Accueil Chronique album : Feu! Chatterton - Ici Le Jour (a Tout Enseveli), par Philippe
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Critique d'album

Feu! Chatterton : "Ici Le Jour (a Tout Enseveli)"

Feu! Chatterton :

Pop - Rock

Critique écrite le 18 février 2016 par Philippe

Les prometteurs Feu! Chatterton avaient déjà largement suscité l'intérêt en 2014 avec un premier EP, redéveloppé ici en version longue. Renvoyant à la première chronique, on ne re-commentera donc pas les toutes différentes, attachantes et surprenantes Mort Dans la Pinède, Côte Concorde, La Malinche qui rien qu'à elles trois, explosaient déjà joyeusement portes et fenêtres de diverses chapelles généralement hermétiques : variété, chanson, murder ballad, rock français, disco... et qu'on retrouve ici avec un plaisir intact. La caval(cad)e surf (et apparemment post-meurtrière, avec macchabée dans le coffre) qui ouvre ce nouveau bal, Ophélie, réaffirme avec force braillements et guitares glissantes que ce groupe n'est vraiment pas commun, n'ayant ni un son ni des paroles taillées pour toutes les oreilles, mais au contraire une forte personnalité pas vraiment consensuelle.
Ce qu'on pouvait déjà supposer est d'ailleurs affirmé rapidement, dans une classieuse ballade : "Je crains de finir Fou à Lier", se lamente un avatar du chanteur Arthur Teboul, dans un joli clip coloré sous influence Gauguin... Du genre qui aurait pu être un tube radio en étant un poil retaillée (trop longue, trop de ponts, pas tout à fait assez explicite), ce qui n'est heureusement pas le genre de la "Maison Chatterton"... Chez qui, à l'instar de certains glorieux aînés (Bashung bien sûr, mais aussi Christophe ou même Noir Désir), rien n'est jamais complètement linéaire et univoque dans les textes. Par exemple, au même rayon "tube potentiel flingué", le thème des gros transporteurs, après le Costa Concordia, semble continuer sa déclinaison avec un Boeing aux choeurs joyeusement kitsch - on dirait des Claudettes ! - mais bien malin qui pourra affirmer de quel volatile parle exactement cette énigmatique et pourtant réjouissante chanson...
On parle souvent de musique "cinématographique" ? Celle des 5 protagonistes au look de dandies de Feu! Chatterton nous semblerait plutôt "littéraire", comme des pages tantôt arrachées à un carnet de poésie rimbaldienne 2.0 (Le Long du Léthé, ou Porte Z), tantôt à un carnet de voyages (une jolie promenade parlée dans Harlem)... Et ce depuis l'inspirateur du nom du groupe (un jeune poète anglais suicidé), jusqu'à la couverture du disque empruntée à Odilon Redon, peintre énigmatique s'il en fut : une femme aux yeux clos qui semble figurer l'amante une fois encore assassinée qui conclut les Camélias. Des fleurs porteuses de tout l'imaginaire romantique du XIXième siècle, évidemment, et donc encore de littérature... Les thématiques de la mort de l'être aimé, et à vrai dire bien souvent du meurtre par amour sous-entendu, parsèment et irriguent en effet tout l'album, souvent en trompe-l'oeil - Pont Marie, chanson joyeuse, vraiment ?
Cumulant donc à la fois un univers, un projet artistique et même un look bien à part, nul doute que Feu! Chatterton vogue déjà vers un succès bien mérité qui, s'il ne passera probablement pas par les radios (encore qu'ils viennent d'échapper de justesse à une "Victoire Révélation Scène", heureusement raflée par les ignobles Hyphen Hyphen - l'honneur est sauf !), s'épanouira sans doute au moins sur les nombreuses scènes où le groupe s'en ira prochainement défendre son petit monde souvent éthéré, un peu glauque, agréablement énigmatique et au final très classieux... Avec l'opportunité unique de prendre durablement, dans le coeur des amateurs de chanson à la fois rock et romantique, la place laissée vacante par des icônes presque toutes parties au début du XXIème siècle.
(2016)
Vignette Philippe

 Critique écrite le 18 février 2016 par Philippe
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