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Chronique de concert mgk (Machine Gun Kelly)
Vendredi 10 avril 2026 : 6417 concerts, 27528 chroniques de concert, 5434 critiques d'album.
Chronique de Concert
mgk (Machine Gun Kelly)
La tournée Lost Americana de mgk (anciennement Machine Gun Kelly) fait escale en France, toujours à Paris, cette fois à l'Adidas Arena. La dernière apparition du natif de Cleveland dans la capitale remontait au Zénith en 2022, avant un passage remarqué au Hellfest en 2023. Son retour était donc attendu, d'autant plus avec un nouvel album à défendre.

La date n'est pas officiellement sold out, mais la salle en donne l'impression. L'Adidas Arena est bien remplie, le public présent dès les premières minutes. Il faut dire que depuis 2019, Colson Baker a opéré un virage artistique radical. Si Hotel Diablo amorçait déjà une transition plus rock que rap, c'est avec Tickets To My Downfall puis Mainstream Sellout que mgk a pleinement embrassé le pop-punk. Avec Lost Americana, sorti en août 2025, l'artiste élargit encore son spectre : un album orienté alternative pop / emo midwest, sans jamais renier ses racines rock.
Dès l'entrée dans la salle, on comprend que la soirée ne sera pas ordinaire. La scène est dissimulée derrière d'épais rideaux rouges. Au-dessus, une Statue de la Liberté déformée domine l'espace, comme figée entre chute et résurrection. Un bras gigantesque fend l'air. L'esthétique est cinématographique, presque dystopique. Les lettres " lost americana " ornent le dessus de la scène.

Lorsque les lumières s'éteignent, mgk surgit au coeur de cette structure monumentale, avec sa veste rouge et blanche, à l'effigie de l'album. Plusieurs fans portent d'ailleurs la même veste. Le concert démarre sans détour avec l'introduction de son nouvel album, "outlaw overture". Guitares tendues, batterie martiale, intensité immédiate. Le ton est donné : ce sera spectaculaire, frontal, assumé. L'enchaînement "starman", "don't wait run fast" fait son effet en live, et les premiers rangs exultent.
Puis vient un mashup explosif réunissant "maybe", "Wild Boy" et "El Diablo", rappelant que mgk reste avant tout un rappeur à l'origine. Entendre ces anciens titres fait plaisir, même si l'accent est clairement mis sur Lost Americana et Tickets To My Downfall, avec neuf morceaux issus de chacun des deux albums. Sur "bloody valentine", plusieurs fans ont l'occasion de monter sur scène pour danser avec lui ; il emprunte même le béret rouge d'une jeune spectatrice, dans un moment aussi spontané que complice.

La scénographie évolue constamment : plateformes mobiles, projections, danseurs, effets pyrotechniques. Chaque tableau semble pensé pour marquer les esprits. mgk assume pleinement cette démesure à l'américaine, alternant posture de rock star et échanges plus intimes avec son public.
Il faut également souligner le rôle essentiel de ses musiciens live. À la guitare, Sophie Lloyd impose une présence à la fois technique et charismatique, ses riffs précis venant densifier l'ensemble sans jamais chercher à voler la vedette. Derrière les fûts, Rookxx assure une frappe puissante et rigoureuse, véritable colonne vertébrale du show, capable de passer d'un groove pop-punk efficace à des passages plus lourds sans perdre en impact. À la basse, BazeXX apporte une assise solide et une énergie constante, tandis que Justin Lyons, à la guitare, complète le spectre sonore avec justesse et équilibre. Enfin, Slimxx aux claviers enrichit les morceaux de textures et d'ambiances essentielles, notamment sur les titres les plus mélodiques. Tous affichent une cohésion évidente et une vraie intensité scénique, soutenant mgk avec assurance tout en laissant naturellement la lumière au frontman.

Au cours du show, il confie avoir dîné avec Pharrell Williams quelques heures plus tôt. Il évoque une période de doute, expliquant se montrer dur envers lui-même. Selon lui, Pharrell lui aurait dit : "Il te manque la conviction. Pourquoi toutes ces personnes sont convaincues de qui tu es, alors que toi, tu continues à te demander qui tu es vraiment ?" Face à l'énergie du public parisien, dans un pays dont il ne parle pas la langue, mgk affirme avoir retrouvé une forme de certitude : "En venant ici et en voyant ça, je sais qui je suis." Il rappelle également avoir enregistré neuf titres inédits avec Pharrell en seulement 48 heures.
Malgré la machinerie impressionnante, le concert ménage des moments plus dépouillés. À mi-parcours, mgk rejoint une petite scène installée au coeur du public. Le tempo ralentit, la voix se fait plus fragile. La salle, quelques minutes plus tôt en ébullition, se tait presque naturellement. Entre deux morceaux, un streamer apparaît sur les écrans géants pour critiquer le mgk "emo rock" et affirmer préférer l'époque "Rap Devil". La séquence, évidemment scénarisée, déclenche les rires : l'histoire se conclut par la "conversion" du fameux streamer, désormais habillé comme mgk sous l'influence de sa petite amie.

