Critique de concert Babel Med Music : Bonga + Imhotep + Badume's Band + DJ Soumnakaï + Soft + Kalakuta Orchestra + Kayhan Kalhor + Erdal Erzincan + Khaira Arby + King Kapisi + Matilde Politi + Tyeri Abmon


Bon. Je ne suis indéniablement pas le plus compétent en matière de musique(s) du monde (conscient de ce raccourci-pirouette). Mais ma curiosité est telle que je ne pouvais passer à côté du Babel Med Music 2012, après tant et tant d'années à dire et répéter que je devrai y mettre un pied.
Optons donc, cette année, pour la soirée du samedi 31 mars, en espérant seulement que d'autres, à la plume plus renseignée, auront eu la même curiosité que moi pour les autres soirées. Mes dernières armes en matière de musique du monde, remontent au festival du Bout du Monde de Crozon de l'été dernier. En réponse à la capitale bretonne du melting pot musical, j'attendais donc de ce festival Babel Med Music, une certaine effervescence, dans ce déjà-carrefour des cultures et des musiques qu'est Marseille.

La soirée demarre sur les chapeaux de roue en ce qui me concerne, arrivant à temps pour savourer l'explosion festive du Kalakuta Orchestra sous le chapiteau, ensemble afro-beat coloré emmené par un leader charismatique, toutes dents dehors, oeuvrant aux machines ou à la flûte traversière, mais surtout, surtout, à l'emballement et l'enflammenent du set, et du public par la même occasion. Le tout est un appel à la joie, à la fête et à la danse, sur son de dub ou de funk aux couleurs afro, ponctué de puissantes interventions des deux cuivres, sax alto et ténor.

Le rythme effréné du festival (un début de concert toutes les 15 à 30 minutes sur les trois scènes différentes des Docks des Suds !) m'entraîne rapidement vers les salles des Sucres, où le collectif breton du Badume's Band prend place et lance ses patterns rythmiques et cuivres, là aussi, avec la chaleur et l'énergie de deux sax tenor et alto. Et déjà entre en scène la ravissante chanteuse éthiopienne Selamnesh Zéméné, telle une diva tout en couleur, propulsant une voix très impressionnante par dessus la mélée du combo, à la limite de l'incantation. C'est très prenant, entêtant, à l'image du titre Mela Mela. Mais cela peut également devenir très énergique, avec notamment l'arrivée en renfort de la jeune danseuse Zenash Tsegaye qui invite encore à la danse le public. Indéniablement l'un des moments phare de cette date, que l'on regrette presque de voir et d'entendre si tôt dans la soirée, où peu de monde a encore investi les lieux.

L'énergie retombe un peu sous le chapiteau, au moins dans les formes, avec le quatuor Soft, en provenance de la Guadeloupe. Scène dépouillée, lumières bleues. Le rythme est ici bien plus lent, profois très lent. Le groupe invite à frapper des mains ou à produire des bruits de "bisous" (sic) ... Mais ne nous fions pas trop aux belles attitudes, chemises virginales et sourires charmeurs du groupe et de son leader aux belles paroles : sur des airs chaloupés et biguine, le texte semble tranchant, comme l'introduction : "Certains devraient être poursuivis pour crime contre la Guadeloupe... " !, et le tout toujours sur des rythmes créoles et biguine, guitares acoustiques et basses lascives en guise de fil rouge. Grand écart surprenant, mais qui peint des sourires et pose des mains furtives sur les hanches de l'ensemble du public.

Une rapide incursion dans la salle Cabaret me fait déchirer l'espace-temps. Dans une salle noyée par la pénombre et surpeuplée, on croit d'abord à un silence et un recueillement religieux, soulignés encore par les deux faux lustres qui pendent au plafond. En fond de salle, installés sur une estrade légèrement surélevée, le duo irano-turc Kayhan Kalhor - Erdal Erzincan égraine des notes subtils de leurs deux instruments (je plagie volontairement : kamantché et luth baglama), envoûtant le public installé sur les chaises alignées, ou dans les moindres recoins encore disponibles de cette salle décidément trop petite pour ce set, qui l'eût cru ? Il faut dire que cette musique, pure, atmosphérique, dialogue curieux entre deux joueurs qui semblent distincts jusque dans leur apparences physiques, accapare l'attention, l'oreille autant que l'oeil. Parenthèse surprenante, que seules deux portes à battants séparent de l'ambiance générale du reste du festival... impressionnant.

