du 12 au 15 mai - Pennes Mirabeau (13) Prog'Sud, festival international de rock progressif qui se tient au Jas'Rod des Pennes-Mirabeau (13), près de Marseille, présente sa 11ème édition, avec cette année quatre soirées de musique pour découvrir pas moins de 13 formations de 8 nationalités différentes.
Lazuli (Festival Prog'Sud) - 23 mai 2009 - Jas'Rod - Les Pennes-Mirabeau En revenant jeudi de la deuxième soirée de Prog’Sud (qui était censée être la seule à laquelle j’assisterais), je ramène un festivalier tout content de trouver une voiture pour rentrer à Marseille. Patati patata, "Quoi ? Tu connais Van Der Graaf Generator ?" (je le tutoie), patati patata "Quoi ? .../...
En revenant jeudi de la deuxième soirée de Prog’Sud (qui était censée être la seule à laquelle j’assisterais), je ramène un festivalier tout content de trouver une voiture pour rentrer à Marseille. Patati patata, "Quoi ? Tu connais Van Der Graaf Generator ?" (je le tutoie), patati patata "Quoi ? Vous ne connaissez pas Lazuli ??" (il me vouvoie) "Ils sont venus ici il y a trois ans, c’était géant, ils repassent samedi, vous ne devez pas rater ça !" Moi, samedi, j’ai Francesco Bearzatti à Vitrolles. Mais la nature est bien faite et à la sortie de mon concert, je n’ai que 10 kilomètres à parcourir pour mourir moins bête.
Pour le groupe japonais (Rough & Ready), c’était cuit. Mais j’espérais arriver à temps pour la fin des Espagnols de Psicotropia. Amis lecteurs, n’hésitez pas à faire un ajout ci-dessous pour décrire leur performance car je suis arrivé au moment-même où Lazuli entrait sur scène dans la liesse générale. Je devais être un des rares spectateurs à ne pas les connaître. M’en fous, je suis sûr qu’eux ne connaissent pas Bearzatti.
Dès le titre introductif, Laisse Courir, je suis conquis par la léode de Léonetti Claude, instrument qu’il a conçu à la suite d’un accident de moto qui l’a privé de la maîtrise de sa main gauche. Ses sonorités m’évoquent la guitare de Steve Hackett qui essaierait de communiquer avec des baleines. Au jeu de l’instrument le plus original, il devance de peu Sylvain Bayol avec sa Warr guitar, genre de Chapman Stick avec plein de cordes qui doit peser l’équivalent d’un sanglier.
Achevons le chapitre visuel avec le soin indéniable que porte chaque membre du groupe à sa coupe de cheveux. A noter que le dissident capillaire, Yohan Siméon, avec sa coiffure de gendre idéal, est cantonné au fond de la scène, là-bas, au fond à gauche, dans le noir et derrière sa batterie. Bien fait ! L’autre percussionniste (Frédéric Juan) a fait des efforts, lui, de même que Dominique, Claude, Sylvain et Gédéric Byar (guitare).
Parlons plutôt musique : du vrai bon rock progressif avec des débuts de morceaux à la limite de la berceuse. Et puis ça monte, ça monte : six instruments, ça peut faire du bruit, sans compter que la voix de Dominique Léonetti monte aussi en puissance pour crier son message. On pense évidemment à Ange mais avec une voix plus proche de celle de Christophe que de celle de Christian Descamps.
D’ailleurs, ils font une reprise de Capitaine Cœur De Miel. La merveilleuse léode de Claude Léonetti fait cette fois penser aux envolées floydiennes avant que son frère ne m’arrache une larme "Je crache, je râle, poussière dans l’absolu, j’ai le cœur qui remue le couteau dans la plaie…"
Dans le rock progressif, plusieurs écoutes me sont souvent nécessaires pour apprécier. Pourtant Amnésie a fait mouche au premier coup. En revanche, Cassiopée que le public réclamait depuis un moment ne m’a plu que grâce à son putain de final et Mal De Chien m’a laissé sans réaction alors que la salle croulait sous les applaudissements. Les connaisseurs, eux, n’avaient pas besoin de prompteur pour chanter en même temps que Dominique.
Commencent les rappels qui au final dureront pratiquement aussi longtemps que le set.
