Chronique de Concert
Interview de Johnny Casino

Peu d'artistes incarnent l'esprit du rock'n'roll avec autant de naturel et de passion que Johnny Casino aka Johnny Spittles. Depuis ses débuts avec le groupe culte australien Asteroid B-612 jusqu'à sa carrière solo entre l'Australie et l'Espagne, il n'a cessé d'évoluer, guidé par l'instinct, l'honnêteté et l'émotion brute. Connu pour ses riffs de guitare incendiaires, son écriture sincère et son intensité sur scène, il trace un parcours singulier dans le paysage rock. À l'approche d'une nouvelle tournée européenne, avec un passage très attendu à Rennes le jeudi 22 mai 2025, nous avons échangé avec lui sur son parcours, sa musique, et les histoires qui entourent son dernier album High Stone.
Depuis tes débuts avec Asteroïd B 612, tu as expérimenté beaucoup de styles différents en gardant toujours ton style incomparable. Comment décrirais-tu ton style actuel et comment as-tu réussi à développer ton univers au fil des années ?
Johnny Casino : Je ne suis pas sûr d'avoir un jour consciemment recherché un "style" ou une "image". Peut-être que quand j'étais plus jeune, je reflétais davantage la musique que j'écoutais à l'époque ? Mais j'ai toujours voulu jouer avec le coeur, chanter ou écrire des choses qui reflètent mes pensées ou idées, et être passionné par ce que je fais. Je dis toujours : "il faut d'abord savoir s'exciter soi-même avant de pouvoir espérer exciter les autres". Donc si la musique ne me touche pas, comment pourrait-elle toucher les autres ? Je vis et je joue toujours dans l'instant présent. Parfois, ces moments sont sauvages, libres et incroyables, d'autres fois, il faut se battre bec et ongles pour aller jusqu'au bout... mais quoi qu'il arrive, c'est toujours honnête et brut.
Maître des riffs et des guitares explosives, on parle souvent de toi comme étant un artiste au son rock puissant. D'où vient cette énergie ?
Pour moi, il n'y a pas de rock sans roll ! Si ça fait juste "rocker", ça ne m'impressionne pas vraiment. Je veux que mes hanches bougent de gauche à droite, et c'est là qu'intervient le "roll". Il m'arrive, juste avant un concert, de me demander si l'énergie sera là, mais la puissance de la musique ou de la chanson me saisit toujours et m'oblige à tout donner !
Qu'est-ce que tu apprécies tant dans ces instruments ? As-tu une guitare préférée ?
Pour moi, les vieilles guitares sont vraiment belles, parfois même sensuelles. Elles ont des lignes et des courbes comme les vieilles voitures de collection, et surtout elles ont un SON ! Chacune a un son différent, unique, et la plupart te demandent ou t'obligent à les jouer différemment. L'ensemble de tout ça me fascine. J'ai plus de guitares qu'il ne m'en faut, mais chacune raconte une histoire ou contient un type de chanson particulier. Comme je l'ai dit, certaines demandent à être caressées, d'autres sonnent mieux quand on les joue fort. Et chaque jour, je découvre de nouvelles façons intéressantes de les utiliser. C'est comme choisir entre ses enfants : il est difficile d'avoir une préférée.
Peux-tu nous parler un peu de l'histoire dingue de ton album High Stone, conçu successivement à Olde Richmond (Philadelphie), Greenrock Recorders (Pennsylvanie) et chez Mike Mariconda (Espagne) ?
J'ai vécu à Philadelphie pendant environ 3 ans entre 1997 et 2001, donc j'ai beaucoup d'amis et de gens que je considère comme de la famille là-bas. Au fil des années, j'ai souvent visité cette région des États-Unis. En mars 2020, je me suis retrouvé coincé à Philadelphie quand la pandémie a commencé. Heureusement pour moi, j'avais de la famille sur place pour m'héberger. Pendant ces 5 semaines sans moyen de rentrer en Espagne, j'ai commencé à enregistrer l'album High Stone. Quand j'ai enfin pu rentrer, l'album n'était pas terminé. En 2023, j'ai pu retourner à Philly et finir l'enregistrement dans le studio de mon ami Greenrock Recorders. J'ai ensuite ramené l'album non mixé en Espagne et c'est Mike Mariconda (qui vivait près de Valence) qui s'est chargé du mixage et du mastering. On avait déjà brièvement travaillé ensemble sur un album de Los Chicos (un super groupe de Madrid).
