Accueil Chronique de concert Emel Mathlouthi
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Chronique de Concert

Emel Mathlouthi

Emel Mathlouthi en concert

Cité de la Musique - Marseille 19 Avril 2013

Critique écrite le par

Retrouvailles avec La Citée de la Musique, avec ses fauteuils caramel et son parquet de bois. Sans oublier un public bien présent au rendez-vous que nous a donné Emel Mathlouthi !



Mais pour commencer, ce sera une petite présentation faite par Sylvie Yvanez, qui va nous parler des projets liés à Marseille 2013, dont celui de ce soir fait partie et qui va nous emmener en Tunisie. Suivra l'Egypte au J1-Joliette le 2 Mai ... Et plein d'autres belles choses que l'on peut suivre sur leur site officiel.



L'arrivée des musiciens se fait ensuite dans un silence religieux. Puis commence une musique qui mêle avec subtilité l'électro et l'oriental ... Emel Mathlouthi entre à son tour, telle une poupée fragile, toute en cheveux, satin et bracelets. Mais très vite, c'est juste sa voix qui nous captive. C'est alors, en l'espace d'un instant, que la princesse n'a plus rien de fragile.

Le jeux de l'écho augmente encore la sensation que cette voix entre au plus profond de nous et c'est emportée par elle, que la belle commence à danser, somnambulesque, voir même presque désarticulée par moments. Puis c'est la violence des percussions qui nous frappe et amène le sentiment qu'une tempête s'abat sur nous ... Avec elle qui danse toujours devant nos yeux de façon saccadée.



"Bonsoir" nous lance-t-elle. Un poème récité en français sur le calme en introduction de Houdou et, encore une fois, l'électro qui vient se plaquer sur cette voix que l'on pourrait qualifier de traditionnelle ... Pour un mélange détonnant et superbe. Par moment, elle dévie en dehors de la ligne mélodique, pour revenir ensuite en toute plénitude. Tantôt tranchante comme une lame et l'instant d'après enveloppante, pour finir intensément puissante, sans jamais nous laisser un seul moment de répit !

La première était donc une chanson kurde et la seconde de sa composition. La troisième sera un hommage à ceux qui ont eu le courage de se battre pour "notre dignité" (écrite il y a quelques années) ... "La route est longue". Elle a pris une guitare et c'est encore un autre son, une autre étape du voyage, presque Rock cette fois. Elle arpente la scène pieds nus, dans sa tenue de princesse des 1001 Nuits. Petit moment de pure poésie de cette guitare et de sa voix à capella, avant la reprise de tous. Son visage est d'une extrême expressivité, souvent le front plissé par l'intensité des textes sans doute. Et elle termine à genoux, sur des bruits d'enfants jouant dans une cour ...



Vient ensuite une chanson sur la peur qui rend stupide, écrite en ses années d'étudiante et sous un état de droit et de sécurité. Elle danse à petits pas. Semble nous invectiver, alternant douceur et fermeté, mais toujours dans l'intensité, les mains tremblantes. Décidément, vraiment beaucoup d'émotion à partager ce soir. Avec ce subtile mélange qu'elle a, de jeunesse et d'une maturité incroyable, alliées à une liberté de son corps qu'elle fait tourner sur place à présent, dans une danse presque effrénée. Saisissant même une baguette à la volée pour aller frapper une cymbale, derrière le violon qui semble ensorcelé et les machines qui nous emportent ailleurs ... C'est définitivement une musique totalement d'un autre monde.



"Merci ! Tout va bien ? ... Nous aussi". Chanson de Farid, rappeur tunisien engagé : "Une feuille, un stylo contre le vent. Ne cache pas ce que tu vois [...] Vit la tête haute, le cœur dur. Ne laisse pas ta dignité par terre. Parle [...] Discute. Liberta !" Elle commence micro en main et je ne connais pas l'original, mais ça ne ressemble pas plus que ça à un Rap ;) . C'est une chanson à la fois très harmonique et rythmée par les percussions et le synthé. Emel engage son corps, ses bras, ses mains et finit par tomber à genoux. Puis elle jette des morceaux de papier, comme autant de revendications dans les airs et, enfin, lève son poing serré vers le ciel avant de repartir dans une danse aux gestes appuyés. Elle recommence à frapper, mais un Drum cette fois et avec des marteaux rouges, comme la lumière dans laquelle elle évolue.



"La voix de la lutte" dédiée à la Syrie. Le guitariste a les yeux clos, le visage habité. Les instruments sont pénétrants et la voix d'Emel s'élève dans toute sa pureté ... Sorte de complainte intemporelle, le corps penché en arrière, tête vers le ciel. Elle reprend sa guitare, nous souffle de nouveau le chaud et le froid de sa voix incroyable, frappe des pieds et danse en tenant sa longue jupe d'une main.

Ils se retrouvent tous les trois ensemble en devant de scène, elle tout sautillante avec sa guitare. Le public, lui, ne tient plus en place, bien qu'assis. Le violon s'affole et ils prennent la pause, avant que de terminer sur des cordes presque espagnoles, un grand cri et des coups de tête échevelés (sans oublié un cajón d'une rapidité redoutable).



