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Karton (Interview)

Courpière, près de Clermont-Ferrand 10 juin 2002

Interview réalisée le 10 juin 2002 par Pierre Andrieu

Que ce soit avec un piano ou une guitare, accompagné par des machines ou des instruments acoustiques, Michel Karton est un artiste à voir sur scène car son univers particulier s'accommode très bien de ces diverses textures sonores. Un retour sur scène imminent et la sortie d'une démo - L'homanimal - étaient des prétextes idéaux pour lui poser quelques questions chez lui, à Courpière, près de Clermont-Ferrand.



Comment as-tu commencé la musique et comment as-tu débuté ta carrière de musicien ?
Michel Karton : "J'ai commencé à jouer du piano classique à huit ans. Vers 13 ans, je me suis mis à écouter beaucoup de rock (Beatles, Jerry Lee Lewis). A 15/16 ans, je jouais du punk avec mon frère, j'ai écrit mes premières chansons à cette époque-là. Un peu plus tard, à 18 ans, j'ai monté un premier groupe de pop, sans importance. Puis, 3 ans après, j'ai rencontré un guitariste/chanteur et on a fait des concerts (rock américain, reprises et compos). Je jouais des claviers et je faisais les chœurs : j'ai découvert la vie d'un groupe à cette époque. On a fait pas mal de concerts et même un peu de studio. Ça a duré deux ans et j'ai beaucoup appris !
Ensuite, j'ai fait du reggae dans un groupe, les musiciens rastas m'ont appris que pour jouer du reggae, il faut jouer debout, même en studio ! Beaucoup de répétitions, beaucoup de travail pendant deux ans, puis le groupe a splitté et pendant un an on a fait des maquettes avec le chanteur (1993). J'avais envie de faire mes chansons donc on s'est séparés. Après plein d'autres essais, je me suis servi des expériences passées pour savoir que je voulais écrire et arranger les chansons moi-même. Maintenant, je fais tout sans l'aide de personne.
C'est en 1999, que j'ai commencé à me produire sous le nom de Karton avec des musiciens. Faire le leader, je n'aime pas trop ça, même si je peux parfois donner cette impression.



Est ce que le fait de ne pas toujours jouer avec les mêmes musiciens ne te manque pas ?
M.K. : Si un peu ! A la fin de la dernière tournée, on avait trouvé une cohésion qui était intéressante avec le bassiste, le guitariste et le batteur. Un groupe me manque...

Dans quelle formule scénique vas-tu évoluer pour les concerts que tu vas faire en juillet 2002 ?
M.K. : J'ai envie de revenir un peu à ce que je faisais au début : j'ai commencé ma carrière en acoustique (piano/guitare) à La Petite Gaillarde à Clermont-Ferrand. Je voulais jouer sans artifices pour vérifier si ça tenait bien la route. Dans l'immédiat, je vais donc jouer dans une formule piano/violon, avec peut-être une guitare sèche.

Est-ce-que tu as déjà pensé à alterner sur scène entre les instruments et les ambiances rock, piano bar et chanson française ?
M.K. : Ça serait l'idéal et ça me permettrait de montrer toutes les facettes de ma musique en un seul concert. Moi-même, j'aime bien les artistes qui changent de formule en cours de spectacle ! Mais, il faut beaucoup de temps et d'argent pour répéter et recruter les musiciens ! Le concert rêvé pour moi, ce serait d'arriver au piano, de jouer une demi-heure, puis de faire venir un violoniste et enfin de jouer dans une formule rock avec un groupe au complet. Ça demande un gros budget ! En plus, c'est difficile de mobiliser les gens dans l'optique d'un concert : répéter beaucoup pour faire peu de concerts, tout le monde n'est pas d'accord !

Sur scène, tu passes de la guitare au le piano. Avec quel instrument es-tu le plus à l'aise ?
M.K. : On va dire le piano ! C'est mon instrument de base, la guitare est venue après. J'aime bien faire du bruit avec une guitare, mais je suis plus à l'aise au piano. J'ai fait du piano-bar pendant pas mal de temps, j'ai vraiment des heures de vol avec cet instrument !