D’abord trois titres, puis deux dont Mon Marim’Ba avec Alain Chiarazzo (du groupe Eclat et G.O.) en septième percussionniste. Tout le monde a alors troqué son instrument contre des baguettes autour de Frédéric et le résultat est bluffant.
Mais les festivaliers veulent raccourcir le temps d’attente avant la onzième édition. Alors, le groupe montre qu’il n’est pas pressé de rentrer à Alès et leur offre encore deux nouveaux titres.
Le son était encore excellent. Ce soir, l’ingénieur du son était celui de Lazuli. Pour jeudi, j’ai fait ma petite enquête. C’est Ali Laouamem qui était aux commandes aidé au retour par Dany Deroulle (ce dernier a fait les 10 éditions de Prog’Sud). Ils symbolisent à eux deux l’efficacité de toute une équipe emmenée par Eliane.
Le plus bel hommage aux organisateurs a été rendu par Lazuli : le groupe n’a pas oublié que c’est ce festival qui leur a donné leur première chance. Ils ont choisi comme lieu et date pour la sortie de leur nouvel album… ce soir, 23 mai au Jas’Rod ! Respect.
Setlist : Laisse Courir / Film D’Aurore / Mal De Chien / L’Impasse / Capitaine Cœur De Miel / Le Repas De L’Ogre / L’Arbre / On Nous Ment Comme On Respire / La Vie Par La Face Nord / La Belle Noirceur / Amnésie / Cassiopée
Rappels : En Avant Doute / Abime / Aimant / Essentiel / Mon Marim’Ba / Chansons Nettes / La Valse A Cent Ans
Festival Prog'Sud : Sylbàt + The D Project + Eclat - 21 mai 2009 - Jas'Rod - Les Pennes-Mirabeau Dixième édition du Festival Prog’Sud et la première pour moi. Le rock progressif, c’était ma nourriture exclusive à la fin des 70’s. Depuis, mes goûts se sont diversifiés au point que je n’en écoute pratiquement plus. Mais la nostalgie surgit en lisant les fiches sur l’historique de cette musique .../...
Dixième édition du Festival Prog’Sud et la première pour moi. Le rock progressif, c’était ma nourriture exclusive à la fin des 70’s. Depuis, mes goûts se sont diversifiés au point que je n’en écoute pratiquement plus. Mais la nostalgie surgit en lisant les fiches sur l’historique de cette musique exposées sur les murs du Jas’Rod : Genesis, Yes, King Crimson, bien sûr et… Van Der Graaf Generator, MON groupe culte.
J’ai raté hier soir Tony Levin (pour la bonne cause) et les échos sont très bons. Il a paraît-il terminé son set en jouant du King Crimson et "c’était grand" me dit un festivalier.
Soirée 100% francophone ce soir, la seule du festival. Vont en effet se succéder deux groupes français et un groupe québécois.
Sylbàt, groupe breton nous propose du rock progressif celte. Le premier titre, Bullmachine ne me laisse rien augurer de bon avec son thème répétitif joué successivement à la harpe (Clotilde Trouillaud) et à la guitare (Hélène Brunet). De plus, le final dudit morceau arrive comme un cheveu sur la soupe. Et puis ils ont la bonne idée de poursuivre avec La Valse Des Loups, pièce d’un tout autre calibre dans laquelle Clotilde, en solo à la harpe en intro nous fait tomber sous le charme. Une jolie mélodie un peu trop musclée à mon goût par la basse d’Hilaire Rama et la batterie de Patrick Boileau qui gagneraient à être plus subtiles.
La harpe, habituée à un climat plus océanique que méditerranéen devra régulièrement être accordée en tout cas au début du set. Le chaud et le froid, c’est aussi au sens figuré dans ce que nous propose le groupe. Le froid, ce sont des titres pas transcendants comme La Gigue Hantesque (humour breton), Menn ou Magmafrica (joué en rappel) dont le joli final ne fait pas complètement oublier le début… Je préfère m’attarder sur le chaud : de véritables réussites comme Androïde (encore un jeu de mot, l’An-Dro étant une danse bretonne). Les doigts de fée de Clotilde Trouillaud parcourent les cordes de la harpe. Cette fois-ci, la rythmique est à l’unisson et le crescendo du morceau me donne des frissons dans le dos.
