L’histoire de ce compte rendu du plateau FAIR (The Elderberries, Adam Kesher, Stuck In The Sound) à la Cartonnerie de Reims commence le jour du concert vers 19h30 quand un certain Pierre A. chroniqueur de son état m’appelle avec son enthousiasme téléphonique habituel, genre Daniel Darc au réveil, pour me proposer de faire une chronique. Pourquoi .../...
L’histoire de ce compte rendu du plateau FAIR (
The Elderberries, Adam Kesher, Stuck In The Sound) à la Cartonnerie de Reims commence le jour du concert vers 19h30 quand un certain Pierre A. chroniqueur de son état m’appelle avec son enthousiasme téléphonique habituel, genre
Daniel Darc au réveil, pour me proposer de faire une chronique. Pourquoi moi qui suis la terreur des correcteurs d’orthographe ? Simplement à cause de mon poste de sonorisateur des
Elderberries. Un job privilégié pour qui veut voir des concerts gratuits, boire des bières gratuites, tout en échangeant nonchalamment avec des groupes eux aussi en tournée tel que les
Firecracker, les
Second Sex, ou les
Eagles of Death Metal.
C’est dans le cadre de mon travail donc que j’ai pu assister et participer à la superbe soirée réunissant les
Elderberries,
Adam Kesher, et
Stuck in the Sound, au cabaret de la cartonnerie de Reims. Après les premières salutations d’usages, les groupes dînent mollement, mais dans une ambiance sympathique et décontractée avant d’attaquer les concerts. Pour l’instant, on sent la fatigue du camion, surtout pour les Stucks et Adam Kesher ont joué la veille.
The Elderberries : tendu, affûté, mélodique mais couillu !
Quel contraste du coup quand les
Elderberries commencent leur concert. Je suis en pleine digestion derrière la console quand je vois mes comparses survoltés monter sur scène, encouragés par l’accueil déjà chaleureux que leur réserve la salle pleine. Premier morceau,
Laying Low, première intro qui fait bien monter la pression jusqu’à l’explosion rageuse de la batterie et de la voix chauffée à la Vodka de Chris, le tout nappé des guitares et de la basse stoner qui nous rappellent que ce morceau, pour voir qu’il est extrait du premier album, est tout à fait représentatif du Elder nouveau : tendu, affûté, mélodique mais couillu. A partir de ce moment, le public - décidément très en forme - n’arrêtera pas de danser, sauter partout, hurler et secouer les cheveux. Il est drôle de remarquer d’ailleurs le dégradé d’age qui s’opère naturellement dans la salle, les plus jeunes pogotent et se tassent contrent la scène, tandis que les vingt-trente ans secouent la tête et crient entre les morceaux, tout en respectant leur voisinage, et les moins jeunes souvent près de la console, hallucinent en se demandant entre eux si ce sont bien des gamins de vingt ans sur scène qui leur font revivre les leurs vingt à eux.
Hé oui, c’est bien ces « gamins » franco-anglo-canadien qui peuvent envoyer du gros rock énergique taillé pour les stades, mais ils ne se contentent pas de citer leurs aînés, les nouveaux morceau au son radicalement plus moderne se mélange parfaitement avec les morceaux extraits du premier album dont le côté vintage est totalement assumé. Les Elder plus mûrs - vous ne cesserez pas de le voir écrit dans toutes les chroniques, interviews etc – réinterprètent sans complexe leurs vieux titres en leur rajoutant une couche de « n’Roll » comme
Shoot for the Money lifté avec une intro tout en swing, ou
Wanna Bit qui s’offre un break solo qu’on aimerait vivre à Wembley. Autant de pauses bienvenues pour mieux apprécier
le nouvel opus. On se fait pilonner avec bonheur par la batterie, retourné comme dans un rouleau à Hossegor par la basse, claquer par les guitares, tout en étant sous le charme de la voix et de l’enthousiasme de Chris. Le public ne s’y trompe pas : il assiste à un très bon concert et le fait savoir par ses encouragements en tout genre, à base de vociférations rock’ n’ roll, de danses des cheveux, et d’expressions corporelles type bras en l’air le poing fermé (à l’exception de l’auriculaire et de l’index… ).