Certaines personnes te reprochent le côté sombre des tes textes. Tes paroles reflètent-elles ton état d'esprit ? Es-tu réellement comme ça dans la vie ?
M.K. : Je suis un passionné, j'écris avant de faire de la musique : si, un jour, j'arrête la musique, je continuerais à écrire ! Mais écrire, ce n'est pas thérapeutique : je ne suis pas non plus un névrosé qui écrit des chansons ! Je n'en suis pas à ce point là mais c'est vrai qu'à certains moment où j'étais un peu mal, ça m'a aidé d'écrire des chansons. Mes paroles, ce n'est pas un exercice de style, c'est vraiment moi ! Quand on est un peu lucide sur ce monde, c'est difficile de ne pas avoir un coup de blues de temps en temps. Mes chansons sont optimistes, c'est juste que j'expose les points qui ne vont pas. Dans la vie, je suis de très bonne humeur mais quand j'écris, je n'arrive pas à faire des trucs gais. J'ai essayé mais je ne réussis pas à le faire !

Le soir du 21 avril, tu étais effondré par le score de Le Pen et sa présence au second tour. As-tu pensé à écrire des chansons engagées ?
M.K : J'ai du mal à écrire là-dessus, j'ai écrit un début de chanson sur le 21 avril 2002 mais c'est difficile de parler de ça car j'aime bien pouvoir rechanter mes chansons longtemps. Les chansons doivent pouvoir durer. Par exemple, une chanson symbole comme Hexagone de Renaud ne vieillit pas, c'est une chanson pamphlet intemporelle ! D'un autre côté, dire que "Le Pen = porcherie", comme le proclamaient les Bérus, c'est intemporel ! La chanson de Saez sur Le Pen (Fils de France) est maladroite, trop "premier degré", il n'a pas vraiment le sens de la métaphore !

Le Pen au deuxième tour et Chirac élu président avec 82 % des suffrages, ça t'évoque quoi ?
M.K. : Ça me fait assez rire parce que quand j'avais seize ans, dans les années 80, le Front National était inexistant et on traitait Chirac de fasciste ! Ça me fait donc frémir de savoir qu'on vote pour un mec qui a parlé du "bruit et de l'odeur" et qui est présenté aujourd'hui comme le défenseur "plus blanc que blanc" de la démocratie ! Je ne sais pas où on va... Il faut dire qu'on ne peut pas voter pour des gens intelligents et éclairés si on regarde tout le temps Lagaf et Foucaud sur TF1 ! Il y a un nivellement par le bas...



Tu disais que tu écrivais beaucoup avant de faire de la musique, est ce que ça t'a traversé l'esprit d'écrire des romans ?
M.K. : Oui, bien sûr, j'ai trois débuts de romans qui traînent. Un roman, c'est délicat ! J'ai aussi écrit quelques nouvelles. On ne peut pas tout faire à la fois, ça demande du temps d'écrire un roman. Je le ferais sans doute un jour ! Ce que j'écris est assez sombre. En matière d'écriture, je suis fan de Philippe Djian, c'est ma référence. Il a une manière très ironique d'écrire...

Qu'est devenu le spectacle que tu devais monter à partir de tes adaptations de textes de Rimbaud ?
M.K. : J'ai fait dix titres : j'ai mis en musique des textes de Rimbaud. J''ai essayé de monter le spectacle en 1998 mais ça ne s'est pas fait. Je les ferais un jour, cet album et ce spectacle avec groupe de rock et comédiens sur scène.

Qu'évoquent pour toi les œuvres de Rimbaud ?
M.K. : J'ai commencé par Le Bateau Ivre, ça m'a décoiffé et inspiré. Je me sentais bien pour chanter ces textes-là. Sur scène, j'ai chanté Oisive jeunesse, Le bal des pendus et Les corbeaux. Les textes de Rimbaud ont le mérite d'être en vers, je respecte l'ordre du texte mais je rajoute parfois un mot. Pour les concerts au piano, je vais jouer beaucoup de ces chansons : c'est ma vengeance !

Sur ton dernier disque, L'homanimal, on trouve des influences reggae, rock, trip-hop, chanson française au piano. Qu'est ce que tu écoutes chez toi ?
M.K. : Pour la chanson française, ça va de Noir Désir en passant par Brigitte Fontaine (ses musiciens sont trop fades sur scène !) et Christophe (ses deux derniers disques sont très bons !). C'est Higelin qui m'a donné envie de me produire sur scène. Leo Ferré est une de mes grosses influences. Je n'écoute pas vraiment de chanteurs français contemporains.
Jeff Buckley est sans doute ce qui m'a le plus marqué en rock américain. Je suis très fan de Radiohead. J'apprécie Cornershop et Eels (Daisies Of The Galaxy). Je suis fan des Who, leur côté violent sur scène me plaît bien ! En fait, j'ai des goûts très éclectiques !