Originaire d'Australie, tu vis maintenant en Espagne. Est-ce que la vie d'un musicien rock en Espagne est comparable à celle de l'Australie ?
Il y a énormément de différences entre vivre en Espagne et en Australie. La principale, c'est qu'il m'est totalement impossible de vivre de ma musique en Australie. Pour un musicien de mon niveau de "succès", c'est impossible de vivre des concerts ou des ventes de disques. Il y a aussi beaucoup moins d'endroits pour jouer, et les tournées sont très difficiles avec les énormes distances entre les villes (souvent plus de 1000 km !). En vivant en Espagne, je suis proche de la France, qui est elle-même proche de l'Italie, de l'Allemagne, etc., ce qui rend les tournées plus accessibles - et donc les ventes de disques chaque soir plus viables. Si tu es très connu en Australie, tu peux t'en sortir, mais ma musique a toujours été mieux accueillie en Europe.
Y a-t-il de grandes différences culturelles entre les deux pays qui influencent un peu ta vision artistique ?
Je pense qu'il existe de nombreuses différences culturelles entre l'Australie et les villes européennes. L'Australie est encore un pays très jeune, et à mes yeux, bien plus tourné vers l'économie et les grandes entreprises que vers la culture et les arts. C'est un pays vaste et magnifique, mais il semble vouloir trop suivre le modèle américain, cette machine économique qui détruit pour reconstruire, sans aucun scrupule à perdre l'histoire ou la culture, ni à ignorer le sort des gens. Je comprends que ce soit aussi le cas dans certaines villes européennes, mais il me semble qu'en Europe, il y a un plus grand respect pour les arts et la culture.
Radio Birdman, Stooges, MC5, voilà autant de groupes qui semblent être dans ton ADN musical. Mais pour toi, quels sont les groupes qui t'ont donné cet amour absolu du rock'n'roll ?
Des groupes comme les Stooges ou le MC5 sont arrivés plus tard pour moi. Au départ, c'était The Easybeats, The Hollies, The Rolling Stones, Buddy Holly, Chuck Berry, Del Shannon... J'avais 14 ans et je jouais dans le groupe de mon oncle pour des fêtes. Puis à 16 ans, quand j'ai commencé à sortir seul ou avec des amis dans les bars, c'était The New Christs, The Celibate Rifles, The Died Pretty, et plein d'autres groupes australiens qui jouaient en live à Sydney à cette époque. Ensuite sont venus The Flamin' Groovies, Roky Erickson, Sonic's Rendezvous Band, Patti Smith, Television, The New York Dolls, et beaucoup de groupes des années 60 comme Love, The Doors, The Remains, The Standells, Lee Hazelwood, The Beach Boys... Mon éducation musicale a été large et ouverte. Il y avait toujours de la musique à la maison : country, rock'n'roll, musique populaire... mais toujours de la musique. Je pourrais écrire une page entière de groupes que j'écoute et que j'adore, mais disons simplement que j'aime vraiment la musique que j'aime !
Pour ta nouvelle tournée, tu viendras jouer le 22 mai 2025 à la Salle de la Cité, un lieu rock mythique à Rennes. Quel est ton sentiment à l'approche de cette soirée ?
Comme toutes les soirées que je passe à Rennes : du bon temps ! Et j'ai de la chance, car ça semble bien parti pour se reproduire le jeudi 22 mai à la Salle de la Cité ! J'en profiterai aussi pour passer chez Rockin Bones Records, voir notre vieil ami Seb et fouiller un peu dans les bacs. J'espère voir plein de copains passionnés de musique à Rennes les 22 et 23 mai !
Critique écrite le 16 mai 2025 par Stef Perraux
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