Adam Kesher : frustrant...
A peine le temps de débarrasser la scène, d’accompagner les musiciens pour la traditionnelle séance de dédicaces-félicitations-rencontres avec les fans, et de se booster à grand renfort de boisson énergétique coupée à l’alcool russe, que déjà
Adam Kesher monte sur scène.
Nous sommes tous là, prés. Dire que l’on a aimé
leur dernier album serait un doux euphémisme, il tourne en boucle sur nos platines et autres I Pod. Une intro composée de nappe de synthé analogique, et de guitare delayifiée, ne laisse présager que du bon. L’ambiance entre electro 2000 et new wave 80 en donnerait presque des frissons. Quand la grosse caisse rentre elle est monumentale et donne la cadence sur un tempo taillé pour danser. La voix perdue dans le delay a même un côté
Robert Smith, et lorsque le tempo chute brusquement, on met cet incident de parcours sur le compte d’une légère fébrilité de début de concert tout à fait pardonnable, surtout que lorsque ça va péter, que la guitare retrouvera un son tranchant, que les synthés nous assènerons leurs riffs de tueur, et que la caisse claire martèlera le tout comme sur le disque, ça sera forcément énorme…
Mais c’est la déception, je l’admets à contre cœur, leurs cherchant des excuses, mais les tempos varient tout le temps et pour danser cela en devient frustrant ; la guitare ne retrouvera jamais un son tranchant, et dans cette réinterprétation à base de débauche de delay, on a du mal à reconnaître les morceaux qui se suivent et se ressemblent dans leur interprétation. Certes la voix est vraiment belle et touchante avec ses décrochements adolescent, et l’énergie du chanteur est communicative, mais cela ne suffit pas. Là où sur l’album les structures étirées, presque progressives, nourrissent un tension rock’ n’ roll qui explose finalement dans une débauche orgasmique de riffs, lors de ce concert on ressent surtout de la frustration, et on voudrait que le batteur se décide enfin à taper sur sa caisse claire pour avoir autre chose qu’une grosse caisse - certes « fat » - sur laquelle se raccrocher. Attention, je suis peut être sévère, mais c’est parce que j’aime ce groupe ; ils peuvent faire bien mieux, mais ils arrivent tout de même à maintenir la pression sur le public. Un mauvais concert d’
Adam Kesher, c’est quand même mieux que plein de bons concerts d’autres groupes français dont je tairais le nom.
Stuck in the Sound : à grands coups de kick dans le cul.
Au tour des
Stuck in the Sound, pas de suspens dès les premières notes : on est transporté. Un basse-batterie démoniaque, tant dans le son (bravo Jean) que dans le jeu, nous pousse sur le dancefloor à grands coups de kick dans le cul. Les guitares légèrement en retrait, un choix de prod tout à fait justifié par la cohérence de l’ensemble, assènent les riffs que l’on aime reconnaître dès les premières notes. La voix - décidément ce soir que des grands chanteurs ! -, nous emporte dans un mélange parfait d’énergie, de lyrisme, d’intimisme, de douceur et de fureur. Bravo !
Un peu à la manière des
Elderberries, les Stuck mélangent premier et
deuxième album, et la sauce prend. On alterne entre une pop breakée jouissive, et une pop plus progressive, ou l’on retrouve ce qui nous a manqué chez Adam Kesher : la tension, suivit de l’explosion. Je pourrais détailler plus chaque morceau, mais cela ne servirait à rien ; c’était simplement un concert parfait, qui m’a fait retrouver mes seize ans, et plonger dans la fosse avec les gamins. Le plaisir du public était partagé par les Stuck, visiblement touchés par l’ovation et les deux rappels réclamé à force de cris.
Une très belle soirée donc qui s’est conclue dans une apothéose de champagne pour les privilégiés : groupes, organisateurs, technicien, et qui aura été rendue possible par la formidable équipe - à la fois super professionnelle, efficace, et sympathique - de la Cartonnerie de Reims.
Sites Internet :
www.myspace.com/theelderberries,
www.myspace.com/adamkesher,
www.myspace.com/stuckinthesound.
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