Interview de Garciaphone à propos de l'album Ghost Fire

Olivier Perez de Garciaphone a mis beaucoup de temps pour donner une suite à son précédent disque, Dreameater, publié en 2017. Bien évidemment, comme on adore ce qu'il fait, on aurait aimé qu'il fasse plus vite. Mais à l'écoute des merveilles indie folk qui garnissent généreusement Ghost Fire (paru fin 2024), on ne peut que constater que ce travail au long cours a été plus que profitable. Parce que le brillant songwriter clermontois a laissé maturer ses titres, puis a bossé sur les arrangements - aux petits oignons ! - avec ses musiciens émérites, Zacharie Boissau, Clément Chevrier, Mocke Depret et Guillaume Bongiraud. Le résultat final est un nouveau disque très classe, qui sera présenté sur scène en formation complète et en solo sur la période printemps/été 2025. D'après ce qu'on a vu (et entendu) lors de la release party aux Vinzelles en septembre 2024 et à l'occasion du filage de fin de résidence présenté à La Coopé hier soir - avec un mélange d'anciens et de nouveaux morceaux, plus de l'inédit -, c'est immanquable !

D'entrée de jeu, je vais te poser la question qui "fâche" : pourquoi as-tu mis autant de temps (7 ans !) à donner une suite à ton précédent album, Dreameater ?
Olivier Perez : Il s'est passé beaucoup de choses pendant ces années. J'ai vécu à Barcelone où j'ai commencé à faire plus de dessin que de musique. Et je ne vivais pas de la musique pendant ces années, donc tout a pris plus de temps... Même si j'aimerais bien que le prochain album ne sorte pas dans sept ans, j'aime bien l'idée qu'il y ait du temps de vie, à faire autre chose que de la musique, entre plusieurs disques.
Peux-tu parler des musiciens qui t'entourent et qui contribuent à rendre ton nouveau disque, Ghost Fire, si classe ?
Zach et Clément étaient déjà là sur Dreameater, l'album précédent. Mocke nous a rejoints au moment de maquetter l'album. Guillaume Bongiraud a composé et joué les arrangements de violoncelle. D'habitude, je fais des maquettes de morceaux qui sont presque arrangées, mais, là, chacun a ajouté des idées d'arrangements que j'adore et que je n'aurais pas trouvées seul.
Justement, les arrangements sont très soignés et flirtent parfois joliment avec des sons expérimentaux... Tu peux évoquer le travail que vous avez effectué à ce niveau sur tes compositions ?
J'ai toujours aimé qu'il y ait quelques sons étranges qui émergent au milieu de quelque chose d'apparence assez classique. On s'est amusés avec des sons de synthés avec Zach sur certains morceaux pour les amener ailleurs. Mocke est aussi très fort pour emmener les morceaux vers l'expérimental avec ses sons de guitare.
Tu peux en dire plus sur ton nouveau "tube", " Better and better ", digne successeur de perles rares figurant sur tes disques précédents, " Tornadoes ", " Bad Shepherd " et " Mourning of the day " ?
C'est une chanson que j'avais enregistrée en version très lo-fi avec seulement un petit synthé, une guitare et une boîte à rythmes. Je l'ai rangée dans un tiroir pendant des années. Il lui manquait sans doute des arrangements. Ce sont les gars du groupe qui l'ont aidée à sortir du tiroir. Et maintenant je suis content qu'elle existe sur disque et sur scène.

Peux-tu parler de tes textes, écrits en anglais et à la fois très beaux, poétiques et assez cryptiques...
Quand j'écris des textes, je pars toujours d'une phrase, d'une idée que j'ai notée sur un de mes carnets, et je ne sais jamais où je vais finir. J'aime me surprendre moi-même quand le texte avance. Il faut vraiment que je sois dans un état d'esprit où je sens que les choses viennent à moi.
Quels sont tes titres préférés sur le disque ? Et ceux que tu aimes le plus jouer en live ?
" Aloha He " et " Someone Else's Dreams ". Je crois que c'est ce qui est le plus abouti, et c'est toujours un plaisir de les jouer sur scène.
Pendant la composition, puis l'enregistrement, de l'album, as-tu été inspiré par des disques, des films ou des livres ?
Pour ce disque, c'est une période si longue et tellement entrecoupée d'autres choses que la liste serait très fournie si je la faisais. Mais au cours des dernières années, il y a quelques oeuvres qui m'ont beaucoup marquées et qui ont sans doute influencé l'écriture des morceaux : les livres de Lucia Berlin, Gloria Fuertes, James Baldwin, Karl Ove Knausgaard, la musique d'Arthur Russell, Eduardo Mateo, Ultimate Painting, Silvers Jews, Ed Askew, Jorge Ben...