Les musiciens quittent la scène et elle reste seule avec une guitare, mais électrique cette fois. Ce sera une petite pause de deux chansons en solo avec, pour commencer, une reprise de Björk comme je n'en avais jamais entendue. Sa voix et quelques accords plaqués ... Une cover certainement aussi magique que l'original, mais dans un style bien à elle, avec des échos enregistrés à l'infini. Puis, sur le même mode, une chanson sur le moyen-orient qu'elle n'a pas chanté depuis longtemps. Plus "classique" si je puis dire, mais toute aussi emplie de grâce et de poésie.

"Merci ! Je vais à présent rappeler mes camarades" pour une autre chanson un peu ancienne, qui nous dit que la liberté ne meurt pas contre les murs : Yezzi (Ça suffit). Sa voix se fait plus grave cette fois, pour une musique plus intense et un peu plus sombre aussi. Elle parcourt la scène micro en main. Puis tout s'accélère et s'enflamme pour la faire danser sans retenue, avant de retomber dans une mélodie très entrainante, avec beaucoup de corde (surtout du violon). Le public se met à frapper des mains de concert avec elle et le tout se termine à capella ! Quel incroyable partage, vraiment !!



Dernière chanson ... "Vous ne protestez même pas ?!?" Je crois que c'est surtout parce qu'on est assez scotchés en fait ! Celle-ci aussi remonte à quelques années : c'est Ma Lkit, en réaction à ce qui c'était passé à Gaza. "Et elle est spécialement dédiée à quelqu'un qui est là ce soir et avec qui j'ai fait mes premiers pas dans la musique Electro ... Germain (Samba) du groupe Meï Teï Shô" Elle se cache les yeux d'une main et nous offre une nouvelle fois un drôle de mélange Electro-Oriental, qu'elle assure intensément avec des mouvement saccadés qui donnent beaucoup de force à l'ensemble. Reprise Electro, après la pause, d'une voix "qui pleure" assez détonnante ! Ne reste que la percu et les machines à la fin, les autres frappant dans leurs mains et Emel dansant comme une déchainée ... Très intense comme final. Et le salut me fera sourire, avec elle si petite au milieu des garçons ... "Et un bisou à la maman de Karim !" (qui sans doute est là ce soir).



Lorsqu'ils reviennent, c'est pour encore pour un moment de plaisir partagé. "Merci à vous ! Vraiment, c'est un bonheur de jouer à Marseille. Aujourd'hui, je me suis sentie chez moi en Tunisie !" Alors elle nous propose même de continuer jusqu'au matin ;) !! On repart sur Al Bab, une chanson tunisienne qui parle de la condition de la femme et qu'elle nous danse avec toujours autant de grâce. Morceau plus traditionnel, jusque dans son orchestration, très connu en Tunisie. Et Emel la chante avec un sourire quasi permanent sur les lèvres et beaucoup de trémolos dans la voix. C'est très festif, empli de danse et elle est reprise dans le public par tous ceux qui la connaissent (ou sous forme de La La La pour les autres !) Ce mélange des deux la faisant encore plus sourire, si cela est possible. Elle semble dialoguer avec le violon, qui lui répond, et cela se termine de façon tourbillonnante, avec une belle clappe de la salle pour accompagner les karkabous qu'ils ont tous attrapé. Emel et Zied Zouari partent même se balader dans la salle pendant que les autres se mettent autour du jumbé ... Puis ils sortent en file indienne, le laissant seul pour un festival solo de percussions qui va carrément être décoiffant !!



A leur retour, ils encouragent tout le monde à se lever pour danser avec eux. Une ambiance de folie, avec un violon qui s'emballe. Ils saluent de nouveau devant une salle debout qui en réclame déjà une autre ! "Merci infiniment pour votre accueil et votre générosité !" La dernière sera une sorte d'hommage de ce grand rassemblement Place de la Bastille qui a eu lieu à Paris le 13 Juillet 2007, avec les Rythmes Africains. Elle est destinée à tous ces pays opprimés à travers le monde. Elle parle des hommes libres (Emel en traduit les premières phrases) ... Ma Parole Est Libre !! Elle prend place assise sur la grosse caisse pour cette chanson douce et tendre. Une mélodie chantante avec beaucoup d'intensité, poignante même par moment. Si proche dans le partage. Comme si elle nous parlait et que l'on comprenait tout ... Un dernier moment extrêmement fort et chargé en émotions. Le texte en sera même en français sur la fin, avec ses remerciement à Lounes Matoub, son auteur. Elle salue une dernière fois, les cheveux touchant terre, et en nous lançant : "La lutte continue en Tunisie comme ailleurs !!"



Emel Mathlouthi : Chant & Guitare
Zied Zouari : Violon
Emmanuel Trouve : Clavier & Machines
Karim Attoumane : Guitare
Imed Alibi : Percussions

Setlist
1 - Dfina
2 - Houdou
3 - Ethnia
4 - Helma
5 - Liberta
6 - Hinama
7 - All Is Full Of Love (Björk)
8 - Stranger
9 - Yezzi
10 - Ma Lkit
-------------------------
11 - Al Bab
12 - Kelmti Horra

Chronique réalisée par l'équipe de Concerts en Boîte

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