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Chronique de Concert

Styleto

Styleto en concert

Le Moulin - Marseille 12/04/2025

Critique écrite le par

(Attention : ceci n'est pas tout à fait une critique du concert de Styleto)

Que se passe-t-il avec le Monde ? En l'espace de 72 heures, j'ai traversé deux réalités aussi dantesques qu'un zapping d'insomnie où se seraient enchaînés devant des yeux rougis un téléfilm érotique américain où un acteur au cou huilé au fond de teint ramone consciencieusement la cuisse d'une pauvre fille à la peau trop blanche venue de l'Arkansas, et disons une rediffusion de Camping Paradis où des acteurs dépressifs tentent de singer des vaudevilles sur fond d'intrigues à voiturettes. C'est que le hasard m'a conduit successivement, et deux fois un peu malgré moi, à assister, dans l'ordre, à la deuxième date de la nouvelle tournée de Buñuel au Molotov le mercredi (cf chronique un peu évasive publiée sur ce même portail), et au concert (apparemment un peu déserté au vu des scores habituels de la dame) de Styleto au Moulin le samedi qui suivait.

Dans les deux cas, je ne connaissais pas.

Pas plus la (plus tout à fait) nouvelle aventure sonore du (apparemment) légendaire ex-chanteur d'Oxbow avec ce trio d'italiens serrant les dents, que le "nouveau phénomène TikTok" français (apparemment) en vogue dans tous les téléviseurs de TF1 et sur les écrans YouTube.

Bon, le premier, c'était sur recommandation insistante d'érudits-post-rock et le second, par pure solidarité amicale pour les tenanciers de la baraque avec lesquels j'étais convié à venir croiser le coude, le temps que ça se passe.


Mais bon sang, que se passe-t-il donc avec le Monde ? D'une part, des triplettes de mâles en blue-jeans en quête de déluge expiatoire et/ou transcendantal, qui n'ont plus vraiment envie de se serrer les uns contre les autres mais sont prêts à partager l'expérience collective d'une déferlante sonore possiblement grotesque orchestrée par une sorte de colosse antique ; de l'autre, des cohortes de filles en blue-jeans rangées à la queue-leu-leu en bas des portes d'une salle ayant autrefois à peu près autant pué le sang et la sueur que celle où se sont regroupés les mâles 3 jours avant mais en plus grand, en quête de communion bluette et de preuves pastels que l'amour technicolor existe encore, qui ont un peu de réticences à se serrer les unes aux autres (c'est un peu sale) mais sont prêtes à communier "en vrai" autour de la possiblement bien fade émotion ressentie à l'écoute des rengaines d'une adulescente lyonnaise en quête de légitimité scénique. Et à l'issue de ce grand écart, ces deux expériences mises bout à bout apparaissant risibles. Des hommes faussement revenus de tout demandant à être roulés dans la fange, des femmes faussement apeurées de tout se réfugiant dans un nuage de barbapapa. Des hurlements contre-nature, ou des comptines régressives. Au milieu, un fossé semblant infranchissable. Que pourrait relier les hommes (et les rares femmes un peu moroses) du mercredi aux femmes (et aux quelques hommes un peu honteux) du samedi ?

Hé bien, l'apocalypse. La peur de la fin. Celle qui enrage et pousse au nihilisme, au chamanisme et vers d'anciens dieux telluriques, soudainement très proche de celle qui fait se replier sur soi pour tout oublier dans le creux d'un câlin amniotique et suçant une glace bi-goût.

J'essaie un instant de me convaincre qu'il en a probablement toujours été ainsi et que rien n'est vraiment nouveau sous le soleil des 2020's, mais des hordes de filles se bousculaient autour de Gene Vincent et des Stones en hurlant comme des harpies possédées tandis que des centaines de gars se secouaient les genoux sur les 45t de Sylvie Vartan ; des grappes de filles secouaient la tête face à Robert Plant, ou je ne sais pas, Iggy Pop puis Josh Homme ; des troupeaux de types se concentraient sur les déhanchés de Dalida, puis de Céline Dion, puis d'Angèle.


Mais que s'est-il passé depuis, pour que de radicales orgies de testostérone s'opposent à de petites léchées de Chupa-Chups ? Qu'arrive-t-il au Monde pour que tant de filles et de femmes succombent en masse à des choses comme Les Frangines, Héléna, la toute-dernière-née Marine ou cette jeune Styleto (et leurs pendants masculins Vianney, Amir ou Pierre de Maere) ? Connaissent des paroles par coeur dont le degré d'affligeance atteint des sommets, non pas pour leur teneur qui somme toute, n'est pas pire que ce à quoi nous a habitué la Variété Française ces 20 dernières années, Jenifer et Louane en tête, mais qui confine tellement au ridicule dès lors que cette incompréhensible caricature de sérieux, de profondeur, d'universalité et de poésie se retrouve travaillée au gré d'intensités émotionnelles - voire spirituelles - orchestrées sur deux rimes bancales dignes d'une entrée au collège ?

Que s'est-il passé pour qu'une jeune femme normalement cantonnée aux émissions télévisuelles de divertissement officielles du type de ces "Fêtes de la Musique" gratuites jouées sur un podium dressé devant un monument quelconque ou des vestiges d'amphithéâtre faisant défiler des sous-produits marketés, se retrouve désormais "en tournée" ? Assigne des codes de concert ("sautez avec moi, jump, jump", "tout le monde les bras en l'air", "c'était la partie calme, maintenant on va danser, vous êtes prêts ?", etc, etc) à des rythmes pop aussi grisants qu'une touche de démonstration de synthétiseur pour enfants ? Et que ce public-là, perdu au point d'être lui-même convaincu d'assister à un "concert", secoue les bras par vagues, chante en choeur devant ce micro tendu, et effectivement, danse avec un enthousiasme réel sur des sons de clavier Bontempi ? En tournant la tête de gauche à droite, fasciné, je navigue dans cette ambiance digne d'un épisode de "Totally Spies !" et finit par abdiquer, déboussolé, devant cette fin de morceau où Styleto susurre un rêve de mariage où des petits cousins s'ébroueraient gaiement dans un parc quelconque aux horizons vaporeux, avant de clôturer par ce terriblement émouvant espoir qu'ils "aiment les glaces à la framboise et les chansons d'Henri Dès" ; je regarde une dernière fois, ébahi, les gens qui m'entourent essuyer un semblant de larme au coin de l'oeil en récitant ces derniers mots-là, et en repensant au colosse noir vaguement effrayant de mercredi aux oreilles collées par du scotch, je me dis que nous allons certainement tous mourir bientôt.

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