Dans cette configuration plus intime, mgk entame en acoustique "Who I Was", enchaîne avec "times of my life", puis improvise quelques notes de "Wonderwall" d'Oasis. Ce moment suspendu se conclut avec "Trap Paris", comme un clin d'oeil appuyé à la ville hôte. La reprise d'"Iris", interprétée avec Julia Wolf, apporte une respiration mélodique supplémentaire ; l'alchimie vocale fonctionne naturellement.
Tout n'est pas parfaitement millimétré. Quelques hésitations, un instant plus difficile lorsqu'il peine à interpréter "twin flame", submergé par l'émotion. Loin d'affaiblir le concert, ces fragilités rappellent qu'il s'agit d'une performance vivante. "play this when I'm gone", dédié à sa fille, prend une dimension particulière, accompagné d'images personnelles projetées en fond. L'émotion est palpable, sincère.

Le show réserve également une parenthèse plus metal avec "DAYWALKER", preuve supplémentaire de la polyvalence de l'artiste. Un album entièrement metal ? L'idée semble moins farfelue qu'elle n'y paraît. La dernière partie du concert reste tout aussi solide : "Lonely Road" fait chanter l'Arena à l'unisson, tout comme "cliché" et "nothing inside".
Pas de rappel, mais une conclusion énergique sur "vampire diaries", où mgk reproduit la chorégraphie du clip entouré de ses deux danseuses.

Ce qui ressort de cette date parisienne, c'est cet équilibre permanent entre grand spectacle et confession intime, entre ironie et vulnérabilité, entre nostalgie pop-punk et production contemporaine. Sur scène, Lost Americana devient un univers cohérent où l'excès visuel encadre une narration plus personnelle.
À l'Adidas Arena, mgk n'a pas simplement enchaîné 33 morceaux. Il a construit un récit. Une fresque moderne et spectaculaire, parfois théâtrale, traversée par des instants où le décor s'efface au profit de la voix. Une démonstration supplémentaire de son amplitude artistique, du rap au rock, en passant par la pop et même la danse. On espère le revoir très bientôt.
Photos : Florentine Pautet

La date n'est pas officiellement sold out, mais la salle en donne l'impression. L'Adidas Arena est bien remplie, le public présent dès les premières minutes. Il faut dire que depuis 2019, Colson Baker a opéré un virage artistique radical. Si Hotel Diablo amorçait déjà une transition plus rock que rap, c'est avec Tickets To My Downfall puis Mainstream Sellout que mgk a pleinement embrassé le pop-punk. Avec Lost Americana, sorti en août 2025, l'artiste élargit encore son spectre : un album orienté alternative pop / emo midwest, sans jamais renier ses racines rock.
Dès l'entrée dans la salle, on comprend que la soirée ne sera pas ordinaire. La scène est dissimulée derrière d'épais rideaux rouges. Au-dessus, une Statue de la Liberté déformée domine l'espace, comme figée entre chute et résurrection. Un bras gigantesque fend l'air. L'esthétique est cinématographique, presque dystopique. Les lettres " lost americana " ornent le dessus de la scène.

Lorsque les lumières s'éteignent, mgk surgit au coeur de cette structure monumentale, avec sa veste rouge et blanche, à l'effigie de l'album. Plusieurs fans portent d'ailleurs la même veste. Le concert démarre sans détour avec l'introduction de son nouvel album, "outlaw overture". Guitares tendues, batterie martiale, intensité immédiate. Le ton est donné : ce sera spectaculaire, frontal, assumé. L'enchaînement "starman", "don't wait run fast" fait son effet en live, et les premiers rangs exultent.
Puis vient un mashup explosif réunissant "maybe", "Wild Boy" et "El Diablo", rappelant que mgk reste avant tout un rappeur à l'origine. Entendre ces anciens titres fait plaisir, même si l'accent est clairement mis sur Lost Americana et Tickets To My Downfall, avec neuf morceaux issus de chacun des deux albums. Sur "bloody valentine", plusieurs fans ont l'occasion de monter sur scène pour danser avec lui ; il emprunte même le béret rouge d'une jeune spectatrice, dans un moment aussi spontané que complice.