Si l'est une star de la soirée pour une très gande partie du public c'est incontestablement Bonga, auréolé vraisemblablement de ces affinités musicales ou de coeur avec un Bernard Lavilliers ou une Cesaria Evora. Une très grande partie du public semble visiblement venu spécialement pour l'occasion, si on en croît la marée humaine en flux et reflux vers la salle des Sucres, en début puis en fin de concert. Ovation à l'arrivée sur scène de la "star" donc. Si certains s'attendaient à un concert aux accents mélancoliques, comme Bonga peut en délivrer, la durée extrêmement courte et l'ambiance générale du festival l'amène sans doute à frapper plus fort, avec une majorité de morceaux bien plus enlevés et énergiques, voix éraillée reconnaissable entre toutes, un Bonga aux percussions ou à l'aide de sa fameuse dikanza qui semble ne jamais le quitter. A noter ce surprenant moment durant ce concert malheureusement trop court, moment où le concert s'arrête dès le second morceau (!), et où Bonga se voit remettre un des deux prix Babel Med Music, après celui de Mory Kante. Heureusement, après quelques mots d'usage, et qui semblent finalement enflammer le public, la musique reprend rapidement.

Autre moment assez surprenant, avec ce trio Tyéri Abmon emmené par Thierry Abmon et ses deux jeunes acolytes venus de La Réunion, et qui semble remplacé à ce créneau horaire le groupe malien Khaira Arby, annoncé bloqué au Mali compte tenu des événements politiques récents. Un set qui commence par des blagues lancées dans le public et qui part rapidement, avec une musique tout en percussions et chants. Le leader joue de ses percussions qui me semblent traditionnelles comme d'une batterie, maniant pour cela plusieurs "baguettes" à la fois. Inutile de dire que c'est très envoûtant et dansant. Je mets un moment à comprendre que le leader est en arrière plan (une position en retrait plutôt curieuse sur cette scène en hauteur), tant les deux jeunes percussionnistes sont à l'aise sur cette scène.

Dans le "Cabaret", parallèlement, Matilde Politi a déjà entamé depuis un moment sa prestation, accompagnée de deux musiciens, accordéon et violon. Une musique visiblement empruntée à une tradition certaine, que je comprends rapidement être des musiques de tradition populaire sicilienne. Voix impressionnante, résonnant presque dans la salle comme dans une église. Le public, quoique moins nombreux, n'en est pas moins ultra attentif, la prestation tirant régulièrement à la démonstration ou la mini-conférence, la chanteuse introduisant et expliquant, dans un rudiment de français honnête, non dénué de pointes d'humour, un fin sourire lui fendant le visage, le pourquoi du comment de son art. Peu emballé par cette prestation un brin trop 'pointue" pour cet horaire avancé dans la soirée, je m'éclipse respectueusement.

Je reste à proximité de la salle du Cabaret : les déplacements précédents dans cette salle supeuplée me conseillent de ne pas trop m'éloigner et de me tenir prêt pour le set de Imhotep, que je pressens par avance largement convoité compte tenu de la fin de soirée... et ça ne ratera pas. Ma compétence en prend à nouveau un coup, infoutu que je suis de (re)connaître les trois DJ qui l'accompagnent pour l'occasion sur cet alignement de platines et de machines "au mètre", occupant toute la largeur de la scène. Imhotep, lunettes sur le nez, en impose. Malheureusement peu perfusé à la musique de IAM (mea culpa), je reconnais cependant une certaine parenté dans le mix proposé, mix très posé, sans lourdeur quoique sophistiqué, aux sonorités exotiques et aux tempos lounge, ponctuées de ces lignes caractéristiques de messages samplés, à intervalles réguliers, telles des incantations, sans la grandiloquence que je redoutais, vu de loin. A priori assez peu fan, ou assez peu connaisseur, voire les deux, je me laisse cependant prendre quelques instants à cette vague et cette douce torpeur electro, qui font onduler le public dans l'obscurité. Il faudra que je me penche un peu plus sur la question à la prochaine occasion.

Ne voulant pas finir sur un sentiment d'inaccompli en plein coeur du Babel Med, avec ce côté lounge du set Imhotep and co, je traverse plusieurs océans et me précipite vers la fin du set de King Kapisi dans la salle des Sucres, malheureusement assez peu peuplée. Le colosse néo-zélandais au look de joueur de basket-ball, et aux bras aussi impressionnants que ses tatouages, termine son set dans une bonne ambiance, interpellant le public régulièrement. La bonne humeur du molosse tranche avec sa carrure. Son hip-hop relativement puissant, en reste néanmoins assez festif et sans provoque, plus orienté vers la communion avec le public. Je ne parviens pas à percevoir le côté original de ce rap de l'autre côté de la planète, mais c'est coloré et punchy. Je resterai donc sur mes premières impressions de soirée, et me jurant de prolonger le prochain Babel Med Music sur plusieurs soirées l'année prochaine, à l'affût à nouveau de quelques belles surprises.

Signature : flagle 03/04/2012
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Photographe : flag
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