Que penses-tu de Mathieu Chédid alias M. ?
M.K. : J'aime bien, je n'avais pas écouté depuis longtemps un guitariste français qui se lâche autant ! Il joue au guitar hero, il se fait plaisir, c'est le principal ! Son côté bidouillages barrés me plaît !

Les "fils de", ça t'énerve ?
M.K. : Ça ne me dérange pas si les gens ont du talent (voir Arthur H. et M.), c'est plus gênant si on sent qu'ils auraient mieux fait d'être ingénieurs ! Il y a beaucoup de "fils de" mais c'est comme ça ! Moi, je suis le premier de la famille Karton à faire de la musique ! Ce qui me dérange le plus dans ce milieu, c'est le copinage.



Tu es fan de Jean-Louis Murat, je crois que sa chanson "Suicidez-vous, le peuple est mort" t'a marqué. Que penses-tu de ce qu'il fait en ce moment ?
M.K. : Voilà un mec qui a réussi dans l'adversité : Murat au début ; c'était pas évident à écouter, les thèmes étaient un peu difficiles ! Il se fout de son image : il s'est fait connaître avec Si je devais manquer de toi mais il n'a pas refait indéfiniment la même chanson, comme Goldman par exemple ! J'aime bien son cheminement, je suis assez inconditionnel : j'ai tout ce qu'il a sorti ! Sur la tournée Mustango, il a osé surprendre en réinterprétant ses chansons avec des machines : il prend des risques. Ce n'est pas parce qu'il est d'ici mais il faut reconnaître qu'il sait écrire et qu'il a un univers ! C'est le seul d'ici à avoir réussi !

Ta manière de chanter rappelle Gainsbourg et Bashung. Ils t'ont marqués ?
M.K. : On me dit que, même en privé, j'ai des mimiques qui ressemblent à celles de Gainsbourg ! J'ai flashé sur le personnage à 16/17 ans puis sur sa musique et ses chansons. J'ai même du mal à trouver les mots pour en parler ! J'aime sa rigueur dans l'écriture et la diversité de ses compositions.
J'ai un timbre de voix à la Bashung c'est vrai, et en plus, je suis très fan de lui !

As-tu un style de vie déjanté comme tes idoles ?
M.K. : J'ai eu une période comme ça, quand je vivais à Clermont-Ferrand et que j'écrivais la nuit ! Maintenant, je vis à la campagne et je suis plus tranquille...

Tu as sorti une démo 6 titres, L'homanimal, est ce que tu vas essayer de faire paraître un album complet ?
M.K. : En fait, j'ai enregistré moi-même dans mon home-studio une quinzaine de morceaux, je cherche un label pour les sortir. J'ai pris les six meilleurs pour les envoyer aux maisons de disques, .



Comment se passent les différentes démarches pour trouver un label ?
M.K. : J'ai envoyé 120 C.D. à diverses personnes en France, j'arrose comme pour une campagne électorale ! C'est très dur ! Il faut être très déterminé, il faut envisager de prévoir ses arrières au cas où...Une personne démarche à Paris pour moi dans le but de trouver un label et pour avoir des dates dans la capitale ; c'est plus facile à Paris, il y a beaucoup de salles et de décideurs ! Quand tu écoutes un truc moyen à la radio et que tu te dis "Lui, il y est arrivé !", tu te dis qu'il n'y a pas de raison pour que ça ne marche pas ! Si tout le monde me disait depuis deux ans que ce que je fais, c'est "à chier", je me découragerais, mais j'ai de bons retours, donc j'y crois ! Les gens me parlent en bien de mes concerts à La Coopérative de Mai, en première partie des Elles ou pour la soirée Gainsbourg du premier anniversaire.

Quels sont tes projets à court terme ?
M.K. : Faire les festivals en août et en septembre 2002. J'ai besoin de commencer par une date importante, il me faut un tremplin ! Je serai sans doute au piano et un violoniste m'accompagnera. On va essayer de faire des cabarets à Paris. A plus long terme, j'aimerais me lancer dans la production. J'aimerais aussi refaire du rock bien rentre dedans, pas pour faire le bourrin mais pour produire des chansons moins alambiquées, plus directes ! Mais pour l'instant, je me concentre sur la formule piano/violon : chaque chose en son temps !"


Premier album de Karton : sortie le 30 janvier 2003.


Contact : karton@wanadoo.fr

Titres live téléchargeables sur peoplesound.fr

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