La scénographie évolue constamment : plateformes mobiles, projections, danseurs, effets pyrotechniques. Chaque tableau semble pensé pour marquer les esprits. mgk assume pleinement cette démesure à l'américaine, alternant posture de rock star et échanges plus intimes avec son public.
Il faut également souligner le rôle essentiel de ses musiciens live. À la guitare, Sophie Lloyd impose une présence à la fois technique et charismatique, ses riffs précis venant densifier l'ensemble sans jamais chercher à voler la vedette. Derrière les fûts, Rookxx assure une frappe puissante et rigoureuse, véritable colonne vertébrale du show, capable de passer d'un groove pop-punk efficace à des passages plus lourds sans perdre en impact. À la basse, BazeXX apporte une assise solide et une énergie constante, tandis que Justin Lyons, à la guitare, complète le spectre sonore avec justesse et équilibre. Enfin, Slimxx aux claviers enrichit les morceaux de textures et d'ambiances essentielles, notamment sur les titres les plus mélodiques. Tous affichent une cohésion évidente et une vraie intensité scénique, soutenant mgk avec assurance tout en laissant naturellement la lumière au frontman.

Au cours du show, il confie avoir dîné avec Pharrell Williams quelques heures plus tôt. Il évoque une période de doute, expliquant se montrer dur envers lui-même. Selon lui, Pharrell lui aurait dit : "Il te manque la conviction. Pourquoi toutes ces personnes sont convaincues de qui tu es, alors que toi, tu continues à te demander qui tu es vraiment ?" Face à l'énergie du public parisien, dans un pays dont il ne parle pas la langue, mgk affirme avoir retrouvé une forme de certitude : "En venant ici et en voyant ça, je sais qui je suis." Il rappelle également avoir enregistré neuf titres inédits avec Pharrell en seulement 48 heures.
Malgré la machinerie impressionnante, le concert ménage des moments plus dépouillés. À mi-parcours, mgk rejoint une petite scène installée au coeur du public. Le tempo ralentit, la voix se fait plus fragile. La salle, quelques minutes plus tôt en ébullition, se tait presque naturellement. Entre deux morceaux, un streamer apparaît sur les écrans géants pour critiquer le mgk "emo rock" et affirmer préférer l'époque "Rap Devil". La séquence, évidemment scénarisée, déclenche les rires : l'histoire se conclut par la "conversion" du fameux streamer, désormais habillé comme mgk sous l'influence de sa petite amie.

Dans cette configuration plus intime, mgk entame en acoustique "Who I Was", enchaîne avec "times of my life", puis improvise quelques notes de "Wonderwall" d'Oasis. Ce moment suspendu se conclut avec "Trap Paris", comme un clin d'oeil appuyé à la ville hôte. La reprise d'"Iris", interprétée avec Julia Wolf, apporte une respiration mélodique supplémentaire ; l'alchimie vocale fonctionne naturellement.
Tout n'est pas parfaitement millimétré. Quelques hésitations, un instant plus difficile lorsqu'il peine à interpréter "twin flame", submergé par l'émotion. Loin d'affaiblir le concert, ces fragilités rappellent qu'il s'agit d'une performance vivante. "play this when I'm gone", dédié à sa fille, prend une dimension particulière, accompagné d'images personnelles projetées en fond. L'émotion est palpable, sincère.

Le show réserve également une parenthèse plus metal avec "DAYWALKER", preuve supplémentaire de la polyvalence de l'artiste. Un album entièrement metal ? L'idée semble moins farfelue qu'elle n'y paraît. La dernière partie du concert reste tout aussi solide : "Lonely Road" fait chanter l'Arena à l'unisson, tout comme "cliché" et "nothing inside".
Pas de rappel, mais une conclusion énergique sur "vampire diaries", où mgk reproduit la chorégraphie du clip entouré de ses deux danseuses.

Ce qui ressort de cette date parisienne, c'est cet équilibre permanent entre grand spectacle et confession intime, entre ironie et vulnérabilité, entre nostalgie pop-punk et production contemporaine. Sur scène, Lost Americana devient un univers cohérent où l'excès visuel encadre une narration plus personnelle.
À l'Adidas Arena, mgk n'a pas simplement enchaîné 33 morceaux. Il a construit un récit. Une fresque moderne et spectaculaire, parfois théâtrale, traversée par des instants où le décor s'efface au profit de la voix. Une démonstration supplémentaire de son amplitude artistique, du rap au rock, en passant par la pop et même la danse. On espère le revoir très bientôt.
Photos : Florentine Pautet
Critique écrite le 09 mars 2026 par Florentine Pautet





