux survivants en errance, à la gent titubante, ou aux affalés de tous poils – désormais écroulés aux quatre coins du square ! – permet tout de même de se faire une idée, quant au résultat final de cette chaude soirée : Jil 1 - Lambdas du festival… 0 !


Jeudi 23 mai 2013 : 10249 concerts, 21942 critiques de concert, 4855 critiques de CD.
Cabaret Frappé : vos critiques de concert