C’est en plus le moment que choisit Hélène Brunet pour nous gratifier du plus beau solo de guitare de la soirée. Avec ses sonorités à la Robert Fripp, on aurait souhaité qu’il ne s’arrête jamais. Aussi à l’aise quand elle joue du laúd, elle était aussi en solo hier dans la soirée inaugurale. Je vais finir par regretter d’avoir participé à une bonne cause…
Après cette prouesse, elle va boire un coup. Pas de répit en revanche pour "Mélisande" Trouillaud qui nous fait une démo de virtuosité sur Mara, le morceau titre de leur opus. Mara est une petite fille curieuse, fil conducteur de l’album.
Je garde le meilleur pour la fin, la sublime Marche Des Sept Pas. La ligne mélodique, l’enchaînement harpe/guitare, le solo d’Hélène Brunet, les changements d’intensité, tout y est parfait.
Quand tout sera de ce calibre, le rock progressif sera breton.
Les québécois de D Project emmenés par Stéphane Desbiens (d’où le D) se produisent ce soir en France pour la première fois. Le premier titre joué, tiré de leur premier album, est très pêchu grâce à la guitare, la basse et la batterie. Les claviers enregistrés et le violon adoucissent un peu le propos.
On ne peut omettre d’évoquer David Gilmour lorsque Stéphane Desbiens joue de la guitare. Même sonorité, même capacité à faire pleurer un instrument qui ne lui a rien fait. C’est beau. Il pourrait s’en contenter et s’abstenir de jouer du piano (comme sur Red Mountain titre qui évoque l’Everest, montagne qui semble le fasciner). La maîtrise y est beaucoup moins grande (on va dire que c’est parce qu’il n’enlève pas sa guitare pour pianoter et que ça le gêne pour jouer). Il chante aussi. Si à l’issue de la soirée j’en arrive à avoir préféré les deux autres groupes (exclusivement instrumentaux), je me demande si ce n’est pas un peu à cause de son chant qui, sans être désagréable, ne casse pas trois pattes à un canard. Mais les compositions sont de qualité (Shimmering Lights, Radio Sherpa (instrumental), et le remarquable Hide From The Sun joué en final) et toujours ponctuées d’un long solo de Stéphane Desbiens (sa silhouette conjuguée aux effets de lumière et au son de guitare m’ont fait apparaître DG plusieurs fois dans la soirée).
L’originalité du groupe vient du Chapman Stick à 8 cordes de Mathieu Gosselin sur lequel il exerce un tapping à deux mains lui permettant de jouer de la basse de la main gauche et de la guitare de la main droite. Situé juste en face de lui, je n’ai pas perdu une miette de sa technique.
Pas de rappel pour ce groupe (il se fait tard). En regardant les affiches près de la buvette, je vois qu’Eclat se produit dans ce festival pour la septième fois. Ce soir se conjuguent deux événements : les dix ans de Prog’Sud et les vingt ans du groupe qu’ils ont choisi de fêter ici et nulle part ailleurs.
Ils vont nous proposer un survol de ces 20 ans, de Circus (1990) à l’époque où ils s’appelaient Eclat De Vers à des titres très récents (dont un hommage à la maison de disque qui les supporte depuis tant d’années) en passant par La Machine et Mare Nostrum (1997), Le Cri De La Terre, Tri Un, Energies et Mr Z. (2002).
Appuyée sur une rythmique particulièrement efficace (Fred Schneider/basse et Marco Fabbri/batterie), les claviers de Thierry Massé et la guitare d’Alain Chiarazzo jouent de fort sympathiques thèmes mélodiques. Encore une fois, c’est la guitare qui se taille la part du lion avec des soli magiques d’Alain. A noter que j’ai rarement –peut-être même jamais- assisté à un concert avec un son aussi pur. Fred est tout fier de jouer une ballade de sa composition (Médication ?) et lui aussi fait du tapping sur sa basse à 5 cordes (avec une corde en trop comme il dit).
Le jeu d’Alain me fait sur certaines pièces ;-) penser à Gilmour, sur d’autres à Santana (la moustache doit y être pour beaucoup). Les deux hommages de la soirée (Mr Z. à Frank Zappa et surtout Saboka Song (?) à Jerry Marotta m’ont laissé pantois. J’en oublie presque que leurs transitions étaient interminables. C’était peut-être dû à l’émotion provoquée par leur anniversaire. Jean-Marc Nègre les rejoint pour le seul moment vocal du set puis deux ados qui n’étaient pas nés aux débuts d’Eclat déploient une banderole pour célébrer l’événement. Alain Chiarazzo profite du rappel pour gagner le jeu des plus belles distorsions de guitare de la soirée.
