Critique de concert Roky Erickson (Transmusicales de Rennes 2010)



Génie cramé inventeur du rock psychédélique et fervent défenseur du heavy rock drogué, Roky Erickson foulait pour la première fois une scène française, aux Transmusicales de Rennes, le samedi 11 décembre 2010... Accompagné par un groupe sonnant comme il faut (c'est à dire "méchant" et " sale"), le vétéran vénéré du rock 'n roll – Butthole Surfers, Sonic Youth, Patti Smith, Jack White, The Cramps, R.E.M., The Fuzztones, Black Angels, Brian Jonestown Massacre, Black Lips et Jon Spencer, entre autres, lui doivent un petit quelque chose... – a fait ce qu'il a pu avec ses moyens du moment. Et même un peu plus si l'on se souvient qu'il a eu a subir moult problèmes pour arriver jusqu'en 2010 (addictions, problèmes mentaux, managers véreux, very bad trips etc etc). Chronique d'un concert événement :

Il est un peu plus de 23 heures quand Roky Erickson et ses trois musiciens (guitare, basse, batterie et chœurs, plus un harmonica en toute fin de set) foulent la scène du Hall 3 du Parc Expo de Rennes. L'homme porte les stigmates d'une vie d'errances, de visions d'horreurs et de douleurs, il est massif, buriné, chevelu et barbu et semble absent... Mais sa voix de vieux lézard ayant trop fumé, si elle a subi les outrages du temps, donne toujours le frisson quand elle jaillit enfin du micro. Le premier titre envoie directement à Austin ou San Francisco à la fin des années 60, c'est du heavy rock psyché ultra basique, puissamment sauvage et qui donne envie d'enfourcher une Harley Davidson avec un joint au coin du bec, en adressant un gros " Fuck " à la société de consommation. Bonne nouvelle : Roky Erickson assure la rythmique et chante comme un vampire en quête de sang frais, les choses s'annoncent bien ! Et si dès le deuxième morceau, l'on s'aperçoit que l'ex leader des mythiques The 13th Floor Elevators a parfois des problèmes à jouer en place et à faire des mini solos à peu près justes, ce n'est pas du tout rédhibitoire et on est loin des problèmes actuels rencontrés par le génial Daniel Johnston (qui est fan et qui a écrit I Met Roky Erickson !). Sur un peu plus d'une heure, il y a donc quatre ou cinq titres assez cacophoniques où la guitare de Mr Erikson est signalée hors jeu. Mais, bon, si l'on considère qu'il est né en 1947 et qu'il a abusé des substances hallucinogènes, il faut être indulgent et savourer le bonheur d'avoir en face de soi une authentique légende du rock 'n roll. Un monsieur qui a composé des perles comme Cold Night For Alligators, Night Of The Vampire, Two headed dog, Starry eyes, I walked with a zombie, John Lawman, Don’t shake me Lucifer, You're Gonna Miss me (peu de nouveaux titres enregistrés avec Okkervil River donc), et qui les interprète de manière appliquée, émouvante et rock 'n roll en ce samedi soir hivernal. A la grande joie du public de fans qui est resté le voir, quand de nombreux autres sont partis voir du boum boum ailleurs.

Une fois le décor planté et les difficultés inhérentes à ce genre de show intégrées, le fan de rock ne peut qu'acquiescer et se laisser porter par cette déferlante de tubes malades, torturés et hyper psyché. C'est le trip ultime d'être dans les premiers rangs et de prendre en pleine face ces riffs infernaux, ces rythmiques qui poussent au cul – il y a peu de titres lents – et ce chant admirablement maléfique ! Le set défile donc à vitesse grand V et presque comme dans un rêve idyllique... Après avoir joué de manière plutôt correcte son tube You're Gonna Miss me (avec un harmoniciste qui déboule de nulle part et des chœurs bienvenus) Roky Erickson se retire de scène sans un regard pour ses bruyants fans et sans avoir prononcé un seul mot. La " bronca " qui suit permet, chose rare aux Transmusicales, d'avoir la chance d'assister à un rappel. Le guitariste/porte parole, présente une dernière fois son patron (il sera le seul à parler sur scène), précise que c'était sa première date en France et puis, c'est la fin... Good trip !
Liens : www.lestrans.fr, www.rokyerickson.net, www.myspace.com/rokyerickson.
A lire également, des chroniques des Trans 2010, 2009 et 2008 : Crocodiles, Egyptian Hip Hop, The Phenomenal Handclap Band, Funeral Party, Von Pariahs, Donso, The Pack A.D, Lars & The Hands Of Light, M.I.A., Gablé + Cass McCombs + Brightblack Morning Light, Naomi Shelton And The Gospel Queens + The Agitator, Mr Oizo + Rodriguez + BLK JKS + The Japanese Popstars + The Carps, FM Belfast + The Phantom Band + Chocolate Donuts + Fever Ray + Slow Joe & The Ginger Accident + Detroit Social Club + Major Lazer , The Whitest Boy Alive + VV Brown + Abraham Inc feat. David Krakauer, Fred Wesley & SoCalled + Hook & The Twin + An Experiment On A Bird In The Air Pump, Slow Joe & The Ginger Accident + Transformer + Peter Winslow, The Residents + Iglu & Hartly + Creature, White Rabbits, John & Jehn + Esser + We have Band, Bon Iver, Jay Reatard, The Black Angels, The Deathset, Miss Platnum et Cage The Elephant.
Photos live Trans 2010 : Diane Sagnier www.flickr.com/photos/transmusicales
Signature : pierre andrieule 12/12/2010
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