Critique de concert Impossible 4tet 'Gainsbourg 59'


Le Roll’Studio, salle obscure et voûtée du Panier, devient au fil de sa programmation le lieu où les soirées exceptionnelles sont monnaie courante. Ce soir, c’est l’Impossible Quartet mené par Claudio Celada qui y ressuscite la grande période de Serge Gainsbourg. Laquelle ? me rétorquera le pertinent lecteur, tant il est vrai que la carrière de Gainsbourg n’est qu’une suite de grandes périodes. Il s’agit donc ce soir du Early Gainsbourg, celui de 1959 et du début des années 60. Le programme s’intitule Gainsbourg 1959.

Claudio Celada : piano, chant
Emmanuel Soulignac : contrebasse
Rémi Abram : saxophone ténor
Ezéquiel Celada : batterie
Les musiciens sont tous les quatre excellents. Ils font couler un jazz classe et intimiste, d’une élégante désuétude, et très agréable à écouter. Des accords plaqués et syncopés sur le clavier du piano de Claudio Celada ou de courtes phrases qui courent sur les touches, le swing régulier de la contrebasse d’ Emmanuel Soulignac qui fait rebondir les notes comme sur un trampoline selon un tempo qui varie d’une chanson à l’autre.

Mais aussi les longues et excellentes plages des solos du saxophoniste Rémi Abram, tantôt feutrées, tantôt déjantées. Et le batteur Ezéquiel Celada qui alterne fouets charley et tambour pour une adaptation parfaite de son jeu à la musique du Gainsbourg de cette époque. La voix de Claudio Celada n’est pas aussi grave que celle de ce dernier en 1959, mais le pianiste chanteur a su adapter son registre et son timbre au répertoire de manière intelligente. Il s’approprie les chansons sans les dénaturer.

Sait-on jamais où va une femme quand elle vous quitte ?
Du jazz dans le ravin
Les amours perdues
Elaeudanla téïtéïa
Le talkie-walkie
La fille au rasoir
La saison des pluies
L'eau à la bouche
Ronsard 58
Machins choses
Les cigarillos
Ce mortel ennui
Quand mon 6.35 me fait les yeux doux
Amour sans amour
La recette de l'amour fou
Ces petits riens
Indifférence
Maxim's
Couleur café

La période jazz de Serge Gainsbourg est ma préférée. Celle où les objets cultes, à la pointe du modernisme sont une Remington portative, un rasoir électrique, un Talkie-Walkie. Les amours sont exaltées, puis languissantes et agonisantes. La perspective d’une rupture ou même d’un suicide demeure élégante.

Les cigarillos et les verres de whisky n’ont pas encore abimé la belle voix grave du chanteur. Il fréquente les caves à jazz de la rive gauche, y croise Juliette Greco, Patachou, Boris Vian, ou Caussimon. Il compose pour les autres mais interprète lui-même de plus en plus. Délicieuse sensation que la nostalgie d’une période que l’on a pas vécue. A tous les amoureux de Gainsbourg et de cette période, Claudio Celada et l’Impossible Quartet offrent un impossible saut dans le temps, une parenthèse enchantée de deux heures dans un passé mythique et perdu.

Claudio Celada offre aux intéressés une page web qui délivre quelques informations sur son projet.
Plus de photos de McYavell ici.
Des extraits vidéos de Mardal par là.
Signature : mardalle 15/01/2012
Envoyer un message à mardal
Voir toutes les critiques de concert rédigées par mardal
Photographe : mcyavell
Envoyer un message à mcyavell
Voir toutes les critiques de concert photographiées par mcyavell
>> Réponse (le 15/01/2012 par Gabrielle Olga) Du haut de mes 27 ans, je n'avais jamais écouté Gainsbourg que dans la voiture de mes parents. Et des chansons d'une autre période. J'ai alors découvert des chansons immortelles. Des textes sur les jeux de l'amour qui touchent sûrement de la même façon qu'il y a cinquante ans. Les musiciens nous ont transportés. Tantôt les touches du piano à moins d'un mètre, tantôt les solos de Rémi au saxophone qui renvoient aux caves enfumées. Les solos de batterie ou de contrebasse étaient eux aussi parfaits. Téléportation 59, c'est bien ça. > Réagir à cette critique
Copyright © Neolab Production 2000-2012. Reproduction totale ou partielle interdite sans accord préalable.
Conditions générales d'utilisation
Conditions générales d'utilisation



