Tous les artistes montés sur scène ont tenu à remercier l’accueil et l’organisation, notamment Eliane, à l’origine du projet. Il est vrai que la programmation, le site, la buvette/buffet (irrésistible et délicieuse assiette provençale !) et la qualité du son aident à comprendre la fidélité des spectateurs et de certains groupes à ce festival.
Festival Prog'sud : Sauvages Organismes Sonores + Myrath + Interpose+ Trettioariga - 2 mai 2008 - Jas'rod - Pennes Mirabeau Une soirée chargée nous attend pour ce troisième jour de festival avec quatre groupes à l'affiche. Manque d'intuition ou manque d'attention aux annonces qui auraient été faites la veille, à notre arrivée aux Pennes-Mirabeau le premier concert a déjà débuté, ayant logiquement commencé plus tôt qu'à .../...
Une soirée chargée nous attend pour ce troisième jour de festival avec quatre groupes à l'affiche. Manque d'intuition ou manque d'attention aux annonces qui auraient été faites la veille, à notre arrivée aux Pennes-Mirabeau le premier concert a déjà débuté, ayant logiquement commencé plus tôt qu'à l'habitude.
20h50 Sauvages Organismes Sonores
Un chant lyrique accompagné de percussions et des sonorités exotiques du pan de Tobago (steel drum) résonne dans la salle du JasRod. Sur la scène, tout de blanc vêtus, les trois musiciens en marcel, imprimé de l'acronyme S.O.S, et la chanteuse en toge évoluent au milieu de sculptures sonores : cristal trombone et tôle à voix de Baschet. Comme aspirés par le rythme hypnotique et les vocalises crescendo, ce n'est qu'au terme d'une explosion inéluctable de voix que l'on peut retenir son attention visuelle sur l'abondance des instruments présents sur scène, aussi hétéroclites qu'inusuels.
Pour le morceau suivant, Sam De Agostini soutient d'un groove plus "conventionnel" un sample électro, alors que Phil Spectrum se saisit d'un archet pour jouer d'un drôle d'instrument unicorde, d'aspect rudimentaire et muni d'une sorte d'antenne, posé sur ses claviers. Alain Bordes accompagne, lui, d'une rythmique de guitare un peu déjantée à la Sausage, le chant de Marie Démon qui, dans cet atmosphère quasi magmaiène, semble écrit en cobayen. Constamment présent dans le off (=les stands) du festival, ce soir le thérémin sous sa forme la plus complète (boucle de volume en plus de l'antenne habituelle) est enfin sur scène. L'instrument chatouilleux, qui crie sans même que les mains de Marie Démon ne l'éffleure, termine le morceau par un dialogue passionnel avec les claviers.
La chanteuse se tourne ensuite face à la tôle de voix, se servant de l'imposante structure en forme de losange bombé comme d'un amplificateur mécanique. Derrière ses vocalises, sonar, roulement de toms et bruit d'orage s'ajoutent tour à tour. Une machine à écrire se transforme alors en instrument de musique sous les doigts de la chanteuse avant que ne surgisse une voix synthétique futuriste marquant le départ d'un rythme techno. Phil Spectrum abandonne ses nappes à la Vangelis pour exécuter des percussions sur une batterie de casseroles couleur cuivre, interprétant une ligne mélodique que vient doubler la voix de Marie Démon.
Une introduction de clavecin et de chant aux sonorités latines viennent accueillir L'Oise a.k.a Alain Chiarrazzo : des "retrouvailles" pour la chanteuse et le guitariste qui 7 ans plus tôt étaient à l'affiche du spectacle des Quatiers Nords, L'odyssée de l'Estaque. Les 5 musiciens mettent en place un thème dégageant une incroyable puissance : un riff heavy du guitariste invité accompagné d'un pattern de batterie savamment appuyé par la frappe énergique des trois autres musiciens aux tombass. S'enchaînent ensuite chorus de clavier et de guitare dont le mélange de hard-rock et rythmique électro rappelle Engine of creation de Joe Stariani.
