Chronique de Concert
Toko

C'est les mains rougies que je commence cette chronique. En effet, j'ai passé presque deux bonnes heures à taper des mains, en rythme (et parfois moins), à taper des pieds et à crier pour encourager mon groupe désormais fétiche alias Toko et son swing manouche envoûtant. Cela fait trois fois que je les vois se produire (et se défoncer) sur scène et chacune des ses trois séances a été pour moi un véritable régal, tant pour les yeux que pour les oreilles.
Toko ? C'est Ki ? C'est Koi ?

Et bien en regardant le film documentaire projeté en début de soirée au Balthazar (et initialement diffusé sur M6 comme quoi, on peut produire et infecter les ondes avec des programmes de merde tout au long de la journée et de l'année, pour, de temps en temps, programmer un documentaire intéressant), on pouvait se rendre compte que Toko fait partie d'un phénomène non pas de mode et donc transitoire, mais d'un processus constant, permanent, qui veut que les fans de Django Reinhardt du monde entier, lui rendent hommage à travers leur musique depuis plus de cinquante ans.
Le groupe est formé de quatre musiciens exceptionnels, qui ont le don (je le répète à chaque chronique que je fais à leur propos) de vous remettre à votre place. Ce sont quatre véritables virtuoses et il n'y en a vraiment pas un pour rattraper l'autre. Je veux dire, dans un groupe, il y a presque toujours un maillon faible, quelqu'un qu'on peut regarder pour se rassurer en ce disant "même en n'étant pas parfait techniquement, on peut faire des concerts sympas et se mettre le feu". Mais là, c'est pas le cas du tout. Car que ce soit Patricia au violon, Alexandre à la contrebasse (et accordéon) ou Xavier et Lionnel aux guitares, le niveau est absolument ahurissant.
Alors eux, vous diront qu'ils ont fait plein de "pins" et autres "canards", qu'ils se sont un peu louper sur tel ou tel morceau, mais vous vous aurez pris une telle claque en les regardant jouer que vous n'aurez absolument pas fait attention aux rares imperfections.
Le Balthazar était bien rempli hier, pour un concert en pleine semaine et ça fait plaisir car ça veut dire que le bouche à oreille marche fort autour de ce groupe. Ce qui est important surtout, c'est que les gens avaient l'air de kiffer presqu'autant que moi, à crier, claquer, taper, danser... Il faut dire, qu'en plus d'être techniquement d'un autre monde, leur musique est terriblement entraînante et stimulante. On se laisse porter et emporter très facilement par les sonorités manouches et orientales, et on voudrait que ça ne s'arrête jamais de monter, d'accélérer.

En plus, ils ont vraiment un rendement de composition hors du commun, puisqu'il y a quelques mois encore leur set était composé à 50% de reprises du maître Django. Or aujourd'hui, il n'y a plus que trois petites reprises (notamment l'excellent Minor Swing) qui se courent après au milieu d'un set totalement original. Mes compos préférées sont toujours là : Canicule, La valche folle, La bourlingue, Le déménagement, Les poumons qui saignent, Les yeux rouges et l'inévitable morceau éponyme Toko, qui est et restera (sans doute toujours) mon préféré.

Mais à ces anciennes compos (au moins vieille d'un an facile... ouahh...) ce sont ajoutés des petites nouvelles plutôt croustillantes. Tout d'abord, il y a eu Pavie, du nom d'un petit village du Gers, plutôt paumé, où ils sont allés jouer cet été ; morceau annoncé, non sans fondement, comme "Arabo-gitano-oriento-tsigano-catalan" ou un truc dans le genre, et qui à mon goût sort du lot par son originalité, ses nombreuses phases variées (y'a tellement de phases qu'à la fin on ne sait plus ce qui est un pont, une variante ou ce qui fait partie du thème principale) et par sa construction tout en changements de rythme et en accélérations.

Au milieu du set, on a eu le droit à un petit interlude "accordéon-voix" des plus sympathiques entre Alex et Lionnel, intitulé à juste titre La complainte de la roumaine dépressive. Ensuite, juste après le morceau Toko, il y a eu Le chien qui rit. Et ce qui est fort, c'est qu'elle m'a beaucoup plu et marqué alors que c'était juste après LE morceau que je kiffe par-dessus tout. Enfin, ils ont terminés leur prestation par La guinguette, un morceau composé du côté de Montmartre, lors de leur "mini"-tournée à Paris, et qui rappelle tout naturellement les compositions de Yann Tiersen, utilisées pour Amélie Poulain.

Le public était bien chaud (même parfois un petit peu trop, on est passé pas loin du broyage de retours, ensevelis sous le poids de mecs à moitié bourrators qui pogotaient sur du jazz-manouche...) et grâce à ça on a eu le droit à 4 ou 5 bis, qui nous ont permis de savourer encore un peu ce concert, une fois encore bouleversant. J'ai pris mon pied comme une centaine de personnes hier soir, et nous serons encore plus nombreux la prochaine fois je pense, et la fois d'après encore, et la fois d'encore après aussi...

Tous les goûts sont dans la nature et je m'efforce de ne jamais juger les goûts des autres, mais parfois mes chroniques sont mal perçues par certains artistes dont je n'ai pas réussi à apprécier la musique ou la prestation. Ces gens sont parfois blessés par mes propos et je m'en excuse. D'autre fois, ils m'insultent par mail ou sur scène plus simplement. Mais j'aurais tout de même voulu que ces artistes soient là hier soir et qu'ils voient la prestation de Toko, en se disant "si ça, c'est sa référence en matière de concert, je comprend que ce trou du cul de Dazuntski nous aient trouvés bidon...". Car très rares sont les gens (et moi le premier) qui auront la chance, même à force de travail, de passion et de persévérance, d'atteindre un jour le niveau exceptionnel de ces quatres musiciens "extra"-ordinaires. D'autant plus que leurs concerts sont très loin d'être un étalage technique et froid de tout ce qu'ils savent faire. Au contraire, ils en gardent beaucoup sous le coude et leur supériorité s'impose par elle-même.

Bref, merci à Toko de m'en avoir encore mis plein les yeux et surtout plein les oreilles, et vivement la prochaine date sur Marseille.

Contact Toko : toko.toko@free.fr
photos: Pirlouiiiit
Critique écrite le 12 novembre 2004 par Edd Dazuntski
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Comment ça ? ... Ce soir, Toko investit la Machine à Coudre ?!?
OK...
Je vais encore me faire mal au cur, je vais en prendre plein la tête, plein les oreilles, plein les yeux. Je vais applaudir, taper du pied, crier, faire des "Yiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiaaaaaaaaah" et autres "Yiba, Yiba". En fait, je vais triper mais quand je dis que je vais... La suite
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