La pochette de Ghost Fire est superbe...
C'est un dessin que j'avais fait quelques mois plus tôt pour Inktober (il s'agit de faire un dessin à l'encre au cours du mois d'octobre sur un thème différent chaque jour, c'est super pour progresser en dessin). C'est de l'encre de Chine et de l'aquarelle. Le visage en fond est apparu alors que je tentais d'arriver au bon mélange sur le papier. C'était le dessin idéal pour cette idée de titre d'album qui me trottait dans la tête.
L'expérience (sur scène et en studio) en tant que batteur du groupe new-yorkais Elysian Fields a-t-elle eu une influence sur le disque ?
Quand on joue avec des musiciens de leur niveau, on devient forcément un peu un meilleur musicien. Mais je ne crois pas que ça ait changé ce que je voulais faire sur disque, je l'avais déjà en tête depuis longtemps.
Quels retours t'ont-ils fait sur ta musique ?
Des retours très positifs et enthousiastes dès les premières écoutes, ce qui me touche beaucoup, parce que j'ai toujours travaillé mes chansons, mes textes, pour sonner le moins possible comme quelqu'un qui ne chante pas dans sa langue maternelle.

La release party de Ghost Fire aux Vinzelles mi-septembre 2024 avec tout le groupe (et avec les très bons Hola Lis en première partie) était vraiment réussie... Tu peux parler de ce concert et présenter vos projets de tournée ?
Hola Lis, ce sont des amis rencontrés quand je vivais à Barcelone. C'est Eloy, du groupe, qui nous a fait jouer à la fin de la tournée de l'album précédent à Barcelone. On a fini la tournée de Dreameater là-bas avec eux et j'aimais bien l'idée de commencer la tournée du nouvel album aux Vinzelles avec Hola Lis également. Et puis je savais que nos musiques iraient bien ensemble. Après avoir débuté en 2024, notre tournée pour Ghost Fire continue en 2025, avec une quinzaine de dates qui arrivent jusqu'à l'été.
Lors de la release party, tu as repris un titre d'Elliott Smith... Tu peux dire un mot sur ce qu'il représente pour toi ?
Ce titre, " Bled White ", et tout cet album, XO, je les ai énormément écoutés et j'y reviens souvent. Elliott Smith, c'est un des songwriters que j'ai le plus écoutés, j'étais fasciné par ses chansons.
As-tu eu la chance de le voir sur scène ?
Oui, à la Coopérative de mai sur la tournée Figure 8 en septembre 2000. On était plusieurs futurs musiciens clermontois, qui ne se connaîtraient que des années plus tard, à être à ce concert. C'était un peu une de ces dates mythiques où la plupart des gens présents ont monté des groupes après.

Tu as déjà commencé un nouveau disque ? Il y a des nouveaux morceaux déjà composés ?
J'ai déjà quelques morceaux terminés et beaucoup d'autres en chantier. J'aimerais avancer sur le prochain disque, à peine plus rapidement cette fois...
Qu'est-ce que tu écoutes en ce moment ?
Le dernier album de Richard Dawson, End of the Middle.
Parle-nous de ce qui t'a marqué sur scène récemment...
Ça remonte un peu (c'était pendant l'été 2024) mais ce sont les siestes acoustiques de Zacharie Boissau et de Dempster Highway aux Vinzelles.
Tu as quelque chose à ajouter pour conclure ?
J'appréhendais un peu ce retour après sept ans de silence. On se demande toujours si on n'a pas laissé passer un peu trop de temps, si les gens qui ont écouté avant seront intéressés par un nouveau disque. Mais l'accueil réservé au nouvel album de la part des personnes qui nous écoutaient il y a longtemps, et de ceux qui nous découvrent, fait un bien fou. Et nous pousse aussi à continuer, évidemment.
Les dates de concert de Garciaphone sont à retrouver ici...

Photos live aux Vinzelles : Rémi Boissau
Liens : microcultures.bandcamp.com/album/ghost-fire, www.facebook.com/garciaphone, www.facebook.com/Microcultures, microcultures.fr...
Interview réalisée le 23 avril 2025 par Pierre Andrieu
Envoyer un message à Pierre Andrieu
Voir toutes les interviews et critiques de concerts rédigées par Pierre Andrieu
Garciaphone : les dernières chroniques concerts

Elysian Fields par Pierre Andrieu
Les Vinzelles, Volvic, le 23/05/2024
Parfait alignement des planètes le 23 mai aux Vinzelles lors du premier (et mémorable) concert de la nouvelle tournée française d'Elysian Fields... En cette belle soirée sise... La suite

Elysian Fields par Pierre Andrieu
The Embassy, Clermont-Ferrand, le 07/06/2023
Concert absolument divin d'Elysian Fields dans le cadre ultra intimiste de The Embassy, une toute petite salle très cosy située au cur du centre historique de... La suite

Elysian Fields par Pierre Andrieu
Le Tremplin, Beaumont, le 26/09/2022
Précieux instants intimistes en compagnie d'Elysian Fields au Tremplin (Beaumont) fin septembre. Pour la dernière date française de la tournée annonçant la sortie du très... La suite

Penelope Isles + Garciaphone (Festival God Save Clermont) par Pierre Andrieu
La Coopérative de Mai, Clermont-Ferrand, le 31/03/2018
Très bonne initiative du bienvenu festival God Save Clermont (qui anime Clermont-Ferrand et Paris pendant une semaine), l'affiche réunissant dans le club de La Coopé les stars... La suite