21h20 Le Sauvages Organismes Sonores quitte la scène déclarant "on part juste quand on commence à être chauds!", sentiment que je partage d'autant plus que j'ai raté une partie de la prestation. En tous les cas, cette demi-heure de découverte m'a largement donné envie de retrouver le groupe pour un concert complet.
21h20 Pause avant Interpose +...du moins pour le public, car sur scène on s'active ardemment pour mettre en place le plateau du groupe japonais.
21h45 Interpose +
Pour moi la prestation du groupe s'est jouée sur des bonnes premières impressions, bonnes dans le sens que la prestation m'a tout de suite séduit, mais aussi dans le sens que ces impressions se sont confirmées tout au long du concert, voire même le lendemain. En effet, dès le premier titre, avec un son plus fort que le groupe précédent (et ça c'est une impression avérée depuis le premier soir), il apparaît que les compositions sont indéniablement progressives, que les parties chantées viennent assagir les parties instrumentales, que le tout est joué par des musiciens prolixes et avec une certaine décontraction.
En formation type (guitare, clavier, basse et batterie) les instrumentistes d'Interpose + débutent par un introduction assez pêchue à plusieurs mouvements avec chorus et harmonies à la clef. L'interprétation instrumentale pourrait se suffire à elle-même et continuer à partir dans d'autres mises en places pointues, mais, non pas par la scène mais par le fond du public, la chanteuse Sayuri Aruga rejoint les musiciens pour donner une nouvelle direction au morceau, plus calme et plus aérée. Mélangeant le rock 70's , le jazz, le funk, et des aspirations métal, les compositions d'Interpose + semble ainsi s'équilibrer entre des élans instrumentaux complexes et les mélodies jazzy, pop et parfois même variété du chant en japonais. Cette sorte de compromis est mis en place par 5 musiciens talentueux. Le guitariste Jouji Iijima au jeu extrêmement fluide, alterne rythmique seventies à la wha-wha, jeu funky jusqu'aux chorus sweepés, et sait aussi bien se mettre au premier plan avec des déchirements de vibrato que se rendre discret dans un accompagnement en son clair comme sur Anonymous. Nobuo Watanabe se partage entre ses trois claviers et leurs sonorités jazzy, d'orgue Hammond, de distorsion...rivalisant ou harmonisant les soli de guitare. Le plus impressionnant est sans doute le bassiste Dani aux lignes de basses aussi originales que denses, entre accompagnement et chorus. En général relativement en retrait, cet instrument attire ce soir toutes les attentions, et pourtant son excellente prestation ne sera qu'un avant goût de ce qu'il accomplira le lendemain au sein de KBB. Le batteur Katsu Sato affiche, lui, un jeu solide servi avec beaucoup d'énergie. Quant à Sayuri Aruga, elle arrive à faire sa place dans ces compositions complexes, réussissant à placer un chant poursuivant des lignes musicales parfois bancales et périlleuses. Elle double certains chorus de guitare, et lorsqu'elle doit rester muette, elle accompagne les titres d'un tambourin, mais ne quitte jamais la scène. Le titre Aircon est ce soir celui qui reflète le mieux ce kaléidoscope musical créé par Interpose +.
A l'image du bassiste qui joue avec une aisance déconcertante, l'ensemble du quintet semble relativement détendu. Cette décontraction qui se ressent dans le jeu s'affiche d'abord de façon vestimentaire comme dans les lunettes noires de Katsu Sato ou le bandana de Jouji Iijima. Si on met volontiers cette assurance sur le compte de leur talent, le groupe, plus modeste, l'attribue au bon accueil du ProgSud et de ses organisateurs en particulier, déclarant qu'il rentrera chez-lui avec le souvenir de cette journée (de concert et de visite de l'Estaque !) et lisant un texte préparé en français : "tout le monde est gentil, nous sommes détendus". Des propos sympathiques qui précèdent le titre phare Rosetta, dont l'introduction commence à nous être familière après trois jours de festival, passée en fond sonore entre le changement de groupes.
22h40 Sur les bons conseils d'Alain Chiarrazzo : "Si vous en voulez une autre c'est le moment", la salle du JasRod plébiscite le groupe affable pour retrouver une dernière fois à travers Alive la douceur de la voix de Sayuri Aruga introduite par un piano acoustique contrebalancés par les chorus distordus de Jouji Iijima et de Nobuo Watanabe.
