Accueil Chronique de concert Heretoir + Der Weg Einer Freiheit
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Chronique de Concert

Heretoir + Der Weg Einer Freiheit

Heretoir + Der Weg Einer Freiheit en concert

Petit Bain, Paris 28 septembre 2025

Critique écrite le par


Retour heureux à cette charmante barge sur la Seine qu'est Petit Bain, pour une troisième venue. On a déjà vu ici du surf et du rock, mais jamais des musiques brutales. Petit point délicat avec celles-ci dans une si 'petite salle' : les 105 dB(A) réglementaires, bien respectés à la console grâce à un Ingé'son très attentif, produisent quand même un volume un peu plus bas qu'on ne l'aurait voulu. "Si c'est pas assez fort, c'est que vous êtes trop vieux !" : ça fait déjà plusieurs chroniques de metal qu'on a du retourner le fameux adage de Ted Nugent...


Week-end un peu thématique par ailleurs puisque la veille, coïncidence ? I think not... On a fêté en Alsace l'anniversaire cinquantenaire d'un ami metalleux, avec tenues thématiques de rigueur pour tout le monde, SVP. Hélas, on a pas pu garder jusqu'à ce soir nos délicieux minois repeints façon "corpse paint" (tronche blanche, yeux noircis et traits sinistres en sus), puisque ce maquillage vient du black metal et que la thématique de ce soir ... c'est le death metal. Ce serait donc totalement hors sujet, vous en conviendrez ! Ou pas, si vous êtes déjà perdu... Allez promis, encore une appellation chelou et on passe à la suite ...


Le premier groupe s'appelle donc Heretoir, et Wikipédia dit que ce serait, accrochez-vous, du "blackgaze"... Nom de Lemmy ! 4 éditions au Hellfest et moi non plus, voyez-vous, je n'ai pas encore fait le tour des sous-sous-genres possibles dans le maitholle ! Quoi qu'il en soit : Heretoir a un line-up composé d'une belle collection capillaire, comme le remarque mon Amoureuse : dreadlocks, cheveux longs, cheveux courts et crane rasé (ou chauve ?). Il envoie une musique pas si souvent metal, plutôt rock façon shoegaze en fait (d'où l'appellation j'imagine ?) voire post-rock, armé de trois guitares donc (en général) au moins une en trop.


Des plages qui se veulent planantes, mais des mélodies complexes, trop sans doute - les trois guitares, non ? - et des digressions metal qui finissent de me perdre un peu (ex : sur Solastalgia, qui partait pourtant bien). La voix est aussi souvent un peu masquée par les 18 cordes, dommage car elle est plutôt belle... Sympathique mais pas inoubliable, à mon goût le groupe est sans doute bon techniquement, mais manque de chansons et de mélodies qui restent... à part peut-être la dernière, brutale et inspirée, vraiment chouette. A laisser mûrir ?


Avec son introduction sur un morceau entier de Dead Can Dance (ouah, ça faisait longtemps ! pas réentendu ça depuis 1998 !), en plus d'une filiation inattendue, Der Wer Einer Freiheit annonce la couleur d'un concert plus mystique et aussi plus net, où les mélodies seront toujours discernables et compréhensibles, même dans un mix death metal. Ce groupe nous avait déjà tapé dans l'oreille par son élégance (dans le style) au Hellfest 2023, d'où notre présence ici - oui oui, un dimanche soir à 850 km de chez nous et pour deux groupes de death metal allemands, parfaitement...


Si la part belle va être donnée à leur dernier (et très bon) album paru il y a seulement quelques jours, pas de soucis : on a déjà eu le temps d'y goûter avec gourmandise et il est aussi classieux que les précédents. Puisque si vous êtes encore là, vous êtes sans doute metalleux.se, on ne saurait trop vous conseiller d'y jeter une oreille.... Car avec le temps on a appris à différencier dans le death metal, plusieurs sous-styles et en l'occurrence, si "tout le monde" peut hurler (ce n'est "que" de la technique vocale) ou jouer de la double caisse (ce n'est "que" de la technique musculaire), rares sont les groupes qui arrivent à y composer des mélodies audibles, et donc des chansons marquantes... Or DWEF en fait partie, tout comme, par exemple, Regarde Les Hommes Tomber !


En début de concert, un détail va pourtant me faire souffrir : le son de la double caisse justement, qui évoque d'abord littéralement des coups de cuiller en bois donnés sur un seau en plastique retourné... Mais je vois bien que l'Ingé'son transpire pour faire au mieux (branlant tout du long ses potards au rythme du boum-boum, sans doute pour ne pas dépasser les fatidiques 105 dB(A)) et il finira, heureusement, par réussir à sortir un son propre au bout de quelques minutes...


Dès lors plus rien ne s'oppose à ce qu'on parte avec eux, au fil de morceaux souvent mid-tempo et planants, joués avec des arrangements de brutes épaisses (très beau jeu de lessiveuse chevelue à signaler par ailleurs, côté gauche) - citons Vergängnis qui a marqué notre décollage, voix en murmure menaçant derrière un mur de son ! Le chanteur étant peu bavard, les quelques mots au public sont longs à venir mais ils seront très sympas. On situera notre climax sur Eos, au son parfait cette fois, tout comme Finisterre II, à l'intro calme qui masque un beau déchaînement de violence maîtrisée... Planance et puissance, les deux mamelles du metal qui fascine !


On passe donc la fin du concert en apesanteur (alors que nos pieds sont sans doute bien posés sous le niveau de la Seine) - dans une langue certes inconnue depuis notre tentative de l'apprendre au lycée au siècle dernier mais pour le coup, on ne comprend généralement rien dans ce style, donc... Très logiquement le groupe finit le concert sur la dernière chanson de son nouvel album Innern : Forlorn est encore un titre à détonation différée, commencé lent et voix claire angélique, fini speed et hurlé infernal : fantastique / fantastisch !


Grosse soirée de pur plaisir metal, manifestement partagé à en voir la queue au merchandising peu après. On repartira avec un T-shirt et le dernier vinyle : tarif syndical minimum pour un groupe de cette classe. Bis bald ?

Setlist :
The Host of Seraphim (Dead Can Dance)
Marter
Xibalba
Immortal
Einkehr
Vergängnis
Eos
Finisterre II
Monument
Ruhe
Aufbruch
Forlorn