Les lecteurs de ce site savent que le reggae n'est pas notre tasse de thé, et à l'évidence pas non plus notre domaine de compétence. L'auteur de cette chronique ira jusqu'à confesser que le reggae jamaïcain l'a toujours gonflé, avec ou sans pétard, et qu'il ne l'aime que .../...

Les lecteurs de ce site savent que le reggae n'est pas notre tasse de thé, et à l'évidence pas non plus notre domaine de compétence. L'auteur de cette chronique ira jusqu'à confesser que le reggae jamaïcain l'a toujours gonflé, avec ou sans pétard, et qu'il ne l'aime que fortement abâtardi de rock, par exemple sous la forme du ska de The Specials.
Cela dit, le reggae africain, peut-être parce qu'il est chanté en français, a réussi deux fois à lui intéresser les oreilles : il y a 25 ans avec
Alpha Blondy, et depuis quelques années avec l'ivoirien qui en est aujourd'hui la figure prophétique,
Tiken Jah Fakoly ! Déjà parce que dans sa tête, le grand bonhomme a déjà fait son
African Revolution : il a compris que l'ennemi de l'Afrique n'était pas l'Homme Blanc, mais l'Homme Riche, voire l'Homme Noir lui-même !
L'Homme Riche ? C'est le FMI et les multinationales qui, bien appuyées par des gouvernements complices, rendent l'Afrique "pauvre de ses richesses", comme le disait le passionnant film
Bamako, à (re)découvrir : uranium de notre soi-disant "indépendance énergétique française", pétrole, cuivre, diamant ou même plus récemment, terres cultivables :
you name it !... Son tube
Plus rien ne m'étonne ("ils ont partagé le monde") ne disait pas autre chose !
L'homme Noir ?
Tiken Jah a aussi pigé, d'une part que l'aide ne viendrait pas de l'extérieur, puisque que la solution était sur place : "personne ne viendra changer l'Afrique à notre place" (
Il faut se lever). Mais aussi que les problèmes étaient en partie intrinsèques au "sous-continent" (
Mon pays va mal, bel exposé des divisions racistes qui déchirent la Côte d'Ivoire).
Bref, le diagnostic est complet et précis, et il y en a pour tout le monde :
Y'en a Marre dressait une liste sidérante des problèmes d'Afrique... Et le chanteur se dresse donc ici, le poing levé, monté à cheval dans une belle évocation de Geronimo, symbole de toujours de la résistance à l'envahisseur impérialiste. Il aligne encore sur ce nouvel album une belle série de cartouches, avec un langage simple et direct, pour que ses frères plus ou moins francophones puissent le comprendre :
Je dis Non ! redistribue les torts à chacun, des deux côtés de la Méditerranée ;
Vieux Père fête son retour d'exil (signe de l'intelligence "dangereuse" de ses propos, il a été
persona non grata en Côte d'Ivoire pendant les années Gbagbo, et aussi au Sénégal). 4 ou 5 titres sont même en dialecte, inaccessibles, mais on devine bien qu'ils prêchent pour la même église (
Votez), l'un est même en anglais (la champêtre
Political War, en duo avec
Asa), afin que son message touche un maximum d'oreilles africaines, mais aussi mondiales.
L'amusante
Sors de ma Télé, sur les politocards et leurs promesses, à quelques lignes africaines près, est d'ailleurs tout à fait pertinente dans la France de 2011, où l'ensemble des émissions de variété ou de culture est pollué par les politiciens en costard ("Courage, les caisses sont vides !").
Tiken Jah Fakoly leur claque gentiment mais fermement le bec :
Laisse-moi m'exprimer !, et pour le coup, il en a encore, des choses à dire. Et la bonne nouvelle, en attendant que l'Afrique s'éveille un jour (et que le monde tremble, donc), c'est qu'on pourra aller écouter ou réécouter
Tiken Jah Fakoly à Paris, mais aussi
partout sur les scènes des festivals cet été !
(2011)