Nouveau changement de scène après une brève introduction de Myrath. 30 minutes avant de voir sur scène le groupe tunisien dont j'ai pu écouter quelques titres sur Myspace et qui m'avait interpelé à plusieurs titres. Déjà, c'est du métal progressif, genre gros son donc, un style moins habituel à ce festival. Ensuite la ressemblance non cachée au groupe Symphony X, sorte de mentor du groupe, qui est impressionnante surtout au niveau du chant très proche de celui Russel Allen, ce qui se fait de mieux dans le genre. Enfin, et le plus important, si Myrath n'a pas inventé un style nouveau, il apporte une touche novatrice en mélangeant un métal progressif à des sonorités arabes dans l'instrumentation et dans les lignes de chants : le côté lourd et pompeux des passages symphoniques wagnériens laisse place à l'originalité d'une musique traditionnelle héritée. Coïncidence, c'est dans cette salle du JasRod que 10 ans plus tôt j'ai pu voir pour la première fois Symphony X, qui pour l'occasion n'avait bénéficiait ni d'un bon son, ni de spectateurs en nombre (peut-être la moitié de ce soir).
23h20 Myrath
Le concert commence logiquement par l'ouverture instrumentale Intro, en quelque sorte l'Oculus Ex Inferni du groupe tunisien. Il semble qu'il ait déjà pas mal de fans au vu de l'intensité des applaudissements qui lui sont réservés alors que les musiciens prennent place dans le noir. Un glissé de guitare et Malek Ben Arbia donne le ton : rythmique grasse et grave sur la corde de mi (accordée plus bas) pour lancer All my fears. Quelques coups de ride et Saif Ouhibi le rejoint à la batterie suivi de Elyes Bouchoucha au clavier. Quant à Anis Jouini, malgré sa basse 6 cordes, la seule du festival, je ne l'entends pas. Je préfère commencer par ce point plutôt négatif, et ne plus y revenir, mais le son n'a pas été vraiment bon tout au long de la prestation : basse inaudible sauf sur My inner way joué en rappel, grosse caisse pas top, et volume de la double grosses caisses trop envahissant dès le deuxième titre Hope. Heureusement, que contrairement aux parties de batteries de Symphony X, qui sonnent souvent comme de cavalcades, l'usage des deux grosses caisses dans celles de Myrath est fait avec plus de parcimonie. Si l'empreinte du groupe de prédilection se ressent rapidement, surtout au niveau des sons de guitare et de clavier, des grosses rythmiques unicordes des couplets, des ambiances mélodiques des refrains et des duos clavier-guitare, les compositions laissent découvrir d'autres influences. On retrouve du Dream Theater surtout dans la structures des longs passages instrumentaux mais également sur des plans rythmiques comme pour l'introduction de Hope qui rappelle The mirror; des passages rythmiques caractéristiques de Pantera où se superposent rythmes binaires et terniares et des plans de percussions à la Igor Cavalera sur All my fears; des riffs façons Jeff Waters et des sons de claviers à la King Diamond sur Seven sins...Et d'autres influences qui dépassent celles du métal et qui révèlent un jeu très varié. Cette variété on la retrouve chez le batteur mais surtout chez le guitariste sur lequel reposent beaucoup d'attentes car lorsqu'on pense à Symphony X on pense immanquablement à son guitariste virtuose Michael Romeo. Et on n'est pas déçus! Malek Ben Arbia fait surgir de son instrument des rythmiques et des chorus dignes du guitariste américain en particulier sur Seven sins. Là, où c'est encore plus fort, c'est que, tel Andy Timmons, Malek Ben Arbia semble jouer "à la manière de" (son,phrasé,touché,sensibilité), principalement Michael Romeo et John Petrucci, des chorus inédits.
Et le chant ? Contrairement à l'album, il n'est pas assuré par Elyes Bouchoucha mais par Zaher Zorgati. Niveau voix on retrouve encore le bon timbre de Russel Allen, et niveau scénique on y gagne un chanteur dégagé des contraintes d'un instrument. Le clavier conserve les choeurs et les vocalises orientales de l'introduction Confession. Zaher Zorgati en plus d'une bonne voix, mélangeant subtilement la hargne du métal et les vibrations des mélodies maghrébines, dégage une bonne présence sur scène, un entrain certain. Il donne beaucoup sur ses parties et préfère s'éclipser sur les longues parties instrumentales. Cependant, il paraît par moment en décalage avec le public du JasRod. Déjà, on ne comprend pas pourquoi il prend la parole en anglais, alors qu'il parle le français, et ce sentiment d'incompréhension est d'autant plus fort qu'il semble parfois hésiter entre les deux langues. Ensuite, il essaie à plusieurs reprises d'entraîner la salle à scander des "Yeah!" mais ne trouve aucun écho dans l'assistance qui, et il n'a pas dû bien le peser, est majoritairement assise. Mais il faut lui reconnaître qu'il est opiniâtre et que finalement, en plus du soutien inconditionnel d'une fillette postée aux pieds des marches de la scène, il finit par arracher des "rock'n'roll" plus qu'enthousiastes à sa demande insistante "You wanna rock ?". Le morceau qui suit la réponse révèle d'abord une facette plus heavy du groupe, avec un chant plus personnel et plus incisif sur une rythmique assez speed, puis une facette plus cool où les "ho-ho-ho" remportent plus de succès que les "Yeah"! Ce titre qui, si je l'ai bien compris figurera sur le prochain album, montre que le groupe peut aussi se libérer de l'estampillage Symphony X.
Au terme d'un rappel et d'une heure de concert, on est convaincu que Myrath, en plus d'avoir l'étoffe du groupe si souvent cité, a une griffe bien personnelle et qu'il apporte du nouveau dans le style. Et si, on n'a en revanche pas été convaincu par le son, on peut profiter de la pause qui nous sépare du prochain groupe pour acheter le cd et découvrir les plans de basse qui sont restés, en tous les cas pour moi, seulement mimés ce soir.
0h50 "Il est largement temps" pour Alain Chiarrazzo d'annoncer Trettioariga Kriget, espérant que son appel "ne partez pas ça vaut le coup" une demi-heure plus tôt ait évité des défections dues à l'heure tardive. Avec ce dernier groupe venu de Suède, l'affiche de ce soir aura été une parfaite image de l'éclectisme de ce festival, à la fois ethnique, musical mais aussi générationnel : si Myrath est un jeune groupe émergeant,Trettioariga Kriget est fort d'une longévité commencée en 1974.
Et c'est d'ailleurs par un titre de leur premier album que le quintet a choisi de débuter le set, après que son bassiste Stefan Fredin nous a lancé un ironique "Good Morning!". Deux atmosphères différentes s'alternent dans ce morceau : une première assez hard-rock avec un riff qui aurait pu inspirer Iron Maiden pour un tire comme Phantom of the Opera sur lequel Dag Lundquist enchaîne les descentes de toms, et une autre plus calme, tempo blues-rock, où le chant en suédois du guitariste ryhtmique Robert Zima donne des allures un peu folk. Cette dernière impression est en partie due à une oreille formatée aux chants anglo-saxons, qui rend les textes dans d'autres langues vite catalogués au rang variété (italien, japonais) ou au rang folklorique. Le titre suivant ressemble à une modulation de You really got me sur lequel Christer Åkerberg derrière ses lunettes fumées et au manche de sa Stratocaster assure de bons chorus, permettant à son compagnon d'infortune d'aller chercher une autre guitare, ayant cassé une corde assez tôt dans le morceau. Ce dernier revient juste à temps pour reprendre le chant sur une ambiance des Doors mise en place par les claviers de Mats Lindberg. L'énergique Stefan Fredin, qui du haut de ses longues jambes semblent en déséquilibre permanent, se saisit alors du micro pour lancer un titre énervé, style punk-rock. S'ensuit alors un air qui rappelle Allan Parson Project, puis la mise en place de 2 coalitions : d'un côté, le bassiste qui s'est mis à la guitare et Christer Åkerberg assurent des arpèges de 6-cordes, de l'autre Robert Zima et Mats Lindberg jouent chacun d'une main sur le même clavier. Un dernier titre mélange un chant bossa-nova avec un thème à la Changes de Yes avec des descentes chromatiques... Pas le dernier titre joué ce soir par Trettioariga Kriget, mais le dernier titre après lequel on a décidé de partir à 1h40 préférant garder nos dernières forces pour la soirée du lendemain... Et quelle soirée ! (to be continued...) Réagir à cette critique